bleu fushia

always blue


2 Commentaires

L’insconstance (à Chimène)

10168041_10203746516374060_4583547086614768050_n

C’est en écoutant Ferré chanter Aragon que m’est venue l’idée de vitupérer deux-trois trucs qui me mettent la rate au court bouillon (au milieu de plein d’autres, mais faut bien commencer par un bout).

« Il vous reste du moins cet amer plaisir-là /Vitupérer l’époque »

Il a raison, le père Louis : il ne nous reste plus grand chose, et quitte à être amers, autant que cela soit plaisant.

Faut dire que l’époque se prête un max à la vitupération (j’adore ce mot, où j’entends une histoire d’opération de vipère dyslexique de la mort qui tue).

Et si, comme le dit Aragon, « vaut mieux cent fois brosser les manteaux de vison /Que buter les rentières », il faut bien reconnaître que le vison se fait rare. Qu’il est même capable d’être en voie d’extinction, le bougre, rien que pour nous embêter. Et que buter les rentières, c’est pas bien jojo.

Donc, vitupérons l’époque dare-dare.

Cela dit, j’aime bien aussi l’animadversion.

Je me la pète un max, genre la fille qui a un vocabulaire de ouf, mais je l’ai découverte tout à l’heure en allant fureter pour savoir si Aragon aimait particulièrement les vipères.

Et j’ai trouvé ça :

« L’animadversion des classes inférieures contre la classe aristocratique ne détruit pas son ascendant sur ceux mêmes dont elle est haïe » (Mmede Staël)

Ça en jette, non ? Bon, ça causait un peu compliqué à l’époque. (m’a fallu trois lectures pour comprendre de qui quoi caisse c’était l’ascendant de quoi)

Si je traduis grosso merdo, ça sert à rien de gueuler si c’est pour continuer à obéir (en croyant qu’on ne le fait pas, juste parce qu’on a gueulé – alors que les autres, ils s’en balancent).

Moi, je réclame l’hostilité déclarée, et l’insoumission (même se je ne me fais pas beaucoup d’illusion sur ma marge réelle de manoeuvre)

Reconnaissance faciale et autres bonheurs

Je suis suivie, contrôlée, mise en fiche et autre. Comme vous, comme tous.

Sans doute un peu moins que les chinois, mais à peine moins. Et gageons que le « moins » ne va pas durer un max.

fi hage chine

en haut, la note obtenue

Encore récemment, le gouvernement imposait aux instits de commencer à ficher des gamins de maternelle  dont le comportement asocial pourrait annoncer de la délinquance de haut vol, et ce, dès trois ans – à leur manière de lancer les cailloux (je ne sais plus où on en est de ce dossier, d’ailleurs).

Ce matin, mon réseau social préféré me propose un contenu sponsorisé. C’est devenu une habitude, et pas qu’un seul, d’ailleurs.

Je ne vous apprends pas que le fichage à fins commerciales – qui n’est pas le seul, loin de là – est généralisé dans les moindres détails : impossible de se garer sur un parking, acheter une baguette, ou rentrer dans une boutique pour demander où se trouve la rue machin, sans que nos téléphones nous demandent immédiatement quelle note on attribue à tous ces lieux. Si on les recommande…

Alors que je me fous des notes comme de l’an quarante, et que je suis une fille basique : j’achète mon pain en pensant juste à le manger,  et je vois sans le noter le joli sourire de la boulangère et, égoïste que je suis, je ne me précipite pas pour partager ma fréquentation de ce lieu avec TOUS mes amis. Les notes, je ne les tolère que de musique.

163590_10201176489925005_1903914454_n

Generik vapeur by ©bleufushia

Et franchement, vous avez vu ma binette ? J’ai une gueule à recommander un parking tenu par des escrocs qui ont pignon sur rue ?

Donc, ce contenu est bel et bien à moi adressé :

« you’re talking to me ? » « yes, sir, yes ! »

Cranibus calvus, cranibi calvi

Voilà : « le coût de la greffe de cheveux en Turquie n’a jamais été aussi peu chère » (sic) Et d’annoncer le prix : 1969 euros ! (et nous sommes le 19/6/(201)9 – je dis ça, je dis rien).

Mazette, c’est donné, en effet (si on compte en plus l’ortho, bradée à un franc ancien la cagette de douze !).

Je vais y courir de ce pas. En même temps, ils ne disent pas où, en Turquie. Si ça se trouve, c’est à Pétaouchnok (ne me demandez pas comment s’appelle Pétouchnock en Turquie, j’ai toujours été une quiche en géographie). Et pour aller là-bas, si ça se trouve toujours, ça coûte un pognon de dingue que même pas on a !

Mais comment ils sont remontés jusqu’à moi, hein ?

A cause de ma top beauty-sphere-perruque bleufushia ?

photo Science et Avenir : les molécules du souvenir

Ou alors, de mon intérêt pour les motivations profondes de cette employée de la morgue belge chez laquelle on a retrouvé 3000 pénis empaillés ? (pourquoi on est allé fouiller chez elle, ça, c’est un mystère)

Mais vous me connaissez, j’adore les mots, et cela m’a amenée à contrôler comment on disait la tête de la chose en argot (c’est ça, mon souvenir était bon, c’est bien un chauve), et à reporter sur mon notebook quelques expressions croquignolettes sur la chauvitude de la tête.

Serait-il possible – j’en tremble – que les mentions reportées : « ne plus avoir de chapelure sur le jambonneau », ou « plus de paille sur le tabouret », ou « plus d’alpha sur le gourbi » , ou encore « dégazonné », m’aient trahie, et puissent amener, dans un futur proche, à ce qu’on me propose du gigot roumain, des sièges polonais, de l’alpha totalement omega (3, ou 5 G), ou du monsanto à snifer le soir au fond des midnights à moitié verts ?

Damned !

vintage-wooden-wig-makers-head-france-c-1930-3

porte perruque (1930)

Au delà de mon inquiétude pour l’état déjà décadent de ce que les chinois appelleraient mon « crédit social », dans cette vie à points qu’ils ont inventée (je ne traverse pas toujours dans les clous, il m’arrive, parfois, de critiquer notre économie, je ne suis pas dans la « désirabilité » extatique des produits de consommation, tout en pointant « l’arduité » de l’existence, et je m’en arrache parfois les cheveux – je sais que je suis donc, et visiblement, une personne de « non-confiance »), je me permets de vous faire part de mon inquiétude pour la planète, qui me semble implicite dans cette histoire de déchauvitude active.

Si la première chauve venue va prendre un avion au kérosène non taxé dès qu’il lui vient l’envie d’avoir plus de poils sur le caillou – et c’est tentant : hop, un petit voyage aux portes de l’orient, l’exotisme fascisant à portée de main, et finie la tonsure ! -, vous imaginez l’état de la planète au bout de ne serait-ce que mille « tremplins à mouche » voyageurs (et hop, un peu de baygon !).

Sans compter la transpiration qui peut vous faire glisser les cheveux nouvellement greffés vers le cou (bicoze le réchauffement climatique dont on nous rabat les oreilles – quand elles sont rabattues, les cheveux ont toute latitude pour glisser à l’envi, et faire de l’opération un échec)… Et obliger à une récidive.

Ça me fait penser à mon amie de cœur, dont une expression favorite, qui me fait bien rigoler, lui servant à l’admiration, mais aussi à l’ironie, consiste à dire : « c’est velu, ça ».

L’avion pour aller en Turquie se faire greffer, c’est velu comme idée, non ?

Bagnolasses (en provençal, -asse est un augmentatif qui indique la distance qu’on professe vis-à-vis de la chose)

Dans la foulée, j’entends une pub répugnante (on dirait du macron himself) pour une bagnole de « classe aristocratique » – elle n’a pas pu vous échapper, cette pub, elle tourne en boucle dans le poste – qui vante le plaisir de ne pas pouvoir se garer, ou celui de prendre un itinéraire beaucoup plus long que prévu, pour la prolongation de l’état de jouissance (de la conduite : on a les jouissances qu’on peut).

L’argument utilisé est le plaisir du riche de se foutre de tout au nom de son plaisir, justement.

Il monte dans sa bagnole, il roule plus longtemps qu’il n’en a besoin, ou même, il roule pour rien – parce que c’est jouissif de rouler dans cette caisse-là, en jetant ses mégots par la fenêtre, il passe deux fois à la pompe, et en rentrant, il signe sur un de ses smartphones une pétition contre la perte de la biodiversité blabla, et il se couche la conscience tranquillou pépère de celui qui sait la valeur de la vraie vie.

Conclusion hautement philosophique de mon cru (ça rappelle une contrepèterie connue, mais ça n’en est pas une)

On est dans une société totalement paradoxale : apparemment règlementée, mais totalement dérapante et sans respect pour la règle et l’intérêt commun, à la fois totalement rigide et étrangement élastique, les mêmes individus pouvant être successivement rigides ou élastiques, à cheval sur la loi (pour les autres) et oublieux de tout (pour eux-mêmes)…

Ces deux publicités, celle de la greffe de cheveux étant plus légère et improbable (si vous connaissez un greffé, donnez-moi ses coordonnées, please !) que celle visant les gros beaufs qui vont polluer en emmerdant les autres, me semblent un exemple assez flagrant de ça : le paradoxe permanent, érigé en règle de fonctionnement systématique par ceux du bord des puissants, contre les autres – et, au bout du compte, contre tous.

savignac raymond

Raymond Savignac : parisienne, mais qui s’exporte beaucoup !

Me revient à l’esprit la loi Evin, qui a interdit la publicité pour le tabac, au siècle dernier. A partir de la publicité, on a glissé de façon assez surréaliste (et soviétoïde – version l’effacement, le retour) à la suppression des images de cigarettes (Maurois, Sartre, Monsieur Hulot…et j’en passe, perdant leur cigarette ou leur pipe sur des photos célèbres. On avait, après procès, épargné Camus, et on n’avait pas touché à Fidel Castro, parce que c’était rien qu’un étranger…

Récemment, une proposition de loi proposait d’aller plus loin en purgeant les textes littéraires classiques de toute référence au tabac, et envisageait même de censurer tout texte à paraître – ou, au moins, de mettre un bandeau sur le livre, indiquant sa dangerosité. On laisse toutes sortes de fumées tueuses de gens dans l’air, mais on les interdit sur le papier.

Monsieur Hulot privé de tabac

Evidemment, on est dans un dérapage les deux pieds sur le guidon et les yeux fermés, à partir de ce qui peut paraître être une bonne idée, vers du délire pur et simple. Mais ce délire (au nom du sécuritaire qui monte-qui monte-qui monte) peut se mettre en place, parce qu’au bout du compte, il touche (sur le versant image et mots) uniquement des choses qui s’apparentent à la liberté de penser, de s’exprimer. Ça ne brime que des artistes (dans l’exemple du tabac), et ça, non seulement, le pouvoir s’en fout, mais en plus, il adore.
Et il y a plein de gens qui ne trouvent même pas ça délirant du tout. Et ça, ça me troue menu menu.

Alors que toucher au veau d’or, ça, non ! On range toute préoccupation et toute morale collective quand il s’agit que les riches se gobergent en paix, se fassent pousser des poils, ou empestent l’atmosphère.

M25857-17 002

fume, c’est du turc !

Pas la moindre petite loi qui empêche de faire de la pub pour encourager à rouler en voiture tant et plus.

Ça ne vous choque pas, ça ?

Ben, moi oui.

Comme me choquent, à côté de chez moi (c’est un exemple local, parmi d’autres, mais symptomatique), des gens qui s’accommodent de l’inobservance de lois (comme la loi littoral, par exemple), parce qu’ils pourront avoir une vue unique et exclusive sur la mer à partir d’une terrasse gagnée, dans l’indifférence totale (des pouvoirs publics – qui ont d’autres chats à fouetter), sur le domaine public.

Public étant devenu un gros mot… ecco et voila !

Et par chez moi (ceux qui me suivent sur face de book savent le nombre de photos de bord de mer que je poste), il suffit de dire qu’on n’a pas de littoral pour échapper aux lois qui prétendent règlementer sa bétonisation et sa privatisation. Hop ! magie des mots façonnant la réalité !

Ne les gêne nullement que la dite terrasse, en plus de leur amener du plaisir,  empêche les pauvres de voir la mer (zut, quand même, c’est pas juste qu’ils y aient droit, qu’ils aillent plutôt bosser, ces bandes de feignants – quand on est pauvre, on ne sait de toute façon pas voir la beauté), et même, leur interdire le passage (terrasse gagnée sur un chemin communal qui longe le rivage : c’est ballot, on n’a pas fait exprès de déborder, les gens voient vraiment le mal partout !).

Un chemin public ne peut plus être qualifié de public, s’il n’est pas emprunté par du public, non ? Que le fameux public n’y circule pas parce qu’il ne peut plus y passer, franchement, on s’en tape, non ? (je sais, j’emploie beaucoup le mot public, mais c’est un mot dont l’obsolescence totalement et cyniquement programmée me chiffonne dru).

C’est un exemple : la loi est bonne quand elle contraint « ceux qui ne sont rien » à rester dans leur niche et à leur place, mais on l’oublie avec bonheur quand elle permet de jouir du calme, du luxe et de ce qui reste de beauté.

C’est comme ça, on commence par s’arranger avec les mots, puis avec les lois, puis avec sa conscience. L’essentiel, c’est de s’amuser, non ?
Vous seriez pas un petit peu des coincés de l’amusement, les zamis ?

Bon, je viens de relire mon article : finalement, je me trouve hyper trop soft de l’animadversion vitupérée.

Venera panopticumgallery

Je me reconvertis, je vais être désormais panoptique non vitupéreuse (panopticon gallery : Venera). Je suis belle en virtuelle, non ?

©bleufushia

Publicités


2 Commentaires

Jubilation (41)

cette-oeuvre-actuellement-exposee-a-la-galerie-perrotin-met-en-scene-la-figure-d-un-elephant-en-levitation-au-dessus-du-sol-photo-daniel-firman_91218_wide

Daniel Firmant

Ce n’est pas la campagne de Russie, mais…

… me voilà à l’heure de la retraite.

Pas encore devant l’entrée de la maison du même nom, mais tout est une question de temps…
C’est très étrange, parce que j’ai encore 18 ans, je le sais, mais c’est là.

Je n’aime pas ce mot, qui a des relents d’obscure capitulation, ou de couvent, et la différence entre prendre sa retraite et battre en retraite me paraît ténue.

 A ce propos, j’ai, en fait, déjà battu en retraite en octobre dernier, et ai passé ma dernière année professionnelle à l’arrêt (pas aux arrêts, je vous rassure). Ce qui me fait rire est que je viens juste de recevoir mon avis de notation annuel. Cette année, le commentaire me laisse aussi rêveuse que ne l’avait fait celui de l’an dernier (mais pour d’autres raisons). Finies, la constance* et la sérénité**.

« Madame Machin a été très investie dans son travail cette année. »

Oui, vous lisez bien. L’investissement dans l’absence, c’est-y-pas merveilleux ! ma vie est un oxymore !
A la lumière de cette appréciation, je me demande si je n’en faisais pas un peu trop les années précédentes, finalement. Parce que surinvestie, c’est presque une critique, non ?

Mais je reviens à mes moutons.

Il y a dans la retraite un mouvement en arrière : on se retire, on s’isole, on cède du terrain devant l’adversaire, on abandonne le champ de batailles. C’est fini, on n’ira plus de l’avant, fier et droit, on ne participera plus à l’effort de construction de la riante société de demain (pour le moment, plutôt à l’état de ruine fumante).

Non, on est sur la voie du hors champ, de la disparition,  de l’effacement progressif.
C’est moyen, vous ne trouvez pas, comme projet de vie ?

l'hermite tarot dess visconti sforza

L’hermite (tarot des Visconti-Sforza)

Jubilons, jubilez !

Finalement, j’ai eu une idée, je vais me faire naturaliser espagnole.

Parce que eux « jubilent », au lieu de se carapater en catimini (rien à voir, mais vous saviez, vous, que l’origine du mot catimini serait le mot grec  katamênia – les menstrues-, qu’a priori, on cache, œuf corse).

Plus de menstrues à la retraite, la jouvence est finie, ce qui n’empêche pas de se jouer le film« Catimini-le retour» !).

J’ai donc décidé (vous êtes les premiers à qui je le dis) d’être une jubileuse.

Celle qui pousse des cris de joie : yep yep yep ! en dansant la danse du scalp au lieu de se morfondre.

Les mots, quand même, c’est chouette ! vous en changez un seul, et d’un coup la vie se colore autrement.

Pour commencer, les cahiers au feu, et la maîtresse au milieu ! hop, fini le boulot ! « Il envoie tout dans le plafond… ça pleut les papelards, les dossiers… Une fois… deux fois… il recommence ! Toujours poussant des hurlements ! des joyeux !… Il est jubileur ! (Céline, Mort à crédit)

Disparaît la fonction, reste l’individu, dans son ébouriffante virginité (euh, t’en fais pas un peu trop, là ?).

Et puis, si on fête mon jubilé, j’en ai encore au moins pour 50 piges devant moi.
Et quitte à flirter avec le vocabulaire catho, je préfère un bon jubilé [l’année de la rémission de tous mes péchés (champagne !) – et même des peines pour les péchés]  à la retraite au fond d’une cellule.
Qu’on se le dise.

Xylolalie (et lalalère)

Une fois ma carrière partie en fumée, je me suis mise, toujours sur le mode sioux, à éplucher la prose institutionnelle des derniers mois, histoire d’eraser grave ma BAL, et du passé de faire table ra-a-ase.
Avant de tout foutre en l’air, j’en ai prélevé pour vous quelques menus échantillons, qui me semblent faire sens (comme dit l’autre).
Ça faisait un moment que je n’avais pas jeté un œil sur la prose de la « gouvernance ».

En quelques mois, les chefs (qu’il est bon, mais bon, qu’ils ne soient plus les miens, ceux-là !) se sont mis à parler bizarrement.

922olHjw3r12Tsun1F6qvXqdiQ4

Plonk et Replonk

Ce n’est même plus de la langue de bois (ou alors, de l’aggloméré), ni de la novlangue, c’est un truc qui ne ressemble à rien. Vous rajouterez par là-dessus une petite réforme de l’orthographe, et on va finir par se demander vraiment où et dans quel état on erre.
Jugez-en par vous-mêmes (ce sont les premiers qui me tombaient sous les yeux).

-« Je vous invite à vous rendre à la réunion de  présentation de la cinématique des déménagements » (il est à quelle heure, le film à la cinématique ?)

-« Interviendront la société Melaudix (en sous-sol) et la société Déméninge (parce qu’on est quand même dans une fac, faut pas oublier !) en charge de l’ingénierie de déménagement.»

-« La DEPIL a procédé à une modification du mode opératoire d’affranchissement sur l’ensemble des campus, l’objectif principal étant d’assurer un reporting précis des dépenses » (…et par un prompt renforting, nous nous vîmes trois mille en arrivant Topor)

-« Nous demandons aux agents qui n’ont pas pu accéder au campus XXX lors des 2 journées de blocus (20 et 28/04) de poser un jour de congé » (on serait pas dans un monde un tout petit peu libéral, par hasard ?).

Je pourrais continuer ainsi sans problème : tout est à l’avenant. Mais la dernière citation m’amène dans le vif du sujet. La contrainte, l’irrespect, la manipulation, les changements subreptices mais cependant brutaux de règles, bref, le monde capitaliste comme il est, juste à vomir.

Capture

Gabin dans Mélodie en sous-sol

Vous reprendrez bien un peu de censure (potinons quelques petits potins)

Plus l’université-entreprise prend son rythme, et plus elle laisse voir sa vraie nature. Elle ne la cache pas, au demeurant : quand on a les pleins pouvoirs, on aurait tort de se gêner.

Cette année, il y a eu des élections internes, pour le renouvellement de la gouvernance. La continuité sans changement, malgré la majorité des suffrages obtenus par les opposants à l’équipe en place, qui laissait entrevoir la possibilité d’un changement de têtes et de programme.

Un tour de passe-passe, et le tour était joué : le vote des personnalités extérieures triées sur le volet a emporté le morceau (par exemple, la candidature de Guédiguian a été refusée : trop « pas dans l’axe » ! d’autres ont été invalidées après terme, pour manque de pièces… non demandées dans le dossier), après des incidents de parcours en tout genre.

Parmi ceux-là, l’histoire de la déclaration de foi pour être candidat, dont les chefs avaient fixé le nombre de mots précis qu’elle devait contenir. La liste d’opposition a déposé une déclaration en bonne et due forme, dont les deux derniers mots (et pas des moindres : « la démocratie ») ont étrangement disparu du mail transmis… c’est balot, mince, pas conforme, pas de déclaration… pas de bras, pas de chocolat !
Mais il y a aussi l’histoire des listes de diffusion sur la messagerie interne.

J’ai connu l’époque où, sur la messagerie, il y avait une liste sur laquelle se trouvaient tous les personnels de la fac, tout site confondu (l’université était déjà répartie en différents bâtiments dans des villes différentes).

On voulait passer une annonce, donner son avis, conseiller un lien, annoncer une réunion, une manif, une pétition, pousser un coup de gueule, et j’en passe, on allait sur « all-users » (déjà de l’anglais… une amie avait détourné cette dénomination, au moment où nous avons perdu le combat contre la loi d’autonomie des universités en parlant de la liste « all-loosers »), on tapait son message, et une seconde après, tout le monde y avait accès. Pas de modérateur, pas d’embrouille, et pas de censure (même s’il me revient un épisode où un vice-président assez lourdingue nous abreuvait quotidiennement d’une prose indigeste, et d’articles de torchons de droite réécrivant la réalité… et qu’on était un certain nombre à espérer qu’il se taise enfin, ou à vouloir l’expédier en spam – mais cette fonction n’existait pas non plus sur la messagerie),  
Puis la modernité est arrivée, et avec elle, la fusion des universités en une seule usine à gaz, qui s’est dotée d’une messagerie à l’image de sa grandeur, de son excellence, et de son extrême modernité.

amu

Audacieux (un bel exemple de comm de ma boîte)

(oh, c’est beau, ça me fait vibrer…)

Désormais, les seuls qui ont accès à l’écriture sur la liste « all-users », ce sont les chefs. Même les syndicats ayant pignon sur rue n’ont pas obtenu la possibilité d’utiliser cette liste. Faudrait quand même qu’ils arrêtent de vouloir nous abreuver de leur prose inutile…

Depuis deux ans, il en est ainsi.

Parallèlement à cela, l’université s’est dotée d’un service de communication qui pilote tout, et livre aux foules en délire une image policée et idéale d’elle-même. L’ouverture de ce service a fait mettre à la casse l’ancienne « Télé campus », dans laquelle des étudiants (indépendants) donnaient à voir des enquêtes, des points de vue, des réflexions issues des centres de recherche… A la place, des annonces de cérémonies pour fêter des accords commerciaux avec le monde de l’entreprise, des auto congratulations sur notre degré mondial d’excellence. Du positif, du « qui va de l’avant ». Du correctement moderne.

Cela ramène à ma mémoire un souvenir ancien (c’est juste parce que j’ai mauvais esprit, faites excuse !).
Juste après la chute de Ceausescu, j’ai fait partie d’un petit groupe de directeurs de départements qui a reçu une délégation des nouveaux ministres roumains, venus demander conseil. Parmi eux, le ministre de la « communication et de la propagande », dénomination double qui m’avait presque autant étonnée qu’un des critères de notation des profs de collège (autorité et rayonnement – on continue à nager dans l’oxymore).

Lors du dernier comité technique, il a été posé à notre Magnifique Gouvernant la question suivante : « êtes-vous d’accord pour créer une liste de diffusion ouverte permettant l’expression libre des personnels ? »
Réponse du Président :
« Cette question a suscité une réflexion de la gouvernance et de la direction. Compte tenu de ce qui s’est passé au cours des dernières semaines, les listes de diffusion ouvertes ne semblent pas adaptées. Il faut encore réfléchir pour trouver des moyens plus adaptés d’expression et de création de lien social entre les personnes. »

bruit_de_bottes

 Je suis, personnellement, un peu étonnée qu’il soit encore question de « création de lien social » dans une entreprise dans laquelle on n’a plus que des contacts virtuels avec des machines (Mathieu vous raconterait mieux que moi la saga du « ticket » qu’on envoie à l’aveugle dans le cyber espace – mais non, y a pas d’aveugle, c’est l’envoi qui part on ne sait où et dont on ne sait ni où il aboutit, ni s’il aboutit). Où tous les lieux de rencontres ont été supprimés…

En tout cas, à cause de l’absence de « moyen adapté », l’équipe des opposants, qui rédige depuis les élections une excellente Gazette, drôle et bien informée, est, par exemple, interdite de diffusion par la voie interne (avoir voulu faire savoir la réalité de cette censure c’est à ça que notre Merveilleux Gouvernant fait allusion plus haut)..

Cela dit, si vous voulez un avis avisé de spécialiste (je suis quand même musicienne/dinosaure, vous pouvez vous en référer aux épisodes précédents, si vous avez le moindre doute à ce sujet), je vous dirai que finalement, il a raison, le MG : trop de pensée divergente crée certainement de la dissonance cognitive.

Je ne suis pas adepte de la polyphonie, vite synonyme de cacophonie, et je trouve finalement reposant qu’on n’entende qu’un seul et unique son de cloche.

Dans les choses que je trouve bonnes aussi, à la réflexion (quoi, j’ai changé d’avis par rapport à ma position antérieure ?), c’est l’histoire du département de philo (un repaire de mal pensants) à qui on a interdit de procéder à des élections, prétextant que « certains enseignants se seraient plaints de souffrance au travail « . Malgré leurs protestations, un administrateur extérieur a été nommé.
Circulez.

Y en a pas un qui parlait du silence des pantoufles pire que le bruit des bottes ?

La retraite ne me sauvera pas de la lente mais irrésistible ascension de cette forme de totalitarisme (dans un lieu où on ne pense pas, a priori, que cela puisse advenir), elle m’en éloignera seulement, en me dispensant désormais, dans ce lieu-là du moins, de l’épuisement d’une lutte sans merci et sans issue.  Je reste empathique avec les collègues et néanmoins amis contraints de durer dans cette galère.
Pour ce qui est de moi, vaut vraiment mieux que j’aille jubiler ailleurs, mon humeur s’en trouvera certainement adoucie.

demon harvey landart

Demon Harvey (land art)

Pour m’adoucir encore plus, il me reste le souvenir de tous les moments d’humanité partagée avec les étudiants, dans un aller-retour permanent, la richesse du contact confiant et du chemin mené ensemble, la gratitude de certains qui ont avancé plus qu’ils ne l’espéraient, le bonheur toujours renouvelé de la conduite de relations maïeutiques, le pétillement des rires émaillant le sérieux du propos et de la tâche… et la mémoire souriante que je garde, précisément, de beaucoup d’entre eux, de leurs histoires, de leurs doutes, de leurs désirs.

Et la conscience d’avoir fait ma part.
A côté de ça,  l’institution qui a perdu toute âme en la vendant aux pouvoirs abusifs et au fric, ça a finalement une bien sale gueule.

©Bleufushia

Pour tout savoir sur ma constance et ma sérénité

* https://bleufushia.wordpress.com/2015/12/31/moi-jmen-balance-37/

** https://bleufushia.wordpress.com/2015/12/27/serenitude-absolue-36/


2 Commentaires

RECAPITOULEÏCHEUN – accès par lien aux articles des « Echos d’une vie de prof » (40)

P1010913

Le travail accompli© Bleufushia

Comme je suis une quiche en informatique, je ne parviens pas à établir un menu déroulant. Du coup, si vous vous intéressez à mes « échos d’une vie de prof » (chronique qui a commencé en octobre 2014, et qui court sur deux années universitaires), il vous faudra une patience infinie pour arriver au premier.
Je vais résoudre la chose en feintant l’informatique. Voici une liste des articles publiés jusqu’ici (premier juin 2016).

En noir, ambiances de classes et portraits d’étudiants, regard d’une vieille schnock sur la jeunesse

En rouge, quelques considérations sur le système et l’enseignement

En rose, les états d’âme de Lili Ze prof (en rapport au système ci-dessus, essentiellement)

Bon, à la relecture, il est bien évident que tout cela s’entrecroise : une ambiance de classe décrite par moi, ça parle forcément du prof aussi… les étudiants ont un rapport avec le système, et les états d’âme de Lili aussi… mais on va faire simple, d’ac ?

En fait, si je me la joue genre bilan, je remarque que j’ai commencé à regarder autour de moi dans la classe, puis que j’ai commencé à être vraiment perturbée par l’environnement au-delà de ces murs-là, et que je finis sur des articles plus généraux sur le système et finalement, sur ses répercussions sur mon moral pourtant, antérieurement, d’acier.
En réalité, j’ai travaillé toute l’année 2014-2015. J’ai commencé cette chronique parce que, alors que depuis des années, je ressentais un certain malaise dans l’institution, ce malaise s’est aggravé soudain (avec la fusion des universités et le tout libéral triomphant), et j’ai éprouvé le besoin d’introduire la distance que les mots permettent, pour parvenir à supporter un peu mieux l’ensemble.
Lorsque j’ai commencé l’année universitaire 2015/2016 (la dernière pour moi), l’institution s’est mise à déraper plein pot et j’ai totalement craqué au bout d’un mois, pour cause de « conflit éthique » (a diagnostiqué la psychologue du travail que j’ai consultée). Travailler dans un lieu maintenant privé de sens et de valeurs dans lesquelles il me soit possible de me reconnaître m’est devenu insupportable. Du coup, bien qu’ayant été en contact régulier avec mes étudiants, et observant les choses d’un lieu qui n’est pas encore loin, mais plus totalement proche, je n’ai plus pu les chroniquer au quotidien. Et mes réflexions ont pris un tour plus auto-centré.

  1. Le prénom de Brahms https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/03/le-prenom-de-brahms/
  2. Tutu https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/04/tutu/
  3. Proche de la syncope https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/04/340/
  4. Instruments tous unis https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/04/instruments-tous-unis/
  5. Ma vie sur Mars https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/09/ma-vie-sur-mars/
  6. La vie des bêtes  https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/10/la-vie-des-betes/
  7. Fahrenheit 451 https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/15/fahrenheit-451-7/
  8. Délivrez-nous de la tentation https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/15/delivrez-nous-de-la-tentation-8/
  9. La liberté est à 150 mètres https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/20/la-liberte-est-a-150-metres/
  10. Les feux de l’amour https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/24/les-feux-de-lamour-10/
  11. Pon pon pon pon https://bleufushia.wordpress.com/2014/10/26/pon-pon-pon-pon-11/

11bis. Du bon usage des verbes pronominaux https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/08/du-bon-usage-des-verbes-pronominaux/

  1. Ho rotto la mia dentiera https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/09/ho-rotto-la-mia-dentiera-12/
  2. On the road again again https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/15/on-the-road-again-again-13/
  3. Ce Jésus, il me cloue https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/23/ce-jesus-il-me-cloue-14/
  4. Statistiques molles https://bleufushia.wordpress.com/2014/12/06/statistiques-molles-15/
  5. Poussez mémé dans les orties https://bleufushia.wordpress.com/2014/12/13/faites-donc-glisser-meme-dans-les-orties-16/
  6. Les pires conditions matérielles sont excellentes https://bleufushia.wordpress.com/2014/12/14/les-pires-conditions-materielles-sont-excellentes-17/
  7. L’ombre d’un doute https://bleufushia.wordpress.com/2014/12/22/lombre-dun-doute-18/
  8. Petite fricassée de notes https://bleufushia.wordpress.com/2015/01/19/petite-fricassee-de-notes-19/
  9. Songe d’une nuit d’hiver https://bleufushia.wordpress.com/2015/01/23/songe-dune-nuit-dhiver-20/
  10. Décalage : le récit désabusé d’Ana Cro https://bleufushia.wordpress.com/2015/02/09/decalage-le-recit-desabuse-dana-cro-21/
  11. Faille spatio-temporelle https://bleufushia.wordpress.com/2015/02/15/faille-spatio-temporelle-22/
  12. Chuis swag, foutrement swag https://bleufushia.wordpress.com/2015/02/23/chuis-swag-foutrement-swag-23/
  13. Les MOOCs, c’est le FUN, mais c’est pas la joie https://bleufushia.wordpress.com/2015/03/03/les-moocs-cest-le-fun-mais-cest-pas-la-joie-24/
  14. De l’art d’accommoder les restes https://bleufushia.wordpress.com/2015/03/17/de-lart-daccommoder-les-restes-25/
  15. La vie des charançons n’est pas si monotone (un peu en dehors, où il est question de twitter) https://bleufushia.wordpress.com/2015/03/30/la-vie-des-charancons-nest-pas-si-monotone-26/
  16. Tutti frutto, tutto frutti https://bleufushia.wordpress.com/2015/05/09/tutti-frutto-tutto-frutti-27/
  17. Ping pong à Pyongyang https://bleufushia.wordpress.com/2015/06/14/ping-pong-a-pyongyang-28/
  1. E la nave va https://bleufushia.wordpress.com/2015/06/27/e-la-nave-va-29/
  2. Petit braquet https://bleufushia.wordpress.com/2015/06/27/e-la-nave-va-29/
  3. Kafka pas mort https://bleufushia.wordpress.com/2015/09/07/kafka-pas-mort-31/
  4. Nouvelles du front https://bleufushia.wordpress.com/2015/10/05/nouvelles-du-front-32/
  5. Mosart, Betoven et pas moi et moi et moi https://bleufushia.wordpress.com/2015/10/08/mosart-betoven-et-pas-moi-et-moi-et-moi-33/
  6. What a wonderful day https://bleufushia.wordpress.com/2015/10/21/what-a-wonderful-day-34/
  7. La théorie des climats (un peu en dehors : l’exposé de ladite théorie comme un élément de lecture de la violence) https://bleufushia.wordpress.com/2015/12/07/la-theorie-des-climats-35-2/
  8. Sérénitude absolue https://bleufushia.wordpress.com/2015/12/27/serenitude-absolue-36/
  9. Moi, j’m’en balance https://bleufushia.wordpress.com/2015/12/31/moi-jmen-balance-37/
  10. YOLO https://bleufushia.wordpress.com/2016/01/13/yolo-38/
  11. Elasto-ta-mère https://bleufushia.wordpress.com/2016/01/16/elasto-ta-mere/


9 Commentaires

Nouvelles du front (32)

Affiche du film

Mes lunettes magiques (Affiche du film « The look of silence »)

Je n’ai pas écrit ici depuis la rentrée… la tête ailleurs, occupée que je suis à tenter de calmer ma colère et de trouver la juste réponse à une situation qui me paraît totalement indigne. A essayer de chausser les lunettes qui pourraient m’aider à voir la vie professionnelle en rose.

Après une première semaine sans étudiants, semaine au cours de laquelle, finalement, les collègues n’ont pas repeint les salles de cours, le chef s’est démené pour trouver, au sein de l’organigramme opaque des interlocuteurs responsables, quelqu’un qui l’écoute (ah, non, ce n’est pas monsieur Tartempion, mais monsieur Machin qu’il faut voir… ah bon, il est en congé ?… alors allez voir Chose…) : on lui finalement a promis la peinture des locaux.
Les autres collègues étaient très contents d’obtenir satisfaction, et ont commencé à envisager des éléments de déco pour égayer les murs la semaine suivante.
Lors de la « seconde rentrée », eh bien, tout était, bien sûr, en l’état, la même saleté, les mêmes murs écaillés, le même manque criant de conditions de sécurité minimum et de matériel. Lire la suite


7 Commentaires

E la nave va (29)

Dalek Doctor Who

Dalek
Doctor Who

Je ne sais pas pourquoi, ces derniers temps, je pense beaucoup aux Daleks*.
Mais si, vous savez, les mutants de la planète Sarko (oups, pardon, mon doigt a fourché, c’est la planète Skaro !), dirigés par le Dalek Noir !
Si vous ne connaissez pas, c’est une espèce puissante, dont les sentiments et les émotions ont été effacées, et qui poursuit la domination universelle des Thals, des humains pacifiques qui tentent de survivre.

Enfin, quand je dis que je ne sais pas pourquoi, en fait, je sais parfaitement pour quoi j’y pense.
Parce que Sarko.
Parce que la domination.
Parce que les conditions proprement ahurissantes de cette fin d’année universitaire.

Alors, pourquoi les Daleks ?
Parce que toute ressemblance avec des situations existantes est totalement justifiée.
Si si, je vous assure.
Venez, j’entrouvre la porte, vous allez voir

Que je vous dépeigne rapidement le cadre
Le mal a commencé il y a longtemps, mais c’est clairement sous Sarko que ça a été le début de la fin.
C’est lui qui a créé l’université libérale, laissant derrière nous la dépouille du service public. Aidé et surpassé par le gouvernement actuel, qui en a rajouté une louche.

Sur le plan de l’organisation concrète, ça a mis un certain temps à s’organiser, mais depuis cette année, dans les lieux où je travaille, on y est jusqu’aux oreilles.

Ça fonctionne comme un rouleau compresseur, et je ne suis pas la seule à être écrasée. C’est tout bonnement insupportable.

Ça se manifeste de deux façons ici :
– Sur le plan matériel, mon université est actuellement en travaux.
Elle fait partie du Plan Campus, une largesse attribuée par Pécresse, au moment des luttes contre la mise en place de l’université-tout-libéral, aux universités qui avaient « collaboré » en étouffant la contestation**
Depuis plusieurs mois, on travaille avec des marteaux piqueurs, meuleuses, perceuses, tronçonneuses, grues et autres à trois mètres des fenêtres, dans des nuages de poussière, avec des ouvriers qui circulent partout (hier matin, pendant un examen, un ouvrier dans le couloir a psalmodié pendant deux minutes un « je suis perdu, je suis perdu… » saisissant, par-dessus les bruits mécaniques).
Dans la région où j’habite, il fait en ce moment régulièrement plus de trente degrés, et on doit fonctionner fenêtres fermées. Et je vous passe les toilettes hors d’usage, l’eau coupée, l’électricité indisponible…
Ca doit durer quatre ans.
Va-t-en te concentrer dans un environnement de ce genre !

dessin de Duris

dessin de Duris

Le service qui gère les travaux a un nom qui fait rire (la #DEPIL – là où la depil passe, la vie repousse-t-elle ?), mais je n’ai pas ri longtemps !
Comme les travaux attaquent un secteur après l’autre, on doit déménager : en ce qui me concerne, on nous a affecté des locaux beaucoup plus petits que ceux où l’on se trouve actuellement, dont une salle de cours assez intéressante, en forme de L, et dont l’accès se fait en traversant une autre salle de cours.
Chouette, non ? Je sens bien la façon dont ça va faciliter la compréhension…
Mais ça, encore, ce n’est que du matériel, et on peut espérer, du transitoire.

– Mais le pire, c’est la « gestion des ressources humaines », c’est-à-dire la façon dont on bouge les pions que nous sommes.
Le but d’une université libérale, c’est de marquer clairement que le service public est une notion totalement obsolète, mais aussi, de gagner du fric (et/ou de ne pas en dépenser pour les choses importantes qui en nécessiteraient), de permettre au Dalek Noir d’avoir tout pouvoir sur les pions (en supprimant, par exemple, toute instance intermédiaire, et tout ce qui serait susceptible de permettre à des voix discordantes de se faire entendre), et d’être reconnus comme les plus forts selon des critères à la noix.
En ouvrant le site de ma fac, pour chercher le sens exact du sigle #Depil, je suis tombée sur cette exhortation : « rejoignez la plus grande université francophone ».
[Il suffit d’être grand pour être bien, vous ne le saviez pas ?
A l’usage, il ne faut pas 5 minutes pour constater que plus c’est grand, plus c’est pire.
]
Ça me fait penser aux concours de bac à sable (excusez, j’ai toujours assez mauvais esprit, je vous le concède).

Comment on fait pour gagner du fric ?
Fastoche, la question ! On supprime du personnel, pardi ! (et tout ce qui crée du lien, par la même occasion).

Cette année, alors qu’il y avait un(e) secrétaire par département universitaire, on est passé au « guichet unique » : très peu de secrétaires pour tous.
Autant dire que si un enseignant ou un étudiant a un problème un tant soit peu pointu, il peut se brosser.
Les (très) rares secrétaires restants ont perdu une mission – pour leur alléger un peu la charge de boulot énorme qui leur est tombée sur le paletot – celle de l’organisation des examens.
A été alors mis au pilotage de la dite « organisation » un service (avec peu de personnel) pour gérer l’ensemble des examens : recueil des desiderata et besoins des enseignants, gestion des sujets, et surtout, gestion du planning et des salles.

Le boulot est clairement impossible. Malgré leur bonne volonté, les secrétaires bossant dans ce service sont soumises à un stress permanent : elles ne parviennent pas à répondre aux désiderata et aux besoins, elles ne peuvent pas proposer un calendrier valide, elles se font engueuler par tout le monde : le Dalek Noir et ses sbires, les enseignants, les étudiants, qui ont été jusqu’à faire paraître un article dans la presse pour dénoncer le bordel ambiant (excusez le mot « bordel », mais il n’y en a pas d’autres).
Par exemple, on leur impose une gestion informatisée des salles, qui les a conduit à remplir, par exemple, nos salles spécialisées avec des examens d’autres matières ayant peu d’effectifs, et à mettre nos examens qui nécessitent du matériel dans des salles dépourvues de ces matériels, situées sur d’autres campus…

Et puis, elles sont incapables d’assurer un quelconque service de proximité.
Si on a un problème, personne n’en est responsable (ou alors, une seule responsable totalement débordée et au bord permanent de la crise d’hystérie).

Nous, les profs, sommes totalement dépossédés de tout choix possible (le calendrier ne venant pas, par exemple, j’ai ignoré jusqu’à la dernière minute quels seraient mes jours de travail, et ce, pendant les deux mois qui viennent de s’écouler).

La loi d’autonomie des universités nous fixait d’ailleurs comme seule mission de « servir », nous privant de notre position de sujet pensant. Et nous en sommes là. Réduits à obéir, à nous adapter, à ne décider de rien…

liberte-expressionPar exemple, un fragment de ce que ça a donné, ce mois-ci, pour moi (vous imaginez que je ne suis pas la seule dans ce cas-là !):
Deux examens programmés à la même heure le même jour dans deux campus différents (dont un des deux dans une salle banalisée, alors que j’ai besoin d’un piano et de diffuser de la musique).
Un examen avec des étudiants à 8 h du matin, puis, le même jour, avec les mêmes étudiants, un examen à 16 h (entre les deux, pour eux comme pour moi, rien… et la salle libre – et des heures de marteau-piqueur en musique de fond, pour rien).

J’examine le planning, je propose une solution claire et concrète pour que ça soit mieux. On me propose un deuxième planning qui aggrave la chose (quatre examens simultanés).

Je signale les impossibilités, on me propose, en dernier recours, d’établir mon propre planning.
Je le fais.

La veille du premier jour de la session d’examen (à 22 h), les trois plannings sont diffusés aux étudiants, qui ne savent plus à quel saint se vouer (et moi non plus).

Le résultat de l’opération : des étudiants venant après les examens – ils ont choisi le mauvais planning – et demandant à juste titre qu’on les fasse passer à un autre moment.

Se superpose à ça un planning de co-surveillance imposée des épreuves des collègues (de nombreuses heures placées n’importe où dans l’emploi du temps, et les profs taillables et corvéables à merci), parce que l’administration décide de normes de sécurité pendant les examens seulement : nos salles ne pourraient pas excéder 20 étudiants. Pour une promo de 45 étudiants, ça nous donne trois salles, chacune surveillée par deux profs.
Bonjour l’usine à gaz.

Et ça, c’est côté prof ! Perte d’énergie, attentes, tergiversations, colères, impuissance, stupidité d’une machine broyeuse…

Pour les étudiants, une impossibilité pour certains (très nombreuses erreurs) à savoir leurs notes, et s’ils ont droit ou non au rattrapage, d’autres découvrant une heure avant que l’examen a changé de date et qu’il est… maintenant ! puis une fois en train de composer, se confronter au marteau piqueur ou autre engin bruyant.

Quant au personnel du service en question, au moment même où le sénat décide que le burn out n’est pas une maladie professionnelle, il en reste très peu en service : elles sont quasiment toutes en congé maladie, pour souffrance grave au travail.

Bref, la gestion libérale qui considère les individus comme des numéros, qui les accable de tâches infaisables, qui les humilie en les amenant à se penser comme incapables, leur pourrit la vie.

La loi du plus fort  Youssef Ghazouani

La loi du plus fort
Youssef Ghazouani

Tous mes examens ont commencé par une discussion avec les étudiants (provoquée par eux) sur la façon dont l’université se fout de nous, et d’eux.
Parfois, ils en rient, ils sont de bonne composition.
Mais ils s’étonnent malgré tout du n’importe quoi total de la situation, en le pensant transitoire.

Moi, je sais que ça ne l’est pas, et que nous sommes dans les griffes du monde libéral, navigant toujours vers le pire, malgré la langue de bois et la propagande qui essaient de nous faire penser qu’on s’avance vers un monde merveilleux.
La douceur du travail, la convivialité, les conditions de calme nécessaires au travail de tous, l’humanité, le respect des individus… autant de vieux rêves disparus.

Si on veut être compétitif, faut que ça soit invivable.
Et que les meilleurs parviennent à survivre et à s’accommoder de ça.

Un constat s’impose : je ne suis pas dans les meilleures.
Définitivement pas !
Et je m’en tape grave.

Mais l’impression perdure d’être – comme le disait un de mes étudiants – sur un bateau ivre.
Dans un sale cauchemar.

Ça m’a rappelé quelque chose : lors d’un cours de traduction, un ami, qui proposait à ses étudiants, pour désigner un bateau qui s’éloignait vers le large, l’expression « le bateau cinglait vers l’horizon », s’était heurté à une incompréhension totale.

Si les bateaux sont cinglés, maintenant, où va-t-on ?
Oui, où va-t-on ?

le-cri-parodie-munch-8

©Bleufushia
* création de la série britannique Doctor Who
** pour rappel :
https://bleufushia.wordpress.com/2014/12/13/faites-donc-glisser-meme-dans-les-orties-16/


14 Commentaires

Poussez mémé vers la sortie (16)

Penceratops

Lili, as Penceratops

J’ai voulu, il y a fort longtemps, travailler dans le service public.
Suivant l’héritage de mon père, « Hussard noir de la République », je me suis engagée dans l’Éducation Nationale prioritairement parce que je croyais à l’éducation pour tous, à la laïcité et j’en passe (et pas à cause du salaire mirobolant et des vacances permanentes).
C’était un choix idéologique et j’y suis restée très attachée, comme à ce qu’on sent comme important, même si le monde alentour s’en détourne de plus en plus.

Je suis un peu bête, je crois. Et « passéiste ». Être fonctionnaire est quelque chose qui a eu du sens pour moi. Longtemps. Encore maintenant.
Je suis attentive, depuis des années, à la lente agonie du service public, agonie que je vis mal, au profit de ce qu’on nous présente comme le « progrès ». 
Le public, je ne sais pas si vous êtes au courant, on m’a dit récemment que c’est une notion totalement has been. Il n’est plus « très beaucoup » public, au demeurant. Dans aucun domaine.

Quant à moi, je fais partie d’une espèce en voie de disparition, le Dinosaurus Professorus Fonctionnarius Fossilus (de la famille des DPFF), responsable, paraît-il, de foutre en l’air le budget de l’université, parce qu’il est « infiniment beaucoup trop » payé et qu’il s’accroche bêtement à son boulot, au lieu de prendre une retraite qu’on lui interdit par ailleurs de prendre.

Ce mal a un nom, récent, c’est le GVT (Glissement Vieillesse Technicité), à ne pas confondre avec le TGV.
Non, nous, les dinos, on n’est pas des rapides, au contraire, on freine l’institution jusqu’à 2018, constituant même un « problème très important », ai-je lu dans le dernier compte-rendu du conseil technique de ma fac. Ça fait toujours plaisir.
Mon espèce est cependant destinée à être remplacée totalement, peu à peu (avec accélération exponentielle du mouvement de remplacement ces dernières années) par du moderne, du privé, du libéral, de l’efficace, de « l’excellent », et du très précaire.
Un certain nombre de têtes de noeud du ministère et des « gouvernances » d’université attendent donc qu’on se casse, qu’on dégage, en tapotant du pied par terre avec l’air un peu agacé.

Du balai, les vioques, surtout ceux qui la ramènent avec leur service public, leurs valeurs à l’ancienne et j’en passe ! Et qui se foutent comme de l’an quarante des critères de productivité…

Plusieurs choses récentes m’ont légèrement tirée de ma (relative) somnolence et donné envie de vous causer un peu de ce qui se passe au-delà des murs douillets de ma classe, celle où se déroule tant bien que mal la vie de Lili Ze Prof.

Parmi celles-ci, la diminution drastique, cette année, de ce qui restait de financement de l’état dans l’université. Et quand je dis drastique, ça l’est !
Exactement en même temps, on nous demande par exemple de créer de nouveaux diplômes « à moyens constants » – si vous suivez un peu ce que je vous raconte, le synonyme (secret) de « moyens constants » est donc « moyens en diminution ». Même s’il n’y a pas vraiment moyen de fonctionner. L’apparence (on a créé un diplôme) est ce qui compte dans la comm’. La réalité, en revanche, on s’en balance un peu.
Ça me rappelle cet étudiant qui me parlait cette semaine d’une musique à « progression montante plate », concept assez étrange si l’on y réfléchit.

Qui m’a remis en mémoire Alphonse Allais et son « sommet de la platitude ».
Ce que l’expérience nous enseigne ici, c’est que toute platitude tend irrésistiblement à descendre. C’est son destin, en quelque sorte.

Alphonse Allais - marche funèbre

Cet Alphonse, quel homme, quand même !

Parallèlement, « on » commence à recenser les formations dans lesquelles il y a moins de 15 étudiants. Parce qu’elles ne sont pas rentables.
Et à prôner qu’on remplace, à relativement court terme, nos cours en direct par des cours informatisés (et de ce fait, facilement délocalisables, partageables, gratuits de surcroît pour l’université qui les diffuse).
On se demande bien par quel hasard toutes ces choses merveilleuses arrivent en même temps, et dans quel but !
Vous ne voyez pas ?
Non ?
Moi, comme tout dinosaure, je me caractérise par mon mauvais esprit.
Mauvaise comme la gale, la vieille…
Et je crois que je vois.

C’est le moment qu’ont choisi des collègues d’autres facs (qui n’ont, étrangement pourtant, pas tous l’air de la même espèce en voie de disparition que moi) pour ouvrir un blog fait d’analyses et de reportages photos sur l’université en ruine (http://universiteenruines.tumblr.com), racontant la grande misère au quotidien de toutes les facs – pas de chauffage, pas d’argent pour réparer le chauffage – locaux vétustes et j’en passe.

Un site instructif s’il en est.

Ça m’a donné envie de verser une petite pierre au dossier.
Mon université est actuellement en travaux. Elle a obtenu de faire partie du Plan Campus, une largesse attribuée par Pécresse, au moment des luttes contre la mise en place de l’université-tout-libéral, aux universités qui avaient « collaboré » en étouffant la contestation.
Faut dire que le bâtiment est en très mauvais état depuis fort longtemps, mais je doute qu’il ait pu obtenir la moindre réparation hors de ce contexte.
A l’époque des grandes grèves contre la LRU (loi qui donnait leur autonomie aux universités), des étudiants de la mienne avaient réalisé en une demi-heure les photos d’un montage dont je vous mets le lien.


Joli, non ?
Mais revenons à nos jours : ce dont je doute aussi (mais ça, c’est la vipère qui réagit ainsi), c’est qu’on réintègre l’intégralité des locaux à la fin des travaux.

Voyez, entre temps, il y aura moins de diplômes, plus d’internet, moins de profs, moins de formations, moins de personnels… et des locaux qui seront dégagés, de ce fait, et qu’on pourrait louer – parce que la loi LRU les a offerts à chaque université (pour les louer, les vendre, ou en faire ce qu’elle désire).

Ça serait en tout cas infiniment plus intéressant et rentable que d’y « stocker », je ne sais pas moi, du grec ancien ou autres fadaises. Vous en conviendrez aisément, je pense. Il faut préciser que je travaille au sein d’une fac de lettres, qui compte beaucoup d’improductifs notoires, sans aucune utilité pour la société. La honte soit sur nous.
Les travaux ont débuté par la coupe des arbres du campus, assez nombreux, d’espèces variées. Vous comprenez, le temps des travaux, il faut de la place pour se garer. Il nous est promis qu’on en replantera un jour. Comme ça, on est heureux…

Ce que je vais vous raconter date d’il y a quelques années. La photo que je vous poste pour illustrer mon histoire a été prise, elle, il y a deux jours. Toute ressemblance entre le passé et le présent n’est pas totalement fortuite.

L’anecdote que je m’apprête à vous narrer est très représentative, à mon sens, de ce qui se passe depuis que la loi est passée et que l’autonomie se met peu à peu en place, et je pourrais vous en raconter d’autres dans le même genre.

Un jour où je faisais cours, j’entends du bruit contre la porte de ma salle. J’ouvre et tombe sur un des ouvriers peintres de la fac (personnel remplacé de plus en plus, maintenant, par des appels à des entreprises privées), peintre que je connais depuis longtemps.
Je remarque tout de suite qu’il a l’air fort déprimé, ce qui n’est pas habituel (c’est un homme enjoué d’ordinaire).
Il a un rouleau de scotch à la main et est en train de délimiter un carré.
Je l’interroge du regard.
D’une voix abattue, il m’explique qu’il a été chargé de repeindre ma porte. Il m’explique la chose.
Le président de l’époque, conscient de l’état déplorable – entre autres – des peintures, a demandé qu’on commence à repeindre le rez-de-chaussée de la fac (tout le monde y passe, dans les étages, non).
Pas les murs, c’est trop de surface. Mais les portes.
Le peintre a été chargé de calculer le nombre de pots de peinture, qui a été jugé trop important.
Du coup est sortie l’idée géniale du boss : peindre seulement un carré de chaque porte.
Le peintre m’explique qu’il a argumenté en disant que c’était moins ridicule de peintre quelques portes en entier – puis d’autres plus tard, en planifiant en fonction des arrivées de budget – mais sa solution a été repoussée, parce que non « égalitaire ».
Tout le monde logé à la même enseigne, avec son petit carré tout propre tout beau.

Ce jour-là, cet homme, confronté à une « logique » absurde et paradoxale (faire du bon travail de peintre sur une porte totalement dégueulasse, parce que c’est moins cher) m’a expliqué qu’il aimait le travail bien fait, les services rendus, la satisfaction des collègues, et qu’on se foutait de tout ça en haut lieu.
Et que ça le faisait craquer.

DSC_9558

Depuis, un autre coup de peinture un peu dégoulinant est venu recouvrir le beau carré…

Depuis – il a été poussé vers la sortie entre temps – des années après, j’ouvre tous les jours ma porte avec une petite pensée pour lui.
Pour sa peur du ridicule, pour son amour du travail.
J’ai encore des choses à vous raconter sur ce qui se passe dans ma salle et au dehors.
Même si ce n’est pas grand chose, finalement, cette histoire de porte, je le reconnais.
Je continuerai un autre jour, promis, malgré tout.
Si le bâtiment ne me tombe pas sur la tête d’ici là.
Ou si on ne m’a pas empaillée…

Le bâtiment au-dessus de ma tête... heureusement, y a un grillage anti-chute !

Le bâtiment au-dessus de ma tête… heureusement, y a un grillage anti-chute !

©Bleufushia