bleu fushia

always blue


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Entre deux feux

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©bleufushia (Ajaccio)

Je vous avais laissé en plan (Cf. Saint Glinglin, prochain arrêt*) sur le flou artistique régnant autour de la notion de senior.

Une petite piqûre de rappel en guise d’intro au propos du jour :

  • Un senior est plus vieux que d’autres plus jeunes, mais on ne peut pas qualifier comme ça un ado par rapport à un bambin. On est toujours le vieux de quelqu’un, mais quand on est senior, ça s’aggrave (au fait, je ne sais pas comment on dit en Espagne : un señor senior ? Et pour une femme? una señora senior ? Mais je m’égare !)

  • La limite inférieure de l’âge où on commence à le considérer comme tellement mûr qu’il est proche du blet est variable : 45 ans pour certains, 55 pour d’autres, ou 60, ou 62 – moment de la retraite, qui est sans cesse reculé – mais avant 70 ans (limite évoquée récemment par notre beau gouvernement, pour choisir entre toucher sa retraite ou accéder aux soins)

  • quand on a « l’âge de ses artères » (expression, vous l’avez remarqué – qui ne s’emploie pas pour toute personne ayant des artères qui la laissent « déjeûner en paix »), on est coincé dans un entre deux mouvant : entre la foule des plus jeunes, qui ne cesse de nous reléguer toujours plus loin, et le statut de personne âgée – « celle qui est proche du décès ».

    « Proche comment » était une des questions qui est restée en suspens.

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Burning man

After ze Saint Glinglin : FEU !

Aujourd’hui, je voudrais surfer sur la brûlante actualité du moment : la mort de celui qui voulait qu’on mange des pommes.

Depuis, lui avaient succédé ceux qui préconisent qu’on mange cinq fruits et légumes par jour, sans se préoccuper du fait que tout cela coûte un « pognon de dingue ». A son époque, un seul suffisait encore. Mais ce n’est pas le sujet.

« Ne chantez pas la mort, c’est un sujet morbide** », certes , mais c’est aussi, enfin, un sujet sûr et tangible.

Il y a un avant : la vie ;

un passage ;

après quoi, on est trépassé, mort, clamsé, fini.

C’est clair, et ça a l’avantage de mettre un terme à ce truc mouvant et vaseux des dernières décennies (dans le meilleur des cas) de l’étape précédente.

Quand on est mort, on est mort. Point !

Justement, Chichi (on l’appelait comme ça à mon époque) vient de « mordre la poussière ». On dit ça de ceux qui ne le sont pas encore redevenus. Sans préciser d’où vient la poussière « mordue ». Peut-être, dans ce cas, que Bernadette ne faisait plus beaucoup le ménage ces dernières années. Enfin, d’ici à ce qu’elle se soit solidifiée, quand même !

En s’éteignant, comme la flamme d’une bougie dont la cire a fondu, il relève d’une terminologie nouvelle : il devient « feu » Chichi.

Etonnant paradoxe du langage.

La nouvelle de son décès « met le feu » fort à propos (mais ce n’était pas son propos personnel) enfouissant dans le silence des medias d’autres informations qui auraient dû couvrir un feu plus gênant.

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Effacement (dessinateur non identifié) street art Ajaccio

« Feu », ici, n’a rien à voir avec le feu qui brûle, ni avec les feux qu’on brûle d’ailleurs, ceux qui vous coûtent des points (pas morts, les points).

Dans cet état-là, on ne peut pas dire de Chichi qu’il pète le feu, ni en déduire qu’il va être incinéré, pas plus qu’on ne prétend qu’il soit mort par arme à feu, alors même qu’il vient de passer l’arme à gauche – lui qui était de droite. Ni que l’attendent les flammes de l’enfer. Ni qu’il va rôtir dans le « Chaudron de » de la madame des pièces jaunes.

Non, rien de tout ça !

« Feu » signifie qu’il va émarger dans des délais très brefs, dans les actes notariaux, à l’élégante catégorie des de cujus (en italique et sans majuscule, désignation qui se prononce « dé couillouss », qu’on en ait ou pas), c’est-à-dire, de celui dont on hérite. Sans doute le de cujus date d’un temps où la femme n’avait pas de fortune propre. Et où on n’héritait que du père… Je ne serai jamais UNE de cujus, bien que j’aie des héritiers.

Apparemment, d’après ce que j’ai lu, entre les mouflets qu’il aurait peut-être semés ici ou là, et les légitimes qui ne peuvent pas se blairer, ça peut être chaud bouillant maintenant qu’il est « feu », ça risque de bagarrer sec au sein de la progéniture.

Mais c’est quoi, cette histoire de « feu » ?

Ben, c’est pas simple !

Le feu qui brûle vient du mot latin « focus », qui signifie foyer. Pour autant, je peux « focuser » sur quelque chose, avec mon appareil photo ou mon esprit, sans que les deux se consument.

Le « feu » du mort, lui, a plusieurs étymologies possibles : celle qui fait consensus le fait provenir de « fatutus », lui-même dérivé de fatum, le destin.

Même avec cette étymologie-là, il a connu selon les époques des sens divers, en commençant par celui qui a une mauvaise destinée (mais tous les morts en ont une, qui les fait mal finir, puisqu’ils meurent, et ce, que leur destinée terrestre ait été bonne ou mauvaise), pour se transformer en « celui qui a accompli son destin », plus vague. Ou plus simplement, celui qui fut.

Vague aussi, le genre de l’adjectif qui s’accorde ou pas, selon (feu ma mère, mais ma feue mère). Il a l’air d’être le seul dans son genre.

Mais, encore plus vague, tout le reste.

Jugez-en par vous-mêmes.

Je peux employer « feu » pour désigner quelqu’un qui est mort « depuis peu ».

Quand il est mort depuis « un peu plus longtemps », on doit employer le terme de défunt.

Le temps dont il est question ici est imprécis. Un peu, ou un peu plus, allez, on ne va pas en faire un fromage. Mais quand même, y a du génie à employer des termes différents pour qualifier des trucs relativement pareils.

Ça recommence, comme avec les seniors… au-delà de la limite, le flou continue !

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« Notre maison brûle et nous nous regardons ailleurs » (2002, toujours actuel !)

Feu désigne en tout cas un mort récent.

Si une autre mort advient (dans la famille, ou dans la catégorie – ici, chef d’état), le « feu » devient aussi sec « défunt ». Et pouf, abracadabra !

On peut donc, selon, rester « feu »un temps variable.

Si Giscard cassait sa pipe demain, le « feu » de Chichi partirait en fumée en une seconde. Franchement, ça ne serait pas juste, vous ne trouvez pas ? Les medias ne pourraient même pas profiter de ce « point mort » (stade auquel, dans les entreprises, une affaire devient rentable).

Le temps serait aussi (mais c’est une interprétation qui peut être contestée) lié à la longueur du deuil, qui est elle-même totalement variable : de deux ans pour une femme envers son mari (deuil complet, sauf au bout de 22 mois où elle a le droit de se remettre à boire du thé), il est réduit à à peu près rien pour un mari envers sa femme, et je ne vous dis pas les « normes » qui régissent le rapport à la fratrie disparue, ou au lointain cousin d’Amérique.

En plus, normalement, on emploie « feu » pour désigner quelqu’un qu’on a pu voir, sans que l’on sache maintenant si le contact visuel consiste à l’avoir vu en chair et en os.

Vous avez en tout cas repéré que je peux considérer, moi qui suis cacochyme, Chichi comme feu, parce que je l’ai vu à la téloche (mais sans avoir eu besoin de consulter les archives de l’INA cependant), mais comme il sévissait dans une période que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, les jeunes en sont réduits à ne pas utiliser le terme.

Il peut être feu pour moi, mais pas pour vous.

Et chtoc ! Non mais, qu’il y ait au moins quelques privilèges à être une vieille schnokesse.

Il y a aussi des nuances.

Prenons un pape : si je dis « feu » le pape, cela veut dire qu’aucun pape n’est vivant. Mais dès que le pape disparu a été remplacé, dès qu’un nouveau pape est appelé araignée-quel-drôle-de-nom-pourquoi-pas-libellule-ou-papillon, je me dois de dire illico  « le feu » pape.

Ici, Chichi est donc « le feu » Chichi, puisque ça fait une belle paire de lunettes qu’il est out.

On peut donc être feu sans être feu pour autant. Mais en même temps, pas encore totalement défunt, quoique bien mort.

Ça vous défrise, hein ?

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la petite danseuse d’ombre Monch

En tout cas, le truc sûr, c’est qu’il est clamsé et que la magie du « feu » opère : si on écoute ceux qui parlent dans le poste, il brille de tous les feux positifs possibles. Tout est oublié. Delete… et focus sur l’image idéalisée.

Un dernier truc m’intrigue  : le 2 novembre est le jour des morts, qualification brève qui remplace l’authentique dénomination, plus longue, la « commémoration des fidèles défunts ».

Que deviennent les pistachiers, ce jour-là *** ?

Pour finir en simplifiant le débat tout en l’élevant, je laisse la place à Bouddha himself.

« Il y a, ô brahmane, trois sortes de feux qu’il faut abandonner, qu’il faut éloigner, qu’il faut éviter.

Ce sont le feu de l’avidité, le feu de la haine et le feu de l’illusion. »

Y a du boulot, braves gens.

©bleufushia

* Pour lire Saint Glinglin, prochain arrêt, c’est par là :

https://wordpress.com/post/bleufushia.wordpress.com/3383

** très belle chanson de Jean-Roger Caussimon, chantée aussi par Léo Ferré

*** pistachier, nom donné en provençal aux hommes coureurs, à cause du fruit du pistachier qui aurait des vertus aphrodisiaques


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Partir ne mène à rien

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(photo non renseignée)

Y a des moments où on ne peut pas échapper à certains sujets de conversation.

Au « alors, ça va la rentrée ? » de mise pour l’heure, je réponds par un oui vague. Quelle rentrée, en effet ?

Dans la senioritude, septembre n’est plus synonyme de retour au travail, de même que l’été n’est plus associé à l’idée de vacances. Le temps est sans forme.

Je suis enfin sortie du monde du labeur (avec l’ambiance particulière des services publics sinistrés, qui transforment les emplois en authentique torture – en accord avec l’étymologie « tripallium » du mot travail)

Et au vu de la gueule riante du monde du travail, ne plus y être est gage, au minimum, d’absence de stress et de burn out (euh, mot qui n’existe pas, scusi, pardon pardon, mes doigts ont fourché, je ne voulais pas déclencher l’alarme, je ne le ferai plus !).

Cette année, cette non-rentrée suit un été où, première fois depuis longtemps, je n’ai pas voyagé.

Pas d’envie, pas de fric, avec la canicule qui écrase, et la conscience écolo du monde qui s’écroule, accompagnée du complexe grandissant de l’empreinte carbone qui culpabilise et j’en passe.

Du coup, « atome, souit ome ! »

Et comme le disait un ami, qui, aimant la logique binaire, associait de temps en temps des termes opposés pour une philosophie basique, mais irréfutable (salut à lui s’il lit ces lignes) : « pour rentrer, il faudrait déjà être partie ».

Donc, pas de rentrée, puisque pas de sortie, et circulez, y a rien à voir.

Barthélémy l’Anglais : les vents

Dans mon été oisif et cloîtré (pour cause de chaleur affolante, et de périodes de vent fort décourageant, et de mer fréquemment méduseuse ou très très glauque), j’ai passé pas mal de temps sur les réseaux sociaux, me faisant la réflexion que, parmi les gens que je connais, certains me paraissent, à l’inverse de moi, pris d’une sorte de frénésie de voyages lointains, comme s’ils se disaient que, bientôt, ils ne pourront plus le faire, quand la planète sera en biberine totale, et qu’ils se la font staïle bouquet de feu d’artifice. Et une dernière destination exotique, avant les soldes, et encore une autre, et une belle rouge, et là, oh, une bleue ! Une de mes connaissances, par exemple, alors qu’elle vient d’atterrir de l’autre bout du monde, a déjà réservé le voyage suivant. Il me semble qu’elle en est à quatre voyages en 9 mois.

Ça me troue, en fait !

(J’adore cette expression, que je cherche toujours à imager dans ma tête, aboutissant à des trucs surréalistes un peu à la noix. Parce que le trou dont il est question sans le nommer, il existe déjà, non ?).

Avant de décider de rester chez moi, je m’étais collée à chercher une destination possible.
Pas envie de villes banalisées, toutes pareilles, avec du mobilier urbain partout identique, les mêmes chaînes de magasin vendant du produit chinois everywhere, la queue en tout lieu, et le temps limité pour apercevoir des paysages dont l’accès est maintenant payant.

Dans la foulée, un coup d’oeil sur ce qui se pratique de plus en plus dans le monde, avec les lieux « instagrammables », m’a totalement dissuadée.

nature

photo Kari Medig & Catherine Bernier Illustration de l’article Dénaturer la #nature sur instagram (site Radio Canada)

Il y est question d’endroits du monde visités par des multitudes continues, juste le temps d’un selfie, les gens passant à toute allure, en ne conservant que le cliché, idéal, d’un monde qui n’existe pas. Pendant ce temps-là, un garde surveille et signale le temps autorisé pour chacun d’un coup de sifflet romantique, encouragé par la foule qui attend et qui crie « go go go ! ».

Et le passage est tel que le lieu se dégrade à toute allure.

et la face cachée… 

(…de la photo précédente)

A QUOI BON TOUT CA ?

Je rêvais d’îles (un rêve bien banal, j’en conviens), et d’île déserte plus particulièrement, après une année un peu rude et bousculée.

J’ai cru trouver mon paradis : les Iles Eparses.

Un copain m’en ayant parlé, je suis allée à la recherche de renseignements.
Langue parlée : le français (chouette !)

Monnaie : l’euro (fastoche !)

Et du lagon bleu, de la bio diversité comme s’il en pleuvait, une merveille !

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Juan de Nova (une des îles éparses)

En plus, pas embêtée… comme le signale wikipédia : le nombre d’habitants étant égal à zéro, et donc, le nombre d’habitants au km² aussi égal à zéro (on n’est jamais trop précis), finalement, on n’y dépense rien et on n’y cause pas.
Calme, cool, loin de tout (comme si l’on pouvait être loin de quelque chose en ce siècle – google m’espionnerait pour savoir illico quelle conversation j’ai bien pu tenir avec l’absence d’habitants du lieu).

C’était peut-être un peu « trop » reposant. J’ai lâché l’affaire.

Finalement, je me suis rabattue sur le dark tourism, le must de la nouveauté.

L’idée est d’aller dans des lieux non touristiques, en pratiquant le tourisme du lendemain – ou surlendemain, en l’occurrence – de catastrophe.

J’ai fixé mon choix sur le tourisme nucléaire, et décidé d’aller visiter Tchernobyl. Pripiat, la ville qui fait rêver, qu’ils disent.
La zone est restée hautement dangereuse (alors même qu’un nouveau sarcophage y a été construit en 2016), mais on peut la visiter, encadré, harnaché, préparé, contrôlé, minuté. Avec des risques d’y choper des trucs. Frisson garanti. Waouh !

Trop génial.

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Sergei Supiinsky (afp)

Hélas, damned, il y a quand même eu 50000 visiteurs en 2018.

Et je gage que ce n’est pas plus cool à Fukushima.

De surcroît, pour moi qui suis adepte de l'(in)organisation de dernière heure, c’est compliqué.

Plus que jamais, « l’at (h)ome » me semble synonyme de sweet !

Et mon piano est en meilleur état.

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E Férard : école de musique de Tchernobyl

Je me suis consolée en lisant un roman assez étrange racontant l’explosion : je vous le recommande. Ça s’appelle Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, c’est de Darak McKeon. C’est comme si vous y étiez, avec de bons bouts d’horreur dedans. Succulent. Et, avantage, on n’y baigne pas en direct, dans l’horreur.

Parce que c’est bien « un pays où les chiens tremblent sans oser aboyer. » (Jarry)

Tiens, je vous en livre un bout :

(Immédiatement après l’explosion du réacteur de la centrale de Tchernobyl, les techniciens cherchent la bonne procédure)

« Par miracle ils retrouvent le manuel des opérations, humide mais utilisable. Arrivent à la bonne section. La section existe donc. Oreilles vrillées par l’alarme. Yeux larmoyants. La section. Les pages feuilletées. Un titre : « Procédure d’opération en cas de fusion du réacteur ». Un bloc noirci à l’encre, sur deux pages, cinq pages, huit pages. Tout le texte a été effacé, les paragraphes masqués sous d’épaisses lignes noires. Pareil événement ne peut pas être toléré, ne peut être envisagé, on ne peut pas plus prévoir une telle chose qu’elle ne peut se produire. Le système ne dysfonctionnera pas, le système ne peut dysfonctionner, le système est la glorieuse patrie. »

Le tourisme darkement dangereux, c’est peut-être mieux à domicile, finalement ?

CHANGEMENT DE BRAQUET

« On connaît le monde sans pousser la porte.

On voit les chemins du ciel sans regarder par la fenêtre. »

(Lao Tseu)

Je me suis rappelée ma mère qui, à tous mes retours de voyage, commentait invariablement, les yeux au ciel : «faut qu’ils partent, mais pourquoi faut-il qu’ILS partent ? »

burning man

Burning man

Ça m’énervait, mais à la lueur de tout cela, je suis en train de la considérer autrement.

Alors, je me suis calée dans mon canapé, sous le vent doux d’un ventilateur (foin de la clim qui ravage la planète… j’aurais préféré, comme au bon vieux temps de la colonisation, me faire éventer avec une feuille de bananier par un superbe noir en grande partie dénudé, mais je m’égare, je crois que ça ne se dit pas, en fait, donc chut !), me suis servi un coquetelle savoureux, ai allumé la radio, les doigts de pied pas en éventail, parce que ça me fatigue dru.

Suis tombée, hasard incroyable, sur une émission à propos des récits de voyage littéraires.

Il s’y disait des tas de choses passionnantes et étonnantes, qui pointaient que les meilleurs récits étaient ceux qui avaient été totalement imaginés.

Jules Verne, par exemple, n’a jamais fait le moindre tour du monde, mais bien d’autres non plus, et les meilleurs des récits n’émanent pas de vrais voyageurs.

Ils se documentaient, éventuellement envoyaient quelqu’un leur faire quelques repérages (pas obligatoirement), mais c’est tout. La plupart du temps, tout est inventé de toute pièce.
Au XIXème siècle, de façon systématique, mais aussi au XXème (par exemple, le cas d’Edouard Glissant décrivant par le menu l’île de Pâques où il n’a jamais mis les pieds).

On y évoquait une anecdote qui m’a marquée : le jeune Gide ayant offert à Mallarmé, qu’il admirait, son livre « le voyage d’Uriel », dans lequel il décrit un voyage au Spitzberg et une chasse aux eiders, s’était vu complimenter en retour, après lecture, par Mallarmé, d’un : « oh, c’est parfait, j’ai eu peur un moment que vous n’y soyez réellement allé ! »

salisbury international arts festival

Salisbury International Arts Festival

La radio éteinte, j’ai commencé dans la foulée la lecture d’un ouvrage réjouissant : « Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? » , écrit par Pierre Bayard, qui se définit comme voyageur casanier.

C’est l’étude « des différentes manières de ne pas voyager, des situations délicates où l’on se retrouve quand il faut parler de lieux où l’on n’a pas été et des moyens à mettre en oeuvre pour se sortir d’affaire. On y montre que, contrairement aux idées reçues, il est tout à fait possible d’avoir un échange passionnant à propos d’un endroit où l’on n’a jamais mis les pieds, y compris, et peut-être surtout, avec quelqu’un qui est également resté chez lui. » 

La table des matières est à elle seule un régal. Comment s’y prendre, comment s’adapter aux différents interlocuteurs…

Au petit poil, non ?

Puis, y a aussi GeoGuessr, qui permet de voyager dans le monde entier devant son écran, sans foule, sans touristes, sans tourista, sans guerre, sans chaleur ni froid, en évitant les moustiques,les ampoules au pied, l’ennui, la fatigue (on peut aller se faire un petit sieston quand on en a marre), sans dépenser d’essence ou risquer de tomber en panne, et surtout, sans être en contact avec des humains dont beaucoup sont certainement des sauvages.

Bref, c’est décidé, je ne sors plus jamais, j’ai ma pile de bouquins, l’instagram des autres (sans le gardien du temps et le gogogo), l’ordi et tout le toutim, les carottes bio, et l’empreinte carbone décente.

Et si ça se trouve, juste après, je me lance (bien au coin du feu, cet hiver) dans le récit de voyage.

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Tiens, je commence par Bassas da India, la plus petite des Eparses, que j’ai visité dans cet équipage, parce qu’elle se trouve régulièrement complètement sous l’eau (mais ne noyant aucun habitant, et pour cause, ce qui est cool).

Vous me lirez peut-être en attendant l’avion ?

©bleufushia