bleu fushia

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Du bon usage des verbes pronominaux (11 b)

Norvège ©Bleufushia

Norvège
©Bleufushia

Je sors de mon lieu de travail, je traverse le parc, il est 11 heures du matin.
J’y entre en même temps qu’un groupe de jeunes qui vient de la fac de droit.
Nous cheminons à la même allure, et je les écoute.
L’ascenseur social fonctionne assez mal en fac de droit, et ce sont des jeunes apparemment relativement aisés (sapés, en tout cas, bien que ça ne soit pas forcément une preuve), mais ils discutent avec un accent « banlieue » assez prononcé.
Il y a entre eux une négociation sur le moment du casse-croûte qu’ils pourraient prendre ensemble…
(Enfin, sûr que « casse-croûte » ne fait pas partie de leur vocabulaire, mais du mien, juste là, et l’emploi m’en vient tout naurellement, sans doute parce que ce groupe réveille mon côté « vieille bique du vingtième siècle »)
– ouech, c’est quand qu’on bouffe ?

– tout de suite ! dit l’un

– t’es ouf, ça va pas, tu vas pas manger à 11 h ? rétorque un autre
Et l’échange se poursuit, étonnamment passionné, chacun y allant de son argument.
A 2 h, il pourrait y avoir Sabrina…
– ah oui, Sabrina (rires – dont la teneur m’échappe).

Celui qui a les crocs insiste, il faut qu’il mange dans les plus brefs délais, sinon… Une menace en l’air, associée à un bref bombement de torse.
Au ton employé, il y a un enjeu assez profond.
… à moins que ce ne soit le ton d’une conversation banale de jeunes ?

Comme dans mon enfance, dans ma famille italienne, dans laquelle j’avais la sensation qu’ils allaient s’étriper d’un moment à l’autre pour un désaccord bénin, ou même pour une quelconque conversation anodine. Lorsque ma mère (non italienne) se manifestait « arrêtez de vous disputer ! », les opposants rigolaient en disant, « mais on ne se dispute pas, on discute seulement ! »
Oui, à les observer – décontraction des gestes, allure cool – c’est juste une discussion comme ça.
Au bout d’un petit moment de cet échange (pas si bref), celui qui voulait manger tout de suite jette le gant :
– Bon, moi, toute façon, il faut que je me retire.

Se retirer…
A ces mots, je quitte deux secondes la conversation.
Veut-il faire allusion à une retraite sur l’Aventin ?
Il sort de la négociation ?
Mais se peut-il qu’il ait cette référence-là ?
Ou alors, il se retire du monde ?

Moine shaolin (Tomasz Gudzowaty)

Moine shaolin (Tomasz Gudzowaty)

Quoi qu’il en soit, malgré ma sensation de départ – je l’ai catalogué trop rapidement, c’est certain, mea maxima culpa -, sensation que je révise aussi sec (pas si rigide la vioque, finalement), voilà un jeune zen, qui sait qu’il convient de ne pas se battre, et que le bonheur est dans la paix entre individus.
Je suis en train de me ramollir d’aise, j’aime qu’il y ait du bonheur et de l’intelligence calme dans les échanges humains, quand un de ses copains lui demande :
– oh, au kebab, t’as juste besoin de 5 euros, tu les as pas ?

Ahhhhh ! c’est de l’argent qu’il « se » retirait !
Ben oui, je reconnais, je suis une quiche en conjugaison.

Damned, il a raison, c’est bien comme ça qu’on dit quand c’est « pour nous » :

Ben, à la réflexion, je vais poser ma plume et aller me manger sur l’heure.

©Bleufushia

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