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Des chiffres et des lettres (9)

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Tende : visiter la vallée des Merveilles (août 2017) ©Bleufushia

Même si je n’ai plus désormais que des vacances éternelles, je me mets en vacances, au diapason de la France qui « existe » encore… Je suis aidée, j’habite dans un endroit où le temps est rythmé par l’apparition et la disparition régulière de foules  plus ou moins dénudées – malgré le panneau à l’entrée du village : Ici, on s’habille !
Alors, je m’offre des parenthèses folles… par exemple, je traînassouille sur le vèbe ! Ouais, aussi longtemps que je veux !

Et j’en apprends des bonnes, qui me scotchent… et me font douiller les neurones.

Vous qui êtes en vacances et qui avez sans doute d’autres chats à fouetter (si tant est que je puisse vous soupçonner de vous livrer à une activité aussi peu politiquement correcte), il vous aura peut-être échappé que l’homme serait, selon une récente étude, constitué en partie de matière intergalactique*.
Ça me fissure menu, ce genre de trucs. Vous imaginez, vous ne lisez pas l’article, et vous ne le savez même pas !

Cela dit, je remarque en haut de l’article que Monsieur Internet, prévenant, m’annonce que la lecture de cette chronique va manger 2 minutes de mon temps. J’hésite un poil avant de me lancer (vous aimeriez bien connaître la durée du poil, je le sens !), puis boostée par ce défi, je perds 1 minute 35 à dégoter sur mon téléphone le chronomètre, pour constater que (vous, je ne sais pas, mais…) MOI, je suis hyper trop top galactique, parce que la lecture ne m’a occupée que 24 secondes et 91 centièmes !

Ecco e vualà, y en a qui auraient dit, à me voir, que j’étais pas galactico moderne, oui, vous, je vous vois rigoler sur les bancs du fond, et ben, chtoc !

Depuis, j’essaie de me représenter mentalement ce qu’est un centième de seconde – pourquoi on ne divise pas la seconde en soixantième- , mais mon esprit gélifie un peu sur la question.

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Continuant à feuilleter mon ordinateur, je m’aperçois que les chiffres nous cernent, et qu’il y a des gens qui passent leur temps à tout mesurer. Moi qui suis littéraire, comme fille, j’avoue que j’ai un peu de mal à concevoir la chose, mais faut de tout pour faire un monde blabla etc.

Le chiffre envahit le monde. Il a sur lui toute l’assurance de celui qui est clair, net, objectif et incontestable (tout ce que je déteste, bien que je sois un peu de l’espace, mais plutôt version « espaces infinis-même pas peur » !)

Ça me rappelle une émission de télé, vue il y a fort longtemps. Un homme expliquait toute une technique compliquée pour comptabiliser le nombre des oiseaux migrateurs passant au-dessus d’un lac africain : au bout de sa démonstration, longue et savante, le présentateur lui avait demandé combien d’oiseaux étaient passés cette saison-là.

Il avait fait une réponse superbe : « trois cent quarante deux mille cinquante deux, gros-so mo-do (en détachant bien les syllabes) ».
Le « gros-so mo-do » me ferait seul apprécier la précision mathématique… mais n’exagérons quand même pas !

Par exemple, continuant ma lecture, je découvre avec horreur que « la concentration en spermatozoïdes du sperme a baissé de 52,4 % entre 1973 et 2011 chez les hommes occidentaux tandis que la quantité totale de sperme a chuté de 59,3 %, selon une méta-analyse scrutant 50 pays ».**

Le 0,3% me ravit !

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Breil sur Roya / feue l’école de musique (août 2017) ©Bleufushia

Ça m’angoisse grave d’un coup… 59,3% !!! vous vous rendez compte ?

Je quitte l’ordi et me jette sur ma revue favorite : je ne m’y suis pas abonnée, et je la reçois gratis, parce que je suis retraitée. C’est cadeau : ça s’appelle « Pleine vie » (des fois qu’on aurait des doutes) et je suis rudement beaucoup infiniment très contente de la lire. J’y apprends comment gérer mon arthrose, assouplir mes articulations, gérer ma succession, et plein de choses tout à fait réjouissantes à gérer (mon porte-feuilles d’actions etc.). J’apprends que je n’ai plus l’âge de vivre, mais seulement celui de gérer (et de contenir des ans l’irréparable outrage, saloperie d’ans à la noix !). PVC ! (Porra de Velhice Chegando !)

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Mitterand pas mort (Sospel août 2017) ©Bleufushia

(la preuve irréfutable, s’il en était besoin, que je bouge encore !)
Il y a aussi une rubrique « chiffres » où l’on s’instructionne dru sur ce qui est tendance : par exemple, je découvre avec émerveillement que 25% des 35-44 ans aiment toujours faire des châteaux de sable à la plage. Enfin des choses chouettes à savoir. Je suis contente qu’il y ait des gens qui enquêtent et font des statistiques sur un sujet de société aussi important.

Je confirme en silence (il y a chaque année, sur la plage, un bonhomme dans ces âges-là, dont je pense qu’il doit travailler au moins chez Bouygues et que son cerveau ne lui permet pas de prendre des vacances pour de bon : il construit, année après année, devant ses fils qui n’en ont visiblement rien à battre, encore moins au fur et à mesure qu’ils grandissent, des pyramides, et encore des pyramides…)
Je me demande cependant si tout le monde est un peu intergalactique, ou seulement certains heureux élus. Et les autres tout connement terriens ?

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Tende août 2017 ©Bleufushia

Je me suis posée la question aussi la semaine dernière.
La canicule sévissait, et mon voisin m’a informé de sa récente lecture (il n’a pas les mêmes que les miennes) disant qu’il fallait arroser copieusement les vieux (merdum, et « Pleine Vie » qui ne m’a rien dit !) parce que, si un soupçon de déshydratation s’installait, le seuil fatal était vite atteint et hop, les deux pieds sur le guidon avant d’avoir pu lire l’article sur la gestion avisée de la succession… Et le sapin et tutti quantique !

La pétoche !!! las grossas boulas, comme dirait mon amie de cœur.

Pour éviter ça, je suis allée faire chauffer mes semelles à la montagne.
Et là, j’ai été sensible tout d’un coup à l’existence de mondes parallèles, dans lesquels la vie semble s’être arrêtée il y a longtemps. Aucun personnage du troisième type, plutôt des fantômes impalpables, vissés sur leurs chaises, silencieux, dans des bistrots aux devantures affaissées…
J’ai photographié au hasard les murs des villages traversés : inscriptions illisibles, mots effacés, silhouettes fantômes dessinées par l’humidité sur les murs, peintures hors d’âge (avec un charme fou, certes), affiches politiques datant de Mitterand, toujours lisibles, chiens silencieux couchés à l’ombre des rues, temps immobile, sonnailles de vaches dans le lointain…

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Osteria della Croce (Tende, août 2017) ©Bleufushia

Au détour d’une rue de T.***, j’ai aperçu un humain, un vieil humain, qui était assis sous une de ces inscriptions en partie évaporée.

Pas totalement certaine qu’il me réponde (le village semblait désert, la plupart des volets clos, le calme des rues parfois troublé par le passage lent d’un chat famélique, aucune occasion de parler ?), je lui ai demandé confirmation de ce que je pensais qu’il y était écrit, et il s’est mis à me raconter sa vie.

Ce monsieur est né italien, il a été à l’école sous Mussolini (« à l’époque où tout ce qu’on apprenait à l’école, c’est qu’il fallait faire la guerre, et moi, je n’aimais pas ça »), puis après la guerre, 99,99% des votants de son village ont validé le fait que désormais, ils seraient français.

Il n’en était pas encore revenu, et a répété plusieurs fois ce chiffre, commentant « vous croyez que c’est possible, vous, 99,99 % ? ». Il m’a demandé si j’avais repéré le nom de sa rue : « celui de l’homme qui a fait que je ne sois plus italien »… là encore, il n’en revenait pas, de la farce que le destin lui faisait en le faisant habiter là, juste là.

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Je rêve, ou il y a un fantôme blanc sous la plaque, à droite ? Saorge (août 2017) ©Bleufushia

Comme il était devenu français, il a dû s’y faire : avec tous les changements que cela imposait (et dont le moindre n’était pas de changer de langue…). Par exemple, ne plus pouvoir passer la frontière sans contrôle vers les endroits de son enfance…
En tant que gamin italien, pendant la guerre – « j’avais 9 ans » – il avait été mitraillé à la cheville, alors qu’il allait ravitailler des maquisards au Lago del Frisson

(le lendemain, alors que je randonnais dans les Alpes italiennes, non loin de là, un homme à qui je demandais le nom du pic impressionnant qui surplombait le chemin, m’a répondu « vous êtes juste au-dessous du Frisson »… j’en ai tressailli… au-dessous du Frisson, quand même, ça vous est déjà arrivé ?)

Plus tard, l’administration française a trouvé que, bien que son pied soit toujours resté fragile et de travers, il était encore assez bon pour aller combattre en Algérie. Nouvelle guerre (genre double peine !).

Il était content, il en était ressorti vivant. Pour bons services rendus, il touche aujourd’hui en guise de « retraite des anciens combattants » la somme mirifique de 0,86 euros par mois. Il a répété ce chiffre plusieurs fois, avec l’air indéfinissable de celui qui se demande où est l’erreur.

L’air d’un pas galactique du tout… frère humain paumé dans un siècle auquel il ne comprend rien. Dans une vallée où on empêche les réfugiés de passer, où on condamne qui les aide à accomplir des démarches légales… se demandant où il est chez lui… se sentant exilé dans un pays qui est censé être le sien. Qu’il le veuille ou non.

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Breil-sur-Roya (août 2017) ©Bleufushia

En le quittant, j’avais la voix nostalgique de Reggiani dans l’oreille : « C’est moi, c’est l’italien… « ****
Et comme un frisson, là, en dessous de moi-même.

©Bleufushia

*https://www.letemps.ch/sciences/2017/07/27/lhomme-serait-constitue-partie-matiere-intergalactique

**http://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-qualite-sperme-occidentaux-continue-baisser-43215/

***Tende, devenue française en 1947 (traité de Paris). Comme elle a été créée « à partir d’une partie étrangère », le code 06163 ne correspond donc pas à l’ordre alphabétique. C’est peut-être pour cela que les habitants s’appellent des Tendasques (qui, dans mon esprit sensible aux correspondances sonores, s’entend comme « Fantasques »)

****https://www.youtube.com/watch?v=Po4wLPrUXy8

 

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Morbleu ! (épisode 2)

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Blueblackdream (Eric Consemüller)

 

Je sais que vous êtes nombreux à attendre le récit de ma journée.

Ah mes amis, quelle aventure ! j’en suis encore toute tourneboulette.

Je suis arrivée à l’heure dite au rendez-vous avec le cessionnaire auto (je l’appelle ainsi, parce que, si je le trouve plutôt désagréable, il n’a pas l’air pour autant idiot), mais au lieu de me recevoir comme il se doit, il m’a mise en attente, sans m’en donner la cause.

Lorsque le moment est enfin arrivé, assez longtemps après, un grand brun inconnu m’a appelée en me disant :

-Venez, nous allons procéder. Vous aviez donc réservé une voiture couleur « kharma » ?
-Pas du tout, me suis-je insurgée, j’ai choisi le « bleu virtuel » et n’en démordrai point.

-Bien, ma petite dame, a-t-il dit alors d’un air obséquieux, si vous voulez absolument obtenir satisfaction, il va falloir remplir avec succès une mission. Comprenez bien que la couleur « bleu virtuel » n’est pas destinée à la première pécore venue, contrairement au kharma qui, bon ou mauvais, est la chose la plus partagée au monde.
Il me chauffait avec sa philo à deux balles la cagette de douze, et j’ai failli lui rentrer dans le lard aussi sec pour son impertinence, mais d’une part, je voulais ma véhicule, et d’autre part, je sais faire montre d’un self control hors du commun.
– Soit, dis-je d’une voix de crevette prépubère, à cause de la nervosité et de l’émotion (malgré tout).

– Voilà votre feuille de route : la mission –  surveiller les foires de la colline – , et l’itinéraire pour vous y rendre.

Je ne voyais aucun lien entre cette mission absurde et floue, et le fait d’acheter une voiture, mais j’ai préféré m’abstenir de toute rébellion incongrue. Des fois qu’il finisse par me coller n’importe quel kharma.

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J’ai jeté un œil rapide : ouf, ça va, l’itinéraire d’accès m’est bien connu  (je précise que je suis originaire de la région). Il faut passer par la vallée creuse, et, au lieu-dit « les bambous serrés »,  rejoindre le torrent inférieur et le longer assez longtemps, traverser les marais des vents, et s’éloigner des pâturages jusqu’à arriver en vue de la porte des nuages. Avant la porte, il faut repérer le portillon de la machine à vanner et s’y faufiler. Et on arrive à un poste de guet invisible.

J’étais toujours assise sur le fauteuil de la salle d’attente.
Lorsqu’il a déposé dans ma main une clé, une sorte de bulle de verre s’est déployée autour de moi, des tentacules bleu laser m’ont enserrée lascivement et le fauteuil s’est soulevé avec une douceur angevine.

Une voix en plastique m’a précisé: ton nom d’agent sera « Creux du Cerveau ».
J’étais un peu furax, à cause de la « pécore » de tout à l’heure, mais je sais positiver, et je me suis dit que le sens de ce pseudo ne signifiait pas du tout la vacuité de mon organe, qui est au contraire vaste et bien rempli. Parce que, sans me vanter, je ne suis pas précisément une buse.

Cela a suffi à me calmer.
J’ai essayé de voir la couleur extérieure de l’équipage inhabituel dans lequel j’étais embarquée, mais même en me tordant le cou, c’était impossible. On aurait dit que j’étais dans « rien », je ne sais pas mieux vous l’expliquer que cela. L’intérieur de l’habitacle était sans teinte et sans contour.

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Peter George Elson

Après cela, tout a été assez étrange, et j’ai eu les plus grandes difficultés à mener ma mission à bien, sans que je parvienne à démêler ce qui m’est arrivé réellement. L’explication est sans doute à chercher du côté des voies qu’emprunte l’immatériel pour sauter dans nos cerveaux et nous faire chevaucher le vent.

Si je vous ai expliqué mon parcours habituel c’est qu’aujourd’hui, dès le torrent inférieur, les choses ont commencé à se gâter : la route suit normalement  le sens des flots, mais là, le torrent était double : deux lits parallèles s’étaient formés, les eaux s’étaient divisées, et la vallée était rétrécie. Le chemin passait entre les deux lits. Mon trouble a commencé lorsque je me suis rendue compte que l’un des cours d’eau coulait dans un sens, et l’autre inversement. Malgré tout, j’ai continué sans trop ralentir, et suis arrivée aux marais des vents.

Le ciel était d’une blancheur superficielle, l’eau aussi, et cela contribuait à créer une atmosphère étrange. Je roulais à l’ombre, alors même qu’il n’y avait aucun arbre et que je n’étais pas certaine, ne percevant aucun cahot, de rouler réellement.

Au bout d’un moment, j’ai distingué, avec une certaine difficulté (c’est comme s’il y avait de la brume, même si, d’évidence, il n’y en avait pas) un panneau sur un tertre : la flèche indiquait « moutons », dans une direction impossible. Je suis resté à réfléchir un moment devant ce panneau. Etait-ce un panneau destiné à être lu par les moutons eux-mêmes ? Ou une métaphore pour indiquer que nous, les hommes, nous devions passer par là ?

Je vous l’ai dit, mon nom est Creux du Cerveau, et pas Cerveau Creux. C’est pour ça que je suis capable de me poser des questions pertinentes.
Malgré tout, je me sentais dans un drôle d’état, c’est souvent l’effet que me procurent les questions pertinentes en question. Et pour tout dire, cette mission commençait à me gaver un poil.

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Armin Morbach : For Tush

J’ai continué sans avoir résolu l’énigme que me posait ce panneau, et, peu de temps après, au lieu de parvenir à la porte des nuages, je me suis trouvée tout à coup devant la porte de l’évolué (qui est, normalement, à un tout autre endroit du territoire).

D’ailleurs, pas le moindre nuage en vue, seulement un froid limpide, et la vue, au détour d’un talus, sur la petite mer, qui se trouve totalement ailleurs, ça, j’en suis certaine.
Je préférais fixer mon regard sur la petite mer plutôt que sur le spectacle d’une soudaineté indomptée qui s’offrait à mes yeux. Des crânes suspendus, des bouches en morceaux, des envoyés intercalaires, rien qui ait le moindre sens.

Je n’ai pas cherché plus longtemps le portillon d’accès, je savais que je ne le trouverais pas.
Je ne peux fournir aucune explication à tout cela, et par là-même, je n’ai pas rempli la tâche qui m’était assigné, et j’ai failli à mon rôle.
A ce stade-là, mon véhicule a fait une marche arrière insensée, à fond les ballons, et je me suis retrouvée chez le garagiste.

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Il faisait déjà nuit.
Il m’a accueillie en ricanant un peu, et m’a expliqué que le comité des sages s’était réuni en mon absence, et malgré mon échec, avait décidé de répondre positivement à ma demande, à cause de ma persévérance.
Il m’a conduite dehors, le parking n’était pas éclairé (une panne informatique, a-t-il prétendu), et la nuit sans lune (encore un coup de la tartine qui tombe toujours du mauvais côté – il y a sans doute des tartines cosmiques aussi).
Il a ouvert ce que je suppose être mon véhicule avec un bref faisceau de laser, et je suis montée dans l’habitacle sans demander mon reste.

J’ai roulé jusqu’à chez moi dans la nuit obscure. J’ai scruté l’obscurité pour essayer de me faire une idée. Mais sans succès.

En effet, la panne informatique a l’air généralisée.
A l’heure actuelle, j’espère qu’il ne m’a pas refilé le premier kharma pourri venu.
Je ne saurais vous certifier que ce n’est pas le cas.

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©Bleufushia

Les noms étranges sont des descriptions correspondant à des points des « merveilleux vaisseaux » chinois.
Pour les innombrables fans de Lili Ze Prof, vous vous souvenez certainement que je vous en ai déjà causé.
Pour les autres, il n’est jamais trop tard pour se rattraper.
https://bleufushia.wordpress.com/2015/10/21/what-a-wonderful-day-34/


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Athènes again (galerie 2)

D’autres murs de résistance, dans le coeur battant d’Athènes Toutes les photo sont de Lili (©Bleufushia) Pour regarder la première galerie, suivre le lien : https://wordpress.com/post/59142692/614 Pour visionner un montage vidéo effectué à partir d’autres images des murs d’Athènes, suivre le lien : https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/25/we-are-chaotic-dreamers-deambulation-2-video/ Si vous souhaitez utiliser une de mes photos, merci de me le demander.


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Sur les murs d’Athènes (galerie 1)

En me promenant dans Athènes, au mois de septembre 2013, j’ai pris des clichés des murs (plus de 400 graffiti très différents) – essentiellement dans deux quartiers :

– Exarcheia (le quartier militant, jeune, universitaire, autour de l’Ecole Polytechnique -entre autres)

– Metaxourgeio (un quartier où se côtoient des immigrés, des artistes, des gens en marge au milieu de bâtiments dont beaucoup sont partiellement en ruines, donnant à certaines rues un aspect de chaos urbain).

Dans ces deux quartiers, on ne compte pas les maisons fermées, les murs occultés par du bois ou des briques, les squats, les immeubles qui ont l’air abandonnés. Je me suis rendue compte, en revisitant mes photos, qu’il est très rare qu’une fenêtre qui entre (plus ou moins par hasard) dans mes prises de vue soit ouverte. Volets clos, momentanément, ou barrés, immeubles aux fenêtres aveugles m’ont donné l’impression d’être en plus grand nombre que les autres (je n’ai pas fait une étude précise de la réalité, c’est juste mon feeling dominant).
Mes errances dans ces quartiers, dans des rues où j’ai tourné et suis retournée, m’ont donné la sensation d’une incursion dans un endroit un peu halluciné, parfois proche d’une ambiance à la Mad Max.

Les murs débordent d’expressions graphiques. Souvent extrêmement élaborées. Une vie extrême qui montre que cette ville n’est morte qu’en apparence, et que ce qui y circule est très vivace.
Dans l’enceinte de l’Ecole Polytechnique (dans laquelle résonnait une sono installée à l’entrée du campus, et diffusant des chants révolutionnaires), j’ai été impressionnée par la quantité et la qualité des tags (et la différence de l’aspect visuel des  facs françaises au cours de précédents mouvements de lutte).
Les images sont variées, et, bien que je ne comprenne pas le grec, même celles qui n’ont pas l’air politique m’ont souvent semblé l’être.

Par exemple, il y a un certain nombre de murs de street art qui correspondent à des illustrations un peu naïves – comme des représentations d’un monde de bisounours auquel personne ne peut croire. Très souvent, au milieu, un détail qui détonne et donne le ton !
Ça me fait penser à la façon dont, en temps de dictature, au Brésil, l’expression de la contestation,  ou les images « pour faire penser » revêtaient des aspects « inattaquables » mais auxquels personne ne se trompait.
Tous ces murs racontent encore et encore une histoire de lutte, de répression, de résistance et témoignent d’une façon extrêmement marquante, pour le passant, de la dureté de la situation sociale et politique.

J’ai été frappée par la présence de thèmes récurrents : un nombre impressionnant :

de têtes de morts,

de masques à gaz,

d’Icare aux ailes coupées,

de personnages d’un graffeur qui signe Exit et qui sont soit des sortes d’écorchés, soit des personnages d’une tristesse absolue, qui ont l’air de traîner leur désespoir silencieux avec difficulté

de visages sombres, aux yeux absents, ou clos

de personnages en train de crier, ou de saigner

d’enfants qui ne peuvent pas jouer, souvent associés à des adultes grimés en enfants, avec des jouets, des hochets, d’animaux inhabituels dans une ville (serait-ce les gens que l’on prend pour des bêtes ?)…

de « à la manière de » peintres contemporains (peut-être pour souligner, au moyen de graphismes « explosés », l’état de la société et des corps)

de corps violentés, en morceaux, et de têtes que l’on torture, ouvre, vrille…

de personnages en train de lutter (en pleine action / avec des messages contre la police, ou contre la troïka)

et bien sûr de slogans soulignant l’état de sujétion, par exemple, ou appelant au soulèvement.
J’ai effectué une première sélection – minuscule – dans mes clichés (j’ai, dans un premier temps, privilégié plusieurs de ceux où je n’ai pas cadré serré sur le graffiti, mais qui montrent aussi des pans de murs).
Juste pour donner à voir une ville et des gens qui se défendent au mieux de la violence qui s’exerce sur eux.
Juste parce que ces murs m’ont parlé et me parlent encore de gens, d’un pays, d’une lutte qui me touchent.
Juste parce que tout ça me révolte, en tant que citoyenne lambda d’une Europe qui broie les gens.

©Bleufushia (pour l’article et pour toutes les photos – si vous voulez utiliser une photo, merci de me le signaler)

Si vous désirez visionner un montage vidéo fait à partir d’autres photos des murs d’Athènes, suivez le lien :

https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/25/we-are-chaotic-dreamers-deambulation-2-video/
Le lien youTube direct de cette vidéo, c’est par là : https://www.youtube.com/watch?v=Dg5kFB0qfAM
Et la deuxième galerie photos des murs d’Athènes, c’est ici :

https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/30/athenes-again-galerie-2/#jp-carousel-661


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We are chaotic dreamers – déambulation 2 (vidéo)

 ©Bleufushia

©Bleufushia

J’ai séjourné à Athènes en septembre 2013.

Je m’intéressais de près à la crise grecque et à la façon dont l’union européenne fait rendre gorge au pays dans un silence sidéral.

La réalité que j’en ai perçue était au-delà de ce que j’imaginais.

Pauvreté partout (sauf quelques rues réservées aux touristes), deux magasins fermés sur trois, une ville intégralement taguée, dégradée, des fenêtres aveugles, des squats dans les ruines, le tout sous surveillance policière déployée constamment dans des quartiers potentiellement chauds…

Que les citoyens d’un pays dit « civilisé » en soient réduits à cela m’a profondément marquée (dans un pays dit « non civilisé » – mais que cette appellation est ridicule ! -, ça me marquerait de la même façon, mais c’est celui-là que j’ai visité et je ne peux oublier le rôle de la Grèce dans la culture occidentale, qui en fait un pays peut-être un peu plus civilisé qu’un autre).

J’ai fait un petit montage à partir de certains tags parmi des milliers d’autres : regards vides, absents, troués, qui vous suivent partout dans cette ville et ne vous lâchent jamais, affiches recouvertes, déchirées, recouvertes à nouveau, slogans, cris qui tentent de percer, désespérément, le silence.

Je me suis servie, pour le titre du montage, d’un graffiti sur un mur, qui me semblait correspondre à l’aspect halluciné de certaines de mes balades dans cet endroit du monde, si loin, si proche. NB. pour plus d’images, et voir une première galerie qui complète ce montage, suivez le lien https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/30/sur-les-murs-dathenes-galerie-1/ Pour une deuxième galerie, avec d’autres murs, c’est par là : 

https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/30/athenes-again-galerie-2/#jp-carousel-661

©Bleufushia