bleu fushia

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Classé sans suite

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Comme un avion sans ailes (au hasard du web, sur un site « saucisse du vendredi »)

Ouvrant ma boîte à griffonnages et autres gribouillis, boîte cependant garantie sans un seul griffon (je me méfie des animaux de légende, depuis que ma licorne-bouillotte a eu, au sens strict, le feu au cul, lors d’une austère soirée bigoudis, et que j’ai dû lui appliquer en urgence la thérapie Rika Zaraï), je me livre à mon rituel de passage d’année. La vider, contempler l’année passée.

J’y recueille au jour le jour, à partir de filtres incompréhensibles pour d’autres que moi, des trucs qui me laissent coite, me font rire, réfléchir, des infos qui ne servent à rien, des fragments d’images du monde, d’instantanés, de mots…
Effeuillant d’une main légère la surface des papiers les plus récents, déposés en couches aléatoires, ce jour, je récolte au hasard.

Chaque papier a été plié par mes soins en origami approximatif, ou en avion incertain, certains sans ailes, d’autres sans queue ni tête.
J’avais entendu, une fois, quelqu’un lire un extrait de roman dans lequel le personnage central faisait la liste de tout ce qu’il n’avait pas fait ni écrit, et de tous les livres absents de sa bibliothèque, liste sans fin, l’objet de toute une vie remplie de non vie…

Je suis, en ce qui me concerne, une brouillonne assumée, et je ne consignerai pas la liste déprimante de tout ce que je ne ferai jamais, la litanie des sujets possibles de livres à jamais non écrits.

Je suis partie pour vous faire un post mou, sans politique, sans avenir, sans philosophie de base. Un post de début d’année, sans entrain ni appétence, dans un monde qui s’écroule, en des soubresauts violemment réprimés par des qui disent que c’est-la-faute-des-autre-dépenaillés-édentés, s’ils sont obligés de frapper fort. Pour leur apprendre à faire dans leur caisse, en silence. Ils zavaient qu’à pascommencer… non mais !

Je partage, donc. Avant de mettre le feu à ces éphémères papiers (et, pendant qu’on est encore un tout petit peu en vacances, avec la maîtresse au milieu !), au lieu de consumer  uniquement ma seule existence, et ma belle jeunesse envolée.

En fait, en début d’année, je décombre…

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Tiens, un poil d’étymologie au passage (oui, on a l’étymologie poilue chez Bleufushia, c’est comme ça!)

Décombres, ça se rencontre toujours au pluriel ?

Oui, quasiment tout le temps : par exemple, dans l’expression « les décombres de l’immeuble marseillais », ou plus globalement, les « décombres que laisse derrière elle la révolution » (Littré).
On apprend, en feuilletant le « Dictionnaire des expressions vicieuses usitées dans un grand nombre de départements, édition de 1807 » que l’origine du mot signifie barricade d’arbres abattus (lais-sez-par-ler les p’tits papiers – des décombres pourraient-ils servir à fabriquer du papier ?) et que lorsque des décombres encombrent, il suffit de les décombrer.

Je vais donc m’employer à virer de là les scories de ma boîte à rien du tout tout bleu, pleine d’égobilles.

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(aussitôt lues et entendues, je les ai capturées , mais en fait, elles ne m’appartiennent pas !)

Curieusement, un coup des hasards objectifs, tout me parle de maintenant… par la lorgnette particulière des mots : dans cette société étrange, le langage s’échappe et dit n’importe quoi, et souvent rien. Souvent, il ne reflète qu’un vide même pas intersidéral.

Le champ de la politique est une mine (pendant qu’on n’y comprend goutte, les affaires continuent). Ma sensation est que tout glisse et se délite, les mots comme la réalité. Un peu comme la banquise qui part en biberine.
Souvent, je me sens comme isolée dans un pays que je connais, dont les gens utilisent une langue que je pratique, mais une paroi invisible m’empêche de comprendre ce qui se dit, ce qui s’échange. Je m’arrête, mon regard se brouille, et je me demande où je suis.
Peut-être ai-je chopé l’Allzheimer…

Ou suis-je ce gamin, vu dans une classe, à qui on apprenait une chanson en langue étrangère, sans lui avoir dit que ce n’était pas du français, et qui essayait désespérément de comprendre de quoi ça parlait au travers de ses filtres français. Il en avait fondu en larmes.

Oui, je suis cet enfant qui n’entrave que couic à l’univers qui l’environne…

Et qui écoute du Jacques Rebotier : « la vie, j’y comprends rien », en se disant que moi non plus, rien de rien…

Souvent, je me demande à quoi jouent les gens dans leurs vies ? De quoi elles sont faites, leurs vies, qui est totalement étranger à la mienne ? Je n’ose pas en parler. Je suis sans doute la seule à m’interroger ainsi. Les autres ont l’air tellement à l’aise.

Mais de quoi on parle ? que dit le langage quand il ne dit rien, mais qu’il le dit quand même ?

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Joseph Cornell : the hotel eden ) – ou « comme un oiseau sans ailes » :o)

 

Comme, dans une vie antérieure, les « couvertures auxquelles vous avez échappé » (j’y pense, on est le 7 janvier), je vous livre, dans un classement fort approximatif, quelques uns de ces papiers de l’année (du langage qui se mord la queue, mais pas que) :

Véhicules (entendu)

  • la voiture, elle est à moitié à vendre (le haut ? le bas ? l’avant ? l’arrière ? en biais ?)

et par association à l’idée de déplacement, le souvenir de « si les cons volaient, il serait chef d’escadrille »

Dans la catégorie « peut-on rire de tout ?»

  • James Horner, compositeur du Titanic, mort dans un crash aérien
  • De Gaulle, mort en faisant une réussite
  • un tribunal empêche des parents de nommer leur enfant Nutella (ils font appel – à tarte ?)

Politique (lu sur les rézosocios)

  • Marx est un nobody, comme on dit aujourd’hui (« ça c’est sûr, ça c’est sûr, ça c’est sûr !« )
  • Il y a un channel dans le discord (NB. Là, c’est du lourd!)
  • le gouvernement, il nous prend pour des google (un anonyme)
  • arrête d’être niant niant, ne crois pas tout ce qu’ils disent (forum gilets jaunes) (celle-là, je l’adore ! dans la révolte, on est souvent « niant niant » !)
  • tu es le vainqueur d’Aujourd’hui (c’est qui, çui-là?)
  • il a process l’information (j’en suis fort aise pour lui, mais de quoi ils causent ? Je suis la seule à ne rien capter?)
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Boîte de Joseph Cornell

Infos qui passent

  • Sénèque prédit à l’empereur Claude qu’il jouera éternellement aux dés en enfer avec un cornet sans fond (idée de châtiment pour les hommes politiques – ou comment les guérir radicalement d’être dé – sisyph)
  • Le Père Castor a choisi son nom parce que le castor construit et n’abandonne pas ses enfants (contre exemple politique)
  • la solidarité est un délit

Sponsorisé par fesse de bouc :

  • le pull de ski urbain (un coup du changement climatique?)
  • comment réussir son trait de liner flou ? Inscrivez-vous au webinaire (j’ai toujours détesté les trucs binaires, je préfère les nuances, mais pas le flou, je peux ?)
  • elle se trouve led (ouarf !)
  • Faites passer votre branding à la vitesse supérieure ! (yeah, ça va décoiffer!!!) pas l’ombre d’une idée de ce qu’est un branding (et je veux pas savoir, je m’en balance dru : sans doute une sorte de drone brûlant à la noix)
  • ces oranges vifs, roses intenses, jaunes fluo ou bleus électriques exaltent un vestiaire résolument technique et donnent le ton d’une saison au pic du chic (merdieu, si maintenant faut avoir le vestiaire technique et résolu, je me sens mal de chez mal)

  • boostez votre unicorn ! (j’peux pas, elle a le cul cramé !!! ai-je beuglé, avant de découvrir qu’une unicorn, c’est une start up valorisée de plus d’un milliard de dollars avant même d’être cotée en bourse : le truc qui me fait juste vomir direct!!)          

Début d’une anthologie des mots ou expressions insupportables, qui me procurent un embarras gastrique conséquent autant qu’immédiat

  • la magie de noël
  • disrupter
  • on n’a pas fait assez de pédagogie

Je vous avais prévenu, l’univers devient chaotique, mes posts aussi, alors que ma vie cahote par ailleurs (seulement la mienne ?).

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Joseph Cornell, sans titre… envolons-nous cependant dans un monde magique !

Heureusement qu’il y a l’art (et les boîtes de Cornell, qui ne causent pas !)

RENDEZ-NOUS NOS LICORNES, l’ISF, NOS REVES, LE MONDE, LES PLANS B, LA BANQUISE, LES MISTRAL GAGNANT, ET LES TUTTI (SANS) QUANTI(QUES) ET AVEC CINQ FRUTTI LEGUMI PAR JOUR !!

Je laisse le mot de la fin à Prévert : « quand vous citez un texte con, n’oubliez pas le contexte ».
Désolée, je l’ai souvent laissé filer (« cours-y vite, cours-y vite… »)
Allez, bonne année, les gens, dans un monde résolument sans branding qui s’emballe, et surtout, sans discord dans le channel (c’est pas gagné, je vous le dis) !

Moi, je dis, et surtout le discord ! l’absence de discord, c’est la plus belle des richesses.

Bon, la santé (mentale) aussi. Et là, je suis mal barrée !

©Bleufushia

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Lotta

©Bleufushia

Berlin – immeuble alternatif près de Hackesche Markt ©Bleufushia

Il y a les textes que j’écris, et tous ceux qui restent lettre morte, bouts de scénarios rangés de façon aléatoire et sommaire dans un coin obscur de ma mémoire, qui ressurgissent de temps en temps, parfois aboutissent à un texte fini, mais le plus souvent s’estompent à nouveau, bribes d’histoires déjà vues.

J’ai décidé de prendre des notes pour des textes que je n’écrirai pas.

Portrait de groupe à 4 personnages (dont un, l’enfant, ne compte pas vraiment ici), mélodrame à six sous.
– Carlotta et sa fille – c’était le passé.
– Freddie, le marin, l’homme à la balafre et à l’oeil bandé, le mari de Carlotta, et son éternel perroquet sur l’épaule, ramenés d’un port lointain (l’oeil crevé, et l’oiseau).
– Lotta – la même, mais une autre – c’est maintenant, c’est le présent. Elle a laissé tomber le Car- pour Lotta, seulement Lotta, à cause de Lotta continua, à cause de Led Zeppelin (et de son Whole Lotta love), à cause de Lotta libera – parce qu’elle ne veut plus jouer selon les mêmes règles, parce qu’elle s’est libérée, et surtout, parce qu’elle trouve que son nom claque mieux comme ça.

Entre Carlotta et Lotta, tout un monde : une teinture de cheveux, de la lascivité, l’abandon du rôle de la femme soumise, mère avant tout, au profit d’une sensualité chaque jour plus affirmée.

Entre les deux, un acte de rébellion.
Freddie voulait que Carlotta se fasse tatouer un coeur avec son nom à lui sur la poitrine, entre les deux seins, en signe d’appartenance éternelle, d’allégeance absolue, et elle a désobéi.
A la place, elle s’est fait tatouer un signe de révolte féministe. Désormais, elle n’en fait qu’à sa tête, elle use de son corps comme elle le veut, selon son désir, avec qui elle veut. Elle ne veut ni mari, ni amant, juste des amours volages.

Elle se couche avec volupté dans les draps bleus de la luxure – oui, c’est bleue qu’elle la voit.

Freddie voit rouge de son oeil unique. Il a les mains ensanglantées, bien que jointes dans une tentative de demande de pardon (après tout, il est dans son bon droit, elle l’a trompé sur la marchandise), qu’il n’obtiendra pas, on le sait.
Si on regarde mieux, l’abandon dont Lotta témoigne s’accompagne d’une certaine fixité dans le regard, même s’il y subsiste encore un instant un souvenir de sensualité.
Ce sont les yeux d’une femme dont la vie vient d’être ôtée.
C’est l’image d’un crime, mais soft, en déshabillé bleu à pois blancs.

©Bleufushia