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La vie des charançons n’est pas si monotone (26)

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Bouche bée (Fashion week – du site ibnlive.in.com)

Je viens de découvrir le monde merveilleux de Twitter.
On a accès à des brèves du monde entier, sur n’importe quel sujet, dans un état de vrac total. Rien n’est filtré, tout ce qui est tweeté est là, accessible. Ça a un côté hypnotique, fascinant, déroutant. Ça me laisse assez perplexe, et pour tout dire, j’en reste même coite.
A côté, facebook a un aspect presque aristocratique : le fait de choisir ses amis amène un tri minimum. Là, aucun.
J’ai eu l’idée un peu absurde de lancer une recherche sur « prof de musique », pensant lire des échanges pédagogiques me permettant de me tenir au courant des effets des dernières décisions ministérielles, et d’avoir des échos des nouveaux djeuns.
Et je suis tombée sur tout autre chose : la vie des ados pendant les cours !
C’est bougrement instructif, cette immersion en terre sauvage.
Ça me change des charmantes têtes dont je m’occupe. Un autre monde…

J’ai décidé de partager avec vous un petit florilège de cette lecture édifiante.
Il y a quelques abréviations. Pour ceux qui auraient du mal, j’en mets entre parenthèses, en fin du tweet concerné, la traduction. Pour les fautes d’orthographe, débrouillez-vous !

MDR quand la prof de musique demande qui a muet (mort de rire)

Entre C… qui croit qu’on va tous devenir ingénieur et G… qu’est pas + prof de musique que ma grand-mère, npp je craque (n’en peux plus)

Pourquoi un des seuls gars qui me drague c’est un prof de mon école de musique aux cheveux pire que blancs ? la tristesse !

En musique, je sais pas ce qu’il nous a fait faire le prof, mais c’était tout sauf de la musique mdrr (vraiment mort de rrrrire)

935002645Ma prof de musique elle croit trop qu’elle est une bonne prof alors qu’elle est nulle

Mon nouveau prof de musique, il a un charme de malade quand il souris

piquants-mues-poils-durs-aider-faciliter-chute-remplacement-hérissons-nac-aider-astuce-méthode-animaux-animal-compagnie-animogen-5

Ah, zut, ça, c’est pas une souris !

La prof de musique ça fait 3 mois elle vient pu

Le remix du prof de musique il est vraiment bien pour une fois

Quand on est rentré en cours, la prof avait mis de la musique classique tout fort, c’était tellement à chier

Mon prof de musique a un t-shirt « empêchez la surpopulation, mangez un chinois ». J’en pouvais plus mdrr

Rt si tu voudrais avoir les boys en prof de musique (retweete)

Le groupe anglais Lawson pose nu pour recherche contre le cancer

Le groupe anglais Lawson pose nu pour recherche contre le cancer

J’ai plus de pec que ma prof de musique a de seins

J’étais en train de parler de seins avec Carla et je me trompe de destinataire et j’envoie à ma prof de musique. Mais la honte

Ma prof de musique elle veut qu’on chante une chanson engagée ptdr devant toute la classe cv pas le faire (pété de rire… ça va)

Chai pas vous mais moi ma prof de musique, quand on chante elle critique, elle a cru on été dans the voice

La prof de musique je crois qu’elle essaye de refaire son look mais c’est toujours aussi moche.

fashion-dec26-1 site ibnlive_in_comVive la prof de musique bien naze

Ma prof de musique elle veut qu’on fasse un exposé pour pâques sur une publicité pour le chocolat j’crois le fond a été touché

Mon prof de musique dit des fois des trucs tellement vrai mais c’est ouf

La lecture de Twitter (dont je ne vous livre que des extraits choisis parmi d’autres du même gabarit) me laisse à penser,  peut-être à tort, que le fond, comme le dit ce collégien, a été touché, et, même au-delà (et, comme le dit Bobby Lapointe, « dans un commerce c’est moche quand le fond fond »).
Après avoir lu tout ça, je m’interroge : mes étudiants futurs profs de musique, je tente de les former comment pour les préparer à affronter cela ?

©Bleufushia
NB le titre de cet article est emprunté à un livre de Corinne Bouchard (La vie des charançons est assez monotone), récit ironique d’une année de cours en lycée (paru chez Syros, en 1999)

 

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« Une blessure étrange dans le coeur »

Suzanne t’emmène… écouter les sirènes… elle te prend par la main pour passer une nuit sans fin…

Ralph Eugene Cahoon Jr

J’ai beaucoup écouté cette chanson dans mon adolescence, elle a fait partie des mélodies qui tournaient en boucle sur mon tourne-disques (drôle, ce mot que je n’ai plus employé depuis si longtemps, qui fait maintenant totalement partie d’un monde révolu), fondatrices de ce que je cherchais à l’époque – comme tout adolescent, je suppose : un rapport au monde qui me soit propre tout en étant emprunté à différentes influences, l’approche de voix étrangères qui deviennent soudain plus familières, intimes et amies que l’univers environnant.
Ainsi en a-t-il été, entre autres, de l’univers musical de Leonard Cohen, avec juste sa guitare économe, et cette voix monocorde, comme détachée du monde, qui permettait à des espaces  de se créer en moi, pour laisser place à l’ailleurs, au différent, au lointain. Leonard – et spécialement cet air-là – a bercé mon spleen de l’époque, et m’a aussi, curieusement, réconfortée.
Parfois, à propos de Suzanne, je me demandais pourquoi on la disait à moitié folle, elle me semblait plutôt sensée dans sa bizarrerie. Je me sentais curieusement en écho avec cela, une conscience d’être, moi aussi, dans une marge de folie sensée et nécessaire. Parfois, j’écoutais seulement, encore et encore, en rêvant au chant des sirènes, sans rien me demander, me laissant voguer sur sa voix étale.

Sueno de sirena (Roberto Favelo)

Sueno de sirena (Roberto Favelo)

Bien sûr, Suzanne laissait la mer répondre à sa place et disait que, dans les algues, il y a des rêves. Ce n’est sans doute pas un comportement extrêmement habituel. Elle était aussi capable d’entendre le chant des sirènes, et de jouer le role d’un medium capable de faire entendre ce chant à d’autres. Sans doute était-elle assez spéciale.
Mais qui peut lui en vouloir pour ça ?

Sûrement pas moi.
Je me rends compte après coup que cette histoire de sirène – un peu border line dans sa « marinité » – est une des choses qui, bien des années après, m’a suivie, accompagnée et jamais abandonnée, au point que j’en suis venue, dans un méli-mélo que les songes permettent, à être à la fois un peu Suzanne, beaucoup algue, passionnément sirène, et plus encore si aff.
Je me sentais déjà – toute jeune – plus maritime que terrienne, Leonard m’a confortée dans cette identité d’entre-deux.
A quoi ça tient, parfois, de continuer à ne pas adhérer totalement au monde qui nous entoure ?
Pour moi, assurément, à cet air qui tournait dans la lumière de certains soirs lointains, dans une chambre avec vue sur la mer, tellement qu’il est resté gravé, là, intact.

Depuis, j’ai beaucoup nagé, tant que, parfois, je sens ma peau s’écailler, et je n’ai depuis longtemps « plus peur de voyager les yeux fermés ».

Et j’éprouve, en moi-même, une réelle tendresse pour ces êtres souples et ondulants qui m’environnent et dont la réalité, « à certaines heures pâles de la nuit », me semble infiniment proche et tangible.

sirennetemple du bouddha d'émeraude bangkok

Sirène du temple du Bouddha d’Emeraude (Bangkok

 Greame Allright en a fait une version en français. D’autres interprètes l’ont chantée, mais c’est celle-là, également, que j’écoutais dans mes jeunes années. La voilà :

Pour quelques images de ces créatures  :
http://wp.me/p409Io-32

©Bleufushia