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Une clé à molette sous le sapin

5 Commentaires

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Olivier Nomblot

-Eh, toi ! oui, toi !! on peut savoir ce que tu fabriques ?

T’écris plus jamais dans ton blog, et tu laisses tes fans exsangues, comme des coquillages abandonnés sur la grève à la morte saison ?

 Et t’as toujours une bonne raison : soit c’est la pleine saison, et tu en profites, soit c’est l’arrière-saison, et tu vas de l’avant… tu vas trouver quoi, ce coup-ci ?

-Désolée, j’ai une vie débridée, pleine d’événements plus bizarres les uns que les autres, et, dans la foulée de mon véhicule « bleu virtuel » – dont je soupçonne une notoire autant que pernicieuse influence sur tout ce qui m’arrive -, je navigue depuis début novembre dans des zones d’univers que vous ne me soupçonnez sans doute pas.

Complètement barrée, la Lili, à mille miles de tout lieu fréquentable, sachez-le. Un monde d’énergies plutôt pas contrôlées du tout, virtuel, mais désagréablement réel aussi.
Je vous raconterai ça un jour, quand j’aurai réussi à prendre la distance nécessaire avec les zévénements en question, qui me bouleversifient pas mal.
Je fais du teasing à fond les manettes, je sais. En fait, je fais surtout ce que je peux, à vrai dire.

J’utiliserais bien l’excuse, pratique en cette saison, de Noël, la trêve, les fêtes, les préparatifs  et tutti quanti. Mais en fait, je m’en fiche un peu, et plus les années passent, et plus cette période m’est difficile. On attend de nous – a minima – de la consommation tout azimut, et de la joie « encadrée ». Et qu’on pense à autre chose qu’à la sale marche du monde.
Moi, la joie, les échanges, je les préfère libres, quand je veux, tous les jours si je veux.
Et la consommation, y en a carrément marre.
– Mais si c’est tous les jours, pourquoi pas celui-là ?

-Je reconnais que je n’ai rien à répondre de particulier à cet argument-là, sinon « parce que ».

Je boycotte, c’est tout. Bigoudis et tranches de concombre sur le visage. Télé éteinte. Petite musique tranquille. Rapports humains normaux.

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Affiche du F.L.I.P. à Fribourg

Mais en fait, dans les raisons de mon mauvais vouloir en cette période, il y a des choses qui ont un rapport avec ce dont je veux vous entretenir aujourd’hui.

Sous la couette

Et à part ça ?
Ben, je lis…

Je viens de finir un pavé savoureux et assez remarquable, dans la catégorie « livre incontournable du siècle dernier ».

Je l’avais, vous vous en doutez, contourné allègrement jusqu’ici. Comme tant d’autres. Et n’en avais même jamais entendu parler : en quête de légèreté lors de mon dernier passage à la médiathèque, j’ai été accrochée par son titre, et hop, dans ma besace, sans même en regarder le sujet.

Pour le retard à l’allumage, j’ai des excuses, il n’a été traduit qu’en 2007, mais pas tant d’excuses que ça, parce qu’il y a un début  et que je n’ai pas lu non plus. Mon ovni littéraire s’appelle « Le retour du gang de la clé à molette », ce qui veut dire qu’avant le retour, y avait un aller. C’est certain, on ne peut pas revenir (tiens, ce n’est pas le verbe retourner qui me vient, bizarre, le français) si on n’est pas déjà venus une fois.

C’est une sorte de « polar » écolo déjanté (le premier, me dit l’Interné de service) écrit par Edward Abbey (malgré son patronyme, cet écrivain-là n’est pas franchement catholique au demeurant).

Réjouissant livre, où l’on voit une minuscule poignée d’activistes anarchistes triompher d’une multinationale qui veut utiliser une méga excavatrice (qui répond au doux nom de Goliath)  pour dévaster une région entière (un grand canyon près de Salt Lake City). L’idée est de développer une mine d’uranium à ciel ouvert, et de construire une piste qui permette le passage des engins d’exploitation.
On y fait la connaissance d’une bande de mormons déments et nantis de foules de mouflets, menés par un Révérent nommé Love qui mange de l’uranium à pleines bouchées pour montrer l’innocuité de la chose, d’une pulpeuse norvégienne amoureuse, et de bien d’autres.
C’est délirant, superbement écrit, d’une rare actualité, et ça fait un bien fou de voir des affreux qui perdent, pour une fois !

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Crumb (qui a illustré Le Gang de la clé à molette)

Les activistes se battent avec des outils obsolètes (et néanmoins suédois), a priori ridicules, contre le capitalisme hyper armé et destructeur de terre et de cadre de vie, pour le droit des hommes et autres tortues et insectes à jouir d’une nature non dévastée.
Ce livre donne à voir certaines scènes de combat totalement épiques qui m’ont mise en joie. En fait, moins du combat à proprement parler que du sabotage inventif, bricolé, et terriblement festif et efficace.

Résonances

Cela dit, mes lectures des vieux bouquins sont totalement en phase avec l’actualité. Etonnant, non ?

Bien sûr, avec des luttes comme celle qui continue à opposer les zadistes de Notre-Dame des Landes à un aéroport inutile et destructeur, mais aussi à la récente réussite du combat des Sioux de Standing Rock contre le trajet d’un pipeline qui doit détruire leurs terres sacrées et leurs réserves d’eau potable (ah bon, ils n’achètent pas d’eau en bouteille ? mais ce sont vraiment des sauvages !).

Mais Trump a annoncé qu’il va revenir sur ce résultat, alors même que le pipeline a déjà été construit à 80 %. Et Donald Trump détient des actions de la société Energy Transfer qui doit construire le pipeline, ce qui laisse mal augurer de la suite.

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campagne de soutien aux Sioux (tatouage de leur symbole : l’oiseau-tonnerre et fonds reversés à la lutte)

Dans un autre genre, plutôt sabotage, je pensais aussi aux anarchistes grecs qui viennent, il y a quelques jours, de rajouter de la javel à des produits de certaines marques, pour obliger des multinationales qui n’ont rien d’éthique (Coca-cola, Nestlé, Unilever) à rappeler leurs produits…
Même si les merdias présentent cette action comme de l’empoisonnement du bon petit peuple, il n’en est rien, et les quelques pertes financières qu’ils vont infliger à des entreprises qui contribuent à appauvrir le peuple grec semblent une opération minuscule, mais un peu symboliquement réparatrice.

Ce qui est intéressant, dans la dernière action est, me semble-t-il, qu’il n’y a pas besoin d’être forcément des milliers pour atteindre une cible.
Souvenez-vous de La java des bombes atomiques, de Vian, dans laquelle il raconte l’histoire de son tonton qui fabrique une bombe de faible portée pour tuer « tous les affreux », mais qui se désole de son trop faible rayon d’action.
Jusqu’au moment où il se rend compte que l’important, c’est « l’endroit oùsqu’elle tombe ».

Comme les saboteurs du gang des clés à molette, qui vont semer la terreur dans les rangs de leurs ennemis à cinq et avec des moyens assez dérisoires.

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Le Saboteur (Hitchkock)

« Consommez mieux, mangez vos maîtres ! »

Je vais terminer par quelques notes plus légères, en vous parlant de quelques sabotages qui m’ont fait sourire, et qui donnent à penser, à réagir.

Certains (et beaucoup d’autres) sont répertoriés dans le Manuel de communication-guérilla*, comme
– celui des « hacktivistes » du F.L.I.P., le Front de Libération de l’Invasion Publicitaire, qui oeuvre à détourner des publicités depuis plus de 30 ans, en les recouvrant, en faisant apparaître la vérité sous le message publicitaire, ou en les remplaçant par de l’art éphémère ou des questions.

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-L’action de la B.L.O, la Barbie Liberation Organization , en 1993**

Le groupe a interverti les bandes vocales de centaines de poupées Barbie et G.I. Joe. Ainsi, G.I. Joe prononçait des phrases comme « je veux un bisou », tandis que les poupées Barbie discutaient de tactiques de guerre. J’avais vu un reportage à l’époque, et c’était d’une drôlerie extrême.

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-En fait, cette action était l’idée d’un groupe auquel participaient les Yes Men. Ensuite, ils se sont livrés à de nombreuses actions à deux, éditant même une liste de conseils pour les suiveurs éventuels :

« Vous aussi devenez le cauchemar des multinationales, le caillou dans la chaussure du capitalisme sauvage : les Yes Men vous livrent quelques techniques de guérilla »
Parmi celles-ci, « Faites croire que vous travaillez pour l’ennemi », assortie d’un exemple

« Achetez un tee-Shirt Esso sur le Net et traînez à une station essence locale. Quand les gens s’arrêtent prendre de l’essence, parlez-leur.

Par exemple : «L’argent que vous dépensez aujourd’hui nous aidera à vaincre les indigènes d’Alaska et à exterminer le violent ours polaire du Grand Nord. Merci.»

A défaut de devenir, là, juste là, et à moi toute seule, le cauchemar du capitalisme, je commence, modestement, à ne pas tomber dans la frénésie de la consommation.
Je vous envoie cependant à tous des super poutous gratuits et sincères.

Et un petite oxymore gratuit : Joyeux noël !

Je vous laisse, on m’appelle pour une délicieuse tarte aux poireaux en guise d’agapes, en attendant la victoire…

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©Bleufushia

*si ça vous intéresse, vous pouvez parcourir le Manuel de communication-guérilla (Luther Blissett et allii, traduit par Olivier Cyran)
Beaucoup d’exemples au chapitre 3

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=145#chap03

**Barbie et G.I.Joe

la vidéo est en anglais, mais vous pouvez activer les sous-titres (en anglais aussi)

https://www.youtube.com/watch?v=cxiDlJ7nfLo

 

5 réflexions sur “Une clé à molette sous le sapin

  1. Est-ce que tes poupous gratuits et sincères sont aussi libres de droit et de virus de la grippe ? Je m’informe avant de les accepter.

    Je tape « poutou » pour trouver un synonyme peu usité et drôle afin d’éviter une répétition en te l’envoyant et on me propose « poutous de Béziers » berk ça sent le Ménard, plus loin « poutous de Toulouse » hum Nougaro et « poutous sur le popotin ». N’importe quoi ! Ben tu auras un bécot sur chaque joue et Bon Noël pour rester originale !

  2. J’ai lu ce livre il y a quelques temps. Ca défrise et ça donne la pêche. J’adore. Merci de me le remettre en mémoire.

  3. Standing rock, c’est à nouveau foutu ! j’ai des envies de clés à molette !

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