bleu fushia

always blue


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Savoir, dit-elle

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« Ma » plage en jaune, le 15 novembre 2014 ©Bleufushia

Je sais qu’on dit que la mer est bleue, mais qu’en réalité elle n’a pas de couleur.
Je sais que, bien que les surfaces marines recouvrent la majorité de notre univers, le premier nom de couleur (et souvent le seul) dans les civilisations primitives est le rouge.
Je sais que les couleurs ne sont pas les mêmes dans tous les pays.
Je sais que si je remplis un seau d’eau de mer, l’eau est transparente.
Je sais que la Mer Rouge n’est pas plus rouge que la Mer Noire n’est noire.
Je sais pourtant que la mer peut être rouge, pour m’être déjà baignée au soleil couchant sous une falaise de roches ocre foncé.
Je sais que la mer peut être noire lorsque le temps est à l’orage.
Je sais que la même mer est verte, blanche ou jaune, ou même de différents bleus, selon.
Je sais que si la mer est bleue, c’est à cause du ciel qui s’y reflète, mais je sais aussi que le ciel n’est pas bleu en réalité.
Je sais que tous ces bleus m’enchantent comme s’ils existaient.

                                                                                              ♦♦♦♦♦

Je sais qu’on dit une peur bleue, mais je ne sais pas pourquoi, pour désigner quelqu’un qui a le trouillomètre à zéro.
Je sais que le trouillomètre est un instrument de mesure qui n’existe pas.
Je sais que si la peur avait une couleur, elle serait plutôt livide, comme le visage de cet homme qui a failli être percuté par une voiture.
Je sais que livide n’est pas une couleur, mais ce n’est pas une raison.
Je sais que certaines personnes qui ont subi une peur violente peuvent perdre le sens des couleurs. Au point de ne plus connaître la couleur de leur peur ?
Je sais, même si je ne l’ai jamais constaté de mes yeux, que si quelqu’un avait une peur bleue dans la mer, on le verrait quand même.
Je sais que la mer est bleue comme une orange(∗), mais que la peur n’a pas de forme particulière.
Je sais qu’on associe le bleu à des tas de choses, la plus étrange étant pour moi le sang bleu.
Je sais qu’on disait avant, mais que ça n’a rien à voir ni avec la peur ni avec le sang, « palsambleu » pour jurer sans en avoir l’air.
Je sais que, bien que dans cette expression, bleu soit mis à la place de dieu, dieu n’est pas bleu.

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Dotés d’une intelligence remarquable, les octopodes se sont installés en Antarctique comme dans les eaux équatoriales, en passant par les régions tempérées. Comment ont-ils pu s’adapter à des températures si différentes ? La clé du mystère réside dans leur sang bleu. (photo et commentaire de futura-sciences.com)

©Bleufushia

(∗) je sais aussi que c’est la terre, et pas la mer… mais c’est un clin d’oeil à mon ami Pierre, celui qui parfois me prête sa plume pour que j’écrive un mot
Le sang bleu des poulpes, c’est aussi un clin d’oeil qui lui est prioritairement destiné.
(textes inspirés par le livre « Je sais », d’Ito Naga, aux Editions Cheyne)