bleu fushia

always blue


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Nu de nunuche chenue (ou pas)

nuage pluie cent réunions

Nuage-pluie-cent réunions (20ème point du méridien Vaisseau Gouverneur, considéré comme le point le plus yang – énergie masculine – du corps). Calme l’esprit, éteint le vent…

(c’est ce qu’il me faudrait, juste là, à la minute !)

Pondu de frais ce jour, le vendredi 20 Pédale 144*
Ste Cuisse, dame patronnesse

(NB. J’aurais dû terminer la rédaction de cet article le Samedi 14 Pédale 144, Sabbat (vacuation) pour honorer dignement le jour des droits de la partie femelle de l’humanité, mais j’ai procrastiné, et dû attendre, pour être logique, un jour aussi féminin sur le calendrier)

Bon sang de bonsoir, pas moyen de démarrer cette chronique, ça se bouscule au portillon de mon crâne, y a trop d’infos zinouïes, je ne sais pas par quel bout les prendre. Je me lance, j’en attrape un (de bout) au hasard, et flop, il en vient toute une pelote, j’essaye de la désembrouillaminer, et hop, voilà que je me retrouve à ramer dans une matière molle, de la même molleur que mon unique neurone.

(Attention, je m’en vais digresser, je le sens venir, c’est plus fort que moi)

Je rame, comme mon ordi qui a planté la semaine dernière.

-Pourquoi que tu plantes-tu, toi ? que je lui ai dit

-A cause de « fragments de fichiers «chk » et de vieilles données du « Prefetch », qu’il m’a aussitôt et fort aimablement répondu.

Plongée dans la perplexité, j’ai cherché le rapport avec ce texte lu au siècle dernier, à l’époque du collège (oui, je sais, j’ai été jeune au siècle dernier !) : « Le Sous-Préfetch aux champs »**… mais même si je me souviens que le pauvre était en panne d’inspiration, laissez-moi vous révéler que, pour étrange que ça paraisse, il n’y en a aucun.

C’est l’inverse de mon cas : moi, je suis plutôt submergée par le vertige qui s’empare de moi pendant que je surfe de données en données, vous saisissez la différence ? Pas vraiment de problème d’inspiration, mais une question me taraude : à l’ère numérique, se pourrait-il que j’aie des fichiers « chk chk chk » dans ma boîte crânienne qui seraient responsables du léger « slurp » que j’entends quand je penche la tête vers le côté ?

Lunettes (Sandra Lachance)

A propos du texte sur ce fameux Sous-Préfet baguenaudeur, j’en avais alors retenu une phrase : « Sur ses genoux repose une grande serviette en chagrin gaufré qu’il regarde tristement. »

J’ai toujours trouvé que le « chagrin gaufré », c’était quand même du dernier chic, et dans ma tête, il s’est créé une association inédite et personnelle entre la croupe des mulets turcs (le « sagrin » n’est devenu triste que par glissement sonore) et la délicatesse de la gaufre cafardeuse.

A l’époque déjà, j’étais passionnée par les mots – et ça ne m’a jamais quittée -, et j’avais découvert qu’on pouvait trouver du chagrin noir, du demi-chagrin, ou du plein chagrin… A l’adolescence, j’ai longuement oscillé entre le noir et le demi, même alors que je faisais mes devoirs sur un bonheur-du-jour.
Les mots sont parfois étranges.

Je rame, soit, mais je dérive aussi, j’en ai pleinement conscience.

(Pour revenir à mes croupes de mulets)

Le coup de la pelote inextricable d’infos passionnantes, j’en deviens zinzin, limite fofolle, avec la désagréable impression que « tout le temps que j’avais devant moi, il est derrière*** » (c’est vrai de cette journée : je m’y suis collée dès potron-minet, et voilà t’y pas qu’on frôle le chien et loup, et je n’ai pas avancé d’un pas).

Vous pourriez me dire (et vous auriez raison !) qu’en tant que nana, c’est normal que je ne sois pas trop fufute, et que les greluches, même si elles ne sont pas à chien-chien, si elles ne s’enrubannent pas de froufrous, de grigris – je n’ai, au passage, aucune assurance sur la justesse orthographiques des pluriels de mots bâtis sur des redoublements hypoco(co)ristiques – , si elles ne se maquillent pas comme à Dysney Channel et quand bien même elles ne feraient aucun chichi, c’est toujours un peu neuneu (et pourtant, la plupart n’habitent pas Neuilly !).
Donc, finalement, si je ne m’en sors pas, c’est en quelque sorte génétique. La loi de la race.

Ben oui, comme d’autres sont blondes, moi, je suis nunuche et n’y puis rien changer.

doris day

doris day

A propos, vous vous êtes déjà demandé d’où vient le mot « nunuche**** » ? Vous saviez, vous, que ça vient de « nunu » (entendez, niaiserie, bagatelle, chose sans intérêt et sans importance) et que c’est justement ce dont je vous abreuve depuis le début de cette chronique ?  

Venons-en aux faits, enfin !

Ce mot (nunuche) m’a amenée à me perdre avec délices dans des dicos d’argot, de louchébem***** et j’en passe, dont certains expliquent comment on en est arrivé à certaines déformations du langage, par différents procédés.

C’est au moment où j’ai découvert la troncation gauche (les ‘ricains, par exemple) que je me suis demandée si le mot Nüshü n’était pas formé à partir de nunuche.

Parce qu’en fait, le Nüshü est une invention de femmes (et en toute femme, une nunuche inoffensive pour l’homme sommeille).

Il y a une semaine, je n’avais jamais entendu parler du Nüshü, que je n’ai découvert que grâce à mon amie Isabelle Alentour, qui a partagé ça sur un réseau social où il m’arrive de zoner. Immédiatement en alerte, je suis allée de site en site me cultiver dru. Et comme j’ai l’âme généreuse, je partage mes émois (cinq cent millions de petits chinois, émois émois, émois ♫♪)

« Le phénix pousse un cri rauque »

C’est une des phrases récurrentes de la poésie transcrite au moyen du Nü Shü (ou « femme écrivant », en chinois).

Cette drôle d’écriture – aussi appelée « écriture de moustique » (tiens, je ne résiste pas à vous le dire en louchébem : L’écriturelem lüshüné est laussiqué lappelépuche  » lécriturepuche de loustiquemoque ») a été inventée par des femmes de la province du Hunan, pour correspondre avec leurs « sœurs jurées », qui étaient, si j’ai bien compris, non pas des sœurs de sang, mais des amies de cœur à-la-vie à-la-mort, à une époque où la pratique des pieds bandés rendaient peu agréables les visites au village voisin.

Ce qui réunissait ces femmes, c’était les moments de broderie, qui se pratiquaient en groupe : on y parlait, on y chantait, on y récitait des poèmes… Apparemment, cette écriture est née au XIXème siècle (bien que certains prétendent qu’on en a trouvé des traces beaucoup plus anciennes, au XIème siècle déjà, où une concubine impériale aurait voulu communiquer avec ses soeurs), à une époque où la société patriarcale interdisait l’écriture aux femmes.

Plusieurs éléments me semblent fort originaux :

D’une part, elle est composée de signes (entre 700 et 1000 selon les chercheurs) qui seraient phonétiques – donc différents du système d’écriture chinois – et nés du chant. A partir de ce système, on recensait en 2012 environ 500 textes écrits en Nü Shü, poèmes, chants, récits autobiographiques, et livres du troisième jour (conseils aux femmes mariées, distribués le troisième jour suivant le mariage).

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D’autre part, il y avait un système de transmission qui amenait les jeunes filles à se l’enseigner entre elles (beaucoup de ces apprentissages passaient apparemment par la broderie), et à créer du lien (comme une sorte de réseau social domestique de l’époque).

Enfin (et cet élément-là est plus banal, au sens habituel, que les autres, hélas), seules les femmes savaient lire et écrire le Nü Shü, et on en a déduit – à tort – qu’il s’agissait d’une écriture secrète, ce qu’elle n’a jamais été ni voulu être. Simplement, les hommes ne savaient pas la lire, parce qu’il s’agissait d’un « truc de bonnes femmes », de nunuches, donc (de nü-nü shü) et que, de ce fait, c’était sans intérêt de faire un effort pour apprendre à le déchiffrer. Cela ne méritait pas tout bonnement pas qu’on s’y arrête.

Et apparemment, les hommes capables de tirer leur chapeau à des femelles capables d’inventer un système complet, cohérent et différent du leur se sont comptés sur les doigts d’une seule main.

Broderie « nü shü » (jeanchiang.com)

La révolution chinoise ayant redessiné les rôles sociaux a ensuite raréfié la pratique du Nü Shü, puis l’écriture n’a plus été pratiquée que par de très vieilles femmes. La dernière (qualifiée sur les sites qui parlent de cela de « fossile vivant » – je n’aimerais pas, au passage, qu’on m’appelle comme ça ! – alors même qu’elle venait de mourir – strange, non ?) est décédée en 2004.

Maintenant, on trouve une élégance esthétique aux caractères de cette écriture, et certaines la reprennent pour l’intégrer à des créations guidées par la recherche d’une esthétique.

Ebouriffant, les trucs de nunuche, finalement, moi, je dis.

©Bleufushia

* la date du jour dans le calendrier pataphysique.

Si vous voulez convertir les vôtres – de dates -, voilà un lien qui vous y aide

http://mmai.github.io/pataphysical-date/index.html?date=2017-03-14

vian équarisseur de première classe

Vian : un équarisseur de première classe (objet pataphysique)

« L’ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d’ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère Pataphysique), et à partir de quoi l’ordre des 13 mois (douze de 28 jours et un de 29) du Calendrier ’Pataphysique est fixé comme suit » :

  1. Absolu (du 8 septembre au 5 octobre) ;
  2. Haha (du 6 octobre au 2 novembre) ;
  3. As (du 3 novembre au 30 novembre) ;
  4. Sable (du 1er décembre au 28 décembre) ;
  5. Décervelage (du 29 décembre au 25 janvier) ;
  6. Gueules (du 26 janvier au 22 ou 23 février) ;
  7. Pédale (du 23 ou 24 février au 22 mars) ;
  8. Clinamen (du 23 mars au 19 avril) ;
  9. Palotin (du 20 avril au 17 mai) ;
  10. Merdre (du 18 mai au 14 juin) ;
  11. Gidouille (du 15 juin au 13 juillet) ; soit 29 jours
  12. Tatane (du 14 juillet au 10 août) ;
  13. Phalle (du 11 août au 7 septembre).

Ce calendrier, toujours en usage dans le cercle restreint des pataphysiciens, a ceci d’original qu’il intègre à ses mois des jours imaginaires hors-semaine (le 29 Gidouille, plus le 29 Gueules pour les années bissextiles), ce qui lui permet de former 13 mois réguliers de 28 jours chacun (avec une exception, pour confirmer la règle).

La date du 1er du mois Absolu An 1 E.P. (soit le 8 septembre 1873 du calendrier « vulgaire ») est la date de naissance d’Alfred Jarry (Nativité).

** Daudet

*** Topor

**** Duneton sur « nunuche »

http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2016/10/14/37003-20161014ARTFIG00063-nunuche-va.php

ET d’autres infos chouettes sur

http://argot.canalblog.com/

Fussoir-338-e1427792424526

***** Un traducteur français – louchébem

http://www.louchebem.fr/

Ex. La phrase : « l’écriture nüshü est aussi appelée « écriture de moustique »

Devient
L’écriturelem lüshüné est laussiqué lappelépuche « lécriturepuche de loustiquemoque »

****** Sur le Nü Shü, le début d’un film, qui permet de se faire une idée.

http://www.ina.fr/video/3347809018

ET deux articles

http://www.slate.fr/story/137759/nushu-femmes
http://www.ltl-chinois.fr/nushu-%E5%A5%B3%E4%B9%A6-la-langue-des-femmes

La spécialiste française du Nü Shü est Martine Saussure-Youg qui y a consacré sa recherche, et un blog.

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Avanti !

gramsci

Antonio Gramsci

Ce matin, j’ai bien commencé mon année.
J’ai d’abord reçu le joli vœu d’un ami cher, qui m’encourage à continuer à tracer calmement mon propre chemin.
J’ai bien aimé l’image qu’il me renvoie d’une vie comme un voyage sereinement buissonnier, avec un certain dépouillement que le parcours encourage.
Puis j’ai rencontré Gramsci, enfin, plutôt un texte qu’il a publié un premier janvier, il y a 101 ans, qui fait écho à cette idée de continuer à parcourir.
Ceci et cela dans la continuité d’une découverte très récente, qui m’enchante au point de vouloir tenter de la partager avec vous, une histoire de chemins, justement également, et de nomadisme…

Ainsi est-il des jours immobiles – comme est celui que j’ai entamé sous un beau ciel – où l’absence de mouvement en moi n’est qu’apparente, et où, comme la sève invisible en hiver, un frémissement imperceptible couve sous la peau.

Evidemment, je ne sais pas vraiment (et ne veux pas savoir) quel est mon chemin avant de l’avoir tracé, et ce n’est pas par une attitude volontariste que j’entends le mener (celle qu’on trouve dans les « résolutions » de début d’année, où il est question de faire, ou de tenter de faire, plutôt que de s’appliquer à être). Je ne souhaite pas qu’il me conduise vers un but précis.
Je l’aimerais plutôt vagabond, nomade justement, anarchique autant qu’anarchiste, fait de rencontres impromptues, de contacts, d’ouverture, de créations modestes, et de sensations reliées au monde tel qu’il palpite. Humain, juste humain.

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Chemins éphémères pour une cartographie personnelle ©Bleufushia

Je m’aimerais à la fois « ivre de vie intense » et « glissant mon aile sur le vent ».

Mais avant que je partage mon dernier émerveillement de 2016 avec vous, un extrait du texte de Gramsci dont je vous parlais* :

« Je déteste le jour de l’an »

« Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je déteste ces « nouvel an » à échéance fixe, ces jours de jubilation aux rimes obligées collectives, qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc.

Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues|…] »*

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Quelque part au Brésil © Richard Roux

Le chant et le territoire

J’ai appris l’existence du « labyrinthe de sentiers invisibles sillonnant tout le territoire australien, connu des Européens sous le nom de songlines, « itinéraires chantés » ou « piste des rêves » et des aborigènes sous le nom d’ « empreintes des ancêtres » au fil du Chant des pistes**, intéressant livre de voyage de Chatwin.
J’y ai relevé pour vous des éléments qui me fascinent.

Au « Temps du Rêve », raconte-t-il, des êtres totémiques ont parcouru tout le continent en chantant le nom de tout ce qu’ils ont croisé en chemin (oiseau, plantes, animaux, trous d’eau, rochers) et c’est ce chant qui a conféré son existence au monde.

Exister, c’est donc être perçu au rythme lent de la marche, nommé, et de plus, nommé en musique.

De ce fait, « dans la foi aborigène, une terre qui n’est pas chantée est une terre morte puisque, si les chants sont oubliés, la terre elle-même meurt ».

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Jennifer dreamtime (Jennifer Inkatji) carte topographique de sa région

Chatwin raconte même l’histoire d’un homme, Cheekybugger, qui, face à un ennemi, préfère donner son chant plutôt que risquer de le perdre (s’il advenait qu’il soit tué).
« Lors de sa traversée du pays, chaque ancêtre a laissé dans son sillage une suite de notes de musiques : ces pistes de rêve forment dans tout le pays des « voies » de communication entre les tribus éloignées. »
Un chant, outre qu’il a fait prendre corps à ce qui environnait l’homme, est donc « à la fois une carte et un topo-guide. Pour peu que vous connaissez le chant, vous pourrez toujours vous repérer sur le terrain ».

« La totalité de l’Australie peut être lue comme une partition musicale. »

Chaque lieu est un « rêve ».

En voyage, on peut chanter : « ça fait venir le pays plus vite ».
Si on demande à un aborigène quelle est l’histoire de  tel endroit, sa réponse mentionne « qui » est le lieu, le site sacré : « kangourou », « lézard », « les œufs du serpent arc-en-ciel » par exemple, selon l’ancêtre qui lui a donné naissance. Entre deux sites, la distance est considérée comme le passage du chant.

L’aborigène hérite d’un rêve (pas forcément le même pour tous les enfants d’une même mère – en fait, ce rêve est reçu au moment où la mère sent pour la première fois l’enfant bouger dans son ventre : elle repère l’endroit, et cet endroit est ensuite offert à l’enfant).
Il dit alors qu’il a un rêve lézard, par exemple. Ce qui signifie qu’il a le lézard en totem, et qu’il appartient au « clan » des lézards. Il est bien sûr exclu, dans cette situation, qu’il chasse des lézards.

De même, il n’est pas propriétaire du lieu qui lui est échu. La possession  est un concept qui n’existe pas. Mieux encore, il a un « directeur rituel » (le kutungurlu) qui  est responsable de son lieu (en accord avec lui), et lui va s’occuper du lieu de l’autre.

Ainsi, le territoire n’est pas délimité par des frontières, mais conçu comme un réseau  de lignes croisées. Chacun reçoit en héritage un tronçon du chant de l’ancêtre, et un tronçon du pays où « passe » ce chant.

L’homme qui suit un itinéraire chanté trouve sur son chemin des gens appartenant au même « rêve » que lui – c’est-à-dire descendant du même ancêtre totémique, celui qui le premier a chanté cet itinéraire – et il peut être assuré de rencontrer un bon accueil. « A la longue, il devient la piste, l’ancêtre et le chant. »
Sur chacune de ces lignes, les aborigènes pratiquent des échanges de choses inutiles ou banales, qui n’ont d’autre but que d’être une « prise de langue », pour échanger l’essentiel, les chants, et permettre aux autres des droits de passage.

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Kalaya Tjukurpa (Bradley Tunkin)

Lors des cérémonies, tous les chants correspondant à une piste sont chantés dans un ordre immuable pour célébrer la création (si l’ordre n’est pas parfait, il y a, symboliquement, abolition de la création).

Les ethnologues se sont aperçus que les chants pouvaient être transmis par télépathie, et certains aborigènes peuvent ainsi connaître des régions très éloignées, dans des endroits où ils ne sont jamais allés auparavant.

« Un membre d’une tribu A, qui vivait à l’extrémité d’un itinéraire chanté pouvait entendre quelques mesures chantées par la tribu M et, sans connaître un mot de la langue de M, savoir exactement quelle terre était chantée (une terre située à plus de 1800 km de là), grâce à la structure mélodique. Il serait capable de chanter ensuite ses propres paroles (sa traduction, en fait) en les substituant aux paroles initiales, pour décrire l’endroit.
Le profil mélodique du chant décrit, en quelque sorte, la nature du terrain concerné, comme de la musique (efficacement) descriptive.

Un chanteur expérimenté, en écoutant la mélodie, pouvait compter le nombre de rivières à traverser, les montagnes à gravir et en déduire à quel endroit de l’itinéraire chanté il se trouvait. »

Le personnage central du livre (qui n’est pas aborigène) conclut alors, sous forme de question à méditer :

« La musique serait une banque de données servant à trouver son chemin dans le monde ? »

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Ata Get

I have a dream…

Creuser mon sillon en chantant mon rêve, me fondre avec ce chemin et ce rêve éveillé, marcher toujours sur des routes d’autant plus réelles qu’elles sont imaginaires, échanger ma musique personnelle (et néanmoins reçue de mes ancêtres) avec d’autres humains nomades, voilà qui me semble, à défaut de constituer une résolution, être un programme qui me sied bien pour le siècle à venir (ne nous la jouons pas petit braquet).
Qu’on se le dise !
Et que votre propre chemin soit fertile et passionnant, voilà ce que je vous souhaite en ce jour.

©Bleufushia

*traduction d’Olivier Favier, trouvée sur son (excellent) site dormirajamais.org

** le chant des pistes (Bruce Chatwin), dernier voyage en Australie peu de temps avant sa mort (en 1989)

Le livre de Chatwin a été écrit à un moment où les blancs avaient déjà commencé à construire des lignes ferroviaires, à détruire une partie de ces lignes, à regrouper les aborigènes dans des villages… Dans les années 70, de plus, ils ont fourni aux aborigènes du matériel de peinture, et ils sont transcrits leurs cartes orales en œuvres apparemment abstraites. Ensemble de lignes et de points, elles retracent un territoire, représentant aussi, pour certaines, l’animal totémique associé au rêve. Ces peintures splendides sont devenues une source de richesse pour les blancs, et sont « extérieures » aux traditions. Chez les aborigènes,  l’art graphique est éphémère.


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Une clé à molette sous le sapin

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Olivier Nomblot

-Eh, toi ! oui, toi !! on peut savoir ce que tu fabriques ?

T’écris plus jamais dans ton blog, et tu laisses tes fans exsangues, comme des coquillages abandonnés sur la grève à la morte saison ?

 Et t’as toujours une bonne raison : soit c’est la pleine saison, et tu en profites, soit c’est l’arrière-saison, et tu vas de l’avant… tu vas trouver quoi, ce coup-ci ?

-Désolée, j’ai une vie débridée, pleine d’événements plus bizarres les uns que les autres, et, dans la foulée de mon véhicule « bleu virtuel » – dont je soupçonne une notoire autant que pernicieuse influence sur tout ce qui m’arrive -, je navigue depuis début novembre dans des zones d’univers que vous ne me soupçonnez sans doute pas.

Complètement barrée, la Lili, à mille miles de tout lieu fréquentable, sachez-le. Un monde d’énergies plutôt pas contrôlées du tout, virtuel, mais désagréablement réel aussi.
Je vous raconterai ça un jour, quand j’aurai réussi à prendre la distance nécessaire avec les zévénements en question, qui me bouleversifient pas mal.
Je fais du teasing à fond les manettes, je sais. En fait, je fais surtout ce que je peux, à vrai dire.

J’utiliserais bien l’excuse, pratique en cette saison, de Noël, la trêve, les fêtes, les préparatifs  et tutti quanti. Mais en fait, je m’en fiche un peu, et plus les années passent, et plus cette période m’est difficile. On attend de nous – a minima – de la consommation tout azimut, et de la joie « encadrée ». Et qu’on pense à autre chose qu’à la sale marche du monde.
Moi, la joie, les échanges, je les préfère libres, quand je veux, tous les jours si je veux.
Et la consommation, y en a carrément marre.
– Mais si c’est tous les jours, pourquoi pas celui-là ?

-Je reconnais que je n’ai rien à répondre de particulier à cet argument-là, sinon « parce que ».

Je boycotte, c’est tout. Bigoudis et tranches de concombre sur le visage. Télé éteinte. Petite musique tranquille. Rapports humains normaux.

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Affiche du F.L.I.P. à Fribourg

Mais en fait, dans les raisons de mon mauvais vouloir en cette période, il y a des choses qui ont un rapport avec ce dont je veux vous entretenir aujourd’hui.

Sous la couette

Et à part ça ?
Ben, je lis…

Je viens de finir un pavé savoureux et assez remarquable, dans la catégorie « livre incontournable du siècle dernier ».

Je l’avais, vous vous en doutez, contourné allègrement jusqu’ici. Comme tant d’autres. Et n’en avais même jamais entendu parler : en quête de légèreté lors de mon dernier passage à la médiathèque, j’ai été accrochée par son titre, et hop, dans ma besace, sans même en regarder le sujet.

Pour le retard à l’allumage, j’ai des excuses, il n’a été traduit qu’en 2007, mais pas tant d’excuses que ça, parce qu’il y a un début  et que je n’ai pas lu non plus. Mon ovni littéraire s’appelle « Le retour du gang de la clé à molette », ce qui veut dire qu’avant le retour, y avait un aller. C’est certain, on ne peut pas revenir (tiens, ce n’est pas le verbe retourner qui me vient, bizarre, le français) si on n’est pas déjà venus une fois.

C’est une sorte de « polar » écolo déjanté (le premier, me dit l’Interné de service) écrit par Edward Abbey (malgré son patronyme, cet écrivain-là n’est pas franchement catholique au demeurant).

Réjouissant livre, où l’on voit une minuscule poignée d’activistes anarchistes triompher d’une multinationale qui veut utiliser une méga excavatrice (qui répond au doux nom de Goliath)  pour dévaster une région entière (un grand canyon près de Salt Lake City). L’idée est de développer une mine d’uranium à ciel ouvert, et de construire une piste qui permette le passage des engins d’exploitation.
On y fait la connaissance d’une bande de mormons déments et nantis de foules de mouflets, menés par un Révérent nommé Love qui mange de l’uranium à pleines bouchées pour montrer l’innocuité de la chose, d’une pulpeuse norvégienne amoureuse, et de bien d’autres.
C’est délirant, superbement écrit, d’une rare actualité, et ça fait un bien fou de voir des affreux qui perdent, pour une fois !

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Crumb (qui a illustré Le Gang de la clé à molette)

Les activistes se battent avec des outils obsolètes (et néanmoins suédois), a priori ridicules, contre le capitalisme hyper armé et destructeur de terre et de cadre de vie, pour le droit des hommes et autres tortues et insectes à jouir d’une nature non dévastée.
Ce livre donne à voir certaines scènes de combat totalement épiques qui m’ont mise en joie. En fait, moins du combat à proprement parler que du sabotage inventif, bricolé, et terriblement festif et efficace.

Résonances

Cela dit, mes lectures des vieux bouquins sont totalement en phase avec l’actualité. Etonnant, non ?

Bien sûr, avec des luttes comme celle qui continue à opposer les zadistes de Notre-Dame des Landes à un aéroport inutile et destructeur, mais aussi à la récente réussite du combat des Sioux de Standing Rock contre le trajet d’un pipeline qui doit détruire leurs terres sacrées et leurs réserves d’eau potable (ah bon, ils n’achètent pas d’eau en bouteille ? mais ce sont vraiment des sauvages !).

Mais Trump a annoncé qu’il va revenir sur ce résultat, alors même que le pipeline a déjà été construit à 80 %. Et Donald Trump détient des actions de la société Energy Transfer qui doit construire le pipeline, ce qui laisse mal augurer de la suite.

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campagne de soutien aux Sioux (tatouage de leur symbole : l’oiseau-tonnerre et fonds reversés à la lutte)

Dans un autre genre, plutôt sabotage, je pensais aussi aux anarchistes grecs qui viennent, il y a quelques jours, de rajouter de la javel à des produits de certaines marques, pour obliger des multinationales qui n’ont rien d’éthique (Coca-cola, Nestlé, Unilever) à rappeler leurs produits…
Même si les merdias présentent cette action comme de l’empoisonnement du bon petit peuple, il n’en est rien, et les quelques pertes financières qu’ils vont infliger à des entreprises qui contribuent à appauvrir le peuple grec semblent une opération minuscule, mais un peu symboliquement réparatrice.

Ce qui est intéressant, dans la dernière action est, me semble-t-il, qu’il n’y a pas besoin d’être forcément des milliers pour atteindre une cible.
Souvenez-vous de La java des bombes atomiques, de Vian, dans laquelle il raconte l’histoire de son tonton qui fabrique une bombe de faible portée pour tuer « tous les affreux », mais qui se désole de son trop faible rayon d’action.
Jusqu’au moment où il se rend compte que l’important, c’est « l’endroit oùsqu’elle tombe ».

Comme les saboteurs du gang des clés à molette, qui vont semer la terreur dans les rangs de leurs ennemis à cinq et avec des moyens assez dérisoires.

saboteur

Le Saboteur (Hitchkock)

« Consommez mieux, mangez vos maîtres ! »

Je vais terminer par quelques notes plus légères, en vous parlant de quelques sabotages qui m’ont fait sourire, et qui donnent à penser, à réagir.

Certains (et beaucoup d’autres) sont répertoriés dans le Manuel de communication-guérilla*, comme
– celui des « hacktivistes » du F.L.I.P., le Front de Libération de l’Invasion Publicitaire, qui oeuvre à détourner des publicités depuis plus de 30 ans, en les recouvrant, en faisant apparaître la vérité sous le message publicitaire, ou en les remplaçant par de l’art éphémère ou des questions.

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-L’action de la B.L.O, la Barbie Liberation Organization , en 1993**

Le groupe a interverti les bandes vocales de centaines de poupées Barbie et G.I. Joe. Ainsi, G.I. Joe prononçait des phrases comme « je veux un bisou », tandis que les poupées Barbie discutaient de tactiques de guerre. J’avais vu un reportage à l’époque, et c’était d’une drôlerie extrême.

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-En fait, cette action était l’idée d’un groupe auquel participaient les Yes Men. Ensuite, ils se sont livrés à de nombreuses actions à deux, éditant même une liste de conseils pour les suiveurs éventuels :

« Vous aussi devenez le cauchemar des multinationales, le caillou dans la chaussure du capitalisme sauvage : les Yes Men vous livrent quelques techniques de guérilla »
Parmi celles-ci, « Faites croire que vous travaillez pour l’ennemi », assortie d’un exemple

« Achetez un tee-Shirt Esso sur le Net et traînez à une station essence locale. Quand les gens s’arrêtent prendre de l’essence, parlez-leur.

Par exemple : «L’argent que vous dépensez aujourd’hui nous aidera à vaincre les indigènes d’Alaska et à exterminer le violent ours polaire du Grand Nord. Merci.»

A défaut de devenir, là, juste là, et à moi toute seule, le cauchemar du capitalisme, je commence, modestement, à ne pas tomber dans la frénésie de la consommation.
Je vous envoie cependant à tous des super poutous gratuits et sincères.

Et un petite oxymore gratuit : Joyeux noël !

Je vous laisse, on m’appelle pour une délicieuse tarte aux poireaux en guise d’agapes, en attendant la victoire…

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©Bleufushia

*si ça vous intéresse, vous pouvez parcourir le Manuel de communication-guérilla (Luther Blissett et allii, traduit par Olivier Cyran)
Beaucoup d’exemples au chapitre 3

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=145#chap03

**Barbie et G.I.Joe

la vidéo est en anglais, mais vous pouvez activer les sous-titres (en anglais aussi)

https://www.youtube.com/watch?v=cxiDlJ7nfLo

 


2 Commentaires

Mais qui est donc Gunther ?

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Ce qu’on sait de lui, c’est qu’il n’est pas allemand, contrairement à la piste qu’on aimerait sans doute nous faire suivre.
Ou pas plus allemand qu’à l’époque où on était « tous des juifs allemands »… je ne sais pas si vous avez l’âge de vous en souvenir, c’était une époque de pavés qui volaient par-dessus des barricades, dans toute la magie hélas très fugace des possibles, une époque d’utopies dansantes.
C’est marrant, la mémoire ! cet antécédent des « on est machin, ou encore chose » qui fleurissent aujourd’hui vient juste de me revenir, sans doute parce que, dans un plan bref d’une série télé, j’ai aperçu hier soir la tête incongrue de Dany, juste le temps de le reconnaître et de me demander ce qu’il faisait là. Je me demande d’ailleurs s’il y a eu des antécédents à l’antécédent, mais sans avoir la réponse. Donc, je reviens à mes moutons, qui n’en sont pas, vous allez le voir.

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Si on insiste pour savoir qui est exactement Gunther auprès de ceux qui sont au courant de l’affaire, ils répondent en rigolant que c’est un chien, mais que ça pourrait être n’importe quoi d’autre. Et que, d’ailleurs, on s’en fout, la question n’est pas là.
Quelle est donc la question, on ne va sans doute pas le savoir aussi facilement que ça.
A l’origine, rajoute la voix rigolarde, Gunther n’était pas seul, il y avait aussi Unter, l’alter ego de Gunther.
Unter, ça veut bien dire « dessous », j’ai appris l’allemand, moi, monsieur, et si je veux bien, à la limite, croire à l’existence d’un chien qui s’appelle Gunther, un qui s’appelle « dessous », on ne me la fait pas !
L’homme rajoute que, lorsqu’on appelle les deux chiens, il arrive qu’on crie : Ugévéka (UGWK). A cause du fait que leur propriétaire tient, mais l’hiver seulement, une taverne (Unter & Gunther Winter Kneipe)
Mais parfois on les nomme également UX.
Moi, j’ai vu un dessin les représentant, et franchement, on dirait plutôt des rats, non ?

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Je n’y comprends rien, mais, à ce stade-là, je commence à me demander sérieusement qui peut bien se cacher « sous » Gunther ?

L’homme qui parle n’est pas le propriétaire des chiens, ou du moins, on n’en est pas certain, pas plus que de son nom à lui, qu’il consent à nous donner, comme un os à mordre. Il s’appellerait Lazar Kunstmann, ce qui sent son pseudo à plein nez. L’Artiste, voyez-vous ça ! Et la façon dont il parle le français ne laisse pas vraiment de doute : cet homme n’est pas allemand, non, non, l’Allemagne, c’est une fausse piste.
Si on lui demande qui, à la fin, est ce fameux Gunther, il répond en riant que c’est bien un chien (« mais je viens de vous expliquer que c’est un chien ! »), mais pas rien qu’un chien.
Il précise que ce n’est pas un homme non plus, bien que, par ailleurs, l’hypothèse ne soit pas totalement absurde.
Vous ne comprenez pas ?

Si, je pige qu’on a sans doute affaire à une fucking race de chiens mutants de l’occident pourri !

Not at all, précise Lazar, en souriant, pas plus de chien mutant que de mexicaine perforée.
Je ne vois pas de quoi il parle avec sa mexicaine, sinon qu’il essaie de m’égarer dans l’espace – si le Mexique était l’occident, ça se saurait ! -, mais je commence à comprendre que sous Gunther (un peu de la même façon étrange que sous les pavés, il y avait la plage) ce n’est pas d’un homme, mais de plusieurs qu’il s’agit, et même sans doute des femmes, et peut-être des enfants.

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Mais pourquoi je vous raconte que Gunther est fameux, alors que son propos est de ne l’être pas ?
Ce n’est pas Gunther, vous l’avez bien compris, mais bien ceux qui se cachent sous Gunther qui sont remarquables, même s’ils se planquent.
Et si je vous en parle, c’est parce qu’ils me plaisent, ces gens-là. J’aime leur discrétion, leur passion, leur humilité, la voie qu’ils tracent hors des chemins balisés.

Leur existence a été connue du public, parce qu’il ne pouvait pas en être autrement.
Ça faisait à l’époque plus de 20 ans qu’ils oeuvraient dans la clandestinité la plus totale. Ils sont en effet une section volontairement invisible d’un mouvement d’expérimentateurs urbains : ils se chargent, à leurs propres frais, de restauration du patrimoine parisien intra-muros. Ils s’intéressent aux lieux urbains délaissés.
Et tout d’un coup, on leur a fait un procès plutôt surréaliste.

Un vrai procès ?
Oui, tout à fait.

Ils ont restauré l’horloge monumentale du Panthéon, avant qu’elle ne soit définitivement fichue, ce qui ne paraît pas de nature à les conduire devant la justice.
Mais ils ont pénétré dans un bâtiment public, déjoué la surveillance, installé un atelier clandestin, des bureaux, une bibliothèque, et travaillé pendant une année complète sur le projet, sans que jamais personne ne soupçonne leur existence.
On les a repérés, parce que l’horloge, pour fonctionner, demandait à être remontée une fois par semaine. Ils ont hésité, puis signalé à l’administrateur du monument qu’elle était désormais en état de marche.
Ils ont été accusés de restauration clandestine d’un monument public, et relaxés… parce que ce chef d’inculpation n’existe pas.

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le coin bibliothèque des UG au Panthéon

La suite est encore plus surréaliste. Le Centre des Monuments Nationaux a délégué un horloger chargé de remettre l’horloge hors d’état de fonctionner. Oui, vous lisez bien… je crois que c’est ce qui me troue le plus dans cette histoire !
Le motif de cette décision idiote est, probablement, que l’action des UG aurait pointé l’incurie de l’administration (à la fois pour l’absence de surveillance des monuments publics et pour le défaut d’entretien), ce qui est un crime de lèse-majesté, ou je ne m’y connais pas !
A la trappe, les gêneurs !

Finalement, j’aurais pu intituler ce billet : Ubu Roi contre Gunther.
Depuis, les UnterGunther ont repris leurs activités silencieuses, sans plus en faire aucune publicité.

©Bleufushia

N.B. J’ai découvert les UnterGunther en lisant un (assez ébouriffant et incroyablement documenté) roman de Jean-Marie Blas de Roblès : L’île du point Némo. J’ai eu envie d’en savoir plus.

Et voilà inaugurée une nouvelle catégorie de « baguenaudages en marge de mes lectures »

re N.B. Je ne vous ai pas fait un article détaillé sur ce mouvement, et sur les mouvements qui lui sont liés, comme La Mexicaine de Perforation (une salle culturelle souterraine qui a diffusé pendant des années, jusqu’à une dénonciation) ou les Mouse House. Juste une petite mise en bouche.

untergunther au panthéon

UG au Panthéon

Pour aller plus loin et explorer ce drôle d’univers, vous pouvez lire

une interview passionnante, sur l’excellent site d’Article11, du porte-parole des UG
http://www.article11.info/?Lazar-Kunstmann-porte-parole-de-l

un article de l’Express au moment du procès
http://www.lexpress.fr/informations/sous-les-paves-les-explorateurs_722061.html

et visionner un petit film montrant cette opération
https://vimeo.com/51365068
Mais, en cherchant bien, si ça vous branche, vous pouvez encore découvrir d’autres choses, bien sûr !