bleu fushia

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Rien

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©Bleufushia

Petite chronique d’une journée parmi d’autres (mercredi 6 septembre 2017)

Pendant que je sirote un petit café dès potron-minet, je me connecte à mon ordinateur, et clique sur un lien dont j’ai l’usage quotidien. Apparaît alors sur l’écran le laïus suivant, qui me fout les jetons d’emblée. J’y pressens des menaces de rétorsion explicitement diffuses, si j’ose m’exprimer ainsi.

« Le serveur a compris la requête, mais refuse de la satisfaire, et cette requête ne doit pas être renouvelée. Si le serveur souhaite rendre public (sic) la raison pour laquelle il refuse le traitement, il le fera dans l’entité liée à cette réponse. Ce code est cependant utilisé lorsque le serveur ne souhaite pas s’étendre sur les raisons pour lesquelles il refuse un accès, ou parce que c’est la seule réponse qui convienne ».
Je décide d’éteindre l’ordinateur en appuyant (je sais, ça ne se fait pas) directement, mais suavement autant que subrepticement, sur le bouton stop. Et je n’ai pas osé le rallumer depuis.
Puis, je me lève, et m’éloigne en crabe de mon ordi, dans une fuite ridicule, mais dont personne n’est témoin.
Pourquoi est-il fâché ainsi contre moi. Qu’ai-je fait ?
Au moment où je vous écris, je préfère faire l’autruche.
Ou le poulet !
(Permettez-moi une petite digression !
Bing, l’inénarrable traducteur internet à qui je demandais de traduire une remarque de ma belle fille vietnamienne – concernant la date de passage de son permis de conduire – m’a livré hier sans hésiter cette traduction dont la clarté est indubitable, vous en conviendrez :
« Le poulet est quelqu’un qui ne labyrinthe pas »
Depuis, j’ai décidé que je ne labyrintherai plus jamais, qu’on se le dise. Et surtout pas devant un serveur inflexible !)

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Plus tard, je vais pour la première fois à un rendez-vous chez un ortho-quelque chose. J’en suis à un âge où plus rien ne va droit. Pas encore suffisamment cacochyme, cependant, pour faire l’impasse sur les ultimes tentatives avant la dead line, essais plus ou moins voués à l’échec pour remettre un peu d’harmonie dans le constitutivement bancal.

Je l’ai toujours été, au fond de moi-même (atteinte de bancalité secrète), mais là, merdum, tout d’un coup, ça se voit…
Je me livre à deux activités successives.
La première consiste à fixer la petite boule d’une spatule en plastique transparent rose, de celles dont on se sert, par exemple, pour touiller la mauresque. Mon esprit s’évade sans cesse loin de l’effort demandé : il se fixe sur la buée de mon verre d’apéro, pendant qu’une pensée me traverse : serait-ce que l’usage de la touillette chez l’ortho-machin est genré ? j’essaye de regarder en douce vers son bureau (mais ce n’est pas ce qui m’est demandé, bien sûr), pour voir s’il en a aussi une bleue, mais tout est flou.

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Puis, on me donne un bout de carton noir sur lequel sont imprimés deux ronds blancs. Je dois regarder d’une certaine façon le carton, jusqu’à voir trois ronds (un rond précis se crée entre les deux autres), puis ne plus regarder que le faux rond, qui, du fait de ce regard insistant que je lui porte, devient plus réel que le réel.
Il m’est demandé de me focaliser sur une création de mon cerveau.
Je me demande si je dois en déduire quelque chose sur mon rapport à l’univers. Ne plus voir que ce qui n’existe pas, me poser sans fin des questions sur la nature du réel.
Tout ceci me dépasse.

Plus tard, je suis en train d’attendre, dans une très grande parapharmacie (en libre service), devant une caisse isolée. Je suis seule à attendre, pendant que la caissière remplit un formulaire.
La porte coulissante du magasin s’ouvre et s’inscrit dans le cadre de l’entrée, dans une pose un peu théâtrale, une femme autour de 70 / 75 ans, belle, grande, toute habillée de différentes couches de vêtements couleur sable : un look hippie, robe à volant surmontée de deux étages de tuniques, écharpe… etc. Comme elle se fige, et que je n’ai rien d’autre à faire à ce moment précis, je la  regarde mieux. Elle a des boucles d’oreille sable, un sac sable, un collier sable, des cheveux sable. Elle tient à la main une laisse sable, au bout de laquelle un caniche couleur sable reste immobile.

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Elle-même reste deux minutes sans bouger, sans rien regarder non plus, avec sur le visage une absence d’expression notable.
Puis, très lentement, elle pivote et s’en va d’un pas lent, sur un imperceptible geste d’adieu.
Mes pensées m’égarent un moment du côté de La femme des sables d’Abe Kôbô, mais ça ne me donne rien. Je lâche l’affaire.

La caissière n’en finit pas de remplir son bordereau.
Je jette un œil sur une revue locale, pour tromper le temps (comme si on pouvait le tromper). Je tombe sur un titre qui me satisfait : en ces temps de chômage, le gouvernement pense à créer des emplois. « Le fisc veut rémunérer les indics ».
Y a pas de sot boulot !
Me revient, du coq à l’âne (au stade où on en est, j’ai bien le droit de me livrer à des associations involontaires), une discussion entre deux cadres, assis le cul dans la mer, à l’heure du coucher de soleil, un verre de champagne à la main : « non, je te dis que maintenant, c’est mort pour investir sur la côte croate »

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Björk au MoMA

La porte coulisse encore et laisse la place à une jeune fille aux cheveux bleus, le regard un peu spécial et hagard qui me fait penser à Björk.
L’air perdu, mais la trajectoire assez volontaire cependant, elle vient tout de suite nettement vers moi (ce qui implique de traverser une partie du magasin et d’obliquer de façon peu commode vers la gauche). Je suis toujours seule à attendre. Là, elle s’arrête et me demande : « vous faites la queue ? ». Et elle s’en va sans attendre la réponse et ressort du magasin sans y avoir rien fait d’autre.
Je murmure pour moi-même : « quelle étrange question ».
La caissière relève la tête, et commente : « les gens sont étranges, la vie est étrange, tout est étrange. C’est la faute à l’isolation »

Je paye sans demander mon reste devant ce verdict, et me hâte vers un isolement qui me paraît tout à coup salutaire.

Lost in Wonder (Trina Merry)

Y aurait-il un ortho – vie dans la salle pour redresser tout cela ?

A ce stade de mon article, prise d’un doute subit sur ma connaissance précise du sens de la racine grecque « ortho », j’ai l’idée saugrenue – aussi saugre que nue, ou aussi sotte que grenue, je ne me souviens plus ce que me disait mon père à ce sujet – de m’assurer de la solidité de ma mémoire en consultant mon ordi (que j’ai réallumé avec précaution).
Et voilà-t-y pas qu’il me dit ça :

Ortho, nom commun (Péjoratif)

Stupide, fou, personne incapable de faire les choses comme il faut (terme injurieux pour désigner les personnes atteintes de maladies ou de problèmes mentaux)

« Orlando est le plus nul de la classe, je pense que c’est un ortho ou il a une maladie mentale. »

Ben vlà aut’chose !!
Si les orthos sont aussi droits qu’ils sont tordus, j’enterre mon lapin* (ha ha, c’est pourtant du grec !)

©Bleufushia

*contrepèterie

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Une réflexion sur “Rien

  1. je ne vais plus jamais regarder les poulets de la même façon 😀

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