bleu fushia

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Papiers, avenir et fanfreluches

« tous les hommes n’habitent pas » ©bleufushia

Comme tout le monde, je passe mon temps à ranger (des papiers), ne pas en faire une rame (de papier), éliminer (des papiers), jouer (avec des papiers) et trier (des papiers).

Un de mes voisins dépose régulièrement dans ma boîte aux lettres un magazine de mode pour femmes. Je ne l’aurais jamais ouvert par choix (et je le feuillette en me planquant de tout regard) mais il regorge de photos plutôt belles, dans lesquelles je pique souvent les matériaux de mes collages.

Aujourd’hui, j’innove grave, j’ai entrepris de jeter un œil sur les textes.

Et je m’en vais partager avec vous ma lecture, persuadée que vous n’avez pas forcément le temps de vous intéresser à des choses pourtant passionnantes et assez essentielles, vous, tout occupés que vous êtes à guetter des nouvelles du front.

Non, non, ne me remerciez pas ! C’est volontiers.

origine non retracée

Je me suis intéressée à mon horoscope de la semaine en cours, en quête de conseils qui me feraient sortir du canapé dans lequel je consume ma belle jeunesse vieillesse.

Bon, j’avoue, je n’ai pas lu le vôtre, le mien m’a suffi. Mais vous allez pouvoir l’utiliser si vous voulez.

Parce qu’il est rassurant, non, de savoir ce qui nous attend de bon, et pas seulement ce qui nous attend de pire ?

La constatation « vous êtes casanier » ressemble presque à une critique, mais comme c’est vrai, je ne la prends pas mal, et on me conseille de « sortir de ma routine ».

« Affranchissez-vous des contraintes enfermantes » (non, je ne mens pas!)

« Mercure vous impose un temps d’arrêt ».

Merci, Mercure (je croyais que c’était la faute à Jupitre, je m’a gourrée, donc. Au temps pour moi !).

Par ailleurs, une fois n’est pas coutume, l’horoscopologue y commente ses états d’âme en ces temps déchirés, où des choix idéologiques s’imposent douloureusement à lui. Il ne précise pas de quel signe il est, ni ce qui lui fait péter les boulons, maintenant, au point de s’incruster himself dans sa propre page.

Il explique qu’il lui est désagréable, mais qu’il y est moralement obligé, de modifier les catégories de ses prévisions (faut sortir de la routine, mon gars!), en faisant disparaître la rubrique « loisirs », alors même que c’est le chapitre phare en période printanière. Mais, conclut-il, cela pourrait paraître « indécent» de la conserver, et d’encourager les gens à folâtrer dans l’herbe verte.

Ainsi soit-il.

Versons collectivement une larme sur la rubrique défunte, mes amis. Il est vrai que la notion de loisir est absurde en temps de guerre, puisqu’il paraît que.

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collage à l’arrache ©bleufushia

Une autre chronique, qui m’a semblé traiter d’un problème de fond de la société, développe tous les écueils pouvant faire trébucher les journalistes présentant les infos à la télé (et particulièrement les femmes) en terme d’habillement.

Peut-on mettre un haut rouge lorsqu’on traite d’un attentat, par exemple ? C’est une question épineuse. Et la réponse peut mettre votre carrière en jeu. Je ne rigole pas.

La remarque du jour, je vous la livre :

«  Il y a des pièges à éviter. Je ne travaille pas dans une émission de divertissement. Quand on évoque le coronavirus, on ne porte pas de robe à frou-frou ».

Je ne voyais pas ça comme ça, mais vous conviendrez avec moi qu’il y en a qui ont des vies difficiles, et des questionnements existentiels qui nous donnent du grain à moudre (soit dit au passage, c’est bon, puisqu’il y a pénurie de farine).

Malgré tout, les affaires continuent, et chacun son job, d’autres méditent sur les changements de cap que la mode doit opérer.

Extraits choisis :

« La fin de l’ère de la mode ultramarketée est programmée, car nous vivons des mouvements sociaux, avec le rejet de l’hyperconsommation. Et ces attentes deviennent en soi des tendances de fond.  »

(et le fond, on le touche ?)

C’est quand même intéressant de trouver dans un magazine people de luxe l’idée selon laquelle l’hyper consommation ne serait plus tendance !

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« L’upcycling, le zéro déchet, l’économie circulaire deviennent de nouveaux axes de réflexion. Il faut maintenant asseoir une identité sur le long terme, installer un vestiaire en faisant fi des saisons, ou opter pour un axe plus activiste en explorant des voies presque scientifiques. »

(Une question : l’identité qu’on assoie, c’est celle de la femme sur son upvélo, cœur de cible ? vous remarquerez par ailleurs que sur un vélo, on n’est plus « en marche », mais « en roule »)

« Je réfléchis à ce qu’est une bonne jambe de pantalon ».

(ça, ça m’a laissée perplexe, jusqu’à ce que je trouve : il s’agit certainement de la mode pour uni-jambiste.  Il – c’était un homme – ne réfléchirait pas à ce sujet-là à propos d’un cul-de-jatte, j’en mets ma main au feu).

« Retournons à une forme de classicisme en rejetant le tout-contemporain galvaudé. Arrêtons le story telling. Jetons les bases d’une garde-robe idéale et pérenne, en se concentrant sur des produits complices.».

(complices de qui ? hein ? j’en frémis, ça me rappelle la nouvelle rencontrée ce matin :  la police croulerait sous les signalements-délation, dénonçant des gens qui ne respectent pas la loi)

Je suis cependant d’accord pour considérer que le « tout contemporain » émarge plein-pot au rayon total galvaudé sa mère.

Sur la page suivante, la mode pour ce printemps me paraît un peu décalée, les modèles sont tous exposés sur fond de plage, les pieds dans l’eau… avec le commentaire : « conquérantes et racées, les silhouettes des beaux jours apprivoisent, en all over, toutes les nuances de la nature sauvage, de la plus tendre à la plus intense ».

Moi je lis ça, et reste bloquée sur la question : au vu de l’état semi-dénudé des femelles exposées, le « all over » serait-il l’inverse du pull over ?

guy denning

guy denning : cours camarade…

Je ne sais pas pourquoi, selon une association incontrôlée de mon cerveau, comme d’hab (il n’en fait qu’à sa tête, le bougre, depuis deux jours où je tourne en boucle ce vieux slogan : « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ».
Comment, on ne peut pas ?

Ça tombe bien, j’ai toujours détesté courir !

Ah, j’entends un gling dans le silence : sur mon écran, s’affiche un « Game over » !

©bleufushia

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In fine, con fine

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Aujourd’hui, comme trois fois par semaine, je reçois une newsletter (que je n’ai jamais sollicitée, mais qui m’est arrivée toute seule, depuis que je suis considérée comme vieille, du genre « presque bientôt morte ») :

Astuces, recettes et remèdes de nos grands-mères (sic pour la faute d’orthographe).

D’ordinaire, je l’élimine sans la lire. Mais là, la moindre activité comble le vide des espaces infinis. Alors, j’y jette un oeil.

On y trouve des choses d’une brûlante actualité, comme vous allez le voir.

Ainsi le dossier du jour, en pleine crise sanitaire et alors que le pays est quasiment à l’arrêt.

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la blouse blanche est, elle, dans l’air du temps

J’avoue que je trouve sympa de nous proposer de quoi penser à autre chose qu’à l’étrange merdier ambiant. Et quoi de mieux que de vaincre la peur de l’avion quand les avions restent au sol, et que la probabilité qu’on en prenne un risque d’être remise aux « calanques grecques » !

Attaquer de plein fouet cette question va sans doute grandement contribuer à calmer nos angoisses du moment, qui oscillent entre la peur de la mort et celle du manque de « Napü ».

C’est comme ça, parce que c’est juste bon de rire un peu, que j’appelle le PQ, conformément à la réponse que donnaient les français, pendant la deuxième guerre mondiale, aux allemands qui leur demandaient du cognac (traduction proposée dans un dictionnaire français-allemand des armées de l’époque). Napü !!

Des histoires de double sens

Je suis toujours fascinée par les mots, leur étymologie, et j’ai été bercée par les leçons constantes de mon enseignant de père, pour qui le pilier de tout savoir résidait dans la connaissance approfondie des racines grecques et latines.

J’avais du mal à comprendre comment un verbe commençant par « con » (=avec), en venait à signifier seul et sans contact avec.

Du coup, n’ayant rien à faire de ma vie, je me suis intéressée à l’origine et au sens du terme confiner.

Pour découvrir que, étrangement, le même verbe signifie deux choses totalement opposées ! (ça ne doit pas être le seul, mais aucun autre ne me vient à l’esprit à la minute)

Le verbe vient de « confins », et des racines « con » (avec) et « finis » (limite).

Je vous la fais rapide (et non exhaustif) :

  • dans un sens, il y a l’idée de la proximité d’une lisière commune entre des choses, des concepts, des personnes, des territoires. Cela signifie : être tout proche de, voisin, ressemblant, qui a des affinités, qui se côtoie.

C’est comme ça qu’Aragon peut parler de « cheveux aux confins de la rousseur », ou Roger Martin du Gard de « tous les voisins du confinage ».

Un certain Amyot évoque même un moment particulier, dans une relation : « quand leurs confins viendraient à se toucher et qu’il n’y aurait plus rien entre eux ».

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bioluminescence sur l’île de Vancouver, aux confins entre terre et mer

Dans les exemples illustratifs que j’ai trouvés, certains me semblent particulièrement adaptés au moment.

« Cela confine à la folie »

« Il y a des opérations capitalistes qui confinent au vol » (Jaurès)

On ne saurait mieux dire, non ?

« Aux confins entre l’animalité et l’humanité » (quand on voit comment certains peuvent se battre pour un paquet de pâtes, par exemple)

    • dans un second sens, il ne s’agit plus de toucher, mais d’éloigner, de reléguer, d’enfermer, de forcer à rester à l’écart, dans un espace limité, dans lequel même l’air devient « confiné » (dans ces cas-là, on est dans sa carrée, confiné au carré !). Il est alors question de se barricader, de s’isoler, de se limiter, voire de tenter de se contenir (le confinement nucléaire, par exemple, fait partie de cette acception-là.

« Nous allons entrer dans une époque de ténèbres. On ne pensera plus qu’à l’art militaire. On sera très pauvre, très pratique, très borné. Il faudra se confiner chez soi et ne plus rien voir. » (correspondance de Flaubert en 1870)

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illustration du jeu Path of exile

Je n’ai pas réussi à trouver par quel glissement on a pu passer d’un sens à l’autre (celui de se toucher est le plus ancien des deux).

Le fait de nous confiner, sauf brièvement – en s’étant signé tout seul une autorisation de sortie, comme lorsqu’on taillait le bahut, ce qui devait nous donner une sensation de liberté transgressive – paraît seulement liée à la deuxième de ces connotations.

Sauf qu’il y a en réalité deux poids deux mesures.Et même plus.

Là où certains ne peuvent plus mettre le nez dehors, d’autres sont, de par leur profession, obligés d’être en contact (infirmiers, médecins…) et ce, dans une situation de pénurie hallucinante, qui en fait des soldats sans armes – puisque le champ lexical choisi fait référence à la guerre, dans le but de marquer les esprits, et de faire disparaître les « ennemis de classe ».

Les infirmiers ne sont pas confinés, ni dans un sens ni dans l’autre. Ils sont en situation de servir, de sauver, et priés d’oublier les risques qu’il prennent en faisant cela. Ils n’ont pas le choix, on peut « compter sur eux ».

Il existe des situations, comme les prisons, où les gens sont à la fois confinés et confinés, si j’ose dire. La double peine…

Et il y a une autre partie de la population qu’on envoie au casse-pipe sans raison « objective », et sans problème moral pour les dirigeants, en dehors de tout besoin de la collectivité.

Sans doute pour illustrer le premier sens du verbe : on les confine, nombreux, proches les uns des autres (et sans protection), dans des usines qui produisent pour produire, des choses qui ne servent à rien en ce moment (comme des pneus, par exemple, dans un moment où on n’a pas le droit de se déplacer).

Ces gens-là ont l’obligation absolue (et opposée à celles des « calfeutrés »), et le droit insigne de se fréquenter, de se côtoyer, sans gestes-barrières possibles, dans des lieux où la pandémie a déjà frappé, et pour la gloire éternelle de l’argent.

Mais on s’en fout un peu, en fait. Ce ne sont quand même que des ouvriers.

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petit jeu perso du jour : une réunion de famille interdite (pas plus de 5), même avec une protection maximale

Alors même qu’un seul mot suffirait pour tout arrêter (sauf nourriture et soins), on les met en danger, en les faisant travailler jusqu’à l’absurde.

Ça me fait penser à cette phrase « si on introduit un couteau dans un film, il faut bien qu’il serve ».

Pas de bol, le mot confiner a deux sens, pourquoi donc se limiter à un ?

Pour finir, j’ai caressé un temps l’idée d’aller m’installer à Confins, dans le Minas Gerais,  pas loin de Vespasiennes (pour le Napü – qui ne peut manquer dans un lieu pareil), mais vu l’air brésilien du moment, je crois que c’est une mauvaise idée.

confins

«Infiniment lointain, terriblement étranger » (Tadeusz Kantor), tel est maintenant tout ce qui se trouve à plus de 200 mètres de notre nombril.

Je me demande, comme beaucoup, ce qu’il en sortira quand on en sortira : y aura-t-il encore un « après à St Germain des Prés » ?

©bleufushia

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