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El mundo es un milagre permanente

2 Commentaires

© bleufushia

Gardarem la plage

L’automne est là. En vrai.

Trois jours de pluie forte, des températures en baisse, et l’été fout le camp à toute vitesse.

A l’heure où certains de mes amis envisagent déjà avec délice des états de grasse marmotte enfouie, mes pensées effilochent encore un fugace désir d’été,  de corps engourdis au bord de l’eau, de main qui, abandonnée, provoque un infime clapotis en effleurant la surface rêveuse, alors que des lignes luminescentes jouent lentement sous mes paupières… des baisers chauds imprimés par des soleils révolus… d’un temps qui s’écoulerait au fil d’une mer traversée d’ombres aux allures de poissons, et d’algues oscillant avec indolence.

Je cultive et engrange ainsi des sensations encore présentes, pour me faire un petit bagage de douceur à emporter au milieu des frimas à venir.

l’ombre des poissons rêve-t-elle de lumière (© bleufushia)

Avant hier, je me baignais encore dans une mer étrangement chaude (et pas encore envahie par la marée noire, qui pollue déjà copieusement l’île la plus proche).

Je lézardais sur la plage, essayant de repérer si la « loi » découverte il y a peu en est une : il paraîtrait que la septième vague est toujours différente des six précédentes, modifiant le mouvement monotone des flots en y rajoutant une dose d’ailleurs et d’imprévu…

Ne parvenant à rien (je perds très vite le compte, il y a des mini vagues entre les vagues principales, je ne sais plus où j’en suis), j’ai détourné mon attention vers les gamins de touristes (cette période de vacances, avec le changement climatique, est de plus en plus courue dans ma station balnéaire).

© bleufushia

La dernière observation en date est une discussion entendue entre le plus grand des enfants de la photo, et un autre du même âge :

-tu sais faire des pyramides du Louvre en sable ?

-non
– comment tu t’appelles ?
-Tom !
– alors, tu t’appelles comme mon papa qui s’appelle Jonathan.
– mais moi, je m’appelle Tom.
– oui, c’est comme mon papa
– oui (conciliant), mais moi, c’est Tom
– ben oui, c’est comme mon papa…
(à ce stade-là, Tom, pas fou, capitule et s’éloigne).
Deux minutes après, Jonathan (le père de Ryan – parce qu’il s’appelle Ryan !) entre dans une colère subite, menaçant ses enfants de les punir s’ils touchent encore l’eau (sans autre explication que : « on est là pour le sable, point barre »).

Je ne sais pourquoi, d’un coup, je me fous que cet homme s’appelle Jonathan, il pourrait aussi bien s’appeler Tartempion. Ce qui est certain, c’est qu’amener des enfants sur une plage pour qu’ils n’y jouent pas, c’est juste un comportement qui me dépasse.
Mais si c’était le seul truc !

Le dépassement est en passe de devenir mon état naturel. Je vous le dis tel que.

Gardarem l’été

Depuis quelques semaines, sur un réseau social connu, on me propose quotidiennement, avec insistance, d’adhérer au groupe de ceux qui réclament qu’une prolongation de l’été soit inscrite dans la loi.

Rien de moins.

Avec signature de pétition à l’appui, exigeant qu’on efface l’automne et l’hiver de la réalité. Le printemps, lui, fait partie des rescapés.

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chaussons-tong

Aujourd’hui où j’ai enfilé mon premier pull de la saison, plus de groupe en vue. Bizarre ! Des qui capitulent à la première difficulté venue !

Est-ce parce que les 121 879 « like » n’ont pas suffi à obtenir satisfaction ? (parce qu’il s’agit moins d’adhérer que d’aimer des gens que, dans la real life, on serait peut-être amenés à détester, tant le climat global est à la haine)

C’est quand même étrange, parce que quand même, ça a drainé du monde, ce groupe absurde ! Plus que la plupart des vraies tragédies qui nous entourent.

Je m’interroge (je pense que c’est mon activité principale dans l’existence) : le monde s’écroule, et il y a quasiment 122 mille personnes qui n’ont rien d’autre à fiche que de s’embarquer dans un mouvement de réclamation hautement improbable (alors que tant de causes climatiques imposeraient qu’on se bouge vraiment au lieu d’espérer absurdement qu’il existe l’éponge à effacer les saisons), adressée à personne, de plus.
Encore qu’en faisant dans la métaphore, on puisse considérer que le capitalisme débridé est justement une sorte d’éponge diabolique qui efface et réduit à néant tout ce qu’il touche.
Mais pas certaine que ce groupe soit un fleuron de la lutte pour abolir définitivement le capitalisme dévastateur.

Ça me semble bien symptomatique d’un monde qui marche sur la tête. A force d’être dans le virtuel, on aimerait que la nature se plie aux diktats des hommes, que les équilibres soient abolis. Qu’on puisse la programmer comme on veut.

Kit d’urgence

A propos de nature, vu que le climat, on ne sait pourquoi, est devenu fou, le gouvernement met le paquet pour nous protéger.

Et j’aime ça, sentir qu’on s’occupe de moi ! Ça me rassure à donf !

Après la campagne de recrutement dans l’armée demandant de s’engager à ceux qui « veulent être le nouveau souffle après la tempête » (c’est beau, non, cette image de nature, de vent, de calme ? Moi, ça me fait rêver…), tous les jours, le réseau social dont je parlais me recommande, par la voix du ministère de l’écologie et de la transition, de ne plus jamais me déplacer sans transporter sur moi mon kit « pluie diluvienne » (je préfère la « pluie diluvieuse », sortie de la bouche de mon petit-fils).

L’idée est qu’à n’importe quel moment, je peux avoir à faire face à un isolement complet de trois jours minimum, et qu’il me faut tout le nécessaire pour affronter l’épreuve.

Parce que maintenant, c’est comme ça, faut être vigilant (comme pour le prix des denrées de base : le ministre l’a dit, soyez vigilant!)

survivalistes famille

survivalistes

Dans le kit, il nous est recommandé de mettre (je vous le dis, parce que je suis sûre que certains sont moins attentifs, et ça m’ennuierait que vous, mes amis, vous trouviez un jour comme la cigale insouciante, dans la panade, s’il se met à « pleuvoir de fond en comble »!) :

6 litres d’eau (en cas de pluie, ha ha) en petites bouteilles, nourriture de secours pour trois jours, radio, lampe de poche (avec deux piles de rechange), bougies, chargeur de téléphone ET téléphone déjà chargé, couteaux et outils divers, trousse médicale, double des clés de voiture et de maison, papiers d’identité (ça, c’est assez utile, en effet!), argent liquide, carte de crédit.

Rajoutez-y aussi :

ministre

… et tout ce qui vous semblerait utile à titre perso : le cadre du mariage des parents, le vase de Chine, and so on.

Du coup, je ne me déplace plus, dans la maison (et particulièrement quand je vais vers la cuisine ou la salle de bain, où il y a des robinets – on n’est jamais trop prudent), sans mon sac à dos.
Depuis trois jours, je le porte toute la journée.

Heureusement, je n’ai pas eu à m’en servir, mais je me sens OK. Tranquille, prête à tout !

Selon ce que je fais, je dois avouer que ce n’est pas très pratique. Par exemple – désolée d’utiliser un exemple aussi trivial, mais – lorsque je vais aux toilettes, qui peuvent toujours déborder, dois-je poser mon sac? Qu’en pensez-vous ?Pour faire la sieste, c’est pas top non plus.

J’ai bien un peu mal au dos aussi, mais faut s’adapter, non ?

Comme le disait l’autre jour un journaliste qui parlait de George Sand dans le poste : « de son temps, elle est déjà en avance sur son temps » .
C’est tout moi, ça !

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allez, hop, un petit souvenir de mer calme, en attendant la pluie et la tempête (© bleufushia)

© Bleufushia

Le titre de cet article est recopié de la semelle de mes chaussures (espagnoles) : « le monde est un miracle permanent »

 

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2 réflexions sur “El mundo es un milagre permanente

  1. & ta bouée canard au cabinet
    Peut’ t’ servir d’abattant très stylé.
    Amical Mirliton

  2. 😛
    Je vais y penser, merci !!

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