bleu fushia

always blue


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La vie des charançons n’est pas si monotone (26)

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Bouche bée (Fashion week – du site ibnlive.in.com)

Je viens de découvrir le monde merveilleux de Twitter.
On a accès à des brèves du monde entier, sur n’importe quel sujet, dans un état de vrac total. Rien n’est filtré, tout ce qui est tweeté est là, accessible. Ça a un côté hypnotique, fascinant, déroutant. Ça me laisse assez perplexe, et pour tout dire, j’en reste même coite.
A côté, facebook a un aspect presque aristocratique : le fait de choisir ses amis amène un tri minimum. Là, aucun.
J’ai eu l’idée un peu absurde de lancer une recherche sur « prof de musique », pensant lire des échanges pédagogiques me permettant de me tenir au courant des effets des dernières décisions ministérielles, et d’avoir des échos des nouveaux djeuns.
Et je suis tombée sur tout autre chose : la vie des ados pendant les cours !
C’est bougrement instructif, cette immersion en terre sauvage.
Ça me change des charmantes têtes dont je m’occupe. Un autre monde…

J’ai décidé de partager avec vous un petit florilège de cette lecture édifiante.
Il y a quelques abréviations. Pour ceux qui auraient du mal, j’en mets entre parenthèses, en fin du tweet concerné, la traduction. Pour les fautes d’orthographe, débrouillez-vous !

MDR quand la prof de musique demande qui a muet (mort de rire)

Entre C… qui croit qu’on va tous devenir ingénieur et G… qu’est pas + prof de musique que ma grand-mère, npp je craque (n’en peux plus)

Pourquoi un des seuls gars qui me drague c’est un prof de mon école de musique aux cheveux pire que blancs ? la tristesse !

En musique, je sais pas ce qu’il nous a fait faire le prof, mais c’était tout sauf de la musique mdrr (vraiment mort de rrrrire)

935002645Ma prof de musique elle croit trop qu’elle est une bonne prof alors qu’elle est nulle

Mon nouveau prof de musique, il a un charme de malade quand il souris

piquants-mues-poils-durs-aider-faciliter-chute-remplacement-hérissons-nac-aider-astuce-méthode-animaux-animal-compagnie-animogen-5

Ah, zut, ça, c’est pas une souris !

La prof de musique ça fait 3 mois elle vient pu

Le remix du prof de musique il est vraiment bien pour une fois

Quand on est rentré en cours, la prof avait mis de la musique classique tout fort, c’était tellement à chier

Mon prof de musique a un t-shirt « empêchez la surpopulation, mangez un chinois ». J’en pouvais plus mdrr

Rt si tu voudrais avoir les boys en prof de musique (retweete)

Le groupe anglais Lawson pose nu pour recherche contre le cancer

Le groupe anglais Lawson pose nu pour recherche contre le cancer

J’ai plus de pec que ma prof de musique a de seins

J’étais en train de parler de seins avec Carla et je me trompe de destinataire et j’envoie à ma prof de musique. Mais la honte

Ma prof de musique elle veut qu’on chante une chanson engagée ptdr devant toute la classe cv pas le faire (pété de rire… ça va)

Chai pas vous mais moi ma prof de musique, quand on chante elle critique, elle a cru on été dans the voice

La prof de musique je crois qu’elle essaye de refaire son look mais c’est toujours aussi moche.

fashion-dec26-1 site ibnlive_in_comVive la prof de musique bien naze

Ma prof de musique elle veut qu’on fasse un exposé pour pâques sur une publicité pour le chocolat j’crois le fond a été touché

Mon prof de musique dit des fois des trucs tellement vrai mais c’est ouf

La lecture de Twitter (dont je ne vous livre que des extraits choisis parmi d’autres du même gabarit) me laisse à penser,  peut-être à tort, que le fond, comme le dit ce collégien, a été touché, et, même au-delà (et, comme le dit Bobby Lapointe, « dans un commerce c’est moche quand le fond fond »).
Après avoir lu tout ça, je m’interroge : mes étudiants futurs profs de musique, je tente de les former comment pour les préparer à affronter cela ?

©Bleufushia
NB le titre de cet article est emprunté à un livre de Corinne Bouchard (La vie des charançons est assez monotone), récit ironique d’une année de cours en lycée (paru chez Syros, en 1999)

 


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De l’art d’accommoder les restes (25)

voilureC’est le printemps, l’été approche.

Comment je le sais ?

Trop fastoche, la question : il est question de régime partout.
C’est pour avoir le corps parfait sous le maillot, on ne me la fait pas.

Motivés, motivés !

Le chef nous a demandé de créer un nouveau diplôme – faut innover, qu’il a dit, montrer qu’on est à la pointe du progrès zet de l’excellence -, mais non seulement sans moyen supplémentaire, mais de surcroît, avec des moyens en moins.
On a travaillé, cogité, raboté, innové, on y a perdu de précieux neurones, on a fini par rendre un projet nickel chrome : complètement en phase avec les exigences drastiques des autres, des ciseaux, des bouts de ficelle, des selles de cheval, du scotch, et hop hop hop.
Fiers comme des bar-tabacs, après des heures de boulot magnifique, de tentative d’équilibre, de raccommodage, d’étayage de tout ce qui se casse la gueule.

la place de la musique

la place de la musique

J’ouvre une parenthèse :
Ce matin, j’entendais un truc à France Info : une interview de je ne sais quelle femme politique, causant de la réforme du collège, et de la mise en place de l’interdisciplinarité partout (chose qui m’énerve plus que tout, non que la notion ne soit pas intéressante – évidemment, qu’elle l’est ! – mais parce que le fin mot de l’histoire, là-dessous, c’est le lent chemin vers la fin des disciplines, des contenus, et des profs qui vont avec – encore le régime, vous dis-je !).
Le commentaire de la femme politique (qui est un homme comme les autres quand elle est au pouvoir) est que le principal obstacle à la mise en place de cette merveille, c’est que les profs sont des feignasses.
Et la journaliste de conclure : « eh oui, ça en rajoute à la charge des enseignants , qui est de plus en plus une réalité ».
Vous voyez, je le disais. Avant, ils ne foutaient rien !

Le sous sous sous chef (celui qui se tape tout le sale boulot pour pas un rond, et sans aucun pouvoir autre que de jouer le rôle de tampon) est convoqué par la Gouvernance (riez pas, c’est comme ça que ça s’appelle), pour le résultat des courses.
Et là, patatrac :
– ça ne va pas être possible, votre histoire !
– ah bon ?
– non, vous avez rajouté une ligne en donnant un nom au nouveau diplôme créé.
– oui, peut-être,
– vous comprenez, il faut créer, mais sans créer non plus… on travaille dans un souci constant de décomplication.
– euh
– est-ce que vous vous rendez bien compte que votre offre de formation est obèse ?
– euh
– O-BE-SE !
– …
– Vous vous rendez compte de la chance que vous avez qu’on n’ait pas encore fermé votre master, il n’y a pas beaucoup d’étudiants inscrits…
– euh (nb. je trouve aussi, comme vous, que le sous sous sous chef est un peu laconique, mais on comprend qu’il chancèle intérieurement devant une telle accusation, doublée d’une menace en sourdine)

Il se tourne néanmoins vers le sous chef, qui, en son temps, a été un opposant à tout ça, et qui, de plus, avait manifesté un certain enthousiasme pour le projet, lui demandant de l’aide.
Pendant que le sous chef se prenait d’une passion soudaine pour une fissure dans le mur, le chef en chef (monseigneur la Gouvernance) dit :
– Excusez-moi, j’ai un autre rendez-vous maintenant.

Il est quand même rudement poli, ce chef en chef : non seulement, il demande qu’on l’excuse, mais il a la ponctualité dans le sang (on ne fait pas attendre le rendez-vous « suivant », jamais ! C’est de la politesse élémentaire).

Lorsque le sous sous sous chef nous narre ça, il y a des étudiants dans les parages (ça se passe dans un couloir, il est un peu fumasse, il nous dit ça directos quand on le croise).
Un étudiant commente :
– Sûr, un nouveau diplôme, ça doit coûter des sommes gastronomiques de folie !

Ça me rappelle un truc que j’ai lu cette semaine sur twitter : un prof qui montrait un extrait d’une copie d’un élève de 4ème. Il s’agissait de donner un exemple de liberté.
Le gamin avait écrit.
« Je suis libre de faire un braquage, le commerçant est libre de ne pas aimer ».

Quoi, ça n’a pas aucun rapport ?
Un jour, à force de nous faire subir n’importe quoi, les têtes de nœud qui nous gouvernent risquent gravos l’accidentalité (mot entendu à la radio aussi : un jour, il faudra que je fasse une liste des mots totalement à la con qui nous envahissent)
Ce jour-là, ils seront libres de ne pas aimer, mais ça leur fera une belle guibolle.
A montrer sous le maillot.

Jerzy Ruszczynski

Jerzy Ruszczynski

©Bleufushia
PS j’ouvre mon mail professionnel, et je trouve un courrier envoyé par la Gouvernance
« 
Nous retenons donc que les demandes de modification (tant pour la licence que pour le master) sont retirées. Permettez-moi de remercier l’équipe pédagogique pour son implication et sa réactivité. »

J’aurais pas dit ça comme ça…

 


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Femme au volant, voyage dans le temps…

article_3546_5137On est en 1958, ma mère a 34 ans, et bien qu’elle ait son permis depuis quelques temps, c’est la première fois qu’elle va s’en servir : mes parents achètent une auto !

Parmi les voitures présentées au salon de l’automobile en 58, ils n’ont pas choisi la 4 chevaux, ni la Dauphine, ni la Panhard, ni une Aronde…(la saveur d’enfance de ces noms !)

Non, une deuche, bien sûr !  Ils n’ont sans doute pas les moyens de plus.

Mais c’est quand même une AZL (L pour « luxe » : on ne se mouchait pas avec les doigts dans la famille !).

En réalité ça fait un moment qu’ils l’attendaient : à l’époque, c’était une voiture relativement récente. Les premières sont apparues en 1949, et c’est seulement en 53 qu’on est passé à la production de masse.

Avant, il fallait encore en moyenne 3 ans d’attente pour en recevoir une ! Je crois me souvenir qu’ils ont attendu un an et demi…

Il paraît qu’elle a été conçue par Michelin, qui voulait relancer la vente des pneus, en créant une voiture pour classes sociales à faible revenu.

Le slogan, à la fin des années 60, en était : « quatre roues sous un parapluie  » !

Et en effet, ce n’était pas grand-chose d’autre, à part du rêve.

Enfin, je suis médisante, parce qu’elle était dotée d’une suspension spéciale, « à ressorts hélicoïdaux avec amortisseurs à friction et batteurs d’inertie  » (des batteurs d’inertie, c’est pas merveilleux, ça ? ça ressemble à un métier improbable !) qui avait été conçue pour permettre « de traverser un champ labouré avec un panier d’œufs sans en casser un seul « .

moissonneuse batteuse de McCormick

moissonneuse batteuse de McCormick

Euh… pardon, je me suis trompée, ce n’est pas comme ça !

suspensions-2cv2Ahhhh ! voilà, un peu de sérieux, que diable ! ça vous en bat l’inertie, non ?

J’en ai connu, des bonds et des rebonds à la moindre bosse, à l’arrière de cette TPV (une « Toute Petite Voiture « , avec 50 kg de bagages transportables maxi, qui devait « pouvoir être conduite facilement, par un débutant  » !).

Et combien de fois ai-je entendu mes parents râler parce que la vitre leur était retombée sur le coude…

Et les « crignotants », comme je disais alors (j’étais bien jeune, faites excuse), dont Michelin voulait qu’ils évoquent la libellule. Un temps champêtre qui n’existe plus !

A l’époque, mon père n’avait pas le permis, et je suppose que c’est ce qui a valu à ma mère, au moment de la réception de la voiture, d’obtenir en cadeau une petite brochure de 48 pages, « conçue et éditée par la société des pétroles Shell Berre « , rédigée par un certain Michel Sinniger (je ne sais pas si c’est le même que l’écrivain catho qui a écrit des délires sur l’autre monde) et intitulée : Petit guide de la femme au volant.

Le Michel en question se propose d’aider les femmes à « découvrir ici, sous une lumière nouvelle, le personnage qu’elles joueront de mieux en mieux : la parfaite conductrice « .

(Je ne sais pas, au passage, dans quelle pièce la femme affranchie a eu l’occasion d’incarner son « personnage « ).

Ce guide merveilleux est divisé en chapitres dont certains me plaisent particulièrement : Chapitre 1 : « Aussi bien qu’un homme « 

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Michel y liste les reproches que l’on a coutume d’adresser aux femmes. « Elle ne tient son volant que lorsqu’elle n’a vraiment rien d’autre à faire « , « elle ne s’arrête au feu rouge que pour se farder« , « elle ne conduit pas, elle danse « …

Mais « tous ces reproches ne s’adressent, heureusement, qu’à un petit nombre de conductrices qui considèrent l’automobile comme le prolongement de leur houpette à poudre » . « Vous qui allez lire cette brochure ne les méritez pas « .

Ouf ! j’en suis contente pour ma mère. Comme il lui arrivait d’avoir ce sourire ravi au volant (ou sur certaines photos de sa jeunesse), je pense qu’elle ne les méritait vraiment pas !

Chapitre 5 : Savoir conduire en « mère de famille « 

C’est, nous apprend Michel, « avoir le sens de la féminité, propre à une maîtresse de maison « ,  et « savoir rester femme au volant lorsque vous allez à votre « shopping party », fidèle à vos responsabilités et à votre charme « .

Le guide délivre des enseignements précieux, qu’il conviendrait peut-être d’appliquer en toute circonstance :

« En principe, plus un enfant est jeune, plus il est susceptible de vous gêner et plus il doit être éloigné de vous « .

« Intéressez les plus grands à la conduite en leur expliquant les manœuvres « .

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Je précise que ce n’est PAS MOI sur la photo : j’suis bien plus mignonne que ça !

J’imagine ma mère faisant cela : l’a-t-elle fait ? ma mémoire ne me permet pas de m’en souvenir, mais c’est possible : ça allait bien dans la tendance didactique-toujours du moment (et de mes parents en particulier). Il fallait que tout soit source d’instruction.

Suivent des considérations un peu compliquées pour les nunuches qu’étaient les femmes de l’époque, mais pourtant très précieuses si l’on veut conduire correctement.

Jugez par vous-mêmes :

« En marche arrière, vous inversez le sens de rotation de l’arbre secondaire en interposant un pignon – NB : mais que vient faire un pin pignon dans une voiture ? – auxiliaire de grande largeur entre l’arbre primaire et l’arbre secondaire « . Mouais ! la vie n’est pas si simple, parfois !

Heureusement, on repasse vite à des explications plus simples, faciles d’accès !

« La femme au volant doit rester féminine « .

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« Votre voiture sera aussi élégante et bien tenue que votre intérieur. La poussière, les taches, le désordre qui sont déjà les signes d’une regrettable négligence chez les conducteurs seraient, dans votre voiture, une offense à votre charme « .

Et Michel de ne négliger aucun détail : « Inutile d’insister sur ce charme supplémentaire qu’est le vêtement bien choisi. Et combien votre langage éloigné de toute grossièreté vous distinguera ! ».

La conclusion est infiniment positive : « Soyez heureuse au volant, vous en avez le droit, et vous donnerez raison, en parant cette activité d’une grâce particulière, au dictionnaire qui, à « chauffard », n’a pas prévu de féminin « .

IMG_3344Je me demande si ma mère a lu cette brochure. Il me semble, à voir son état (à la brochure, pas à ma mère !), que oui.

Je suis persuadée qu’elle a dû la trouver utile, pour l’avoir conservée.

Elle trouvait toujours que j’étais totalement irrespectueuse des valeurs qui lui semblaient importantes.

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Elle n’apprécierait certainement pas que j’écrive cet article avec le sourire qui ne me lâche pas depuis que j’ai découvert cette pépite.

©Bleufushia

Les photos, sont, paraît-il, de Doisneau.

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Les MOOCs, c’est le FUN, mais c’est pas la joie (24)

La classe inversée, (illustration des simpsons)

La classe inversée (illustration des Simpsons)

Parfois, il arrive que Lili Ze Prof goûte tout son saoul une semaine de vacances.
Elle en profite pour se plonger à corps perdu dans la littérature (en lisant de vrais livres, avec du vrai papier, des qui pèsent dans les mains, qui sentent quelque chose, et qui la font voyager sur le dos des mots).
Tiens, là, elle a dévoré Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee. Et c’était rudement bien.
Même si Wikipedia lui apprend qu’il n’est classé que 60ème dans la liste des 100 meilleurs « mistery books » américains, juste après La dame du lac de Chandler, et avant Notre agent à la Havane de Graham Greene, et que c’est un peu décevant quand même !

Après ces délices, histoire de préfigurer la rentrée qui ne manque pas de pointer son nez morose pas plus tard que très bientôt, sur fond de restriction budgétaire drastique dans les facs (accompagnée d’un soupçon de frémissement de vague début de quelque chose de l’ordre d’une larme d’indignation policée de la part de quelques enseignants), elle baguenaude un peu sur le net, et depuis, elle ne parvient pas à se calmer.
Voilà-t-y pas qu’elle est tombée sur des infos de nature à la rendre vénère.
Puis sur un article à propos de la mort de Spock (enfin, de Leonard Nimoy).
Et sur d’autres articles encore, lus de fil en aiguille, qui ont chacun augmenté sa vénéritude, jusqu’à lui filer des vénerboutons.

En général, elle affecte un détachement de bon aloi, mais elle est attentive, et à fleur de peau vis-à-vis d’un certain nombre de choses, entre autres des signes de modernité-à-la mords-moi-le-pif.
A propos d’attention, elle se souvient d’une époque récente où les prix avaient une fois de plus flambé et où un ministre de l’économie cynique avait conseillé à la ménagère de moins de 50 ans d’être « vigilante sur les prix », solution simple pour ne pas grever son budget… elle s’y était essayé une fois, et avait vite compris qu’on la prenait, une fois de plus comme une bille.
Mais là n’est pas le sujet.
Malgré ce détachement souverain, elle constate qu’il y a malgré tout des trucs qui la font monter en mayonnaise vite fait bien fait.
Parce que l’enfumage qui lui est servi sert de masque et d’écran aux intentions réelles de gens peu vertueux.
Parce que, par un discours imparable la désignant (elle et ses semblables de cœur et d’analyse) comme un dinosaure – discours désignant l’adversaire tout en le décrédibilisant tout de suite et en le mettant, de ce fait, au tapis, comme une vieille chose périmée qu’il est -,on la prend, une fois de plus, pour une conne !
Et ça, ça ne lui plait pas des masses, à Lili Ze Prof.

♠ Première info : un article un peu ancien (de 2013) qui encourage les profs à supprimer les notes (mais non, pas celles de musique, je vous ai déjà expliqué !) et à « gamifier » ses cours.

Wheather wizard (Jon Reinfurt)

Wheather wizard (Jon Reinfurt)

Ceux-ci seront désormais organisés comme des jeux vidéo, où l’étudiant doit accomplir une quête, « avec des avatars, des guildes, des missions, des combats de boss, des tableaux de score, des trophées légendaires, une scénarisation des cours et bien sûr, des points d’expérience, en pratiquant l’évaluation par quizz pour prolonger l’expérience ludique. »
« L’école », conclut l’article, « est un jeu, il est juste mal conçu, et le système de notation basée sur l’expérience est une amélioration de son design. »
Il paraît que, si j’adopte cela dans ma pratique, je vais connaître, inévitablement, une « success story ».
Chouette alors !

J’avoue que ça m’ouvre des perspectives.
Je ne m’étais jamais penchée sur la question du design de l’école.
Pas plus que je n’avais pensé transformer le monde en jeu vidéo.

– Mais tu penses à quoi, Charlotte ?
– oh, eh, je m’appelle pas Charlotte !
Ben, en fait, juste à des trucs de pédago à la noix ! the shame on me !
Ça m’enthousiasme dru, d’un coup.
Je suis cependant saisie par une angoisse subite : dois-je aussi améliorer mon design personnel ? choisir un avatar ?
Je lisais une brève twitter, ce matin (ouais, trop moderne que je suis pas !!) d’un prof qui se demandait si ça ne serait pas mieux, pour lui, s’il allait faire cours sous pseudo.
Pas con, non ?
J’ai cherché, et j’ai trouvé.
J’aurais préféré Blue, mais bon, pour moi, ça sera Red* et son épée « Transistor ».Tan tan tan tan !!!

Adaptation de Red par Kairisia

Adaptation de Red par Kairisia

Avouez que Transistor, même si c’est une épée, ça le fait un max pour une prof de zique?
En plus, la critique de jeuxvideo.fr parle « d’une bande-son enivrante », alors si vous avez encore quelque chose à redire…
J’ai bon ? ça me va bien ?

Entre deux articles, j’ai succombé à une torpeur postprandiale, et je crois que j’ai rêvé.
J’étais l’assistante de Spock, et on partait tous les deux fonder une colonie bleufuschienne pour sauver la civilisation à laquelle on tenait, et qui en avait bien besoin. Spock m’accompagnait de son luth bleufuschien et moi, je chantais du Genesis dans le transistor.
Je trouvais ça bien qu’on fasse de la musique tous les deux, parce que ça l’empêchait de me bassiner avec ses éternels conflits internes : raison contre émotion… Comme il avait pratiqué sur moi la fusion mentale bleufuschienne, on tournait tous les deux en rond dans sa caboche.
Je me suis réveillée sur une de ses phrases-choc :

Red, qu’il m’a dit, les ordinateurs sont d’excellents serviteurs, mais je n’ai aucun désir de les servir. On va les fighter tous les deux ? OK, baby ? Là, j’ai dû reconnaître qu’il avait bigrement raison. Et on l’a fait. Et c’était bon.

(Bon, si vous ne me suivez pas, je vous laisse 5 minutes pour réviser votre Spock dans le texte)

J’ai repris ma lecture.
♠ Interview du co-fondateur d’edupad, dont le but est de « rendre l’enfant accro à ses exercices sur tablette »
Je cite : « Les activités sont mises dans une mécanique de jeux impulsée par des « game dynamics », rendant le jeu éducatif aussi addictif qu’un jeu vidéo. »
Je saute de joie devant mon ordi, parce que moi, j’aime bien jouer !

L’edutainment, ça me tente un max ! Je continue…
« On a découpé l’apprentissage en grains, suffisamment courts pour que l’enfant n’ait pas le temps de s’ennuyer. »

Le cursus digital n’est pas du tout un cursus présentiel : on n’a plus besoin de se rendre dans une salle de classe pour apprendre» (ce qui est en gras n’est pas de mon fait).
« Le modèle descendant de transmission du savoir n’est plus vrai : bien guidés, les élèves de ce siècle sont capables d’appréhender n’importe quelle notion en quelques dixièmes de seconde. Pourquoi ont-ils besoin d’écouter un orateur dérouler son savoir sur un rythme qui n’est forcément pas le leur ? »
Oui, pourquoi, on se le demande. On se demande aussi à quoi peut servir le savoir, au demeurant. Et la réflexion sur le savoir.
De façon un peu annexe, il indique aussi (à voix basse) que, si son projet prend, ça serait quand même un marché super extra fructueux de la madonne, et que ça, yep yep yep !!!

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Et il cite les écoles sud-coréennes, idéal sur terre, dans lesquelles une politique est menée pour le 100% numérique : plus un crayon, plus une feuille de papier, plus un livre. Et d’évoquer en riant cette question d’un écolier sud coréen : « maîtresse, c’est quoi un cahier ? »
Rejoignant un article hallucinant du Monde, qui préconise d’« arrêter de la jouer classique ! », pour que « la classe moribonde rende l’âme au plus vite »

Outre le fait qu’en tant que profs, on est nuls parce qu’on ne sait pas « faire du fric », on ne sait pas faire grand-chose d’autre, vous avez remarqué ?
On n’est pas drôles, on transpire l’ennui, on met des plombes à expliquer une notion qu’il faut quelques dixièmes de secondes à piger. On est fait de chair et d’os, on est OUT ! finished ! à dégager voie 12 !
– Mais, même si je me déguise en Red Transistor ?
– Même, créature périmée ! tous tes efforts sont vains !

et comme ça, ça passe ? non ?

costume raptorex

costume raptorex

Moi, je dois avoir l’esprit mal tourné, mais toutes ces histoires de gros sous et de marché, ça me met un peu la puce à l’oreille. En plus, réfléchis, Charlotte, une tablette, c’est vite obsolète, faut la changer fréquemment, et hop, par ici la monnaie ! Donc, pédagogiquement, c’est la preuve que c’est le must du must.

Je pourrais m’étendre sur la défense des valeurs de lenteur, d’approfondissement, de temps de réflexion, de mémoire, d’élaboration collective par la confrontation, de sociabilité, et j’en passe, mais je sens que je dinosaure encore, incapable de me calquer sur la durée du « grain d’apprentissage » et de zapper de grain en grain, alors que, déjà, mes étudiants ne peuvent plus rester sur un sujet plus de 5 minutes.
Comme me le disait l’autre jour mister Téfal (je l’appelle comme ça, maintenant) au bout de 10 mn de cours : « excusez-moi, j’ai déjà dépassé ma capacité de concentration ».
Je pourrais aussi démontrer que la pédagogie est loin d’être uniforme et que « dérouler son savoir » chiant, poussiéreux et obsolète n’est pas, loin s’en faut, le seul dispositif d’enseignement pratiqué… c’est un peu réducteur.
Mais je ne sais pourquoi, ne m’en veuillez pas, mais là, juste là, je fatigue un peu.

♠ Troisième info : « le CESE a rendu ses préconisations sur la pédagogie numérique ».

L’article est illustré comme ça ; ça fait rudement envie, non ?

saisine_peda_numUn vote à l’unanimité à la séance plénière du 24 février 2015, sur un « avis » présenté par Danièle Dubrac, administrateur de biens immobiliers, qui représente le groupe des entreprises.
Bon, évidemment, croiser des entreprises dans le Conseil Economique et Social (social ?) n’est probablement pas très étonnant, mais bon, elle y connaît quelque chose, l’administratrice de biens immobiliers, à la pédagogie ?
Enfin, autant que les professionnels du tourisme qui statuent sur les rythmes scolaires, sans doute.
– C’est le monde comme il va, Charlotte !
– Zut, je m’appelle pas Charlotte, moi, c’est Lili.
Elle explique que c’est chouette parce que ça permet des « modalités d’enseignement asynchrones » et que ça amène à innover avec la « classe inversée ».
Bon, moi, je croyais que c’était bien quand on parvenait à être un peu synchrones avec ses étudiants. Damned, je m’a encore gourré !

Et puis, la dame continue à expliquer que c’est moderne, et que tout ce qui est moderne est une chance, et qu’il faut flinguer tout ce qui est vieux pour faire de la place.
Le dispositif s’appelle FUN (formation universitaire numérique) et « permet des dispositifs d’enseignement hybrides, en présentiel et à distance, et comprend les MOOCs (ou les Clom, en bon français – les clom ci, les clom ça et tout le toutim) et les SPOCs (Petits cours privés en ligne… c’est pas mignon, ça ? Spock, au secours !).

Spock

Spock

« Chaque établissement devrait avoir une ‘Ressources factory’, qui aurait pour objectif de conseiller les enseignants “sur la scénarisation de leurs cours, ainsi que sur le “redesign de contenus classiques”.

En fait, je vous livre le fond de ma pensée réactionnaire pas redesignée du tout, la pensée d’une qui n’a pas scénarisé quoi que ce soit, et qui refuse de redesigner quoi que ce soit : il y a plusieurs objectifs principaux à vouloir créer et développer des MOOCs (ainsi qu’à développer – idéologiquement – en parallèle ce que dont je viens de vous toucher un mot).
Je vous en cite quelques uns :

– faire des économies et arrêter de dépenser son bel et beau argent pour l’école
Déjà, ce seul argument est parlant : on nous fait croire à n’importe quoi en faisant mine d’avoir réfléchi à la chose, mais le seul truc auquel ils ont pensé, c’est de payer toujours moins.
Si tout le monde est chez soi face à son ordi, on n’a plus besoin de payer des profs (ces inutiles parasites, on peut, enfin, s’en débarrasser !), sauf, peut-être, les quelques uns qui écriront des cours pour la planète entière.
Mais non, c’est même pas certain qu’ils seront propriétaires de leur création.
J’ai lu quelque part que, bien que la création de ce type de cours soit présentée aux enseignants comme une obligation, il suffit finalement que certains seulement le fassent pour que tout le système puisse être étendu.
On peut aussi arrêter d’entretenir les facs. Ou en louer les locaux à des activités plus productives.

Lorsqu’on (les huiles du ministère) nous a présenté (lisez « vendu ») les Mooc à la fac, on a souligné notre chance de pouvoir participer à cette avancée considérable, en nous expliquant qu’en plus, parmi les trucs hyper dépassés, il y avait le « présentiel » (on peut choper des microbes, ça favorise les pandémies… euh, non, j’ai un trou, ça doit pas être ça, la raison), parce que, imaginez un peu comme c’est infiniment mieux que votre cours en ligne rayonne dans différentes universités, dépasse les frontières, serve à des milliers d’étudiants, voire des millions, vous attire la gloire… alors qu’actuellement, dans vos classes, avec les trois pingouins que vous avez comme étudiants, ben, ça ressemble à quoi ?

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Ils sont pas beaux, mes étudiants ?

– gagner du pognon (c’est pas la même chose que le point précédent)

– foutre en l’air le système public et détruire l’enseignement
Là où les Moocsont déjà été mis en place, ça ne fonctionne pas, du coup, on les remplace par des cours privés, payants, sponsorisés, et hop, le monde libéral en galope de joie.

– « former « comme on l’entend, a minima, des générations de gens qu’on puisse dominer comme on le veut (et si d’aventure, on ne les domine plus, on peut toujours couper internet)

– isoler les gens (on ne sait jamais, imaginez qu’en se parlant ITRL – in the real life – ils se mettent à créer du lien, à discuter, à réfléchir, à s’associer, à décider qu’ils en ont marre de ce monde pourri où on marche sur la tête…).

Je vais m’arrêter là – il faudrait, en plus, réfléchir à ce que donnerait un cerveau formé uniquement sur écran, dans une civilisation où il s’agit d’aller à tout berzingue, de trouver des infos rapidement (mais on en fait quoi après), et j’en passe.
Tout ça « m’énerve les nerfs » (comme le disait un collègue très lent qu’on appelait TGV).

Et vous, vous pensez que les Moocs, on devrait s’en moquer ou s’y opposer ?
En ce qui me concerne, ma religion est faite.

Ni Spoc ni Mooc ne passeront par moi.
Foi de Red !

©Bleufushia
PS je précise que, naturellement, je n’ai rien contre les ordis, et que j’en ai un grand usage… et que la question ne me semble pas là, justement.
Si le sujet vous intéresse, et/ou que vous ne me croyez pas, je vous conseille d’aller découvrir quelques uns des liens ci-dessous.

* voilà la présentation de Red sur le site du jeu vidéo Transistor
« Red est une rousse incandescente et chanteuse encensée de la ville de Cloudbank. Munie d’un sabre électrique appelé le Transistor, elle se trouve rapidement confrontée à une horde de créatures automates et ophidiennes qui lui tendent une embuscade. »
Alléchant, non ?

A PROPOS DES MOOCs (massive online open courses – ou Clom : cours en ligne ouverts et massifs)
– Si vous voulez avoir une idée des enjeux des moocs, allez lire cet excellent article publié sur Libération et diffusé par le site de « Sauvons l’université »
http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article6523
– une autre analyse anti mooc (considérés comme arme de destruction massive) par Pascal Engel, philosophe à l’EHESS
http://www.qsf.fr/2013/05/24/les-moocs-cours-massifs-ou-armes-de-destruction-massive-par-pascal-engel/
Et du côté de ceux qui trouvent ça génial :
– La situation en Corée
http://esukudu.com/2012/07/06/cest-quoi-un-cahier-demanda-un-ecolier-sud-coreen/
– Un article du Monde qui fait peur : la journaliste kiffe à donf la destruction de l’école qui « change le futur de la planète ».
http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/11/14/la-classe-est-finie_1790111_1473688.html
– un exemple ébouriffant de Mooc : l’école de magie d’Harry Potter (près de 90 000 inscrits)
http://www.vousnousils.fr/2014/04/18/mooc-poudlard-ecole-magie-harry-potter-553162
Les étudiants de première année doivent suivre et valider sept cours : charmes, potions, astronomie, défense contre les forces du Mal, herbologie, histoire de la magie et transfiguration. A l’approche du baccalauréat, les lycéens français peuvent réviser le programme de philosophie avec le très sérieux Harry Potter à l’école de la philosophie (moyennant paiement, bien sûr).