bleu fushia

always blue


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Nu de nunuche chenue (ou pas)

nuage pluie cent réunions

Nuage-pluie-cent réunions (20ème point du méridien Vaisseau Gouverneur, considéré comme le point le plus yang – énergie masculine – du corps). Calme l’esprit, éteint le vent…

(c’est ce qu’il me faudrait, juste là, à la minute !)

Pondu de frais ce jour, le vendredi 20 Pédale 144*
Ste Cuisse, dame patronnesse

(NB. J’aurais dû terminer la rédaction de cet article le Samedi 14 Pédale 144, Sabbat (vacuation) pour honorer dignement le jour des droits de la partie femelle de l’humanité, mais j’ai procrastiné, et dû attendre, pour être logique, un jour aussi féminin sur le calendrier)

Bon sang de bonsoir, pas moyen de démarrer cette chronique, ça se bouscule au portillon de mon crâne, y a trop d’infos zinouïes, je ne sais pas par quel bout les prendre. Je me lance, j’en attrape un (de bout) au hasard, et flop, il en vient toute une pelote, j’essaye de la désembrouillaminer, et hop, voilà que je me retrouve à ramer dans une matière molle, de la même molleur que mon unique neurone.

(Attention, je m’en vais digresser, je le sens venir, c’est plus fort que moi)

Je rame, comme mon ordi qui a planté la semaine dernière.

-Pourquoi que tu plantes-tu, toi ? que je lui ai dit

-A cause de « fragments de fichiers «chk » et de vieilles données du « Prefetch », qu’il m’a aussitôt et fort aimablement répondu.

Plongée dans la perplexité, j’ai cherché le rapport avec ce texte lu au siècle dernier, à l’époque du collège (oui, je sais, j’ai été jeune au siècle dernier !) : « Le Sous-Préfetch aux champs »**… mais même si je me souviens que le pauvre était en panne d’inspiration, laissez-moi vous révéler que, pour étrange que ça paraisse, il n’y en a aucun.

C’est l’inverse de mon cas : moi, je suis plutôt submergée par le vertige qui s’empare de moi pendant que je surfe de données en données, vous saisissez la différence ? Pas vraiment de problème d’inspiration, mais une question me taraude : à l’ère numérique, se pourrait-il que j’aie des fichiers « chk chk chk » dans ma boîte crânienne qui seraient responsables du léger « slurp » que j’entends quand je penche la tête vers le côté ?

Lunettes (Sandra Lachance)

A propos du texte sur ce fameux Sous-Préfet baguenaudeur, j’en avais alors retenu une phrase : « Sur ses genoux repose une grande serviette en chagrin gaufré qu’il regarde tristement. »

J’ai toujours trouvé que le « chagrin gaufré », c’était quand même du dernier chic, et dans ma tête, il s’est créé une association inédite et personnelle entre la croupe des mulets turcs (le « sagrin » n’est devenu triste que par glissement sonore) et la délicatesse de la gaufre cafardeuse.

A l’époque déjà, j’étais passionnée par les mots – et ça ne m’a jamais quittée -, et j’avais découvert qu’on pouvait trouver du chagrin noir, du demi-chagrin, ou du plein chagrin… A l’adolescence, j’ai longuement oscillé entre le noir et le demi, même alors que je faisais mes devoirs sur un bonheur-du-jour.
Les mots sont parfois étranges.

Je rame, soit, mais je dérive aussi, j’en ai pleinement conscience.

(Pour revenir à mes croupes de mulets)

Le coup de la pelote inextricable d’infos passionnantes, j’en deviens zinzin, limite fofolle, avec la désagréable impression que « tout le temps que j’avais devant moi, il est derrière*** » (c’est vrai de cette journée : je m’y suis collée dès potron-minet, et voilà t’y pas qu’on frôle le chien et loup, et je n’ai pas avancé d’un pas).

Vous pourriez me dire (et vous auriez raison !) qu’en tant que nana, c’est normal que je ne sois pas trop fufute, et que les greluches, même si elles ne sont pas à chien-chien, si elles ne s’enrubannent pas de froufrous, de grigris – je n’ai, au passage, aucune assurance sur la justesse orthographiques des pluriels de mots bâtis sur des redoublements hypoco(co)ristiques – , si elles ne se maquillent pas comme à Dysney Channel et quand bien même elles ne feraient aucun chichi, c’est toujours un peu neuneu (et pourtant, la plupart n’habitent pas Neuilly !).
Donc, finalement, si je ne m’en sors pas, c’est en quelque sorte génétique. La loi de la race.

Ben oui, comme d’autres sont blondes, moi, je suis nunuche et n’y puis rien changer.

doris day

doris day

A propos, vous vous êtes déjà demandé d’où vient le mot « nunuche**** » ? Vous saviez, vous, que ça vient de « nunu » (entendez, niaiserie, bagatelle, chose sans intérêt et sans importance) et que c’est justement ce dont je vous abreuve depuis le début de cette chronique ?  

Venons-en aux faits, enfin !

Ce mot (nunuche) m’a amenée à me perdre avec délices dans des dicos d’argot, de louchébem***** et j’en passe, dont certains expliquent comment on en est arrivé à certaines déformations du langage, par différents procédés.

C’est au moment où j’ai découvert la troncation gauche (les ‘ricains, par exemple) que je me suis demandée si le mot Nüshü n’était pas formé à partir de nunuche.

Parce qu’en fait, le Nüshü est une invention de femmes (et en toute femme, une nunuche inoffensive pour l’homme sommeille).

Il y a une semaine, je n’avais jamais entendu parler du Nüshü, que je n’ai découvert que grâce à mon amie Isabelle Alentour, qui a partagé ça sur un réseau social où il m’arrive de zoner. Immédiatement en alerte, je suis allée de site en site me cultiver dru. Et comme j’ai l’âme généreuse, je partage mes émois (cinq cent millions de petits chinois, émois émois, émois ♫♪)

« Le phénix pousse un cri rauque »

C’est une des phrases récurrentes de la poésie transcrite au moyen du Nü Shü (ou « femme écrivant », en chinois).

Cette drôle d’écriture – aussi appelée « écriture de moustique » (tiens, je ne résiste pas à vous le dire en louchébem : L’écriturelem lüshüné est laussiqué lappelépuche  » lécriturepuche de loustiquemoque ») a été inventée par des femmes de la province du Hunan, pour correspondre avec leurs « sœurs jurées », qui étaient, si j’ai bien compris, non pas des sœurs de sang, mais des amies de cœur à-la-vie à-la-mort, à une époque où la pratique des pieds bandés rendaient peu agréables les visites au village voisin.

Ce qui réunissait ces femmes, c’était les moments de broderie, qui se pratiquaient en groupe : on y parlait, on y chantait, on y récitait des poèmes… Apparemment, cette écriture est née au XIXème siècle (bien que certains prétendent qu’on en a trouvé des traces beaucoup plus anciennes, au XIème siècle déjà, où une concubine impériale aurait voulu communiquer avec ses soeurs), à une époque où la société patriarcale interdisait l’écriture aux femmes.

Plusieurs éléments me semblent fort originaux :

D’une part, elle est composée de signes (entre 700 et 1000 selon les chercheurs) qui seraient phonétiques – donc différents du système d’écriture chinois – et nés du chant. A partir de ce système, on recensait en 2012 environ 500 textes écrits en Nü Shü, poèmes, chants, récits autobiographiques, et livres du troisième jour (conseils aux femmes mariées, distribués le troisième jour suivant le mariage).

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D’autre part, il y avait un système de transmission qui amenait les jeunes filles à se l’enseigner entre elles (beaucoup de ces apprentissages passaient apparemment par la broderie), et à créer du lien (comme une sorte de réseau social domestique de l’époque).

Enfin (et cet élément-là est plus banal, au sens habituel, que les autres, hélas), seules les femmes savaient lire et écrire le Nü Shü, et on en a déduit – à tort – qu’il s’agissait d’une écriture secrète, ce qu’elle n’a jamais été ni voulu être. Simplement, les hommes ne savaient pas la lire, parce qu’il s’agissait d’un « truc de bonnes femmes », de nunuches, donc (de nü-nü shü) et que, de ce fait, c’était sans intérêt de faire un effort pour apprendre à le déchiffrer. Cela ne méritait pas tout bonnement pas qu’on s’y arrête.

Et apparemment, les hommes capables de tirer leur chapeau à des femelles capables d’inventer un système complet, cohérent et différent du leur se sont comptés sur les doigts d’une seule main.

Broderie « nü shü » (jeanchiang.com)

La révolution chinoise ayant redessiné les rôles sociaux a ensuite raréfié la pratique du Nü Shü, puis l’écriture n’a plus été pratiquée que par de très vieilles femmes. La dernière (qualifiée sur les sites qui parlent de cela de « fossile vivant » – je n’aimerais pas, au passage, qu’on m’appelle comme ça ! – alors même qu’elle venait de mourir – strange, non ?) est décédée en 2004.

Maintenant, on trouve une élégance esthétique aux caractères de cette écriture, et certaines la reprennent pour l’intégrer à des créations guidées par la recherche d’une esthétique.

Ebouriffant, les trucs de nunuche, finalement, moi, je dis.

©Bleufushia

* la date du jour dans le calendrier pataphysique.

Si vous voulez convertir les vôtres – de dates -, voilà un lien qui vous y aide

http://mmai.github.io/pataphysical-date/index.html?date=2017-03-14

vian équarisseur de première classe

Vian : un équarisseur de première classe (objet pataphysique)

« L’ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d’ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère Pataphysique), et à partir de quoi l’ordre des 13 mois (douze de 28 jours et un de 29) du Calendrier ’Pataphysique est fixé comme suit » :

  1. Absolu (du 8 septembre au 5 octobre) ;
  2. Haha (du 6 octobre au 2 novembre) ;
  3. As (du 3 novembre au 30 novembre) ;
  4. Sable (du 1er décembre au 28 décembre) ;
  5. Décervelage (du 29 décembre au 25 janvier) ;
  6. Gueules (du 26 janvier au 22 ou 23 février) ;
  7. Pédale (du 23 ou 24 février au 22 mars) ;
  8. Clinamen (du 23 mars au 19 avril) ;
  9. Palotin (du 20 avril au 17 mai) ;
  10. Merdre (du 18 mai au 14 juin) ;
  11. Gidouille (du 15 juin au 13 juillet) ; soit 29 jours
  12. Tatane (du 14 juillet au 10 août) ;
  13. Phalle (du 11 août au 7 septembre).

Ce calendrier, toujours en usage dans le cercle restreint des pataphysiciens, a ceci d’original qu’il intègre à ses mois des jours imaginaires hors-semaine (le 29 Gidouille, plus le 29 Gueules pour les années bissextiles), ce qui lui permet de former 13 mois réguliers de 28 jours chacun (avec une exception, pour confirmer la règle).

La date du 1er du mois Absolu An 1 E.P. (soit le 8 septembre 1873 du calendrier « vulgaire ») est la date de naissance d’Alfred Jarry (Nativité).

** Daudet

*** Topor

**** Duneton sur « nunuche »

http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2016/10/14/37003-20161014ARTFIG00063-nunuche-va.php

ET d’autres infos chouettes sur

http://argot.canalblog.com/

Fussoir-338-e1427792424526

***** Un traducteur français – louchébem

http://www.louchebem.fr/

Ex. La phrase : « l’écriture nüshü est aussi appelée « écriture de moustique »

Devient
L’écriturelem lüshüné est laussiqué lappelépuche « lécriturepuche de loustiquemoque »

****** Sur le Nü Shü, le début d’un film, qui permet de se faire une idée.

http://www.ina.fr/video/3347809018

ET deux articles

http://www.slate.fr/story/137759/nushu-femmes
http://www.ltl-chinois.fr/nushu-%E5%A5%B3%E4%B9%A6-la-langue-des-femmes

La spécialiste française du Nü Shü est Martine Saussure-Youg qui y a consacré sa recherche, et un blog.

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Douceurs (42)

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Cheminant sur des sentes buissonnières, vers…

Parfois, je me plais à penser aux hasards hasardeux qui mènent nos vies, et qui nous conduisent vers l’inattendu, quoi qu’on tente de planifier et de contrôler.
A la façon dont un acte, qu’il soit mûrement réfléchi ou même posé sans préméditation, nous entraîne à dévider dans un fil inespéré d’autres actes, des rencontres, des échappées imprévues, d’autres actes encore, par conséquence, et ainsi de suite, empruntant un chemin indéchiffrable, souvent complètement au p’tit bonheur la chance.

Il y a de cela de nombreuses années, au siècle dernier – bien sûr, je pourrais remonter encore plus loin, mais les ramifications, dans ma vie, de ce moment précis m’étonnent encore – un jour d’été et de désoeuvrement, dans un camping en bord de grande bleue,  mon compagnon d’alors m’a lancé un défi (qu’il en soit ici grandement remercié).
Il s’agissait d’écrire, en deux heures (le temps d’une course pour lui) la biographie imaginaire d’un énigmatique faux capitaine qui séjournait dans la caravane voisine de notre tente.

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Dessin de Chabouté

Même si je m’étais toujours passionnée pour la littérature, je n’avais jamais pensé me mettre à écrire, et l’exercice m’avait paru assez incongru pour que je dise : « chiche ».
J’ai donc écrit, j’ai aimé cet essai pas si malhabile, et, au retour des vacances, me suis inscrite à un atelier d’écriture sur internet.
J’y ai été accueillie par les participants, dont celle qui est devenue une amie : Mimi. Et d’autres encore dont l’existence s’est tissée avec la mienne un peu, beaucoup, passionnément parfois.
Si je tire une infime partie du fil « Mimi », je me rends compte que, si je ne l’avais pas connue, je n’aurais bien sûr pas pu oublier chez elle, 17 ans après, le livre préféré de mon petit-fils, je n’aurais pas réfléchi à la façon de le récupérer aisément et je ne lui aurais pas proposé de passer chez elle pour ce faire (elle habite quand même à une heure trente de chez moi).

J’aurais eu la flemme, sans cette étape à mi-chemin, d’aller voir l’expo d’Ernest Pignon-Ernest actuellement présentée au MAMAC de Nice, même si j’adore cet homme.

Je n’aurais pas, au sein de cette très riche présentation de son œuvre, été attirée par une des photos qu’Ernest a faite d’une de ses installations, son Pasolini se portant lui-même, mort – image très forte découverte à Rome en direct, mais ici prise à Naples.

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Je n’aurais pas repéré  l’inscription en italien apposée sur un des balcons de cette barre d’immeuble délabrée d’un quartier apparemment très populaire, où il avait choisi de la placarder : « Ciascuno cresce solo se sognato ».

Je n’aurais pas vérifié sur internet la traduction, ne serais pas tombée sur le poème dont c’est le dernier vers (Il limone lunare*), et je n’aurais donc jamais découvert l’existence de son auteur, Danilo Dolci**.
Ni n’aurais su qu’il a œuvré, en partie, dans le domaine pédagogique.

Et je reste bouche bée de ne jamais l’avoir croisé dans mon long parcours passionné autour de la pédagogie, et qu’aucune mention de ce qu’il a été et de ce qu’il a fait ne soit arrivée jusqu’à moi, parce que je m’intéresse aux recherches et expériences pédagogiques, à l’Italie, au militantisme, à la politique, aux révoltés du XXème siècle… et ce depuis longtemps.

Toutes choses, d’ailleurs, qui ont un rapport avec d’autres hasards, mêlés à un zeste de déterminisme.
[cette remarque à mettre dans la rubrique qui ne mange pas de pain : « On est bien peu de choses, madame, / Donnez-moi un kilo d’bananes / Bien mûres », comme le chantait François Béranger]

Juste après avoir fait des recherches sur l’homme, et sans rapport avec elles, j’ai eu l’idée de lire enfin un article intéressant, mis de côté il y a presque deux mois, et traitant de l’usage des jeux dans l’éducation d’aujourd’hui***.

Tout ça m’amène aujourd’hui à vous parler des réflexions que suscitent en moi l’écho de ces deux découvertes et leur possible mise en regard.

… DANILO DOLCI

Dolci, ça fait presque pseudo : imaginez un peu vous appeler « bonbons », « gâteaux », ou « confiserie ». Cela paraît une blague, ou un choix (à cause de son engagement non-violent), mais en réalité, c’est son vrai nom.
Cet homme a été qualifié de Gandhi italien, à cause des actions non-violentes qu’il a réussi à impulser – surtout en Sicile – comme la grève de la faim de plus de 1000 personnes pour protester contre la pêche frauduleuse qui réduisait les pêcheurs à la misère. Il a travaillé sans relâche à créer des situations et des prises de conscience amenant les sans-droits (personnes habituellement exclues du pouvoir et des décisions) à se réunir, à réfléchir ensemble, à s’opposer, à revendiquer, à mener des luttes collectives. Il s’est, entre autres, affronté courageusement à la mafia. Et j’en passe.
Ce qui m’intéresse particulièrement ici, c’est son action éducative. Il a rodé ses principes d’intervention parmi les paysans, les travailleurs qu’il a aidés à se fédérer et à transformer leurs valeurs et leurs rêves en ripostes « politiques » spectaculaires, et ce jusqu’aux années 70, où il décide de participer à l’école expérimentale de Mirto.
Il relate ses idées – reconstruire le rapport à la terre et la réciprocité avec la nature, entre autres – et son expérience dans un livre intitulé « chissà se i pesci piangono » (qui sait si les poissons pleurent). Moi qui suis maritime avant d’être terrestre, rien que ce titre me touche !

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Il y explique la « maïeutique réciproque », à partir d’une théorisation sur la différence entre transmettre et communiquer.

Pour lui, qui a connu – et combattu – le fascisme, la transmission (modèle dans lequel l’adulte est celui qui sait, à la fois ce qu’il faut savoir et les chemins par lesquels l’élève doit passer – ce que certains appellent le modèle « autoritaire », même si l’autorité peut en être souriante) amène la non-réciprocité, et dérive sur la domination du groupe par un individu.

Dans sa conception, communiquer amène, en opposition, le sens de la communauté, demande un dialogue, des discussions, des débats et des actions choisies ensemble. Et génère du progrès social. Et de la démocratie.

Sa maïeutique, proche en partie des conseils dans la pédagogie Freinet, est organisée de façon plus réglée : les enfants assis en rond réfléchissent à un sujet commun. Lorsqu’ils ont en tête ce qu’ils en pensent, le tour de parole commence, dans l’ordre, chaque enfant expose ses idées, écoute celles des autres, qui peuvent l’amener en cours de route à modifier la sienne. La tâche commune est de bâtir des hypothèses, d’inventer des situations d’expérimentation, pour en vérifier le bien-fondé de ce qui a été élaboré théoriquement.
Dans sa pédagogie, pas de recours au jeu, mais plutôt à la réflexion, et à l’intelligence créative.

Cela le rapproche de Freinet qui, au milieu d’une époque où les « pédagogies modernes » encourageaient le recours au jeu – pour sortir des modèles dans lesquels l’enfant était passif (« pratico-inerte », disait Sartre), et pour intégrer les découvertes de la psychologie – prônait, lui, le travail-jeu  (un travail tellement intéressant que les enfants l’accomplissent comme par jeu).
Pour ces deux pédagogues, seul est fondateur pour le développement de l’individu ce qui lui permet de se mesurer aux autres et au monde, dans un travail « réel ». Ils espèrent ainsi faire grandir et changer l’homme, mais aussi la société.

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Pour revenir à la phrase qui m’a amenée jusqu’ici, la traduction que j’en faisais approximativement (chacun ne grandit que s’il rêve) n’était que partiellement exacte.

« Sognato », c’est une licence poétique qui paraît plus proche, en fait de « si on le rêve ». Chacun ne grandit que si on le rêve…

Dans ce poème, Dolci oppose d’un côté ceux qui pratiquent un enseignement fondé sur un guidage, sans doute sécurisant, mais qui n’amène pas à l’autonomie, ainsi que ceux qui cherchent à amuser l’enfant pour l’intéresser, à ceux qui se situent plutôt du côté de l’éducation de l’humain, en prise autant sur la réalité du monde que sur les rêves.

 Le vers qui précède celui qui m’a attirée dit : « rêvant les autres comme ils ne sont pas encore ».

Rêver les enfants… beau travail de pédagogue et d’humain.

Des jeux et des hommes

Avec Eric Sanchez, on tombe dans une toute autre ambiance : il aborde dans son article les différents types de jeux préconisés dans l’éducation maintenant.

Ce sont presque tous des jeux qui passent par les moyens technologiques modernes. Et dont le but semble être prioritairement d’habiller le cours, de le rendre trop top jeune pour que le jeune morde à l’hameçon.

Ce qu’il appelle « mettre du chocolat sur les brocoli ».

En fait, rien à voir avec les caractéristiques d’un vrai jeu, mais tout avec une stratégie de « vente ». Le jeu authentique, celui qui est central dans le développement de l’enfant, est à l’inverse, libre (même s’il comporte des règles), incertain, improductif, fictif, frivole, procure du plaisir et sort des normes. Ce que l’enfant y apprend, c’est à peaufiner son rapport à la vie et à lui-même, pas à répondre de façon normative à une demande extérieure.

C’est pourtant devenu à la mode d’utiliser l’ordinateur, de mettre ses cours sur internet, et les directives amènent à l’idée de les « gamifier » pour qu’ils soient plus « addictifs ». Si toi, prof, tu ne le fais pas, c’est un signe avéré que tu es déjà confit dans la naphtaline. C’est le message de l’institution, qui présente ce tournant comme obligatoire et indispensable.
(J’ai déjà écrit, ici, à ce sujet****)

Je ne vais pas me livrer à une paraphrase de l’article, qui expose intelligemment les arguments pro-jeux (ceux où on s’exerce à simuler des situations, ou à détourner les règles) et anti-jeux, mais je voudrais évoquer un des jeux dont il parle.
Il s’agit de « classcraft », un jeu proposé aux enseignants. Sur le site, où je suis allée m’ouvrir un compte, on en apprend plus sur le fonctionnement.

classcraft

« Transformez vos quizz en batailles épiques ».
La connaissance est un combat, et ne se vérifie que sous forme de quizz (moi, je pensais naïvement et à l’ancienne qu’il était bon que les enfants réfléchissent et s’expriment).

Les élèves vont commencer par se fabriquer des avatars, choisir s’ils veulent avoir les cheveux violets ou un casque de guerrier de l’espace…
« Débutez chaque cours avec une surprise : par exemple, des accents de pirates : vos élèves accourront ». (Moi, j’en étais restée à la plume de paon coincée dans le string, mais ce n’est plus assez attirant, l’âge n’aidant pas non plus)

Toute bonne réponse est sanctionnée par des X points (lire à l’anglaise) et, au bout d’un nombre que l’enseignant peut modifier – il est quand même libre de sa pédagogie ! -, l’enfant obtient des pouvoirs spéciaux.
L’exemple qui est donné du premier pouvoir spécial, est celui de l’obtention du droit de manger en classe.

Mais il y en a d’autres, je vous laisse découvrir s’ils sont du même tonneau.
Edifiant, non ? Et taille d’éducatif que c’est pas…
J’arrête là l’exploration du bidule (vous pouvez y aller vous-mêmes, c’est gratuit ! manquerait plus qu’il faille payer pour une telle daube !).

Faire jouer les enfants à des jeux débiles à l’école en guise d’apprentissage – alors qu’ils ont beaucoup mieux à la maison, de plus – pour gagner le droit de manger son mac’do en classe, les tromper avec des paillettes et des effets spéciaux, c’est à mille lieux d’une éducation qui vise à confronter l’enfant à la réalité et à ses rêves.

Entre Classcraft et Danilo Dolci, cherchez l’erreur !
Se bagarrer, se cacher derrière des personnages de guerrier, aller vite, plutôt que privilégier la lenteur, le faire collaboratif, la création commune, des rapports sociaux harmonieux et authentiques d’individus, c’est tendance.

Ça me fait penser à cette lycéenne que j’entendais tout à l’heure à la radio : on lui demandait ce qui lui plaisait au lycée, et elle racontait que c’était d’échanger des ragots sur les autres, de façon anonyme, sur la page facebook de la classe. La journaliste lui demandait en quoi cela lui plaisait, et la gamine répondait que c’était ça, la vraie vie.
Sans doute qu’elle écrit ses ragots en mangeant des bonbecs, qu’elle a gagnés grâce au jeu éducatif du prof trop cool.
« Du pain et des jeux de cirque »… rien n’a changé, à part la technologie.
Battez-vous, les jeunes, avec vos pistolets lasers fictifs, pendant ce temps-là, le monde, le vrai monde, vous échappe !

Et vous, vous avez gagné cet article défrisant grâce à un faux capitaine de papier.

Etonnant, non ?

©Bleufushia

* Il limone lunare

C’è chi insegna
guidando gli altri come cavalli
passo per passo:
forse c’è chi si sente soddisfatto
così guidato.

C’è chi insegna lodando
quanto trova di buono e divertendo:
c’è pure chi si sente soddisfatto
essendo incoraggiato.

C’è pure chi educa, senza nascondere
l’assurdo ch’è nel mondo, aperto ad ogni
sviluppo ma cercando
d’essere franco all’altro come a sé,
sognando gli altri come ora non sono:
ciascuno cresce solo se sognato.

** à propos de Dolci, par exemple

https://fr.wikipedia.org/wiki/Danilo_Dolci

http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=5472

**sur le blog d’Eric Sanchez , une réflexion intéressante sur les outils (et dérives) de la pédagogie actuelle.

https://blogs.mediapart.fr/eric-sanchez/blog/050816/de-pokemon-go-la-salle-de-classe-sept-manieres-d-utiliser-le-jeu-pour-enseigner

****séance de rattrapage (si le cœur vous en dit)
https://bleufushia.wordpress.com/2015/03/03/les-moocs-cest-le-fun-mais-cest-pas-la-joie-24/

 


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A gauche, la mer

Encore un partage pour temps suspendu, pour ces moments où l’on pense à des choses vagues, très vagues : un beau texte de Robert Desnos

Frida-Kahlo-Roots-Raices-1943

Frida Kahlo : Racines

Couchée

À droite, le ciel, à gauche, la mer.
Et devant les yeux, l’herbe et ses fleurs.
Un nuage, c’est la route, suit son chemin vertical
Parallèlement à l’horizon de fil à plomb,
Parallèlement au cavalier.
Le cheval court vers sa chute imminente
Et cet autre monte interminablement.
Comme tout est simple et étrange.
Couchée sur le côté gauche,
Je me désintéresse du paysage
Et je ne pense qu’à des choses très vagues,
Très vagues et très heureuses,
Comme le regard las que l’on promène
Par ce bel après-midi d’été
À droite, à gauche,
De-ci, de-là,
Dans le délire de l’inutile.

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Collage (studio MyORB)

 


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Pileux or not pileux ?

monsieur barbier oint com

photo trouvée chez monsieurbarbier.com

De temps en temps, j’ai envie de partager des textes d’autres.
En ce début d’année, pour ceux qui cherchent à étoffer leur liste de résolutions réalistes, j’offre quelques idées à bon compte (aujourd’hui, c’est Charles Bukowski qui s’y colle !).

Conseil amical à un tas de jeunes gens

Allez au Tibet.
Faites du chameau.
Lisez la Bible.
Teintez vos chaussures en bleu.
Laissez-vous pousser la barbe.
Faites le tour du monde en canoë de papier.
Abonnez-vous au Saturday Evening Post.
Ne mâchez que du côté gauche de la bouche.
Épousez une unijambiste et rasez-vous avec un coupe-chou.
Et gravez votre nom sur son bras.

jeff langum gagnent concours longuue barbe

Jeff Langum (gagnant concours longue barbe)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brossez-vous les dents à l’essence.
Dormez toute la journée et grimpez aux arbres la nuit.
Faites-vous moine et buvez des chevrotines et de la bière.
Mettez la tête sous l’eau et jouez du violon.
Faites la danse du ventre devant des bougies roses.
Tuez votre chien.
Présentez-vous comme maire.
Vivez dans un tonneau.
Fendez-vous la tête avec une hachette.
Plantez des tulipes sous la pluie.
Mais n’écrivez pas de poésie.

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Soyez vous, avec panache !


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Philo à deux balles

26

Janvier est le mois où l’on offre ses meilleurs voeux à ses amis. Les autres mois sont ceux où ils ne se réaliseront pas. [Georg Christoph Lichtenberg]

Voeux pieux, vœux vieux, les vieux au pieu…
J’en fais, j’en fais pas, j’en fais, j’en fais pas ??? Je le joue aux dés… ben,  j’en fais pas !

Capture

Vous voulez vraiment une carte de Voeu ? (idée piquée à l’ami Eric A., que je remercie au passage)

J’ai lu quelque part qu’en langue guarani, le mot demain n’existe pas, et que le vocable que les indiens utilisent pour parler du futur proche se traduirait par quelque chose comme « si demain advient ».

Émettre des vœux équivaut à parier sur l’avenir avec espoir, et, au moment même où je me demande à quoi me rattacher pour en avoir (de l’espoir),  m’apparaît peu clairement la façon dont je me dépatouille avec cette idée-là, sinon que c’est plutôt mal.
Que peut-on espérer quand on peut se demander si demain peut advenir, au vu de l’impuissance qui est la nôtre, vulgum pecus, à infléchir efficacement le cours désastreux que le monde est en train de prendre à tout berzingue ?

Grafica

Dessin de Victor Hugo

(Y a-t-il une lumière derrière ces sombres bois qui nous barrent la route ?)

A propos de pari, ce matin même, j’écoutais une émission sur France Culture, évoquant Pascal et ses interrogations sur la place de l’homme dans l’univers. L’un des invités a eu cette formule : «Pour Pascal, l’homme est un SDF cosmique ». J’ai trouvé l’expression parlante. Ça m’a rappelé une phrase lue en mai 68 : je suis un mort vivant de l’occident pourri… (je ne contrôle pas les associations qui me viennent)
Beaucoup plus trivialement – et en détournant totalement le sens de cette affirmation plutôt drôle en la sortant de son contexte -, lorsque, dans un avenir qui semble de plus en plus proche, la terre sera devenue totalement invivable, je ne sais pas si nous aurons l’occasion d’être même des SDF. Ni cosmiques, ni comiques.

Je suis allée voir (rapidement) du côté de certains, qui, eux, pensent : certains assimilent l’espoir à un ressort qui nous empêche d’agir et de prendre notre destin en main, quelque chose qui se fonderait sur notre peur du lendemain en l’habillant de chimères. Si j’ai l’espoir que ma vie puisse devenir radieuse par l’opération du St Esprit, je peux attendre tranquille qu’elle le devienne, je serai certainement comblée… ou en fait, rapidement, plongée dans la désillusion (qui n’est pas, non plus, mère d’action).

Ça m’a fait repenser à Max Frisch.

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Max Frisch… une bonne tête, cet homme !

Je ne sais pas si vous avez déjà croisé cet homme, écrivain et architecte, suisse, auteur (entre autres) du formidable roman Homo Faber (autour d’une thématique fondée en partie sur la notion de hasard), et de l’incontournable « Monsieur Bonhomme* et les incendiaires » , pièce de théâtre « didactique sans doctrine », parabole incroyablement actuelle de ce qui agite la société en ce moment (montée du fascisme permise, entre autre, par la lâcheté de monsieur tout le monde, et par notre aveuglement).
C’est de ce texte qu’est extraite la phrase connue : « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles ».

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Bien qu’il y ait beaucoup d’humour dans son style et dans ses écrits, il avait une vision noire de la vie.
« Notre tourisme, notre télévision, nos changements de mode, notre alcoolisme, notre toxicomanie et notre sexisme, notre avidité de consommation sous un feu roulant de réclames, etc., témoignent de l’ennui gigantesque qui affecte notre société. Qu’est-ce qui nous a amenés là ? Une société qui, certes, produit de la mort comme jamais, mais de la mort sans transcendance, et sans transcendance il n’y a que le temps présent, ou plus précisément : l’instantanéité de notre existence, sous forme de vide avant la mort. », écrit-il dans Esquisses pour un troisième journal (édité – post mortem – il y a deux ans).

Ce dont je voulais vous parler, à son propos, ce sont les questionnaires qui émaillent ses journaux, portant sur des sujets divers : le mariage, les femmes, l’espoir, l’humour, l’argent, la propriété.
Ces questionnaires n’appellent aucune réponse (lui-même n’en donne pas), mais me semblent d’une extrême pertinence.
Comme, par exemple :
« Supposons que vous n’ayez jamais tué un être humain: comment expliquez-vous que vous n’en soyez jamais arrivé là ? »
ou encore
« Aimeriez-vous être votre propre femme ? »
« À qui, à votre avis, appartient l’atmosphère par exemple ? »
« Redoutez-vous les pauvres ? »
« Aimez-vous les clôtures? »

En guise de vœux, je livre à votre lecture sagace celui qui concerne l’espoir.

En attendant de trouver les réponses, en ce qui me concerne
je vais carper les diem
truiter les nuits
cachaloter les heures
saumonner les minutes
épinocher les secondes
grondiner l’année
et choisir de rire comme un poisson lune à l’année qui vient.

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puis, avec les idées bien fraîches, chercher de beaux humains pour me battre avec eux, créativement, anarchiquement, chaleureusement, foutraquement, gaiement, pour un monde légèrement moins pourri (cf question 2)

Troisième questionnaire, Max Frisch, journal. 1967

1.
Savez-vous en règle générale ce que vous espérez?

2.
Combien de fois faut-il qu’un espoir déterminé (p. ex en politique) ne se
réalise pas pour que vous abandonniez l’espoir en question, et y parvenez-vous sans concevoir immédiatement un autre espoir?

3.
Enviez-vous parfois les animaux qui semblent se tirer d’affaire sans espérance, p. ex. les poissons d’un aquarium?

4.
Lorsqu’un espoir personnel s’est enfin réalisé: combien de temps trouvez-vous en règle générale que c’était un espoir juste, c.à.d. que sa réalisation a autant de portée que vous l’aviez imaginé des dizaines d’années avant?

5.
Quel espoir avez-vous abandonné?

6.
Combien d’heures par jour ou de jours par année, un espoir au rabais vous
suffit-il : que le printemps revienne, que les maux des tête disparaissent,
que quelque chose ne soit jamais connu, que des invités s’en aillent, etc.?

7.
La haine peut-elle engendrer un espoir?

8.
Espérez-vous, étant donné la situation internationale,
a. en la raison?
b. en un miracle?
c. que les choses continuent comme jusqu’à présent?

9.
Pouvez-vous penser sans espoir?

10.
Pouvez-vous aimer un être qui, un jour ou l’autre, parce qu’il croit vous connaître, met peu d’espoir en vous?

11.
Qu’est-ce qui vous remplit d’espoir:
a. la nature ?
b. l’art ?
c. la science ?
d. l’histoire de l’humanité ?

12.
Les espoirs personnels vous suffisent-ils ?

13.
A supposer que vous fassiez la distinction entre vos propres espoirs et les
espoirs que d’autres (parents, maîtres, camarades, partenaires amoureux)
mettent en vous: êtes-vous plus accablé lorsque les premiers ou lorsque les
derniers ne se réalisent pas?

14.
Qu’espérez-vous de voyages?

15.
Lorsque vous savez quelqu’un atteint d’une maladie incurable: lui donnez-vous alors des espoirs que vous reconnaissez vous-même comme
mensongers?

16.
Qu’attendez-vous dans le cas inverse?

17.
Qu’est-ce qui vous conforte dans votre espoir personnel:
a. les encouragements?
b. la conscience des erreurs que vous avez commises?
c. l’alcool?
d. les honneurs qui vous sont faits?
e. la chance au jeu?
f. un horoscope?
g. que quelqu’un s’éprenne de vous?

18.
A supposer que vous viviez dans le Grand Espoir (« que l’homme soit un ami pour l’homme ») et que vous ayez des amis qui ne peuvent s’associer à cet espoir: est-ce votre amitié ou votre Grand Espoir qui s’en trouve amoindri?

19.
Comment vous comportez-vous dans le cas inverse, c.à.d. quand vous ne
partagez pas le grand espoir d’un ami: vous sentez-vous, chaque fois qu’il
connaît une déception, plus avisé que celui est déçu?

20.
Pour que vous pensiez et agissiez dans son sens, un espoir doit-il être,
autant qu’on puisse en juger, réalisable?

21.
Aucune révolution n’a jamais réalisé parfaitement les espoirs de ceux qui
l’ont faite; déduisez-vous de ce fait que le grand espoir est ridicule, que la révolution est superflue, que seul l’homme sans espoir s’épargne des déceptions, etc., et qu’espérez-vous pour vous de cette épargne?

22.
Espérez-vous qu’il y ait un au-delà ?

23.
En fonction de quoi réglez-vous vos actions, décisions, prévisions, réflexions quotidiennes si ce n’est en fonction d’un espoir vague ou précis ?

24.
Avez-vous déjà été une journée ou une heure effectivement sans le moindre espoir, y compris sans l’espoir que tout finisse un jour, du moins pour vous?

25.
Lorsque vous voyez un mort: Quels sont ceux de ses espoirs qui vous paraissent insignifiants, ceux qui ne sont pas réalisés ou ceux qui le sont?

Allez, les gens, bon bout d’an, comme on dit par chez moi.

©Bleufushia
* Initialement, le personnage s’appelle Biedermann

Si cela vous chante, voici un lien pour écouter la pièce
http://www.rts.ch/espace-2/programmes/imaginaires/3123157-imaginaires-du-15-05-2011.html#3145512


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Ross ou pas rosse, est-ce bien la question ?

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David Walker (street art Paris)

J’me suis fait taguer par l’ébouriffée.
Tu vas écrire ta liste de Ross, qu’elle m’a dit. Enfin, elle a rajouté, si tu veux bien, parce qu’elle est gentille et polie, bien qu’ébouripoustouflée.
Et en plus, peuchère, c’était pas sa faute, elle s’était elle-même fait taguer par l’Heureuse Imparfaite, alors elle pouvait pas faire autrement !
Moi, Ross, je connaissais pas (a shame on me !) mais j’aime bien les listes.
Et elle m’a dit, en musique, c’est encore mieux. Là, elle est rosse, le tag thématique, franchement, c’est pas sympa !
Alors, ce Ross – c’est un mec de la série Friends – il a fait une liste des 5 personnalités qui le font craquer et avec qui il passerait bien une nuit ou plus si aff.
Et c’est ça, mon tag.
En musique, c’est pas forcément gagné : y a pas que la gueule, y a aussi la musique qu’ils jouent. Moi, je dissocie pas ! j’ai des principes !

Et là, ça complique, parce que dans les chouettes musiciens que j’aime, y a beaucoup de morts (et je vais pas faire dans la nécrophilie, si vous voulez bien), ou alors de pas beaux du tout, ou que j’adore écouter, mais que je n’aurais aucune envie de rencontrer. Alors, crac crac encore moins ! ou alors des mignonnets, mais qui se la pètent un peu…  bof, pas ma tasse de thé !

Et puis, malgré, peut-être, les réputations, les muzicos, à la réflexion, c’est pas forcément les plus sexys de l’univers. Pour progresser dans leur art, il leur a fallu des lustres de solitude et de monomanie, et souvent, le musicien est un ancien boutonneux misanthrope. Il peut s’arranger avec l’âge, mais c’est rare.

Bon, bon, ok, je sens que je traîne des pieds.
Je vous en ai quand même trouvé 5. J’ai pas choisi la facilité : j’aurais pu faire dans la rock star à paillettes, jeune et étincelante dans son costume de lumière.
Non, je me la suis joué plus charme secret.
Et je les classe pas, ok ? je les aime, mais c’est différent à chaque fois.

♥ Dans la catégorie drôle et attendrissant (ça peut faire craquer, non ?), y a Adoniran Barbosa (le seul qu’est mort de ma liste, hélas – je dis que je nécrophile pas, et je commence par là ! pfff, inconstance de la nana de base !), un pépé rigolo et farceur. Brésilien, il est, et il chante des chansons marrantes en brésilien – volontairement – approximatif. J’aurais adoré aller me jeter une caïpirinha en sa compagnie.

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Adoniran Barbosa (en train de marquer un rythme de samba sur une boîte d’allumettes)

Je vous mets un lien d’une de ses savoureuses chansons, O trem das onze (le train de 11 heures) : il explique à une gonzesse qui le drague qu’il ne peut pas rester, il ne veut pas rater son train, pour aller faire son ménage et s’occuper de sa môman (en gros).

https://www.youtube.com/watch?v=ceBdGz3eTFg

♥♥ (deux coeurs, c’est pas que j’aime plus, mais c’est pour compter jusqu’à 5 !)

Un autre brésilien – celui-là, quand je l’ai vu faire son jogging sur la plage d’Ipanema… quoi ! tu l’as vu sur la plage ??? … ouais, m’sieurs dames… et mon petit coeur s’est mis à pilpater très fort… quoi, on dit pas pilpater ? m’en fous un peu, ok ? – c’est le Chico (Buarque de Hollanda, je vous ferais dire). Beau, intelligent, musicien, écrivain, engagé…

Ouah !!!

chico buarque de hollanda (rafael vancan)

Chico Buarque de Hollanda (Rafael Vancan)

Vous connaissez sûrement son « Que sera que sera », que Nougaro a repris (Ah tu verras), mais il a chanté dans des styles différents – beaucoup de chansons politiques sous la dictature – mais pas que.
Une musique super connue de lui : Essa moça ‘tá diferente (cette fille est différente)

https://www.youtube.com/watch?v=mLk4EH9FWwI

(je ne vous affiche pas les vidéos sur ma page, c’est trop lourd : vous cliquez si vous voulez, d’ac ?)

♥♥♥ Michel Portal ! la classe. Un vrai humain, un bel homme, un musicien talentueux (classique, jazz avec ses clarinettes, bandonéon…), et en plus, il est intelligent ! (c’est pas le seul, mais ça fait partie des trucs qui me font craquer)

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Michel Portal

Depuis qu’il s’est mis au bandonéon, il me fait encore plus craquer.
Tiens un exemple (déjà ancien) : Bat sarrou (d’un vieux vinyl écouté et réécouté, et encore et encore)
https://www.youtube.com/watch?v=xdo2bSY08so

♥♥♥♥ ZE contrebassiste ! Ron Carter, pour ne pas le nommer. La grande classe, dans tous les sens du terme.

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Ron Carter

Musicien sensible jusqu’au bout des ongles, très bel homme, et, d’après mon amie Jeanne qui l’a rencontré en vrai et qu’a même joué avec (trop forte, mon amie Jeanne !), humain exceptionnel.
J’adore son album pour contrebasse piccolo.

Mais je vous ai choisi, aujourd’hui encore un titre brésilien : Manha de carnaval (matin de carnaval)

https://www.youtube.com/watch?v=UrosqpeW2TA

 ♥♥♥♥♥ Et pour finir, Gianmaria Testa, chef de gare poète, chanteur, doux homme décalé, humble et modeste anar (grand ami de Erri de Luca). Celui-là, quand même, c’est un avec qui j’aurais peut-être pu passer ma vie…

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Gianmaria Testa

Un titre parmi d’autres, écouté en boucle aussi : Le traiettorie delle mongolfiere (les trajectoires des montgolfières)

https://www.youtube.com/watch?v=ow4y61l13_k

Ouf, ben, c’était pas facile !

Je tague à mon tour (mais vous pouvez adapter le « sexy » en autre chose, à mon avis, si vous voulez, et le traduire par coups de coeur – en période de St Valentin, ça peut le faire : after all, on fait ça qu’on veut !) Richard, Ruhe-le cirque et Aimery . Et Pierre, bien sûr !


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Les fleurs du bien

Hyacinthe et Rose (illustration Martin Jarie)

Hyacinthe et Rose
(illustration Martin Jarie)

L’envie me prend, ce matin, de partager avec vous un autre coup de coeur, qui date un peu, mais quand on aime, ça ne compte pas.

Ça s’appelle Hyacinthe et Rose, et c’est juste formidable.
Le livre est sorti en 2011, l’histoire, tendre, souriante, est signée François Morel, sur de très belles peintures de fleurs de Martin Jarie.
Pourquoi de fleurs, pourriez-vous questionner… parce qu’elles sont le lien principal entre les deux personnages principaux que, par ailleurs, « tout » a l’air de séparer.

Si vous cherchez un cadeau – c’est la période – en voilà un splendide que vous pourriez déjà vous offrir à vous-mêmes.
Attention, il existe en version grand album (au rayon enfants – allez savoir pourquoi, c’est plutôt un livre pour adultes) et en version livre de poche, plus récente.
A mon sens, c’est la version album qu’il vaut mieux privilégier, parce qu’elle me semble mieux convenir à la beauté des images.
Même si, après, aucun rayon de bibliothèque ne vous permettra de le ranger.
Dites-vous que c’est heureux, parce que ce livre est rare et inclassable, et vous serez obligés de lui faire une place à part dans votre vie.
Et puis, deux pavés écrasant la même mouche, dans la foulée, ça vous permettra de relire Georges Perec, et son intéressant « Penser, classer ».
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Hyacinthe et Rose sont les grands-parents du narrateur, dont on pense qu’il ne peut s’agir que de François Morel, tant le récit a le ton nostalgique et attendri qu’on lui connaît dans ses écrits biographiques.
En nous livrant le double portrait de Hyacinthe et de Rose, il nous conte aussi l’histoire de l’enfance d’un de leurs petit-fils, à différents âges, lors de ses vacances à la campagne, et des étapes qui jalonnent toute vie d’enfant.
L’ensemble a le parfum d’une époque qui n’existe plus, et la mémoire de l’enfant la feuillette et l’effeuille en petites anecdotes autour des fleurs, quelles qu’elles soient, même « des fleurs de rien, des fleurs de peu… »

« Mon enfance est remplie de vaches, de bouses, de rivières, de chênes séculaires, de toiles cirées, de cidre bouché, de poules dans les cours, de pots de confitures sur les armoires. Et d’hortensias bleus. Et de camélias blancs. Et de rouges coquelicots. Et de tulipes multicolores.
Parce que le seul sujet qui réunissait notre mémère abondante et notre rouge papy, c’était l’amour des fleurs. »
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Ce livre est rempli de brassées de fleurs, beaucoup qui existent, d’autres plus fantasques, chacune permettant à un souvenir de répandre sa douce fragrance.
Mais que l’on vous dise deux mots sur Rose :
« Ses blouses étaient également fleuries mais en nylon. Le nylon était aux yeux de ma grand-mère le symbole même de la modernité. Les spoutniks qu’on envoyait dans le ciel l’indifféraient. Les transplantations cardiaques la laissaient de marbre. L’arrivée de la télévision en couleur ne l’avait pas spécialement bouleversée… Mais l’apparition du vêtement en nylon avait changé sa vie. « C’est pratique, c’est beau, ça se lave bien et en plus ça sèche en un rien de temps… »
Les blouses en nylon étaient ce qui donnait à ma grand-mère confiance en l’avenir, des raisons d’espérer. »
« Rose était toujours la première debout, la première couchée, la première assise à table, la première levée de table, le repas à peine terminé déjà devant l’évier à nettoyer la vaisselle. « Madame Gonzales », l’avait surnommée Hyacinthe. En souvenir de Speedy. »

Quant à Hyacinthe, il « aimait la bicyclette, la pêche à la ligne, le vin rouge, la belote et les chants révolutionnaires. » Je ne vous en dirai pas plus, sinon qu’il était coco alors que Rose était catho…

Parcourez ce livre à votre rythme.

Moi, je l’ai lu, plusieurs fois avec un petit sourire béat, celui d’une ex-enfant d’une époque à peu près identique (« ex » ? j’ai dit « ex » ?), celui d’une grand-mère touchée par les doux liens qui peuvent passer d’une génération à l’autre, celui d’une lectrice qui aime la tendresse des belles choses.

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©Bleufushia