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YOLO (38)

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I want to retired being exotic (street art Bali, photo Aimery Joëssel)

Il pleut, et je viens de lire un article qui vous passionnerait, j’en suis sûre, les amis !
Ça parle de la disparition des dinosaures et de 80% de la vie sur terre, il y a de ça 65 millions d’années.
Des japonais viennent de découvrir la cause probable de la chose : je vous la fais rapido presto !
« En plus d’un énorme tsunami, de gigantesques incendies et de tonnes de poussières en suspension auraient plongé la Terre dans les ténèbres d’un terrible hiver, des pluies extrêmement acides se seraient abattues sur notre planète en seulement quelques jours. »
Et après ces pluies, couic, fini !
Quand on sait l’existence d’incendies gigantesquement impressionnants et hors de contrôle en Indonésie, qui répandent une quantité astronomique de cendres partout, il y a de quoi se faire des cheveux.*

Il y a à nouveau de l’extinction des dinosaures dans l’air.
Ça sent « la fin de la picade** » à plein nez ! (vous ne connaissez pas cette expression, je le vois à vos airs entendus : c’est un mélange de « c’est le bouquet » et « c’est la fin des haricots » – c’est normal que vous ne la connaissiez pas, c’est une sorte de private joke avec moi-même)
Mais y en a plus, Josette, des dinos ! rien que des en plastique !

Ben si, y en a : moi, par exemple ! Je dois faire partie des 20% de rescapés de la première cata (je suis de la branche corse, des solides s’il en est !)

Je vous avais déjà narré plusieurs épisodes dans lesquels j’apparaissais sous les traits d’un brontosaure de luxe décadent – du moins considéré comme tel par la noble institution pour laquelle je roule déjà depuis 35 ans (ça va, je ne suis pas née de la dernière pluie, ni une feignasse patentée, c’est simplement qu’avant, j’avais roulé dans une autre). De luxe, comme on dirait « pute de luxe », pour une professionnelle qu’on considère payer bien trop cher pour les services qu’elle rend.

Tiens, ça me remet un souvenir en mémoire : lors d’une réunion où il était (encore une fois) question de faire des économies , il y a plusieurs années – ce jour-là, on supprimait un service commun qui, ma foi, avait rendu pas mal de services à pas mal de monde -, le chef avait dit au sous-chef du service commun, ouvrez les guillemets : « je n’ai plus les moyens de me payer une danseuse ! »
Voilà, je suis une sorte de danseuse du quaternaire (une qui doit être, du coup, nulle en valse… euh, celle-là, de blague, elle est nulle aussi, pardon pardon !).

La situation est paradoxale, symptomatique de l’époque : on est obligé de s’incruster longtemps (même si on rêverait avec ferveur d’être ailleurs), mais en même temps, on nous reproche d’oser traîner encore nos guêtres par là alors qu’on fait rien qu’à être des has-been bougons .

La fin de l’incruste, pour moi, c’est, enfin, l’été prochain.

J’ai assisté en septembre à une réunion de mes chers collègues, assez hallucinante : il s’agissait de définir le profil de mon poste, pour qu’il puisse être publié comme vacant et pourvu dès le mois de septembre 2016. Le profil défini, dans une sorte de surenchère assez impressionnante, était celui d’une sorte de super génie sachant absolument tout faire à un très haut niveau, et pour tous les niveaux (bon, claro, c’est tout moi, ça ! mais de là à trouver quelqu’un « d’aussi et tout et tout ça », comme dirait Bobby, c’est pas gagné !).

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J’étais assise dans un coin, à côté de M., un jeune collègue qui est vacataire : il a été un de mes étudiants il y a quelques années, et on s’aime bien. Je ne participais pas à la réunion – l’après me concerne peu – et lui non plus, parce qu’il n’a pas son mot à dire en tant que vacataire.
On était tous les deux en position d’observateurs. Sauf à un moment où j’ai pris brièvement la parole, pour rappeler une des caractéristiques de mon poste : une proposition faite était légalement impossible… ma remarque est passée presque inaperçue, j’ai senti qu’elle n’était pas bienvenue (car elle n’était pas en phase avec les projets mirifiques de mes petits collègues).
Je n’ai pas insisté. Après tout, ils sont assez grands pour savoir, non ?
Au bout d’un moment, M. me glisse un petit billet : « c’est fou ! je ne sais pas si tu as remarqué, mais non seulement tu n’es pas dans cette pièce, mais en plus, tu es déjà morte et enterrée ! »

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Figure solitaire dans un théâtre (Hopper)

J’avais remarqué ! J’étais devenue un être transparent et immatériel, pour le moins.
Les mauvaises langues penseront que c’est un exploit de ma part. Ben si, braves gens, c’est dans cet état que désormais j’erre !
Je pensais, au moment où il m’écrivait ce petit mot à une collègue qui est partie à la retraite il y a quelques années, après avoir créé un département, enseigné très longtemps (presque depuis le début de cette fac-là), eu un rôle très important et visible. Je l’avais revue en octobre, juste après son départ, et elle m’avait raconté son ahurissement en retournant dans les locaux : personne ne répondait à son bonjour, ni n’avait l’air de l’identifier, comme si elle n’avait jamais été là auparavant.

J’ai eu des nouvelles du classement des postes (urgent, rien à cirer, bof, quand vous voudrez, bientôt peut-être… ce sont en gros les catégories dans lesquels on range les postes à pourvoir). Un ami qui fait partie de la commission m’a dit, au cours de l’automne, que le mien était dans les urgentissimes, à mettre en avant, tout ça. Classé sur le haut du paquet (et moi, pas peu fière !).

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Mickael Waraskae

Quel n’a pas été mon étonnement à la lecture du mail d’un autre collègue vacataire (qui m’écrivait pour tout autre chose) m’apprenant, au détour d’une phrase, que mon poste serait, finalement, tout bonnement supprimé.

Sifflet, fin du jeu.

J’ai fermé ma boîte professionnelle, ai erré un moment sur le net : tiens, le directeur du Service d’information du gouvernement (SIG) indique que Matignon vient de dépenser 36 480 euros pour les 4 000 cartes de vœux de bonne année de Valls, cartes expédiées aux élus, patrons, syndicalistes et journalistes.
Sur la carte, un slogan (« l’exigence et l’espoir … ») ressemblant bizarrement au titre du dernier ouvrage du mec sinistre en question… il se payerait pas de la pub avec nos impôts, lui, en douce ?
Cette somme est, à peu de chose près, ce que je gagne en un an…

Aucun rapport, certes…

Je traîne encore un peu, puis retourne à ma boîte pro : personne n’a jugé bon de me signifier cette suppression, sauf ce collègue (qui assure un seul cours dans le département et ne devrait même pas être au courant) .
Comment expliquer le silence des autres, et entre autres, des responsables ?
Ah, mais, gros bêtas, je sais : dit-on à quelqu’un qui est mort qu’il est définitivement non remplacé ?
Ben non ! on garde son chagrin pour soi, c’est tout, on est digne !

Je prends la chose du côté positif : ne pas être remplacée signifie sans doute être irremplaçable ! quelle merveille, j’en rosirais presque.

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Merve Ozaslan

(je fais presque partie des murs… après moi, rien ne peut être comme avant ! you hou hou !)

Arrêtez votre char, c’est pas joli joli de se moquer d’une ambulance !

Et puis, c’était prévisible, cette chose !
Pourquoi, en effet, nommer un titulaire sur un poste
– dans une formation qu’on envisage à terme de supprimer (les arts, la littérature et les sciences humaines, des matières inutiles qui font vite sale, et s’adressent à des étudiants essentiellement loosers, chevelus, dreadlockés ou gauchos-beurk)
– dans une époque où on nous vante les mérites de la classe inversée (traduire, les étudiants bossent tout seuls chez eux, et ne viennent pas nous déverser les microbes dont ils sont très probablement porteurs !) et du plan informatique tout azimut qui va avec (et les moocs –toi de moi)
– à un moment où on a presque fini de liquider les fonctionnaires, et de les remplacer par des vacataires taillables et corvéables à merci, et payables au lance-pierre (comment, y sont pas contents, les sans-dents ?)
Je me souviens, dans une autre institution, du directeur me racontant, il y a quelques années, qu’il avait un poste de titulaire à pourvoir, et que le DRH lui avait dressé tous les avantages qu’il y avait à embaucher un précaire à la place.
« Ces gens-là, au moins, travaillent, contrairement aux titulaires, parce qu’ils ont peur de perdre leur emploi », lui avait-il expliqué le plus sérieusement du monde.

Pourtant, je me préparais à concourir au PEPS ! (même si ça fait un peu « Prosper et youp la boum » dissous dans une boisson gazeuse, j’étais totalement dans le bon feeling !)
Visez un peu si c’est chouette, et si c’est pas fait EXACTEMENT pour moi, qui ai fait de la pédagogie militante le centre de ma vie professionnelle !

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Je réfléchis un peu, cette histoire de poste supprimé me file vaguement le bourdon, comme un relent de fin du monde (je sais que je ne suis pas la seule, mais partir en enterrant son poste, ça fait un effet bizarre, comme si on avait consacré sa vie à un truc dévalué, qui n’a servi à rien…).
La constance est bien un branle, comment ai-je pu déjà l’oublier, lui et sa langueur ?***
Je sors sur le balcon, il pleut toujours. Je vérifie sur ma langue, pas encore trop d’acidité.
Je pense à Cinema Paradiso, au dernier conducteur du dernier train à vapeur lors de sa dernière sortie…

Il y a de la poussière, et de la nostalgie dans l’air, malgré l’humidité ambiante ! ça sent vraiment la fin des dinosaures.
Secoue-toi, ma vieille, tu ne vas quand même pas te laisser atteindre !
OK, mec !
En attendant la mort sinon prochaine, du moins extrêmement prévisible, ma décision est prise.
Je vais adhérer au moove YOLO (You Only Live Once****) ;
Et profiter de la vie à donf les ballonfs, et après nous, le déluge !
Il y a une vie après le travail, je veux y croire.
YOLO, bro, YOLO !

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hercampus.com

©Bleufushia

*http://www.notre-planete.info/actualites/4347-Indonesie-incendies-forets-pollution-air

** Traduction française calamiteuse, volontaire et assumée de l’expression brésilienne «é o fim da picada », qui signifie, normalement, «c’est la fin du sentier », mais que l’on s’amuse parfois à traduire par « c’est la fin de la piqûre » (d’animal), parce que, hors contexte, picada a deux sens. Moi, je déforme encore la piqûre (contre-sens, donc), en le « traduisant » plus que mal, et ça m’amuse !

***Pour lire l’article consacré à cette histoire, c’est par là
https://bleufushia.wordpress.com/2015/12/31/moi-jmen-balance-37/

**** Vous ne connaissez pas ? c’est un genre staïle de carpe diem, mais pour gens stupides (très utilisé sur twitter, par exemple) : on prononce généralement cette phrase avant d’accomplir une action insignifiante, mais à laquelle on donne un statut de truc important.
Ex. J’en suis à mon deuxième café #yolo…. ou, ça y est, je le poste, cet article #yolo (ça fait un peu comme « banzaï », dans cet exemple-là !)

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