bleu fushia

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Voyage sous la calotte

Гиппокамп

Elle me consulte pour ses « mots de crâne », faites quelque chose, vite, je vous en prie, il me rend folle, mon cerveau, à tourner en rond. Y a des jours, j’ai l’impression qu’il va exploser.

Elle a subi des examens, on lui parle d’investigations supplémentaires nécessaires. Elle ne veut pas en entendre parler. Je veux pas qu’ils me décortiquent. Paraît que vous, vous arrangez des trucs que les autres soignent pas.

Paraît, oui…

Le médecin a insinué qu’elle est peut-être cinglée, ça ne lui a pas plu.

Non, ce n’est pas possible qu’il vous ait dit un truc pareil. Comme ça.

Si, j’ai les papiers, il l’a même écrit, j’ai le « gyrus cingulaire » qui va pas, qu’il faut y voir de plus près, à cause du petit vélo que j’ai dans la tête. J’ai peur qu’il m’envoie chez les jobastres.

Je suis une fille consciencieuse, j’étudie toujours le problème de près quand il ne m’est pas familier. Je cherche mes notes de cours sur le cerveau, pour révisationner*. Parce que c’est quand même du lourd. Je ne peux pas me lancer sur le sujet à la one again baby, les deux pieds sur le guidon. Faudrait pas que je lui mette le gyrus au carré non plus. Ma réputation de sorcière internationale en prendrait un coup.

Tiens, le cerveau, ça me rappelle mon oncle, à cause du vélo, il en faisait, et il grimpait jusqu’à sa maison, tout en haut du Gros Cerveau, une colline dans un village voisin. Il se vantait d’en avoir un pareil, parce qu’il y habitait. Il avait surtout la grosse tête, mais bon.

Zut, je retrouve plus mes notes… Je vais gogueuler les mouettes.

Et partager ça avec vous, je suis certaine que vous n’avez pas idée de tout ce qu’on a sous la calotte.

emir.widad (emaze)

J’allume, je pianote : Cerveau… là, ça y est !

Première occurrence : « Le cerveau peut stocker un pétaoctet de données »

Vous avez remarqué comment l’univers nous répond en direct live ? La dame me dit qu’elle explose, et tout de suite, j’ai une piste fiable. Les pétaoctets, je les connaissais pas, mais ça fait plus classe que la TNT, non ?

Je continue : Cerveau sur amazon  « Cerveau à petit prix, des milliers d’articles en stock, livrables en un jour »

Je le dirai à la dame, si je n’arrive pas à neutraliser ses pétaoctets, comme alternative, qu’elle peut s’en acheter un à bas prix.

Ce que j’ignore, c’est si on peut choisir les caractéristiques, parce que sinon, on peut tomber sur pire. Mais non, je suis bête, c’est un coup de google qui veut tous nous cloner, c’est la première campagne d’essai. Bon, je lui dirai pas, finalement, même au moment des soldes.

Cette histoire de calotte me titille, quel rapport avec celles que j’ai reçues dans l’enfance ?

Au début, déjà, seuls les ecclésiastiques en avaient, et c’était un bonnet. Le nom du bonnet venait du provençal, mais à cause de l’arabe. Bizarre, les religieux chrétiens s’identifiant à un bonnet étranger, au point que mon oncle au gros cerveau disait d’un curé de ses cousins, il est de la calotte.

Felix Vicq d’Azyr

Puis, tout le monde a gagné le droit d’avoir une calotte crânienne, mais tard, seulement au 19ème siècle !

Ça vous fissure les hémisphères ?

Loupé, ils sont déjà fissurés par nature !

Et maintenant, il y en a même qui ont des trous d’ozone dans la calotte, mais seulement si elle est glacée. J’ai du bol, la mienne est du genre chaud bouillant, un peu fêlée, mais pas trop.

Et puis, il y de l’eau dedans pour la tempérer.

Là, je suis un peu étonnée : mon père faisait toujours des blagues sur mon cerveau lent, du coup, je le voyais plutôt flotter dans les airs.

Oui, de l’eau. Et pas que de l’eau !

Dans la tête, on a tous un hippocampe, figurez-vous. Pourquoi lui, et pas une araignée ? ceux qui ont une araignée au plafond ont intérêt à ce que les deux animaux fassent bon ménage.

Même les oiseaux, qui ont l’hippocampe aviaire, dans leur eau d’oiseaux, à ne pas confondre avec la grippe, qui a de toute façon disparu de la surface de la terre, aviaire, aphteuse, ou pas (y a une histoire de fièvre aphteuse qui a permis à mes parents de se connaître, du coup, enfant, j’entendais la fièvre « affectueuse »).

Même les poissons ont chacun un hippocampe de compagnie. Mais « chez le poisson, la localisation de l’hippocampe est compliquée ».

Tu m’étonnes, dans la mer immense, t’as vite fait de paumer ton hippo si t’es pas hyper concentré.

Je zappe un site sur la controverse de l’hippocampe, mais je sais que tout symptôme vient d’un conflit, je vais éviter toute controverse stressante. Pour vous aussi.

Ne me remerciez pas, je fais ça de bon cœur.

On a également une amygdale, et ça, je trouve ça un peu dégueu, mais y en a qui se la font enlever, alors ça doit pas servir à grand chose. Faudra que je demande à la dame, quand même, si on l’a déjà opérée.

Mais le bouquet du bouquet, c’est qu’on a tous une île dans un recoin de notre cerveau.

L’insula, le cortex insulaire.

Zut, elle est encore « mal connue ». Sauf qu’on se demande si elle ne serait pas déterminante dans la formation de la conscience.

Là, j’ai une théorie explicative. Pas sur la conscience, mais pour la connaître mieux, l’île

Je vous la livre, je suis trop bonne.

A mon avis, ceux qui ont découvert le cerveau, ce sont des marins corses.

Pourquoi ? Ben, à cause de l’île, œuf corse. S’il y en a qui ont plus un cortex insulaire que les autres, c’est bien eux, non ?

A cause des pétaoctets, aussi. Boum !

Bon, il y a aussi des bretons, bien sûr, mais leurs îles sont plus minuscules, ça compte pour du beurre.

D’ailleurs, moi-même qui ai mes origines sur l’île de beauté, je m’interroge.

Si on a tous une île dans la tête, quid des corses ? A mon avis, on est tous bi-insulaires (ça ne veut pas dire qu’on a la calotte bi-polaire glacée non plus, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit).

La preuve ? Napoléon portait le bicorne ! Ah !

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Henry Gray Insula

Si je reviens à la dame, je tiens peut-être une deuxième piste (dont j’espère qu’elle ne sera pas un pétard mouillé).

Brain storming en direct !

Qui dit île, dit mer.

Qui dit mer, dit bateau (de marin corse, ou d’autres).

Les bateaux cinglent sur la mer (en rond s’ils veulent).

Mon grand-père corse était sous-marinier, alors, je m’intéresse, et il y a même un sous-marin qui a navigué sous la calotte.

Lorsqu’il y a des vagues, on divague… ou pas, d’ailleurs.

Quand on est pris dans la tempête, les bateaux se disloquent dans le liquide céphalo-rachidien, il arrive qu’il reste des bouts de coque déchiquetée coincés dans les rochers, et là, on va mal.

En psychogénéalogie, mon prof dit toujours qu’il faut aller chercher du côté des mémoires héritées. Peut-être une descendante d’un voyageur du Titanic ?

Une question qui me vient : quand on dit que la vieillesse est un naufrage, ce n’est peut-être pas qu’une image. La coque est vieille, se troue, l’eau s’infiltre, et adieu Berthe !

carte du système nerveux

captation du système nerveux

Ça va, je vis en Provence, c’est là qu’on a inventé comment calfater les coques avec de la résine de pin. Sauvée ! Quant à la dame, elle a quarante ans, pas encore naufragée, donc.

Dans la foulée, me reviennent les navaloramas. Je vérifie, ils ont été fabriqués juste après l’invention de la calotte crânienne, et ils offrent des perspectives sur la mer, avec des spectacles de naufrage.

Tout se tient. Ça baigne ! On ne me la fait pas.

Un autre piste me mène à penser que mon idée de marins est bonne. Vous savez ce qu’on a, encore, dans la boîte ?

Fornix et putamen. Yes ! Une pute à hommes dans chaque port, pour faire ses petites affaires tranquillou !

La putamen (ou le, chuis pas sûre), je suis allée chercher des renseignements complémentaires, elle a un lien avec le « locus niger », je vous explique, ça veut dire qu’elle s’acoquine avec des noirs loquaces, ou des chrétiens à calotte arabe, elle est pas farouche.

Bon, je suis parée, je pense, j’ai tout bien compris, je vais pouvoir soigner la dame. No problem. Pour les mots de tête, les noirs loquaces, ça me paraît vraiment un bon plan.

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oups, il a son hippocampe à l’oeil

Suffit que je lui bouche les trous de la coque, en lui montrant des photos du Titanic, avec les mains en fronto-occipital (c’est une technique anti stress, pour ramener du sang dans le cerveau, à la place de l’eau bouillonnante). Et que je lui apaise le pétaoctet de la quarantaine rugissante.

Je trouve que j’assure un max ! Je m’épate.

Au moment où je vais éteindre l’ordi, je tombe sur une photo de pâtes. Encore un coup de l’univers et de ses signes. Je pense je m’épate et je tombe sur des nouilles vivantes.

Moi, je dis, y a pas de hasard.

Les nouilles sont vivantes, elles ont nagé jusqu’à moi, avec leur hippocampe.

nouille-vivante

Nouilles vivantes

La vie est bien faite.

©bleufushia

* Merci, Castille !

PS. Pour ceux qui veulent un rdv, il suffit de me mettre un p’tit mp. Je vous assure, c’est pas pour me vanter, mais je déchire trop ma mère en tong dans la quatrième galaxie. Pour le cerveau, je sais pas, mais pour le reste, j’assure comme une bête !