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L’ange du sable

susana blasco antiheroes

Susana Blasco : antiheroes

« Qui sait ce que voit l’autruche dans le sable ? » (Samuel Beckett)

Il y a quelques jours, bien que l’automne soit déjà bien entamé, j’ai amené mon petit-fils à la plage.
C’est un garçon curieux (dans les deux sens du terme : à la fois empli de curiosité, et plein d’envies qui me semblent souvent plus « adultes » que son âge – lui n’a encore qu’un « petit cinq ans », selon ses dires).

Ce jour-là, il avait décidé qu’il passerait désormais, à compter de ce moment précis, et sans plus tarder, le reste de sa vie à voyager « de par le vaste monde » (je cite).

©Bleufushia

Il m’a convaincue d’amener dans mon sac de plage un certain nombre d’accessoires indispensables au voyage, dont un volumineux atlas que, malgré son poids et son encombrement, il avait tenu à porter lui-même, comme pour souligner la solennité et l’irréversibilité de sa décision.

Il s’est installé avec pelle et râteau dans un coin. L’atlas ouvert par mes soins à la page demandée, il s’est mis à creuser consciencieusement un petit trou, qui, peu à peu, est devenu de plus en plus profond. Il s’interrompait régulièrement pour vérifier sur l’atlas, pour ne pas creuser pour rien.
Que fais-tu, mon bonhomme ?

Ben, une expédition !

Ah bon, et vers où ?

Il a soufflé, un peu, doucement, pour montrer que je devrais quand même m’appliquer à suivre un peu !
Voyons, Mamili, je creuse pour arriver au Sahara. Il a rajouté doucement : tu te souviens, je te l’ai dit tout à l’heure.

Il a rajouté qu’il avait décidé de prendre un raccourci par un terrier de suricates, et qu’on y était presque.

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Avoir des terriers de suricate sous mes pieds m’inquiétait un peu, mais je n’en ai rien laissé paraître : être la grand-mère d’un explorateur exige un minimum de tenue, que diable ! Je tiens à me montrer à la hauteur.
En tout cas, moi qui suis d’un temps (que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître) où « sous les pavés », tout le monde savait bien qu’il y avait « la plage », je ne connaissais pas la version : « sous la plage, le Sahara ».

Je me suis égarée un bref instant, «à mille miles de toute terre habitée»*, plongeant  dans le souvenir du bac à sable de mon école maternelle (ça existe encore, ces trucs-là plein de microbes ? sûrement pas…).

Autour du bac de mon enfance, on tournait en demandant, dans une litanie que j’ai encore dans l’oreille, un mystérieux « qui veut jouer avec moi à la terre fiiiiii-neuu ? ».

Je ne sais qui avait inventé cette histoire de terre fine, mais c’était d’un exotisme torride pour moi. Aussi torride que le désir qui m’habitait envers les deux Michel : j’étais folle amoureuse des deux, et ne savais lequel j’allais épouser. L’un était très mignon et très gentil, l’autre moins beau, un peu plus macho, mais infiniment rebelle (il disait des gros mots à une époque où ça ne se faisait pas du tout !). Dans mon cœur, j’en pinçais un peu plus plus le mal élevé ! Où vont se nicher les désirs anciens ? et que sont mes amours devenues ?

La réalité me sort de la bulle du souvenir.

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Taeeun Yoo : Pez rojo

Mamili, une tempête de sable !
Le temps de mon rêve (mais sait-on jamais combien durent réellement les rêves ?), le vent chaud avait forci et les rafales brutales à plus de 100 km/heure ont eu raison de nous : nous sommes allés nous abriter.

Le sable nous piquant les yeux, j’ai mis un chèche sur la tête de mon « Petit Prince », pour le protéger.
Il n’y avait aucun doute, sur le chemin qui nous menait à notre campement, sous nos pieds, les dunes mugissaient leur chant profond**. Je me sentais émue.

Mon petit fils était aux anges (le matin même, il m’avait demandé si je savais «qu’au tout début, les anges, c’était des fraises ? ») :

Johann Scherft

tu as vu, on est arrivé !

On avait abandonné l’atlas. Mais en avait-on encore besoin ?

On s’est versé un petit thé chaud.
J’ai ouvert mon ordi, pour repérer notre position… zut : en panne !

J’ai branché le programme de diagnostic.

Mon écran affiche :
« EXPERIMENTAL :
Problème avec le bac à sable*** »

Pourquoi cette réponse m’étonne sans m’étonner pour autant ?

J’essuie de ma main quelques grains qui crissent sous mes doigts.
Qui a prétendu qu’une pénurie de sable guette le monde ?

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©Bleufushia

*Le Petit Prince : Antoine de St Exupéry, livre qui a bercé mon enfance, et que j’ai su par cœur pendant longtemps.

**Pour qui ne connaît pas le fascinant chant des dunes mugissantes

https://www.youtube.com/watch?v=t6Zt4XCHj3U

*** vous pouvez vérifier : ça existe vraiment !

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Avanti !

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Antonio Gramsci

Ce matin, j’ai bien commencé mon année.
J’ai d’abord reçu le joli vœu d’un ami cher, qui m’encourage à continuer à tracer calmement mon propre chemin.
J’ai bien aimé l’image qu’il me renvoie d’une vie comme un voyage sereinement buissonnier, avec un certain dépouillement que le parcours encourage.
Puis j’ai rencontré Gramsci, enfin, plutôt un texte qu’il a publié un premier janvier, il y a 101 ans, qui fait écho à cette idée de continuer à parcourir.
Ceci et cela dans la continuité d’une découverte très récente, qui m’enchante au point de vouloir tenter de la partager avec vous, une histoire de chemins, justement également, et de nomadisme…

Ainsi est-il des jours immobiles – comme est celui que j’ai entamé sous un beau ciel – où l’absence de mouvement en moi n’est qu’apparente, et où, comme la sève invisible en hiver, un frémissement imperceptible couve sous la peau.

Evidemment, je ne sais pas vraiment (et ne veux pas savoir) quel est mon chemin avant de l’avoir tracé, et ce n’est pas par une attitude volontariste que j’entends le mener (celle qu’on trouve dans les « résolutions » de début d’année, où il est question de faire, ou de tenter de faire, plutôt que de s’appliquer à être). Je ne souhaite pas qu’il me conduise vers un but précis.
Je l’aimerais plutôt vagabond, nomade justement, anarchique autant qu’anarchiste, fait de rencontres impromptues, de contacts, d’ouverture, de créations modestes, et de sensations reliées au monde tel qu’il palpite. Humain, juste humain.

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Chemins éphémères pour une cartographie personnelle ©Bleufushia

Je m’aimerais à la fois « ivre de vie intense » et « glissant mon aile sur le vent ».

Mais avant que je partage mon dernier émerveillement de 2016 avec vous, un extrait du texte de Gramsci dont je vous parlais* :

« Je déteste le jour de l’an »

« Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je déteste ces « nouvel an » à échéance fixe, ces jours de jubilation aux rimes obligées collectives, qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc.

Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues|…] »*

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Quelque part au Brésil © Richard Roux

Le chant et le territoire

J’ai appris l’existence du « labyrinthe de sentiers invisibles sillonnant tout le territoire australien, connu des Européens sous le nom de songlines, « itinéraires chantés » ou « piste des rêves » et des aborigènes sous le nom d’ « empreintes des ancêtres » au fil du Chant des pistes**, intéressant livre de voyage de Chatwin.
J’y ai relevé pour vous des éléments qui me fascinent.

Au « Temps du Rêve », raconte-t-il, des êtres totémiques ont parcouru tout le continent en chantant le nom de tout ce qu’ils ont croisé en chemin (oiseau, plantes, animaux, trous d’eau, rochers) et c’est ce chant qui a conféré son existence au monde.

Exister, c’est donc être perçu au rythme lent de la marche, nommé, et de plus, nommé en musique.

De ce fait, « dans la foi aborigène, une terre qui n’est pas chantée est une terre morte puisque, si les chants sont oubliés, la terre elle-même meurt ».

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Jennifer dreamtime (Jennifer Inkatji) carte topographique de sa région

Chatwin raconte même l’histoire d’un homme, Cheekybugger, qui, face à un ennemi, préfère donner son chant plutôt que risquer de le perdre (s’il advenait qu’il soit tué).
« Lors de sa traversée du pays, chaque ancêtre a laissé dans son sillage une suite de notes de musiques : ces pistes de rêve forment dans tout le pays des « voies » de communication entre les tribus éloignées. »
Un chant, outre qu’il a fait prendre corps à ce qui environnait l’homme, est donc « à la fois une carte et un topo-guide. Pour peu que vous connaissez le chant, vous pourrez toujours vous repérer sur le terrain ».

« La totalité de l’Australie peut être lue comme une partition musicale. »

Chaque lieu est un « rêve ».

En voyage, on peut chanter : « ça fait venir le pays plus vite ».
Si on demande à un aborigène quelle est l’histoire de  tel endroit, sa réponse mentionne « qui » est le lieu, le site sacré : « kangourou », « lézard », « les œufs du serpent arc-en-ciel » par exemple, selon l’ancêtre qui lui a donné naissance. Entre deux sites, la distance est considérée comme le passage du chant.

L’aborigène hérite d’un rêve (pas forcément le même pour tous les enfants d’une même mère – en fait, ce rêve est reçu au moment où la mère sent pour la première fois l’enfant bouger dans son ventre : elle repère l’endroit, et cet endroit est ensuite offert à l’enfant).
Il dit alors qu’il a un rêve lézard, par exemple. Ce qui signifie qu’il a le lézard en totem, et qu’il appartient au « clan » des lézards. Il est bien sûr exclu, dans cette situation, qu’il chasse des lézards.

De même, il n’est pas propriétaire du lieu qui lui est échu. La possession  est un concept qui n’existe pas. Mieux encore, il a un « directeur rituel » (le kutungurlu) qui  est responsable de son lieu (en accord avec lui), et lui va s’occuper du lieu de l’autre.

Ainsi, le territoire n’est pas délimité par des frontières, mais conçu comme un réseau  de lignes croisées. Chacun reçoit en héritage un tronçon du chant de l’ancêtre, et un tronçon du pays où « passe » ce chant.

L’homme qui suit un itinéraire chanté trouve sur son chemin des gens appartenant au même « rêve » que lui – c’est-à-dire descendant du même ancêtre totémique, celui qui le premier a chanté cet itinéraire – et il peut être assuré de rencontrer un bon accueil. « A la longue, il devient la piste, l’ancêtre et le chant. »
Sur chacune de ces lignes, les aborigènes pratiquent des échanges de choses inutiles ou banales, qui n’ont d’autre but que d’être une « prise de langue », pour échanger l’essentiel, les chants, et permettre aux autres des droits de passage.

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Kalaya Tjukurpa (Bradley Tunkin)

Lors des cérémonies, tous les chants correspondant à une piste sont chantés dans un ordre immuable pour célébrer la création (si l’ordre n’est pas parfait, il y a, symboliquement, abolition de la création).

Les ethnologues se sont aperçus que les chants pouvaient être transmis par télépathie, et certains aborigènes peuvent ainsi connaître des régions très éloignées, dans des endroits où ils ne sont jamais allés auparavant.

« Un membre d’une tribu A, qui vivait à l’extrémité d’un itinéraire chanté pouvait entendre quelques mesures chantées par la tribu M et, sans connaître un mot de la langue de M, savoir exactement quelle terre était chantée (une terre située à plus de 1800 km de là), grâce à la structure mélodique. Il serait capable de chanter ensuite ses propres paroles (sa traduction, en fait) en les substituant aux paroles initiales, pour décrire l’endroit.
Le profil mélodique du chant décrit, en quelque sorte, la nature du terrain concerné, comme de la musique (efficacement) descriptive.

Un chanteur expérimenté, en écoutant la mélodie, pouvait compter le nombre de rivières à traverser, les montagnes à gravir et en déduire à quel endroit de l’itinéraire chanté il se trouvait. »

Le personnage central du livre (qui n’est pas aborigène) conclut alors, sous forme de question à méditer :

« La musique serait une banque de données servant à trouver son chemin dans le monde ? »

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Ata Get

I have a dream…

Creuser mon sillon en chantant mon rêve, me fondre avec ce chemin et ce rêve éveillé, marcher toujours sur des routes d’autant plus réelles qu’elles sont imaginaires, échanger ma musique personnelle (et néanmoins reçue de mes ancêtres) avec d’autres humains nomades, voilà qui me semble, à défaut de constituer une résolution, être un programme qui me sied bien pour le siècle à venir (ne nous la jouons pas petit braquet).
Qu’on se le dise !
Et que votre propre chemin soit fertile et passionnant, voilà ce que je vous souhaite en ce jour.

©Bleufushia

*traduction d’Olivier Favier, trouvée sur son (excellent) site dormirajamais.org

** le chant des pistes (Bruce Chatwin), dernier voyage en Australie peu de temps avant sa mort (en 1989)

Le livre de Chatwin a été écrit à un moment où les blancs avaient déjà commencé à construire des lignes ferroviaires, à détruire une partie de ces lignes, à regrouper les aborigènes dans des villages… Dans les années 70, de plus, ils ont fourni aux aborigènes du matériel de peinture, et ils sont transcrits leurs cartes orales en œuvres apparemment abstraites. Ensemble de lignes et de points, elles retracent un territoire, représentant aussi, pour certaines, l’animal totémique associé au rêve. Ces peintures splendides sont devenues une source de richesse pour les blancs, et sont « extérieures » aux traditions. Chez les aborigènes,  l’art graphique est éphémère.


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Michelines (rêve)

1024px-Micheline_XM_5005_Mulhouse_FRA_001Je suis dans une gare qui ressemble à celle de Canfranc.

Les rails abandonnés courent et s’enchevêtrent avec les herbes folles, et le bâtiment gigantesque continue sa lente désagrégation. Ma fièvre trouble mon regard et je crois le voir s’écrouler sous mes yeux. La sensation d’étrangeté éprouvée dans ce lieu (en vrai) est là, avec l’impression vivace d’errer au milieu d’un rêve figé.
Bizarre de mélanger un rêve fictif avec un rêve réel.
Bon, pourriez-vous me dire… qu’est-ce qu’un rêve réel ?
En tout cas, mon train est là. Le passé aussi.
Le train est bleu, c’est une micheline qui doit m’amener à ma leçon hebdomadaire de piano.
Pas certaine que la micheline de mon enfance ait été bleue, mais dans le rêve, elle est comme ça.
Le mot de « micheline » me revient au moment où j’en gravis les marches, ces deux marches qui se rabattent quand le train part.

C’est un mot que j’avais remisé tout au fond de mon sac à mots du passé. Il y voisine avec « train auto-couchettes », dans le même ordre d’idée, ou « formica » et « robot-marie » – je me souviens d’une scène où le vendeur du village faisait l’article à ma mère en répétant en boucle, à propos d’une des fonctions du-dit robot-marie, un « ça hache tout » un peu hystérique…
Parfum d’une autre époque.
Il faudra que j’établisse une liste de ces mots de mon enfance. Mais là, dans le rêve, je n’en ai pas le temps.

Quand a-t-on cessé de dire « micheline » ? A-t-on, d’ailleurs, cessé ?
Cette nuit, je ne sais pas s’il s’agissait d’une vraie micheline.

(site sur l'histoire de Michelin)

(site sur l’histoire de Michelin)

L’odeur tapie dans mes souvenirs revient, nette, sans hésitation possible. Le bruit, qui me permettrait de le savoir, est absent.

J’en descends, en gare de Toulon, ce qui m’est permis par le rêve, et se raccroche sans secousse à une vérité de ma réalité passée. Mais je peine à trouver la sortie, il n’y a pas de quai et je me prends les pieds dans des rails rouillés.
Quand, enfin, je m’en sors,
je marche un peu vers la basse ville, sonne, monte trois étages d’un immeuble un peu miteux.

Je suis arrivée chez Micheline Michel, avec laquelle j’ai fait mes débuts.
Gamine, je me demandais comment on avait pu donner un nom de train à cette vieille fille un peu rêche.Et pourquoi cette répétition un peu ridicule ?
Pourquoi, aussi, un train  pouvait avoir un nom de femme. Ça, je le sais maintenant seulement. Je l’ai lu hier, au hasard d’une recherche.

J’ai gardé ces questions pour moi, jusqu’à aujourd’hui.
Comme beaucoup, je rêvais d’être une virtuose soliste, passant d’une scène célèbre à une autre, toujours sous les feux de la rampe. J’avais déjà, très jeune, choisi mon nom de vedette : Estrella Luz (le nom de famille ressemblait de près à celui de ma mère). Et la robe à paillettes qui allait avec. Infiniment plus chic que Micheline Michel et son appartement près du port, dans cette rue un peu obscure et sale où elle habitait.

chemin-de-fer-train-cle-de-sol-portee-musique-tag alorsquoidefun-frDans le songe, il me semble tout à coup d’un très mauvais augure que le nom de mon professeur ait été bégayant de la sorte – quelle drôle d’idée d’appeler quelqu’un comme ça -, et associé à un train qui n’est pas spécialement un rapide.
Comment réussir un début fulgurant en commençant sous ces auspices ?
C’était de mauvais augure et il est finalement heureux qu’il se soit réalisé.

A posteriori, je n’aurais pas aimé vivre cette vie-là.
Mais si je n’ai pas fait carrière, j’aurais pu entrer dans la finance grâce à elle.
Mademoiselle Michel avait une pédagogie fondée sur la récompense. Elle donnait en fin d’heure à qui avait bien travaillé un sucre d’orge. C’était généralement mon cas. Mais je détestais cela.
Du haut de mes 7 ans, très rapidement, j’ai osé le lui dire.

Elle, embêtée, m’a demandé ce qui me ferait plaisir à la place.

J’ai répondu « une pièce de 1 franc », avec un tel aplomb, probablement, qu’elle n’a pas osé dire non (je ne sais plus de combien était le prix d’une leçon, mais il n’était pas énorme, et 1 franc, ça n’était pas totalement rien).
C’est comme ça que tout mon apprentissage a été rémunéré.
Meilleur plan, non ?
Je n’ai jamais raconté à mes parents mes débuts dans la finance, ni la façon dont cet argent a été transformé en Car en Sac (ni le délice des délices de cette double transgression !) et mes dons en la matière se sont limités à cet épisode.
Ce qui est heureux aussi.
Vous me voyez dans la finance, vous ?

©Bleufushia
N.B. si ce rêve a été fait sous forte fièvre, ma prof de piano s’est vraiment appelée ainsi, j’y allais en micheline, et la gare de Canfranc m’a fait halluciner lorsque j’y suis passée, avec son air de reste de guerre bactériologique !