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Elasto (ta) mère ! (39)

dürer

Dürer

J’ai pris une résolution : occuper désormais mon temps libre au développement de mes connaissances à propos de mes semblables.
Mais non, pas à propos de vous ! vous êtes bien trop modernes pour moi.

Tiens, ça me rappelle l’histoire d’un copain qui, à l’époque des frontières en Europe, s’était fait coincer par un douanier qui faisait du zèle et qui refusait de le laisser passer. Le copain avait épuisé tous les arguments possibles pour le convaincre, sans succès.
En dernier recours, il a eu une idée qui s’est avérée être géniale. Il a dit au douanier : « vous n’allez quand même pas me bloquer, vous, un contemporain ! ».
Le gars en a été tellement estomaqué, qu’il a ouvert la frontière aussitôt.

Mais pour le coup, vous et moi, même si on a l’air contemporains, rien ne prouve qu’on le soit VRAIMENT !
Jusque-là, je ne m’étais pas clairement rendue compte que j’étais hors circuit. Je me croyais encore jeune et belle, et terriblement « in », et comme, dans mon travail, je suis entourée de jeunesse, cela contribuait à me conférer un incroyable aveuglement.

Pourtant, l’âge qui avance grignote chaque jour un peu plus mes capacités.
Mais vous savez, ça vient insensiblement, et il faut souvent être arrivé au bout du processus pour en prendre conscience.
Comme dans Le rhinocéros, la pièce de Ionesco.
Les hommes commencent par avoir la voix rauque, une sensation d’enrouement, qu’ils prennent pour un rhume, avant de s’apercevoir qu’il ne s’agit pas de ça. Leur environnement se transforme peu à peu.

lavabo et glace jacques noel

Lavabo et glace (décor original de Jacques Noël)

Je pense souvent à cette pièce, dans mon travail, à propos des choses qui s’installent peu à peu, insidieusement, comme les modes de commandement totalitaires, qui génèrent des comportements de conformisme et d’aveuglement. Lorsque le totalitarisme est complètement installé, parce que personne n’y a cru, il est déjà trop tard.
Moi, à l’instar des personnages qui refusent de croire à l’existence de la « rhinocérite », je n’ai pas cru, pendant longtemps,  avoir attrapé la dinosaurite.
Sauf que la dinosaurite isole, contrairement à la rhinocérite, qui touche tout le monde, et, finalement réunit les gens – même dans une situation impossible.

Et maintenant, c’est à mon tour, ça me gagne. A l’aide de la glorieuse institution qui m’emploie.

Elle me renvoie avec insistance une image de moi comme appartenant à une catégorie un peu vague dont la seule chose qu’on puisse en dire est que la datation en est incertaine (parce que très lointaine) et les capacités amoindries et inutiles.

« L’humanisme est périmé ! Vous êtes une vieille sentimentale ridicule » (Ionesco)

J’ose penser – parce que tout être a besoin de consolation, et moi aussi – que je ne suis pas totalement seule de mon espèce (ce qui serait assez décourageant) et donc, je vais partir à la recherche des autres.

Il est patent que j’ai eu assez peu de fréquentations dinosauresques pour l’instant, et qu’il faut que ça change, et fissa !
Mon ambition secrète serait de créer, ensuite, une assoce.
J’ai déjà une idée de nom : on pourrait l’appeler AVC (pour : Association des Vieux Cacochymes).

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Fragment de décor d’un montage de la pièce Le Rhinocéros (E.Ionesco)

(Idée de bannière pour le futur site de l’AVC)

[Je fais une parenthèse : j’ai choisi ce mot cacochyme, à cause de « chyme » qui, écrit autrement, est musical. Du coup, avec ce nom, j’ai la sensation qu’il me resterait quelque chose de ma splendeur passée.]
En tout cas, j’ai l’intention de vous tenir au courant des progrès de ma recherche.

Les Périssoss

Je me suis d’abord intéressée aux Périssodactyles, parce qu’il faut bien commencer par quelque chose, et à cause de leur nom.
Je croyais naïvement qu’un Périsso allait bientôt périr (Morituri te salutant !), bien que l’idée qu’il ait seulement les doigts périssables me pose problème, je l’avoue ! Surtout que je suis pianiste, et que mes doigts me sont quand même précieux.
J’ai découvert après qu’il était bon que je ne l’aie dit à personne, parce que ça veut juste dire « qui a un nombre de doigts impairs » !

Genre cheval et rhinocéros… (encore les rhinocéros, comme quoi, y a pas de hasard !)
Et genre nous, aussi.
Vous me direz qu’on a d’autres caractéristiques, mais les autres aussi ! imaginez la plus noble conquête de l’homme à qui on ne causerait que de ses pieds, il serait sans doute grave vénère, et il aurait raison.

Cela dit, je suis un peu embêtée, parce que je ne sais pas si on considère chaque pied tout seul, ou bien la somme des deux… vous conviendrez que ce n’est pas pareil.
Le rhino en a trois à chaque pied, et, à moins qu’il ait trois pattes, ben, il est pair si on compte tout, non ?

J’adore, au passage, cette catégorie totalement bancale dont on exclue les éléphants (qui sont pourtant plus périssoss que ça tu meurs) et à laquelle on inclue les tapirs qui viennent foutre la merde dans la nomenclature, parce qu’ils possèdent trois doigts aux membres postérieurs et quatre aux antérieurs (mais, va savoir pourquoi, on ne leur en veut pas pour autant).
On les appelle aussi Imparidigités…. Vous avez lu « rigidité », comme moi ?
C’est un truc de lecture, ça : on survole un texte en lisant les mots qu’on connaît, et c’est seulement quand le sens est étrange qu’on est obligé de revenir en arrière et de lire vraiment ! Mais je m’égare…

Quoi qu’il en soit, je suis une quiche en étymologie !
Pourtant, mon honorable géniteur ne s’est pas gêné pour me seriner toute ma jeunesse (oui, j’ai été jeune un jour, on arrête de rigoler là-bas au fond) : « Apprends tes racines grecques et latines, c’est la base de tout ! »
Je me disais qu’il exagérait : de tout ? pas de ce qui était chouette, comme faire de la périssoire l’été, par exemple – sur laquelle, à l’évidence, je ne serais jamais montée si mes parents s’étaient interrogés sur l’origine du nom ! Maintenant, on appelle ça un paddle, comme ça, on ne risque plus rien !

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J’ai quand même essayé d’obéir, mais j’enterre vite mon lapin à ce genre de travail (ha ha ha, la contrepèterie de la mort qui tue et qu’on ne peut même pas faire avec le grec!).
Déjà, j’ai une fâcheuse tendance à contester l’étymologie. Qui veut me faire croire que « périsso » , pour dire la vérité, veut dire impair, et pas « pair »? impérisso semble nettement plus logique !

Je veux bien tenter de m’amender, cependant, en faisant un petit effort.
Par exemple, si Diceros (espèce éteinte depuis 2011) veut dire qui a « deux cornes », ben, Rhinocéros doit vouloir dire qui n’a « qu’une corne »… c’est ça, j’ai bon ?

C’est à cause de tout ça que je suis tombée sur l’Elasmotherium (particulièrement bien nommé) Inexpectatum (l’inattendu).

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Elasmotherium (celui-là est « sibirique »)

L’origine du mot Elasmotherium est limpid, quoique cosmopolite : ça vient du français « (h)élas » et de l’anglais « mozer » ! » avec – ium à la fin, pour faire trop latin…
La « h » vient plus tard dans l’écriture, à l’âge de fer.
Je crois me souvenir que cette phrase qu’on apprenait en latin : « tu quoque, mi fili ! », servait de réplique à « hélas, ma mère ! » On pourrait comprendre la réponse comme : « Tu en es un autre, mon fils ! », ce qui est, comme son nom l’indique, assez inattendu (et un peu irrévérencieux, à la réflexion).

Enfin, je n’en suis plus totalement sûre, je me fais des nœuds, mais c’était une histoire de toute façon très embrouillée, où la phrase aurait été dite en grec (hellas, c’est normal, peut-être ?), alors qu’on l’apprend en latin (donc, pourquoi pas en anglais, after all) et qu’il n’y avait même pas de fils dans l’histoire… bref, un authentique merdier, si vous voulez mon avis !
Enfin, ce qui est certain, c’est que c’est dérivé direct de ces phrases qu’on a tous apprises, comme « ciel mon mari ! » en est un autre exemple, toujours dans la famille.
Certains prétendent que la mère dont il est question était très souple, comme élastique… et que c’est de là que viendrait son nom. La traduction de ce terme latin est alors Elasto-mère.
Mais arrêtons de digresser et revenons à nos moutons (qui ne sont pas périssos)! Au bout du compte, le sens de son nom, on s’en tamponne le coquillard.

Plus grand qu’un éléphant – de 5 à 8 m de long -, avec des pattes faites pour le galop (il aurait été très rapide), son crâne supportait une corne énorme d’une hauteur allant peut-être jusqu’à deux mètres .
Il était assez joli, sauf si on l’imagine avec un nez rouge au bout de la corne.

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Mongogushi – Rhino clown


Il avait des mœurs assez « solidaires » (tous ensemble tous ensemble tous !!!), si on croit le récit d’un lettré voyageur arabe (Xème siècle), Ibn Fadlan, qui raconte comment il zigouillait les humains et épargnait d’autres périsso-machinchoses !

« Chaque fois qu’il voit un cavalier il s’approche et, si le cavalier a un cheval rapide, le cheval essaie éperdument de fuir ; si la bête les rejoint, elle fait tomber le cavalier de sa selle avec sa corne, le lance en air, et le frappe avec la pointe de la corne, et continue ainsi jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais elle ne frappe ni ne blesse le cheval de quelque façon que ce soit. »

Avoir des ancêtres lointains pourfendeurs d’hommes et justiciers, bien que je sois pacifiste dans l’âme, ne me déplaît pas (pour avoir souvent eu l’impulsion de répondre par une violence froide à la violence que les institutions modernes nous font subir).

J’apprends encore que cet animal était considéré comme une licorne géante.

Je comprends tout !

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J’ai soudain la voix assez rauque, je me sens enrouée.

J’écris dans mon calepin, pour ne pas oublier, qu’il faudra que je me concentre sur les cornes plus que sur les pieds la prochaine fois.

Je m’en vais prendre quelques granules d’éponge grillée*, peut-être que je vais me guérir à temps.

©Bleufushia

* Spongia Tosta

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Tong(tre)pèterie (F.E.R.n°5)

provenance web

tongs peu flatulentes (web)

En préambule
Un lecteur attentif des Fragments Encyclopédiques Raisonnés – qu’il en soit ici remercié – nous a signalé, à propos de notre article sur Gratuler le congre (F.E.R. n°1), qu’il ne fallait pas confondre Gratuler le congre et flatuler de la tongue (ou de la tong).
Loin de nous l’idée de travailler uniquement sur des sujets volant un peu bas, mais cette réponse nous a quelque peu titillé le bulbe.
Elle a également fait travailler du bonnet (B, je pense) notre assistante zélée – à notre demande.

Elle a mis sur pied (nu) une cellule principale de recherche sur ce phénomène, divisée en deux sous-cellules.

La première sous-cellule a exploré la piste musicale : en effet, dans la lignée de quelques grands artistes tel le célèbre Pétomane de l’Estaque (connu aussi sous le nom de Zi Estac’ Flatulist, spécialiste de la Flatterzunge du postérieur), il n’était pas impossible que des émules, ne parvenant pas à l’imiter – son art était immense, et il travaillait sans playback -, aient créé la variante du pet de la tongue – ou tong – (éventuellement le soir au fond des bois, mais pas que). Un accessoire, ça peut aider. D’autant plus quand il est modeste et à la portée de toutes les bourses.
Malheureusement, cette piste a fait flop, car nous n’avons pas réussi à dénicher la moindre petite affiche de concert. Pas de trace sur le net, non plus. Le fait qu’un pet, d’où qu’il provienne, ne soit pas à proprement parler « net », expliquerait peut-être cela.

Joseph Pujol, le Pétomane de l'Estaque (quartier de Marseille)

Joseph Pujol, le Pétomane de l’Estaque (quartier de Marseille)

Seul un certain M.Méthane aurait tenté une pâle copie des exploits de notre Pétomane à nous (en tant qu’habitant de l’Estaque-plage, nous revendiquons haut et fort cet artiste qui a su allier à une gloire locale une renommée internationale). Mais il a voulu méthaner plus haut que son heum, et a dû bien vite arrêter, après s’être présenté, sans succès, à Eurovision.

La seconde sous-cellule a suivi des hypothèses médicales, en lançant un appel à la population. Plusieurs personnes se sont présentées, et nous avons fini par identifier et nommer deux types de phénomènes voisins, qui ne sont pas totalement des affections, d’ailleurs (ni des infections) :
– la Tongpèterie (que l’on trouve aussi sous le nom de Tongtrepèterie)
– la Tongpétance (ainsi que son contraire, l’Intongpétance).
Nous allons y consacrer deux articles distincts des F.E.R., car, si ces affections peuvent être considérées comme connexes, elles n’en demeurent pas moins singulières et distinctes.

F.E.R. n°5

Tong(tre)pèterie, n.f., de tong (ou tongue, quoi qu’il en soit d’origine inconnue) et de pèterie (du Maya yucatèque, piitô)
(n’hésitez pas à consulter l’article connexe, à venir : F.E.R.n°6 – la Tongpétance)

On trouve des tongs depuis l’antiquité, pas forcément sous ce nom-là, qui est récent. La tong est une chaussure caractérisée par la présence de beaucoup de vide. Là où il y a du vide, il y a de l’air, et l’air compressé par un pied inattentif a tendance à exprimer une plainte, qui ressemble à un vent, autant dire à une flatulence furtive. Mais pour être furtive, elle n’en est pas moins constante.
Des études sont en cours, au demeurant, pour déterminer si, comme avec les vaches, il y a une incidence de ces pets sur l’effet de serre.

La sculpture du chinois Che Wenling illustre bien la nocivité et le danger du pet d'une vache

La sculpture du chinois Chen Wenling illustre bien la nocivité et le danger du pet d’une vache

Mais revenons à nos tongues.
Les pharaons déambulaient pieds-nus, mais il est bien connu que, lorsqu’ils avaient de la visite, ils portaient des chipchip (n.m. pluriel invariable : on dira des chipchip, et non pas des chipchips, pour des raisons évidentes, la chips n’ayant pas encore été inventée), les découvreurs du Québec des gougounes (n.f., bien sûr), quant aux Tchadiens (vous me direz, pourquoi le Tchad ? mais j’aimerais bien, à titre personnel, que vous ne m’embrouilliez pas avec vos questions oiseuses… parce que le Tchad ! ça vous va ?), ils se chaussent de papa (attention, faux ami ! la papa est un nom féminin, invariable, et n’a pas de progéniture connue). Les papa vont généralement par deux, sauf pour les unijambistes. N’en déduisez rien de plus sur la théorie du genre, je vous prie. Chez nous, on appelle ça des claquettes, c’est plus simple.
Ce ne sont là que quelques exemples parmi une multitude d’autres.
Vous remarquerez, si vous êtes un peu déductifs – ce dont nous ne doutons nullement – que les tongs sont des chaussures bruyantes : qu’elles fassent chip chip, clac clac, goun goun, pa pa, on les entend, ça ne fait pas un pet, comme on dit.
Vous remarquerez également que chacune est une contrepèterie parfaite.
Vous connaissez certainement ce jeu : par exemple pour « le commandant Cousteau », « tout commença dans l’eau », ou pour « Albert Einstein », « rien n’est établi ».
Dans le cas qui nous concerne, prenons-en pour exemple chip chip chip chip !
Quelle merveille !
Et voilà, il n’en fallait pas plus pour que la flatulence de la tongue devienne tong(tre)pèterie, beaucoup plus aisée à prononcer.
En réalité, la tong(tre)pèterie se présente comme une espèce d’auto-anagramme réflexive et décontractée (se pratique en vacances, et uniquement sur elle-même).

Que faire quand la tong pète ? (ou que le « petit nègre rote »). C’est facile !
Nous avons quelques solutions sous la manche : en voilà une liste (griffonnée à la hâte, veuillez nous en excuser).
– « étriper tong été » dans « grotte repeinte » (ou la « tête (de l’)ONG », si on préfère ; mais l’étripation d’une tong – acte pas très grave en soi, puisqu’elle expire, en général, à la fin de l’été – est un grand moment de soulagement, si tant est qu’elle vous ait flatulé sous les plantes pendant toute la saison. Et la grotte repeinte, c’est mieux que si elle était toute défraîchie)
– « protéger tétine » dans « entreporte gîte » (pas loin de la cuisine, en sorte)
– « éponger tirette » sous « toge interprète » (plus difficile, les interprètes ne se déplaçant plus en toge de nos jours)
– « trotter peignée » comme « Pierrette Genot »

(trouvé sur le web)

Pierrette Genot

Eloquent, non ? J’enterre mon lapin !
On trouve hélas peu d’exemples littéraires d’utilisation de cette notion, sans doute par excès de puritanisme mal placé.

Et même, pour tout dire, aucun.
Car, rappelons-le, la flatulence de la tong ressemble à un prout humain ou bovin, mais n’en est pas réellement un !
Nous faisons appel à nos lecteurs écrivains pour populariser le fruit de notre recherche dans les meilleurs délais (si c’est possible, naturellement).

©Bleufushia


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Article de synthèse (F.E.R./n° spécial/1)

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Photo empruntée sans son consentement explicite à mon ami Pierre Grandmonde

Une petite révision des premiers articles de l’encyclopédie

SI TU CROIS QUE, PARCE QUE TU ARRÊTES DE GRATULER LE CONGRE D’UN PYGEOSOPHE, IL VA SE SENTIR PÉCAMINEUX, TU AS UN SÉRIEUX GRAIN SUR LE SERRE-BOUDIN !

Nota : vous remarquerez que cette photo n’a strictement rien à voir avec le film, mais sincèrement, on s’en fout, parce que tout le monde sait que les photos de petites bêtes, c’est vendeur !

©Bleufushia


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Pygeosophe (F.E.R.n°4)

( de lachasseauxbetises.be)

( de lachasseauxbetises.be)

F.E.R.n°4)

Pygeosophe : n.m.(ou f.) de pugê, fesse, et sophos, sage.
Bien que le pygeosophe soit plutôt de l’espèce mâle, on peut hélas en trouver aussi de beaux exemples dans la gent féminine.

A ne pas confondre avec le pigeon soft (voir : pigeon), ni surtout avec le philosophe, dont il n’est qu’un cousin de branche lointaine, le pygeosophe affiche une tendance certaine à stocker sa sagesse dans le bas de son dos, autrement dit à penser comme un postérieur.
Il ne s’agit pas, je vous vois déjà partis sur des interprétations délirantes, d’une personne intéressée jusqu’à l’outrance par le sexe opposé (pas « AU » postérieur, mais « COMME UN » !), mais simplement d’un être dont les raisonnements ne voleraient pas plus haut que.
De tels individus, dont l’existence ne saurait manquer de nous affliger, profèrent à l’envi de niaiseuses conclusions sur l’existence.
«Lui ? Un beau spécimen de pygeosophe ! Incapable de sortir d’un discours résonnant de Kf et autres clinquantes conneries … » (Madame Michu)

Si l’on en croit une récente étude de l’O.C.H.(Observatoire des Comportements Humains), on en retrouve des traces dans la nuit des temps, mais leur nombre serait néanmoins en progression impressionnante dans notre pays .
Qu’y faire ? Faut-il de tout…  comme l’affirme le dicton ?
La pygeosophie – nom scientifique de l’affection qui affecte tout pygeosophe digne de ce nom – est jusque là apparue, en effet, comme héréditaire.
 » Quand on est con, on est con » (Georges)

On trouve de nombreux exemples de pygeosophie en politique :
Le « Il faut mettre un frein à l’immobilisme » (du célèbre Babarre) en est un, le « Il doit bien rester un angle de tir pour la paix » (du french toubib BK) en est un autre d’un très beau gabarit.
Mais aussi dans le monde du chaud bise (jamais compris pourquoi on ne dit pas « chaude bise », sans doute parce que ça serait un oxymoron):
« Il a cinq ou six cerveaux remarquablement irrigués » (ze ex first lady, en parlant de son non moins remarquable époux)
Le monde de la publicité et de la finance en est clafouti (voir : clafi) : n’en citons que deux
« Si à trente ans, on n’a pas un 4×4, on a quand même raté sa vie ». (Jacquou, vous savez, ce gars-là !)
« Pourquoi acheter un journal si on peut acheter un journaliste ? » (du tristement célèbre marchand de t.)

Mais revenons à nos postérieurs : les chiffres sont alarmants, et ont amené la communauté internationale à s’interroger : qu’est-ce qui peut justifier la montée en flèche du nombre de pygeosophes ?
« Tè, vé, y en a de plus en plus, et je te le dis, Tounette, ça me con-sterne ! » (une mouette qui passe)

Une opération d’envergure – le Sand Buckett Challenge -, à l’initiative d’un chercheur réputé, le Professeur Hugeworld, a récemment connu les feux de la rampe . Elle vise à financer la recherche contre la recrudescence de cette infirmité, dont on subodore un certain nombre de causes – il y en aurait un « gros moulon », si l’on en croit ses dires (moulon… du provençal moulon, gros tas ; imaginez alors la taille d’un gros moulon).
La campagne de promotion de l’A.R.C.C. (Association de Recherche Contre la Connerie), mise sur pied par les talentueuses assistantes du Professeur (et avec un certain succès), se manifeste par un choix de modalités un peu surprenantes  : elle consiste à demander aux gens de se selfiser se renversant un seau de sable sur le chef, attirant l’attention sur ce mal par une dérision de bon aloi.
Espérons que la recherche porte rapidement ses fruits, pour limiter cette angoissante pandémie.
Comme disait Edith Salade en son temps :
« Face à un problème, il n’y a pas 36 solutions : il faut lui trouver une solution. »

©Bleufushia


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Pécamineux (F.E.R. n°3)

Le Rêve de la femme du pêcheur  (Hokusai)

Le Rêve de la femme du pêcheur (Hokusai)

F.E.R. n°3

Pécamineux : adj., de peccatum, péché.
A ne pas confondre avec peccamineux, qui est un proche parent qui a l’honneur de Little Bob, mais auquel les deux « c » confèrent un air infiniment plus grave.

Notre pécamineux à nous définit quelqu’un de pas très net sur le plan de la conscience et ce, pour des raisons variées qui ne nous regardent pas ici.

« Depuis qu’il avait embrassé Zézette malgré elle, pécaïre, il se sentait tout pécamineux. » (Mauriac)
« Oui, je sais, parce que mes mains sont sales, tu crois mon âme pécamineuse itou. Sache qu’il n’en est rien, mon cher ! » (Sartre, lettre posthume à Léon-Paul Fargue – précisons ici que c’est LPF qui était posthume, c’est-à-dire qu’il avait les deux pieds, et le reste, dans l’humus, ce qui rend assez admirable la volonté de Sartre de faire fonctionner malgré tout les PTT !)

Lorsque l’individu est noir de pécamine, si cela a tendance à le rendre malade, avec des symptômes allant de la légère démangeaison intime (où ? c’est intime, ne comptez pas sur nous vous fournir de plus amples explications) jusqu’à l’irritation pruritesque de son for intérieur, il peut être qualifié (derechef et par extension) de pécaminé.
« Tout pécaminé et blême, il s’en fut vers le lointain… » (Lamartine)

Nous n’avons aucune information à propos de l’efficacité possible du traitement contre le puceron noir du pêcher sur le noir de pécamine. Nous suggérons cette recherche salutaire à qui voudra.

NB à l’heure où nous apprêtons à publier cet article, deux choses :

une précision : si nous avons décidé de donner à voir à nos lecteurs une pécamineuse en action, c’est après mûre réflexion, considérant que cette vision pourrait leur permettre, à l’avenir, de mieux reconnaître le pécaminé croisé au milieu de la foule. Nous les prions cependant de bien vouloir croire en la blancheur persil de nos intentions (nous ne sommes résolument pas paic-amineux, cela reste une marque rivale).

un ajout : un de nos lecteurs – qu’il soit là remercié – nous a signalé un article*  faisant état de la demande singulière d’un cardinal, au cours d’un synode en cours (remarquez l’élégance de la construction en arche qu’apporte la précision de date – mais passons) : que soit « bannie du vocabulaire de l’Eglise la notion même de pécamine. Il fait référence à un couple australien qui, ayant demandé le mariage en tant que « sacrement sexuel » (nous imaginons mal en quoi cela consiste, d’ailleurs : peut-être une aspersion de roustons ?), se l’est vu refuser pour cette même raison.

Le cardinal avance un argument mystique imparable : il trouve que tout cela n’est pas très bon pour la réfection possible de l’église, et qu’en supprimant l’idée même de péché, l’église s’éviterait désormais bien des atermoiements douloureux et dommageables. Et hop, deux pavés écrasés avec la même mouche !  Les troncs débordants, et le jardin des délices à notre portée !

Jérôme Bosch

Jérôme Bosch

Si nous ne formulons aucun avis sur ce couple australien – dans le cadre de l’Encyclopédie, nous nous contentons d’oeuvrer pour la science -, nous posons en revanche, in petto, la brûlante question : ce cardinal est-il lui-même atteint de pécamine ? (proposer la suppression du péché, quand même, il y va fort ! Ca serait faire disparaître le fonds de commerce de l’église. Et comme dirait le grand Bobby, quand le fonds fond…)
D’une question en découle une autre, non moins brûlante : qui est en définitive le plus pécamineux des deux (enfin, des trois) ?
Je laisse la réponse à votre sagacité.

 * « Vivre dans le péché » – romandie.com (7 octobre 2014, 18 h 37)

©Bleufushia


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Serre-boudin (F.E.R. n°2)

Christian Tagliavini : série "Dame di cartone"

Christian Tagliavini : série « Dame di cartone »

Vous l’attendiez, le voici le voilà, le deuxième article des Fragments Encyclopédiques Raisonnés.
Vous remarquerez que l’ordre de parution est aléatoire : ni le sens, ni le tyrannique alphabet ne président au choix du sujet d’un article.
Seule la liberté guide mes pas.

F.E.R. n°2

Serre-boudin : n.m., inv. (des serre-boudin).
D’origine incertaine, ce mot est uniquement utilisé, de nos jours, dans la phrase : avoir un grain sur le serre-boudin.

L’historique de l’expression se révèle assez complexe et, par les glissements nombreux et surprenants qui ont permis son éclosion, de nature à passionner tous les amoureux de la langue française.
Dans un premier temps, l’usage le désigne comme un dérivé du mot casquette (qui serre la tête).
Déjà au XVIème siècle, on en trouve des emplois, au sens premier.

« Il enleva son serre-boudin : apparurent alors les stigmates du coureur cycliste. » (Agrippa d’Aubigné)

Le couvre-chef s’est mis peu à peu, au fil des siècles, à désigner la chose même qu’il protégeait : le front d’un individu.
Dès le XIXème siècle, on rencontre cet usage.

« Il avait le serre-boudin soucieux» (Lamartine) ;

« Une ride, sillon profondément gravé dans son serre-boudin, imprimait une expression grave sur son visage glabre. » (Victor Hugo) *

ou encore : « Ils avançaient vers le troisième âge et de fines ridules striaient déjà délicatement leur serre-boudin. » (Henri de Régnier)
Dans la mouvance freudienne, une équipe de chercheurs travaillant sur l’inscription dans le soma des déviances psychologiques dénombre quelques cas dans lesquels le front des personnes atteintes de folie (même légère) affiche de légères irrégularités, des bosselures (bosselure : « enfonsure du crane, sans fracture ny division » – Paré, in The Littré des familles).

Une communication (12 mars 1928 : Dr Mabuse) fait part de l’adoption, par la communauté scientifique, d’un terme général pour désigner l’ensemble de ces manifestations physiques : les « grains ». Le choix de ce terme se réfère très probablement au « grain » de folie, bien connu des lecteurs.
Il n’en fallait pas plus pour que l’expression « avoir une araignée au plafond » devienne notre « avoir un grain sur le serre-boudin ».

L'araignée qui pleure (Odilon Redon)

L’araignée qui pleure (Odilon Redon)

Cette acception se répandit à la vitesse de la lumière. Un ouvrage de dimension normale ne suffirait pas à en recenser tous les emplois dans la littérature du siècle passé.
Nous n’en fournirons ici qu’un exemple :

« Ouh, rien qu’à le regarder deux secondes, je subodore sans peine le grain sur le serre-boudin ! » (Cocteau)

* dans cette citation du grand Totor, vous ne serez pas sans remarquer les répétitions/allitérations entre gravé, grave, glabre : du grand art !

©Bleufushia


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Gratuler le congre (F.E.R. n°1)

Après la ponte d’enfants (je coche, c’est fait), la plantation d’un arbre (je coche aussi),

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il me restait encore à écrire un livre.
Je me lance aujourd’hui (pierre blanche) dans la rédaction d’une encyclopédie.
Ni plus, ni moins.
Comme je suis modeste dans mes ambitions, je ne m’avance pas à penser que la vie me laissera le temps de venir au terme de cette oeuvre que l’on imagine bien colossale, c’est pourquoi j’emploie le terme de « fragments ».
Et puis, F.E.R, ça indique malgré tout la solidité de l’entreprise, en la plaçant sous le haut patronage de Bourvil (« l’eau ferrugineuse, oui ! »), qui en vaut bien un autre.
En voici le premier article. Pour vous instructionner grave !
Non, non, ne me remerciez pas. Je suis un tantinet philanthrope, on ne se refait pas.

F.E.R. n°1

Gratuler le congre (congre, de la famille des congridés, of course)

Expression empruntée, à l’origine, au monde des pêcheurs.
Désigne l’acte de féliciter quelqu’un chaleureusement, au départ pour une pêche fournie.
Par extension, pour n’importe quoi.
La formule n’est pas assortie d’un quelconque grattement, ni sur soi-même, ni sur la personne de l’autre, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Attention, gratuler n’est pas gratter !
En revanche, il est de bon ton d’accompagner la phrase enthousiaste d’une tape amicale, plus ou moins virile selon qui la donne, le plus souvent sur l’épaule de la personne gratulée.
«Satisfait des bons résultats de son employé, il le fit venir pour lui gratuler le congre. » (Zola)
La félicitation pouvant être réciproque, certains ont cru bon d’aménager l’énoncé : « Les deux truands s’intergratulèrent le congre après l’élimination définitive du Grand Paulo » (Vialatte / Proust).
Peut également s’employer comme un verbe pronominal. « Tiens, aujourd’hui, j’ai bien travaillé, je me gratulerais volontiers le congre » (Hugo)
Certains disent même (fam.) : « je m’en gratule le congre ».

Variante marseillaise : gratuler le con.
Quoique plus populaire, l’expression gagne en efficacité. Ainsi, au pointeur émérite d’une doublette formée (pétanque), son partenaire tireur pourra aisément dire :
« Té, Marcel, t’as pointé comme un chef. Grâce à toi, il va devoir embrasser Fanny. Dans mes bras, que je te gratule le con, con ! »

faire-fanny
NB Rubrique : chez Lili, vous n’arrêtez pas de vous instruire !
Dans le jeu des pieds tanqués – la pétanque, voyons – faire Fanny, c’est aller lui embrasser le tafanari – le popotin, si vous préférez – comme gage quand vous n’avez pas marqué un seul point. Seule ombre au tableau (parce que ça pourrait être plutôt agréable !), c’est seulement, justement, un dessin sur un panneau de bois.
Et l’expression « faire capot », à la belote, viendrait aussi du provençal « baiser le cul », conçu comme une humiliation suprême.

Vous voyez où le congre nous mène !

©Bleufushia