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L’horizon déraisonne

Linea de horizonte (Javier Perez)

Je suis entrée dans l’eau avant le lever du jour, me coulant en brasses lentes vers la limite entre ciel et mer, encore incertaine dans la lumière naissante. Sans nul doute que je parvienne à m’en approcher avant que le soleil soit au zénith. Mon projet était d’atteindre l’horizon aujourd’hui, ou rien.

Tout en sentant les fluides m’environner avec douceur, me revenait en mémoire – légère incongruité au milieu de ce calme – mon ami R, prof de langue, qui avait proposé à des étudiants d’enrichir leur vocabulaire de l’expression « le bateau cinglait vers le large», inconnue au bataillon pour eux. L’un d’eux s’était discrètement tapoté la tempe, en disant qu’il avait entendu parler du bateau ivre, mais jamais de bateau cinglé.

On en avait ri, elle était bien bonne. Lui pas trop, parce que ses étudiants le croyaient de moins en moins, et que ça rendait parfois ses journées éprouvantes.

C’est alors que je me suis rendue compte que l’horizon vers lequel je cinglais, certes à faible allure, penchait vers la gauche.

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©Bleufushia

J’ai interrompu ma progression pour le regarder mieux.

Nul doute, la pente était même assez prononcée.

J’ai d’abord cru à une blague, à un mauvais cliché pris sans que le photographe ait stabilisé sa position, mais je ne voyais aucun photographe.

C’est moi qui penche, me suis-je dit. Voilà l’explication. Et dans ce cas-là, comment le savoir ? Et si, dans un instant de distraction, je m’étais mise à faire le poirier sans m’en rendre compte ? Comment être certain qu’on est stable ?

J’ai tourné et retourné ces questions dans ma tête, tandis que l’horizon se fichait de mes interrogations existentielles dans les grandes largeurs. Il demeurait là, immobile, ni trop haut, ni trop bas, juste incliné.

A la réflexion, ce n’était quand même pas si mal. Imaginez s’il avait été effacé !

J’ai continué à nager vers le large, mais le cœur n’y était plus.

Peut-être avais-je affaire à ces fameux mirages froids, ces « fata morgana » dont on m’avait parlé, ceux qui font flotter les bateaux dans le ciel ?

fata morgana

Non et non, ce n’était pas au-dessus, mais la pente qui allait faire couler le ciel dans la mer…

Je tentais d’y voir clair : l’horizon, je le sais, est une frontière illusoire, un repère stable qui n’est que du vent.  Enfin, du vent… façon de parler, bien sûr.

Comme le temps, qui n’existe pas non plus.

Pourtant, l’horizon, je le scrute depuis que je suis gamine et que je sais voir les choses. On m’aurait trompée ?

J’ai repensé à Sébastien, et à sa théorie selon laquelle les auras seraient internes, et que les imaginer comme externes à notre corps est erroné.

L’horizon serait-il juste une frontière interne ? Mais entre quoi et quoi ? une chose particulière pour chacun de nous ?

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Je me suis secouée. En revenant à ce foutu horizon penché.

Un repère illusoire peut-il être droit ou penché, selon ? qui peut en changer l’axe ?

Ma raison s’égarait. Etais-je en train de devenir aussi cinglée qu’un bateau privé de raison ?

En même temps, si l’horizon est illusoire, comment savoir que je vois la même chose qu’une autre personne le regardant à mes côtés au même moment ? L’autre jour, il me souvient que je le voyais rectiligne là où mon amie le voyait courbe. L’illusion, c’est chacun chacun, non ?

Je me suis souvenue d’un article parcouru la semaine dernière, parlant de l’influence des émotions sur la perception de la ligne d’horizon… une émotion – mais laquelle – le faisait souvent flancher à gauche. Je m’étais dit que c’était du grand n’importe quoi. C’est vrai, quoi, ils ne savent plus quoi inventer…

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Je suis revenue vers la plage. Ai repris le chemin de ma maison. Au dernier passage piétons, j’ai cru dérailler.

A qui peut-on se fier ?

©Bleufushia

 

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Fuir ou lutter ?

Topor

Approximation, quand tu nous tiens…

J’ouvre aujourd’hui Gogol pour me documenter sur ma nouvelle condition (mes proches prétendent en effet que je suis une grenouille), et je tombe là-dessus :

Le 14 mars (3/14), c’est « la journée de π et de l’approximation de π », jour que les mathématiciens fêtent en mangeant des pies (mais non, pas des pies, des « pies » – tartes, bien sûr !).

Et oui-kiki de nous expliquer qu’elle est « généralement célébrée à 1h59 de l’après-midi, à cause de l’approximation de six chiffres (3,14159). Certains utilisent une horloge à 24 heures, plutôt qu’à 12 heures, disent que 1h59 de l’après-midi est en fait 13h59, et à la place, la célèbrent à 1h59 du matin ou à 15h9, voire à 15h29 (3,141592

(NB. 29 et 92, là, on baigne dans l’approximation plein pot, mais bon, j’dis ça, j’dis rien!).

Mais comme quoi, la capacité des gens à ne pas être d’accord avec leur voisin est quand même assez phénoménale, vous ne trouvez pas ?

Moi, perso, depuis que je fais partie d’une famille d’amphibiens, j’avoue que les pies et les mathématiques, je n’en ai rien à battre (mais le fait de se disputer avec son voisin, si !), surtout depuis que j’ai découvert que j’aurais, prétendument, un cerveau qui me place à l’avant-dernière position sur le plan de l’intelligence, juste avant la poiscaille ! Trop vexée que je suis pas !!! groumph groumph groumph (je veux bien concéder que je ne suis pas encore très ok en terme de chant de grenouilles, mais bête, zut alors !).
Même si, à la fin de l’article concernant le cerveau de la grenouille, il y avait cette mention (rigoureusement authentique!) assez étrange – autant dans son propos que dans sa rédaction – qui m’a amenée à douter :

«Les précisions contenues dans ce site sont à hiérarchie informatif seulement . L’information est visqueuse par US et aussi que nous nous efforcions d’avoir les données au parfum et correctes , nous ne faisons aucune plan ou garantie d’aucune sorte , expresse ou tacite , sur l’exhaustivité , l’exactitude , la fidélité , la pertinence ou la délai de validité du site ou les indications , packs , interventions ou graphiques associés textes sur le site Web à quelque épilogue que ce soit. Toute cession que vous accordez à ces précisions est donc avec économie à toutes vos dangers et périls . » (sic)

Précisions grenouillesques

J’ai commencé, donc, à lire des infos sur les grenouilles (avec un drôle d’arrière-goût dans la bouche, à cause de la dernière phrase précédente : « toutes mes dangers et périls », diable !).
D’abord, je me suis décidée à être, désormais, une grenouille précise – foin de l’approximation! -, la « grenouille rieuse » (quitte à faire, autant se marrer), pour sortir de mon statut anonyme de (tête de) grenouille indifférenciée.

Puis, j’ai eu l’idée d’aller voir d’un peu plus près qui peuvent être mes prédateurs : en tant qu’humaine, je sais à peu près (les capitalistes, les hommes politiques, le système libéral, les chefaillons de tout bord, la pompe à phynance…), mais en tant que non-grenouille pendant plus de 60 ans, je n’avais pas vraiment idée.

Résultat des courses : comme je vis dans l’eau désormais, il y a des poissons (genre brochets), des serpents d’eau, mais comme il m’arrive de me prélasser sur mon nénuphar, je peux me faire choper par un héron (et rond petit patapon), et si je m’en vais batifoler sur l’herbe avoisinante, le renard (et autre quatre pattes) me guette.
Evidemment, si je suis une grenouille verte sur un nénuphar vert, et que je ferme les yeux, personne ne peut me voir (mais du coup, moi, je ne vois plus rien non plus).

Problème : la rieuse, elle est sympa, mais elle est vert olive (chouette, ça fait provençal), avec des pois noirs, et on la voit, même si elle a les yeux clos !
P’taing, je sens que la vie ne va pas être facile.
J’ai cherché quelle autre grenouille je pourrais être, j’ai failli choisir d’être une grenouille-tomate, mais là, ça m’a fait penser à un autre truc que je vais peut-être vous raconter et qui me file des frissons dans le dos. Et j’ai renoncé.

Une vie de grenouille

Avant, imaginez un peu :

Fermez les yeux, mais pas complètement quand même : surveillez les environs, à la manière d’un psychanalyste à l’affût, avec une attention flottante (normal, on est sur l’eau).
Ne lâchez jamais la vigilance de base.

Vous êtes une grenouille rieuse, présentement tranquille sur votre camp de base. C’est le début du printemps, vous êtes sortie de l’hibernation il y a peu, vous commencez à rêver libidineusement, ou pas, pendant que le soleil chauffe doucement votre peau, que vous prenez cependant le soin d’hydrater régulièrement, comme vous l’a appris votre maman.Vous vous fichez du temps qui passe, personne ne vous voit. Zénitude absolue.

Boucq

Du coin de l’oeil, cependant, alors même que, d’un coup de langue rapide, vous venez d’attraper et de boulotter un moucheron qui passait par là en croyant que vous dormiez, vous avisez au loin un volatile… mince : c’est un héron (et rond)!

Vos gênes commencent à s’agiter, rappelant à votre cerveau qu’il s’agit là d’un sacré danger, et vous sentez dans vos cuisses l’adrénaline de vos ancêtres – ceux qui se sont fait dévorer – qui se rappelle à votre bon souvenir.

Votre amygdale (pas les amygdales qu’on se fait enlever quand on est pitchoun, non l’amygdale, votre sentinelle émotionnelle, qui se trouve entre vos deux hypothétiques hippocampes – enfin, on va présumer que vous en avez, sinon, comment vous faites pour sentir le danger, hein? Même si un hippocampe dans une grenouille… je préfère que mon petit fils ignore cette histoire, sinon, je n’ai pas fini), votre amygdale, donc, commence à vous signifier avec insistance qu’il va falloir faire quelque chose : vous vous mettez à suer dru (parce que vous respirez par la peau, c’est comme ça, vous avez un trop petit thorax pour avoir des poumons!), vos pattes tremblent.

Devant l’agression prochaine, vous souffrez de tachycardie, votre cœur s’emballe, vos pupilles se dilatent, vous trouvez qu’il caille drôlement, parce que votre tension chute à vue d’oeil. Vous vous sentez faible, faible, faible !

Mais vous êtes maligne, vous savez que vous êtes la grenouille capable de faire les sauts les plus longs : plus de 2 mètres, quand même (tout est dans le « plus », qui vous rassure!).

Si du moins le S.G.A.(Syndrome d’Adaptation Générale, qui régit une grande partie de notre vie, et nous permet de lutter ou de fuir en cas de stress, au lieu de nous faire bouffer tout cru) ne vous commande pas à la dernière minute, l’andouille, de lutter, juste dans ce cas précis !

Tardi (le cri du peuple)

Non, non, pas lutter ! Aïe aïe aïe ! Fuir, et fissa !

Vous déjouez l’effet patte molle, et plouf ! Dans l’eau ! Moins deux et c’était moins une !
Si vous avez du bol qu’il ne passe pas un brochet juste à ce moment-là sur votre piste d’atterrissage aquatique (dans une rivière, on ne dit pas amerrissage, j’en suis certaine), vous êtes sauvée ! Le temps de calmer vos manifestations physiologiques de stress – c’est la phase du contrechoc : mains qui se « démoitifient », palpitant qui calme sa chamade, peau qui se dé-glue, envie urgente de faire pipi… et vous revoilà capable d’une petite sieste en surface.

Vous vous reprenez doucement, en vous félicitant a posteriori de ne pas avoir été, ce coup-ci, une grenouille-tomate – parce qu’elle est moins bonne sauteuse ; et qu’on la repère à 10 mètres avec sa couleur – et vous vous mettez derechef à vous projeter, par une association approximative dont vous êtes coutumière, dans la peau d’une tomate pas grenouille.
Respirez profondément. Vous imaginez un lieu verdoyant, une campagne française isolée.

A trois, vous serez une tomate.

1 – 2 – 3

Ça y est, vous êtes maintenant une jolie tomate, occupée, ou non, avec vos copines, à mûrir à cœur (car vous en avez un, sans nul doute, un cœur tendre et juteux). Tout est luxe, calme et volupté dans les environs.

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Tout à coup, dans votre champ de vision, apparaît une forme verte, allongée !
Fuck ! La terrible chenille des betteraves ! Quel scientifique assez idiot l’a qualifiée de la sorte, puisqu’elle s’attaque préférentiellement aux tomates ? Y a quand même rouge et rouge !

Sont parfois crétins, ces humains !
Le seul réflexe qui vous vient, c’est la fuite. Mais damned, comment fuir avec des racines ? Comment prendre ses racines à son cou (alors même que vous n’avez pas de cou, même un gamin sait ça).

Vous n’avez à votre disposition qu’une  moitié de S.G.A : obligée de lutter.

Vous regardez vos copines, elles n’ont rien vu, elles sont en train de papoter shopping, mouflets etc.
Le problème que vous avez, c’est que vous êtes connue pour être lente. Tant pis ! Bansaï ! Zyva pour la lutte à mort (votre mort, bien sûr : le temps que vous fassiez votre devoir de combattante, ça en sera fini de vous, mais vous pourrez peut-être sauver la communauté).
A ce stade-là, vous êtes en train de penser, à juste titre, que vous êtes particulièrement mal barrées, vous et vos amies.
C’est mal vous connaître !
En même temps que vous poussez, le plus fort que vous pouvez, en ouvrant grand votre bouche (oui, vous en avez une, et même des oreilles, sinon, à quoi servirait de vous exprimer) le fameux cri de la tomate (un cri redoutable, chimique – tant pis, faudrait pas qu’en plus, vous soyez écolo, non mais!), vous avertissez vos amies qu’elles doivent sortir leur arme – chimique elle aussi -, et en enduire leurs feuilles au plus vite. Vous espérez qu’elles vous ont toutes entendues, qu’elles s’armeront à temps, et que votre sacrifice n’aura pas servi à rien.

cédric nithard (les mûres aussi !)

La chenille est sur vous et a commencé son œuvre dévastatrice : elle a déjà rongé plusieurs feuilles, et, votre cœur battant à tout rompre devant la mort qui s’approche, vous n’avez plus le courage de crier.
Dans un dernier coup d’oeil, vous vous rendez compte, cependant, que la stratégie inscrite dans vos gênes a bien fonctionné : déjà la première chenille se retourne vers celle qui la suit, et commence à l’attaquer et à la dévorer. Vous laissez derrière vous un champ de bataille : vos amies voient ce que vous ne pouvez plus voir : une seule chenille qui reste, la plus forte, celle qui a réussi à manger toutes les autres.
Elle n’en peut plus : elle est devenue, à cause de l’agent chimique collectivement émis, un animal non seulement carnivore, mais en plus, cannibale !
Maintenant qu’elle a goûté une fois à la chair des autres, elle ne s’arrêtera plus, et vos amies tomates seront peinardes.
Vous pouvez désormais vous réveiller de votre mauvais rêve.
Plus la peine de crier.
Lorsque je dirai 3, vous ouvrirez les yeux.

le CRI à travers les âges

Perspectives enthousiasmantes de la recherche à venir

Cette histoire est authentique : les tomates ont le pouvoir d’insuffler à des chenilles totalement et uniquement herbivores un instinct carnivore irrépressible, qui ne les quitte plus : carnivore une fois, cannibale toujours. Les chenilles soumises à une émanation chimique produite par la plante, se dévorent entre elles, au lieu de décimer la plantation de tomates. 

« La plante fait en sorte que le cannibalisme devienne la meilleure option pour la chenille ».

Souvent, en ce qui me concerne, je pense à la politique politicienne (je la différencie de l’idée que, par ailleurs, tout est politique, et qu’on peut faire en sorte de réfléchir chacun de nos actes et positionnements en ces termes-là), et à mon (notre) impuissance dans ce champ-là.
J’y pense avec beaucoup de perplexité, et en constatant le jeu manipulatoire permanent des dirigeants, qui nous montent les uns contre les autres, selon le grand principe du « diviser pour régner ».

Face à cela, on – le vulgum pecus, dont je fais partie – adopte la stratégie de la lutte (inefficace) contre des pouvoirs puissants et violents, ou l’agressivité contre nos semblables (qu’on nous présente comme différents de nous : pas la même race, pas le même institution, pas le même salaire, pas les mêmes avantages…), ou la fuite.
Toujours le S.G.A collé à nos basques de classe populo.

Topor, (cuisine cannibale)

Et on nous dresse les uns contre les autres, toutes catégories confondues. On va même jusqu’à faire des comportements de solidarité un délit.
Et ça marche : les gens se détestent, ne réagissent pas, essaient de se planquer et de sauvegarder les restes…Ils ne vont pas encore jusqu’à s’entre-dévorer au sens littéral du terme, mais parfois, je me demande où on va.

Comme dans ce jeu psychologique au nom limpide : « battez-vous », expliqué en Analyse Transactionnelle, jeu de manipulation qui consiste à détourner l’attention de deux personnes à qui on propose de se disputer pour une broutille. Et pendant qu’ils font cela (parce que ça fonctionne!), les affaires continuent, la pauvreté gagne, le monde est détruit peu à peu, les logiques marchandes mortifères jouent au rouleau compresseur avec nos vies.

Bon, vous connaissez tout ça, je ne vous fais pas un dessin.

Et si…

Et si on appliquait la technique de la tomate : après le cri du peuple, celui de la tomate ! Finalement, si le cri est efficace, qu’importe qui l’émet !
On trouverait un moyen pour faire en sorte que ceux qui nous dirigent deviennent tout à coup cannibales, et se boulottent entre eux.
Ça serait pas une idée géniale, ça ?
Ils deviendraient frénétiques, se jetteraient les uns sur les autres, et il n’en resterait qu’un, impotent et ventripotent.

(provenance inconnue)


Je vous laisse, j’ai acheté quelques produits chimiques, je m’en vais tenter quelques mélanges.

Dès que j’ai mis ça au point, je vous tiens au jus !
Pour mes amis de formation, je vous propose bientôt une nouvelle M.O.N.** révolutionnaire.

© Bleufushia

Si ça vous tente de savoir comment je me suis retrouvée grenouille, cliquez sur
https://bleufushia.wordpress.com/2018/01/05/dans-quel-etat-jerre-histoire-dune-possible-conspiration/

** Meilleure Option Neurologique



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Dans quel état j’erre ? (histoire d’une possible conspiration)

La niña (Graciela Vives) – collage

Allez savoir l’image que les gens se font de vous.

C’est une question que je me suis peu posée jusqu’ici, pour tout vous dire.
Il en est autrement aujourd’hui, et j’ai grand besoin de votre aide. Je barbote en pleine crise existentielle aigüe.

La Princesse de Ségur comme marraine

Bien sûr, quand j’étais gamine, j’ai tenté, comme tout un chacun, de me conformer aux attentes de mes géniteurs, et de mes professeurs. J’ai essayé avec acharnement d’être la petite fille idéale, conforme, sage comme une image (même si, intérieurement, j’étais, comme la petite fille de ce livre d’Alain Serres, plutôt « sage comme un orage »),  qu’on me demandait d’être.

« Tout le monde (était) rassuré de me voir sourire sans faire de bruit. Personne ne (savait)  que dans l’ombre de mes yeux, la nuit, pouss(ait) une forêt d’arbres et de loups … »

Dinette des années 50

On me voulait comme ça, et, je vous jure, j’ai fait de mon mieux, jusqu’à déclarer forfait.
J’ai attendu longtemps : le déclencheur de ma débâcle a été cet anniversaire où ma mozer m’a déclaré tout de go que, maintenant, j’étais grande et que je pourrais quand même essayer de ressembler, ENFIN, un peu à quelque chose.

J’ai demandé des explications, et le quelque chose était quelqu’un ET son costume : Elisabeth Guigou ET son tailleur BCBG !
Evidemment, les nombreux lecteurs jeunes qui dévorent mes articles de blog ne peuvent pas connaître cette référence, mais quand on me connait et qu’on voit ce que ma mère désirait que je devienne, on ne peut que rire (ou pleurer).

A ce moment-là, précis, je lisais Oscar Wilde, et son «On devrait être toujours légèrement improbable » m’a semblé être le coup de pouce philosophique que j’attendais pour être moi-même. 

J’ai alors travaillé à peaufiner une personnalité bien à moi, dans la rebellitude (pour faire référence à une autre femme politique de la même couleur et de la même manchabalai-guindation – si j’ose ce néologisme – que la Guiguounette en question) vis-à-vis des modèles imposés.
Depuis des années, finalement, le résultat, dans ma tête, c’est plutôt ça :

Yusuru Masuda

(tiens, ma métamorphose intime me fait penser au texte de la réforme de 2015 sur les langues vivantes : « aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs » : je cause estranger même quand je suis moi et que je ne dis rien ! c’est tout moi, ça ! et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais c’est beau comme un texte de loi)

… ou ça :

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Yago Partal

ou encore plutôt ça…

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Yago Partal (et son excellente collection d’animaux habillés)

Mais… pa-ta-tras !

Quelle n’a pas été ma désillusion quand  j’ai découvert que mon petit-fils adoré, la chair de ma chair, oui, lui-même, la prunelle de mes yeux de biche… me voit comme ça. Un truc aussi violent sur ma tête qu’une pluie de poissons ou de grenouilles !

En pleine phase de découvertes des rimes, et à la suite de la lecture de l’histoire d’un géant nommé Barbanouille, il a inventé à mon intention  la dénomination :

Mamilinouille tête de grenouille.

Et il s’y tient, le bougre. Petit impertinent !
Ça le fait même se gondoler grave.
J’étais horriblement vexée, mais j’ai souri sans rien dire.
Et comme qui ne dit mot consent… tout tourne depuis autour de l’animal : allusions, blagues, cadeaux, dessins, choix des couleurs (du vert, du vert, encore du vert, nénuphar bien sûr).
Tout me renvoie désormais à une grenouillitude constitutionnelle qui semble admise par tout mon entourage comme installée de toute éternité.

 Voire même présente au cœur même de mes gênes.
Ils en appellent aux photos de famille pour prouver que bla bla bla…

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Portrait de famille (©Bleufushia)

Je soupçonne fortement l’entourage en question d’une collusion suspecte, et même d’une participation active à l’origine des rumeurs me concernant.
L’enfant, rusé, prend prétexte de ce qu’il pense que d’autres que lui sont sur le point d’énoncer la phrase fatale, pour les dénoncer à haute voix.
Il empoigne un téléphone à cadran qui l’amuse beaucoup (oui, j’en suis encore là – je sais, c’est un instrument de dinosaure : lui-même ne comprend pas pourquoi il y a un fil en queue de cochon sur cet engin-là).
Il fait semblant d’appeler Macron pour cafter.
– Allo, Macron, y a un tel (que je m’abstiens de nommer ici) qui ne fait rien qu’à dire « Mamilinouille tête de grenouille ». Fais venir la police !

Macron est sourd comme un pot, dans son esprit, ou alors, plus sûrement, le téléphone est pourri, et il demande toujours confirmation deux ou trois fois de ce qui a été dit :

– Oui, c’est ça, il a bien dit Mamilinouille tête de grenouille  !
J’ai droit à toutes les variantes possibles (et à cet âge-là, ça a de l’imagination !)

Si je fais mine de m’offusquer, je trouve face à moi un front impressionnant et uni convenant « à la rigueur » d’un lointain souvenir de mon humaine condition dans les traits de mon visage, et ce, avec un petit sourire entendu qui me fait mal. Vous savez, celui-là même qu’on utilise quand on a affaire à quelqu’un qui ne sait plus très bien de quoi il cause (genre une grand-mère, quoi) et que ça serait peine perdue que d’argumenter.

L’âge de pierre

Parallèlement à ça, il y a beaucoup de blagues dans la famille concernant ma naissance au néolithique, et mon appartenance définitive à la catégorie préhistorique.
Qui a dit qu’il faut toujours un bouc émissaire dans un groupe ? ou une grenouille noire ? euh, pardon, un mouton !
Ça va finir par me rendre dingue !

Par exemple, ON laisse traîner sur ma table de chevet un article sur l’histoire de cet amphibien déclaré officiellement éteint et dont on a retrouvé, plus tard, la trace dans des grenouilles vivantes, mais considérées comme des fossiles vivants : l’analyse génétique les rattache à des animaux disparus il y a environ un million d’années.
Ou encore, je trouve sur un éphéméride qui m’a été offert pour Noël  – une pensée par jour – la déclaration de Jim Morrison :

« Si jeudi, je décide d’être une grenouille, ça ne regarde que moi »

On ne me la fait pas, j’ai bien vu qu’un papier grossièrement collé recouvrait la citation première, et j’ai reconnu l’écriture.

Je n’ai pas fait de commentaire, mais l’homme, faisant mine de découvrir cette phrase (au moment fatidique de la météo à la radio !), a rajouté perfidement :

– Au fait, tu savais qu’il se prenait pour le Roi Lézard et qu’on a donné son nom à une espèce de lézard préhistorique géant ? Ou une grenouille, je ne sais plus.

L’enfant en profite, une musique ayant succédé au bulletin météo, pour s’informer sur la précision du langage, me demandant si des fausses notes, en musique, c’est bien des « coacs » et si  ça s’écrit bien sans « u »? (au passage, je vous rappelle que la musique était ma profession).

Pendant ce temps-là, l’homme consulte d’un air faussement distrait le calendrier pataphysique et se rappelle tout à coup que mon père pourrait être né – il n’en est pas « certain » et me demande confirmation, façon en douce d’attirer mon attention sur le calendrier en question – le 30 octobre.
Je regarde, le mois d’octobre est le mois du Ha Ha.
ET le 25 Ha Ha (équivalent du 30 octobre dans notre calendrier) est la St Jean-Pierre Brisset*.

Mois d’octobre du calendrier pataphysique (A. Jarry)

Ça ne vous dit rien ?

Moi, si !

C’est ce foldingue qui a prétendu que l’homme descend de la grenouille, et qui a passé sa vie à accumuler les preuves « scientifiques » étayant sa thèse. Entre autres, des délires sur l’origine de notre langue (à nous, français !) qui dériverait en totalité des sons des grenouilles.
Et si c’est notre glorieux peuple qui a été choisi par la grenouille comme descendant direct, vous voyez bien ce qu’on peut en conclure me concernant !

Je cite :

« La parole a pris son origine chez le bi-archiancêtre, la grenouille, il y a plus d’un million et moins de dix millions d’années. Les grenouilles de nos marais parlent le français, il suffit de les écouter et de connaître l’analyse de la parole pour les comprendre. »  (Jean Pierre Brisset)

« En attendant, la grenouille, comme l’homme, peut fumer la cigarette : le singe ne sait pas fumer. »
Ecco ! 

Cependant, au fur et à mesure que cette farce dure, je dois vous avouer que je suis de plus en plus perplexe.
Je viens – circonstance aggravante – de finir un très bon roman de Emmanuel Carrère, La moustache, qui raconte l’histoire d’un homme persuadé qu’il a une moustache alors que tout le monde prétend qu’il n’en a pas. Tout glisse dans sa vie, toute certitude s’effrite, et chez le lecteur, il en est de même.
J’ai reposé le livre, je me suis mise à fumer sur mon nénuphar, et là, je caresse mon menton – je fais cela quand je pense -, le trouve un peu gluant, et je me prends direct à douter de moi-même.

OK, je vous laisse, je pars à mon cours de danse !

Vous en pensez quoi, vous ?
Help, dites-moi la vérité ! Dites-moi que j’hallucine.
Je vous en prie…

©Bleufushia
(écrit à la St Bordure, capitaine – le 8 du mois du Décervelage)

* Jean-Pierre Brisset (1837-1919) appartient à une lignée de poètes illuminés, théoriciens créateurs et farfelus qui ne se déprennent jamais de leur sérieux. En 1900, il entend révéler les origines de l’espèce humaine et du langage dans un nouvel Évangile qu’il fait tirer à son compte à mille exemplaires et distribue gratuitement : La Grande Nouvelle. Il y dévoile la Grande Loi cachée dans la parole et, par le jeu de l’homophonie, forge une conception de l’évolution humaine surprenante : l’homme descend de la grenouille. Son entreprise ne manqua pas d’être saluée par les surréalistes et par Jules Romains, Max Jacob et Stefan Zweig qui décernent à ce « fou littéraire » le titre de Prince des penseurs.
Si cette histoire vous branche, un délicieux récit vous attend à l’adresse :
http://observatoirenationaldukitsch.over-blog.com/article-14606733.html


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2018, année des cuites

le capitaine du platane (collage ©Bleufushia)

2017 est fini.
Je vous fais grâce du bilan de l’année – autant en général qu’en ce qui concerne ma petite personne – sauf celui-ci : en trois ans et demi d’existence, et bien que ma production d’écrits y soit un poil molle et fort sporadique, mon blog affiche aujourd’hui  13 505 vues…  

J’en suis proprement épatée (de foie, bien sûr) et fort réjouie.

Franchement, jamais je n’aurais pensé arriver à un tel résultat. Ce n’est pas la gloire interplanétaire, j’en conviens, mais c’est chouette quand même que certains, de temps à autre,  partagent mes élucubrations. Ça réchauffe mon petit cœur.

Merci donc de vos passages ici.

Mais à propos de foie, laissez-moi aujourd’hui évoquer mes humeurs à l’orée de 2018.

Mais de quoi qu’elle cause encore ?
En fait, je cherchais une rime à 2018, et il ne me venait qu’inconduite (ce qui plaisait à mon esprit rebelle).
Puis, je suis tombée sur « pituite ».

Chabouté / Charlélie Couture

Et 2018 sera donc l’année de la pituite (enfin, pituite bien qu’oui, pituite bien qu’non !).

La pituite (huit à huit et demi maximum) nous ramène à Hippocrate et à son Corpus Hippocratique, base de la médecine antique.
Il s’agit d’une théorie – dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce jour – mêlant rapport de l’homme aux quatre éléments  et classification des différentes constitutions physiques et tempéraments.
Un bidule explicatif style médecine chinoise, mais en grec !

Il a classé les hommes en quatre « humeurs » : colérique, atrabilaire, sanguin et flegmatique.

Chacune correspond à une saison, un élément, une partie du corps (foie, rate, cerveau, cœur), un fluide (bile rouge – ou sang -, bile noire, bile jaune, lymphe), une expression (colère, mélancolie, gaité, calme), quatre duos mélangeant chaud/froid/sec/humide , quatre moments de la journée et de la vie et j’en passe…
On est plus l’un que l’autre, on a en nous des combinaisons différentes selon les moments, mais le truc, c’est que si l’une de ces humeurs domine, on tombe malade, et notre humeur en est affectée autant que notre santé (un yin yang à quatre boules, en somme).
Il faut être comme « l’agitator » des temps anciens, le cocher expérimenté qui avait l’art de mener de front les chars de course tirés par quatre chevaux, pour pouvoir gagner (ça me va bien, l’agitator, j’adore !).

Théorie des humeurs

Y a des préconisations sympas (traitements, régimes, etc.) pour que notre « humeur ne saute pas », et qu’on atteigne l’état d’équilibre, qu’il appelle « crase ».
Moi, perso, depuis que je me soigne (saignées régulières, par exemple), je suis total crazy !
Vous devriez en faire autant !

Je vous la fais courte (bien que je m’y sois promenée un grand moment, trouvant ça totalement passionnant, autant la théorie en question, que toutes les références qui y ont été faites dans l’art au moment de la renaissance et au-delà : Vinci, Dürer, Baudelaire… j’ai pas le temps, j’ai un réveillon zà préparer oyé).

On vient de sortir de l’automne, le règne du spleen (le nom de la rate en grec !) et de la mauvaise humeur.
On rentre maintenant dans l’hiver, saison des flegmatiques, et place à la pituite qui nous mène par le bout du nez, qu’elle remplit occasionnellement de phlegme (on aime moins, en général)… froideur, stagnation de la lymphe, apathie, absence de « coction d’humeur », mais aussi vitalité en gestation.

Pour se maintenir en forme en hiver, d’autant plus quand on est une antiquité (comme, hélas, je le suis – les vieillards sont naturellement plus flegmatiques que l’enfant qui vient de naître), je vous donne en mille le remède d’Hippocrate, qui conseillait… le picrate, rouge de préférence (euréka, à lire cela, j’ai enfin pigé l’histoire du sarment d’Hippocrate).

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Embarquement (©Bleufushia)

Buvons donc, les amis ! Pour notre santé, pour celle du monde ! Puisque c’est la faculté qui nous y engage (les producteurs de Bordeaux vont ramener leur fraise vite fait en disant qu’en effet, ils sont éminemment bénéfiques à la santé).
Enivrons-nous !

« Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous !

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. » (Baudelaire, Les petits poèmes en prose)

Soyons crazy !

Agitons-nous, mais avec grand flegme, pour éviter le phlegme ravageur !

Et en attendant, bon bout d’an, comme on dit par chez moi.
Ate logo !

©Bleufushia

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L’ange du sable

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Susana Blasco : antiheroes

« Qui sait ce que voit l’autruche dans le sable ? » (Samuel Beckett)

Il y a quelques jours, bien que l’automne soit déjà bien entamé, j’ai amené mon petit-fils à la plage.
C’est un garçon curieux (dans les deux sens du terme : à la fois empli de curiosité, et plein d’envies qui me semblent souvent plus « adultes » que son âge – lui n’a encore qu’un « petit cinq ans », selon ses dires).

Ce jour-là, il avait décidé qu’il passerait désormais, à compter de ce moment précis, et sans plus tarder, le reste de sa vie à voyager « de par le vaste monde » (je cite).

©Bleufushia

Il m’a convaincue d’amener dans mon sac de plage un certain nombre d’accessoires indispensables au voyage, dont un volumineux atlas que, malgré son poids et son encombrement, il avait tenu à porter lui-même, comme pour souligner la solennité et l’irréversibilité de sa décision.

Il s’est installé avec pelle et râteau dans un coin. L’atlas ouvert par mes soins à la page demandée, il s’est mis à creuser consciencieusement un petit trou, qui, peu à peu, est devenu de plus en plus profond. Il s’interrompait régulièrement pour vérifier sur l’atlas, pour ne pas creuser pour rien.
Que fais-tu, mon bonhomme ?

Ben, une expédition !

Ah bon, et vers où ?

Il a soufflé, un peu, doucement, pour montrer que je devrais quand même m’appliquer à suivre un peu !
Voyons, Mamili, je creuse pour arriver au Sahara. Il a rajouté doucement : tu te souviens, je te l’ai dit tout à l’heure.

Il a rajouté qu’il avait décidé de prendre un raccourci par un terrier de suricates, et qu’on y était presque.

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Avoir des terriers de suricate sous mes pieds m’inquiétait un peu, mais je n’en ai rien laissé paraître : être la grand-mère d’un explorateur exige un minimum de tenue, que diable ! Je tiens à me montrer à la hauteur.
En tout cas, moi qui suis d’un temps (que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître) où « sous les pavés », tout le monde savait bien qu’il y avait « la plage », je ne connaissais pas la version : « sous la plage, le Sahara ».

Je me suis égarée un bref instant, «à mille miles de toute terre habitée»*, plongeant  dans le souvenir du bac à sable de mon école maternelle (ça existe encore, ces trucs-là plein de microbes ? sûrement pas…).

Autour du bac de mon enfance, on tournait en demandant, dans une litanie que j’ai encore dans l’oreille, un mystérieux « qui veut jouer avec moi à la terre fiiiiii-neuu ? ».

Je ne sais qui avait inventé cette histoire de terre fine, mais c’était d’un exotisme torride pour moi. Aussi torride que le désir qui m’habitait envers les deux Michel : j’étais folle amoureuse des deux, et ne savais lequel j’allais épouser. L’un était très mignon et très gentil, l’autre moins beau, un peu plus macho, mais infiniment rebelle (il disait des gros mots à une époque où ça ne se faisait pas du tout !). Dans mon cœur, j’en pinçais un peu plus plus le mal élevé ! Où vont se nicher les désirs anciens ? et que sont mes amours devenues ?

La réalité me sort de la bulle du souvenir.

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Taeeun Yoo : Pez rojo

Mamili, une tempête de sable !
Le temps de mon rêve (mais sait-on jamais combien durent réellement les rêves ?), le vent chaud avait forci et les rafales brutales à plus de 100 km/heure ont eu raison de nous : nous sommes allés nous abriter.

Le sable nous piquant les yeux, j’ai mis un chèche sur la tête de mon « Petit Prince », pour le protéger.
Il n’y avait aucun doute, sur le chemin qui nous menait à notre campement, sous nos pieds, les dunes mugissaient leur chant profond**. Je me sentais émue.

Mon petit fils était aux anges (le matin même, il m’avait demandé si je savais «qu’au tout début, les anges, c’était des fraises ? ») :

Johann Scherft

tu as vu, on est arrivé !

On avait abandonné l’atlas. Mais en avait-on encore besoin ?

On s’est versé un petit thé chaud.
J’ai ouvert mon ordi, pour repérer notre position… zut : en panne !

J’ai branché le programme de diagnostic.

Mon écran affiche :
« EXPERIMENTAL :
Problème avec le bac à sable*** »

Pourquoi cette réponse m’étonne sans m’étonner pour autant ?

J’essuie de ma main quelques grains qui crissent sous mes doigts.
Qui a prétendu qu’une pénurie de sable guette le monde ?

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©Bleufushia

*Le Petit Prince : Antoine de St Exupéry, livre qui a bercé mon enfance, et que j’ai su par cœur pendant longtemps.

**Pour qui ne connaît pas le fascinant chant des dunes mugissantes

https://www.youtube.com/watch?v=t6Zt4XCHj3U

*** vous pouvez vérifier : ça existe vraiment !


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Des chiffres et des lettres (9)

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Tende : visiter la vallée des Merveilles (août 2017) ©Bleufushia

Même si je n’ai plus désormais que des vacances éternelles, je me mets en vacances, au diapason de la France qui « existe » encore… Je suis aidée, j’habite dans un endroit où le temps est rythmé par l’apparition et la disparition régulière de foules  plus ou moins dénudées – malgré le panneau à l’entrée du village : Ici, on s’habille !
Alors, je m’offre des parenthèses folles… par exemple, je traînassouille sur le vèbe ! Ouais, aussi longtemps que je veux !

Et j’en apprends des bonnes, qui me scotchent… et me font douiller les neurones.

Vous qui êtes en vacances et qui avez sans doute d’autres chats à fouetter (si tant est que je puisse vous soupçonner de vous livrer à une activité aussi peu politiquement correcte), il vous aura peut-être échappé que l’homme serait, selon une récente étude, constitué en partie de matière intergalactique*.
Ça me fissure menu, ce genre de trucs. Vous imaginez, vous ne lisez pas l’article, et vous ne le savez même pas !

Cela dit, je remarque en haut de l’article que Monsieur Internet, prévenant, m’annonce que la lecture de cette chronique va manger 2 minutes de mon temps. J’hésite un poil avant de me lancer (vous aimeriez bien connaître la durée du poil, je le sens !), puis boostée par ce défi, je perds 1 minute 35 à dégoter sur mon téléphone le chronomètre, pour constater que (vous, je ne sais pas, mais…) MOI, je suis hyper trop top galactique, parce que la lecture ne m’a occupée que 24 secondes et 91 centièmes !

Ecco e vualà, y en a qui auraient dit, à me voir, que j’étais pas galactico moderne, oui, vous, je vous vois rigoler sur les bancs du fond, et ben, chtoc !

Depuis, j’essaie de me représenter mentalement ce qu’est un centième de seconde – pourquoi on ne divise pas la seconde en soixantième- , mais mon esprit gélifie un peu sur la question.

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Continuant à feuilleter mon ordinateur, je m’aperçois que les chiffres nous cernent, et qu’il y a des gens qui passent leur temps à tout mesurer. Moi qui suis littéraire, comme fille, j’avoue que j’ai un peu de mal à concevoir la chose, mais faut de tout pour faire un monde blabla etc.

Le chiffre envahit le monde. Il a sur lui toute l’assurance de celui qui est clair, net, objectif et incontestable (tout ce que je déteste, bien que je sois un peu de l’espace, mais plutôt version « espaces infinis-même pas peur » !)

Ça me rappelle une émission de télé, vue il y a fort longtemps. Un homme expliquait toute une technique compliquée pour comptabiliser le nombre des oiseaux migrateurs passant au-dessus d’un lac africain : au bout de sa démonstration, longue et savante, le présentateur lui avait demandé combien d’oiseaux étaient passés cette saison-là.

Il avait fait une réponse superbe : « trois cent quarante deux mille cinquante deux, gros-so mo-do (en détachant bien les syllabes) ».
Le « gros-so mo-do » me ferait seul apprécier la précision mathématique… mais n’exagérons quand même pas !

Par exemple, continuant ma lecture, je découvre avec horreur que « la concentration en spermatozoïdes du sperme a baissé de 52,4 % entre 1973 et 2011 chez les hommes occidentaux tandis que la quantité totale de sperme a chuté de 59,3 %, selon une méta-analyse scrutant 50 pays ».**

Le 0,3% me ravit !

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Breil sur Roya / feue l’école de musique (août 2017) ©Bleufushia

Ça m’angoisse grave d’un coup… 59,3% !!! vous vous rendez compte ?

Je quitte l’ordi et me jette sur ma revue favorite : je ne m’y suis pas abonnée, et je la reçois gratis, parce que je suis retraitée. C’est cadeau : ça s’appelle « Pleine vie » (des fois qu’on aurait des doutes) et je suis rudement beaucoup infiniment très contente de la lire. J’y apprends comment gérer mon arthrose, assouplir mes articulations, gérer ma succession, et plein de choses tout à fait réjouissantes à gérer (mon porte-feuilles d’actions etc.). J’apprends que je n’ai plus l’âge de vivre, mais seulement celui de gérer (et de contenir des ans l’irréparable outrage, saloperie d’ans à la noix !). PVC ! (Porra de Velhice Chegando !)

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Mitterand pas mort (Sospel août 2017) ©Bleufushia

(la preuve irréfutable, s’il en était besoin, que je bouge encore !)
Il y a aussi une rubrique « chiffres » où l’on s’instructionne dru sur ce qui est tendance : par exemple, je découvre avec émerveillement que 25% des 35-44 ans aiment toujours faire des châteaux de sable à la plage. Enfin des choses chouettes à savoir. Je suis contente qu’il y ait des gens qui enquêtent et font des statistiques sur un sujet de société aussi important.

Je confirme en silence (il y a chaque année, sur la plage, un bonhomme dans ces âges-là, dont je pense qu’il doit travailler au moins chez Bouygues et que son cerveau ne lui permet pas de prendre des vacances pour de bon : il construit, année après année, devant ses fils qui n’en ont visiblement rien à battre, encore moins au fur et à mesure qu’ils grandissent, des pyramides, et encore des pyramides…)
Je me demande cependant si tout le monde est un peu intergalactique, ou seulement certains heureux élus. Et les autres tout connement terriens ?

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Tende août 2017 ©Bleufushia

Je me suis posée la question aussi la semaine dernière.
La canicule sévissait, et mon voisin m’a informé de sa récente lecture (il n’a pas les mêmes que les miennes) disant qu’il fallait arroser copieusement les vieux (merdum, et « Pleine Vie » qui ne m’a rien dit !) parce que, si un soupçon de déshydratation s’installait, le seuil fatal était vite atteint et hop, les deux pieds sur le guidon avant d’avoir pu lire l’article sur la gestion avisée de la succession… Et le sapin et tutti quantique !

La pétoche !!! las grossas boulas, comme dirait mon amie de cœur.

Pour éviter ça, je suis allée faire chauffer mes semelles à la montagne.
Et là, j’ai été sensible tout d’un coup à l’existence de mondes parallèles, dans lesquels la vie semble s’être arrêtée il y a longtemps. Aucun personnage du troisième type, plutôt des fantômes impalpables, vissés sur leurs chaises, silencieux, dans des bistrots aux devantures affaissées…
J’ai photographié au hasard les murs des villages traversés : inscriptions illisibles, mots effacés, silhouettes fantômes dessinées par l’humidité sur les murs, peintures hors d’âge (avec un charme fou, certes), affiches politiques datant de Mitterand, toujours lisibles, chiens silencieux couchés à l’ombre des rues, temps immobile, sonnailles de vaches dans le lointain…

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Osteria della Croce (Tende, août 2017) ©Bleufushia

Au détour d’une rue de T.***, j’ai aperçu un humain, un vieil humain, qui était assis sous une de ces inscriptions en partie évaporée.

Pas totalement certaine qu’il me réponde (le village semblait désert, la plupart des volets clos, le calme des rues parfois troublé par le passage lent d’un chat famélique, aucune occasion de parler ?), je lui ai demandé confirmation de ce que je pensais qu’il y était écrit, et il s’est mis à me raconter sa vie.

Ce monsieur est né italien, il a été à l’école sous Mussolini (« à l’époque où tout ce qu’on apprenait à l’école, c’est qu’il fallait faire la guerre, et moi, je n’aimais pas ça »), puis après la guerre, 99,99% des votants de son village ont validé le fait que désormais, ils seraient français.

Il n’en était pas encore revenu, et a répété plusieurs fois ce chiffre, commentant « vous croyez que c’est possible, vous, 99,99 % ? ». Il m’a demandé si j’avais repéré le nom de sa rue : « celui de l’homme qui a fait que je ne sois plus italien »… là encore, il n’en revenait pas, de la farce que le destin lui faisait en le faisant habiter là, juste là.

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Je rêve, ou il y a un fantôme blanc sous la plaque, à droite ? Saorge (août 2017) ©Bleufushia

Comme il était devenu français, il a dû s’y faire : avec tous les changements que cela imposait (et dont le moindre n’était pas de changer de langue…). Par exemple, ne plus pouvoir passer la frontière sans contrôle vers les endroits de son enfance…
En tant que gamin italien, pendant la guerre – « j’avais 9 ans » – il avait été mitraillé à la cheville, alors qu’il allait ravitailler des maquisards au Lago del Frisson

(le lendemain, alors que je randonnais dans les Alpes italiennes, non loin de là, un homme à qui je demandais le nom du pic impressionnant qui surplombait le chemin, m’a répondu « vous êtes juste au-dessous du Frisson »… j’en ai tressailli… au-dessous du Frisson, quand même, ça vous est déjà arrivé ?)

Plus tard, l’administration française a trouvé que, bien que son pied soit toujours resté fragile et de travers, il était encore assez bon pour aller combattre en Algérie. Nouvelle guerre (genre double peine !).

Il était content, il en était ressorti vivant. Pour bons services rendus, il touche aujourd’hui en guise de « retraite des anciens combattants » la somme mirifique de 0,86 euros par mois. Il a répété ce chiffre plusieurs fois, avec l’air indéfinissable de celui qui se demande où est l’erreur.

L’air d’un pas galactique du tout… frère humain paumé dans un siècle auquel il ne comprend rien. Dans une vallée où on empêche les réfugiés de passer, où on condamne qui les aide à accomplir des démarches légales… se demandant où il est chez lui… se sentant exilé dans un pays qui est censé être le sien. Qu’il le veuille ou non.

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Breil-sur-Roya (août 2017) ©Bleufushia

En le quittant, j’avais la voix nostalgique de Reggiani dans l’oreille : « C’est moi, c’est l’italien… « ****
Et comme un frisson, là, en dessous de moi-même.

©Bleufushia

*https://www.letemps.ch/sciences/2017/07/27/lhomme-serait-constitue-partie-matiere-intergalactique

**http://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-qualite-sperme-occidentaux-continue-baisser-43215/

***Tende, devenue française en 1947 (traité de Paris). Comme elle a été créée « à partir d’une partie étrangère », le code 06163 ne correspond donc pas à l’ordre alphabétique. C’est peut-être pour cela que les habitants s’appellent des Tendasques (qui, dans mon esprit sensible aux correspondances sonores, s’entend comme « Fantasques »)

****https://www.youtube.com/watch?v=Po4wLPrUXy8

 


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Y a pas que les cacahuètes qui sont rien

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YZ (street artiste)

« On est bien peu de choses, madame / Donnez-moi zun kilo d’bananes / Bien mûres« 

(François Béranger)

Vous souvenez-vous de mes récentes aventures avec ma voiture « bleu virtuel »(1) ?

Il m’est resté de cette histoire une fragilité, comme une fêlure, amplifiée par l’épisode de la panne non moins virtuelle. Ça m’en a fichu un coup, pour tout dire.
Et cette semaine, je découvre, grâce à l’aimable « perfidie » moqueuse d’une voisine, que nous habitons une « voie sans nom » : c’est ce qui apparaît sur le plan de mon immeuble – alors même que je crois avoir une adresse, je n’en ai aucune. La réalité continue à ne pas être là où je l’attends.

voie sans nom

je vis sur le « n » de « sans »

Et sur le coup de cette nouvelle, j’allume la radio, et j’apprends – en direct par les ondes – que de surcroît, je ne suis rien. Je compte pour du beurre (de cacahuète, ou pas, on n’est pas chez Trump, quand même)
Déstabilisée, je change de chaîne, et entends une journaliste rigolarde dire à l’invité (dont j’ignore qui il est, parce que j’ai éteint aussi sec, n’en pouvant mais), qu’il ressemble à s’y méprendre à Sammy le Scoubidou. Sammy le Scoubidou !!

J’aurais peut-être préféré le ridicule à l’insignifiance. Ou pas, va savoir.

Ou la virtualité totale à la chosification (au moins, dans le virtuel, on peut s’incarner sous forme « d’objet intelligent »).

Mais quand même : rien ? que dalle ? Nothing at all ?

Rien ou moins que rien ? (je me permets de demander, parce que rien, c’est plus que moins que rien, quand même, et ça rassure un tout petit chouïa)

Non, rien, faut t’y faire : PEANUTS ! Pire que des nèfles !
Une réincarnation de La Môme Néant («pourquoi pense à rin, A’xiste pas »(2) !

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Non contente, comme beaucoup de mes semblables, d’avoir travaillé toute ma vie pour des clopinettes, je découvre sur le tard que clopinette je suis née, clopinette je demeurerai jusqu’à ce que je me transforme en un tas de cacahuètes.

D’ailleurs, dans la phrase jetée à tout vent devant les micros en folie – sous forme de « petit précepte nauséabond comme un pet de l’âme »(3) -, ceci suffit à expliquer cela. C’est à cause de ma nature profonde de clopinette que mon destin est ce qu’il est.

Ecco e voilà !

J’en suis toute éberluette. Même si je ne suis pas seule, c’est un peu dur à avaler.
Tiens, je vais me faire un statut face de bouc

JE SUIS CRO

UNE CROPINETTE

(ça se fait sur deux lignes, et cropinette est une variante de clopinette).
Je serai au moins dans le moove de tous ceux qui, à défaut d’être quelque chose, sont, depuis un moment, ceci ou cela et le clament en blanc sur fond noir.  Je ne l’ai jamais fait, mais là, je le sens bien.

[Euh, pardon, j’ai tardé à revenir, je m’étais absentée – quoi, vous n’aviez pas remarqué mon absence ? (la notion d’absence de rien frise la haute philosophie, non ?)
En fait, j’ai essayé de me faire un panneau, pour l’afficher séance tenante sur mon mur, et j’ai lamentablement échoué. En plus, j’avoue que je suis une quiche en zinformatic, un mégalo-rien en somme. Y a un féminin à « mégalo-rien » ?]

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JR (street artist)

Après, vous savez comment les choses se passent, vous focalisez sur un truc, et vous ne tombez que sur d’autres machins du même tonneau. Ça devient quasi obsessionnel au bout d’un moment, tout tourne autour du sujet du rien, ou du pas grand-chose, ou du qui ne mérite pas que… Enfin, dans votre tête de rien, ça s’agglomère, ça fait sens.
Mais vous n’excluez pas l’idée que, possiblement,
« vous êtes victime d’un complot d’indices concordants qui, en fait, ne concordent pas. »(4)

Je vous raconte, en vrac, juste quelques uns (vous allez voir que mes «en  vrac » sont variés, je butine, je butine)

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-cet homme aperçu sur la plage, avec un code-barres tatoué sur le mollet. Le stade de l’objet manufacturé, mais encore à vendre (un peu plus que rien, donc)

-un personnage dans un roman demande à son père qui est Stefan Zweig obtient la réponse : « un type qui s’est suicidé au Brésil »

– un livre de Jodorowsky, Le doigt et la lune (histoires zen) que je feuillette et où je lis la suivante :

« Le moine marche sur le pont. La rivière coule sous le pont.
Le moine ne marche pas sur le pont. La rivière ne coule pas sous le pont. »

C’est un « koan » – ces textes japonais prétextes à méditation. Est-ce que le moine est tellement insignifiant, patte de mouche sur la terre que, même s’il marche, son être ne parvient pas à impacter le pont, au point qu’on peut penser qu’il n’y est pas ?

(en fait, Jodo commente que notre cerveau introduit des liens pour faire sens. En réalité, « tout bêtement », les deux premières phrases n’ont rien à voir avec les deux dernières. De même que, peut-être, la réussite n’a pas grand chose à voir avec le fait d’exister ?)

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-dans les japonaiseries jusqu’au cou, je me délecte avec ma lecture des excellentes Notes de chevet de Sei Shonagon. Dans ses listes, je tombe sur ce qui suit, qui donne un autre éclairage à la vie, tout d’un coup :

Choses qui font honte : ce qu’il y a dans le cœur de l’homme

Choses qui ne sont bonnes à rien : une personne qui a le cœur mauvais (toute ressemblance avec…)

Choses qui n’offrent rien d’extraordinaire au regard et qui prennent une importance exagérée quand on écrit leur nom en caractères chinois : le vice chef des services qui gouvernent le palais de l’Impératrice

– je consulte un article sur Saint Georges – pas celui du dragon, l’autre ! – et découvre à côté de la date de sa fête, le 23 avril, la mention « mémoire facultative ». Même St Georges, peuchère, pourtant, il en avait fait un max pour qu’on fasse attention à lui ! Mais même se souvenir de lui est facultatif ! imaginez…

En même temps, intriguée d’un coup devant le mot « facultatif », je découvre avec étonnement que ce mot qui veut le plus souvent dire qu’on peut se passer de quelque chose, signifie à l’origine, « qui donne un pouvoir ». Bizarre, vous avez dit bizarre ?

-sinon, je suis sortie me balader, et j’ai vu Rien. Je veux dire Pélagie(5). Fini le songe d’une nuit d’hiver, bienvenue dans la réalité crue d’une soirée d’été.
Après deux échecs pour devenir prof, elle lâche l’affaire, et fait la manche sur le trottoir avec sa guitare. Sans bras zéro, parce que la canicule sévit. Bien que, quelque part, cela m’ait soulagé (autant pour elle que pour les élèves), cela m’a emplie d’une grande peine.
J’ai levé la tête vers le ciel étoilé, le silence des espaces infinis, lui, ne me fout pas les jetons, sachez-le, moins que le monde tel qu’il est, en tout cas, et je regarder voler des coquecigrues.

J’ai toujours eu un faible pour les coquecigrues, elles me soignent de la réalité.

index

coquecigrue

J’ai pensé au microbe Micron, l’insignifiant qui est dans l’illusion qu’il dirige le monde. Et dans ma tête, en silence, j’ai formulé :
« Fais gaffe avec moi, parce que je suis gentille »(6)

©Bleufushia

1 Pour ceux qui auraient échappé à cela, vous pouvez vous rattraper en lisant ceci :

https://bleufushia.wordpress.com/2016/11/03/palsambleu/

et/ou/ou pas/ cela (la panne)

https://bleufushia.wordpress.com/2017/04/03/sous-les-sunlights-casses-liquides/

2 Jean Tardieu

3 Pennac, dans Journal d’un corps

4 Nina Yargekov, dans Double nationalité, dans lequel l’héroïne se demande à grand renfort d’enquête d’elle-même sur elle-même, qui elle peut bien être.
5 l’histoire de Pélagie :

https://bleufushia.wordpress.com/2015/01/23/songe-dune-nuit-dhiver-20/

6 tiré de Chaos calme, de Sandro Veronesi