bleu fushia

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Compil à poil

8ed252d8ad517a68e14494f62656e164 « Qui n’aime, aux jours de la canicule, dans les bois, lorsque les geais criards se disputent la ramée et l’ombre, un lit de mousse, et la feuille à l’envers du chêne ? (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit)

OK, certes, évidemment, j’aime, j’aime…

Encore qu’ici la lancinante cigale remplace le geai criard, que la mousse est sèche et inapte à constituer une moelleuse couche, et que j’aimerais mieux qu’il ne fasse pas si chaud, si je peux me permettre, bien que je fasse partie du vulgum pecus, d’exprimer des préférences personnelles.

Mais bon, c’est l’été, qu’on se le dise, et cette canicule, la chienne*,  me fait divaguer autour de choses sans queue ni tête. Ce qui est finalement normal, parce que, si elles en avaient, ça ne serait pas des choses.
Et si j’arrive à la fin de cet article dégoulinante (c’est féminin, parce que ce n’est pas encore l’article qui dégouline), mais vivante, vous verrez qu’il y est question, en fait, de queues…
Lorsqu’on divague, demandait je ne sais plus qui, y a-t-il forcément des vagues ?

Je dirais que ça dépend…
Comme la canicule, ça dépend aussi… vous le saviez, vous, que tout est relatif, même la canicule ?

« Instruisons-nous en nous distraisant (treize ans et demi maximum) »**

Déjà, à l’origine, on ne la qualifiait ainsi que du 24 juillet (tiens, le jour de la saint Lili) au 24 août (la saint Glinglin)… le 24 juillet étant le moment où Sirius, l’étoile de la constellation du Chien (ici s’arrêtent les relations relatives à moi-même !) se lève et se couche en même temps que le soleil.
Déjà, une étoile dont on ne parle que lorsqu’on ne la voit pas, une qui se lève lorsque les autres se couchent, ça ne devrait pas être permis. Mais baste.
Savez-vous de quel chien il s’agit ?

Rien moins que du chien d’Ulysse (ça a un rapport avec après, mais là, pour l’instant, je vais faire dans le teasing à donf !).

Ulysse nous fait cependant savoir, par telex, qu’il n’y est rigoureusement pour rien, lorsque nous avons un temps de chien. OK, man, c’est noté !
 Ça me rappelle évidemment mes cours de latin :  « Cave canem ! », qu’ils disaient. Ça veut dire qu’il fait tellement chaud qu’il faut faire hyper gaffe au toutou et le descendre à la cave, pour le déposer là entre deux Mouton Rothschild – ce qui donne tout de suite un petit air Arche de Noé à l’ensemble.
Cela implique naturellement que l’on possède l’une et les autres.

Quoi qu’il en soit, faut aussi mettre son ti shirt mouillé, même si on n’est pas la reine de la soirée mousse.

Pour revenir à la relativité, selon les pays, et même au sein du même pays, vous pouvez avoir 39 degrés à l’ombre et ne pas être considérés comme possédés par les chiens, et en avoir 30 et qu’on vous plaigne tout en vous vaporisant plein pot les manettes. C’est dingue, ça, cette inégalité de traitement, moi, je dis que c’est de l’injustitude caractérisée !***

Et en plus, ça se complique encore, si on y rajoute l’indice Humidex (qui mesure l’indice d’inconfort ressenti – ça, c’est du lourd scientifiquement ! – sur une échelle allant « de l’inconfort à la mort »). Cool – si j’ose dire ! Qu’on peut mesurer fastoche à ses sensations internes, bien qu’il n’y ait pas vraiment d’échelle précise permettant de savoir si on chauffe, ou si c’est froid… en tout état de cause, je crois qu’on chauffe !

[euh, je peux digresser, là ? mon ancien établissement d’excellence a ouvert un truc baptisé A*midex, une fondation destinée à rendre nos « rêves accessibles »… au vu de la façon dont l’institution a viré de bord, je me demande sur quel point on se situe à la minute, entre l’inconfort et la mort, dans les services ex-public. Fermez la parenthèse, mauvaise langue que vous êtes !]

Mais le top du top de la nuance, en la matière, c’est quand  même la température ressentie.  Wikipedia, qui est parfois grandiose, nous précise que ceux qui ressentent, en la matière, sont les humains, et que l’indice ne « s’applique pas aux objets inanimés ».
Je suis rassurée, parce que si ma table se met à la ramener avec ses ressentis, et que son ressenti est différent du mien, on n’est encore pas sorti de l’auberge ! 

Cette température ressentie, qui n’est donc pas la température réelle, si vous me suivez bien, et ne désigne en plus des réalités différentes (selon qu’on la qualifie de canicule ou pas), se mesure avec un outil dont le nom me fait rêver dru : le thermomètre-globe mouillé (peut-on l’utiliser avec un ti-shirt sec ?).

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Le postérieur enveloppé d’une mousseline humide – c’est la mode ti-shirt mouillé, mais version thermomètre – le thermomètre-globe (qui est carré, la notion de globe étant relative comme le reste ! non mais, pourquoi y en a qui seraient relatifs, et les autres non ?) prend en compte, de façon étrangement qualifiée d’assez « empirique », « l’humidité normale » ?

Encore faudrait-il, me dis-je, que la normalité soit la même en Bretagne, en Auvergne, et dans mon Sud, par exemple (y a que moi qui divague, là ?)

Un truc qui me défrise menu, dans l’ensemble, c’est d’être dépossédée par une machine de mon droit légitime à ressentir ce que je ressens, moi.
Non mais pour qui ils se prennent ? Et c’est quoi, l’étape suivante ? qu’on me dise quand je ressens la faim et la soif ?
On n’est plus chez soi, moi, je dis.

En résumé de tout ça, vous aurez compris qu’il fait taille de vachement chaud de sa mère en tong (parce qu’en bottes fourrées, ça ne le ferait pas), et que la température que je ressens est carrément exagérée. A la minute précise – mais ça peut changer si quelqu’un monte le curseur – je ne suis pas encore sub claquante (merci Humidex), et je m’occupe en bougeant le moins possible, droit dans l’axe du ventilo qui fait bouger mes bouclettes.
Le ventilo –  c’est presque un truc de rebelle de ouf, finalement, parce que ça s’oppose au thermomètre-globe mouillé. A ce dernier, il faut, j’ai oublié de le spécifier, pour fonctionner, une autre variable, qui est le temps calme et sans vent !

J’adore mon ventilo ! Yep ! Revolouchon’ ! tous pour le droit à ressentir par moi-même !!!

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Où il n’est pas question du septuagénaire kleptomane qui, à Arcachon, avenue des Goélands, ouvrait les voitures avec un couteau à huîtres****

Donc, je m’occupe, comme aux glorieux temps des « siestes libres » de mon enfance, à faire des listes.
Ça ne mange pas de pain, non ? Et pendant que je fais ça, je ne fais pas de bêtises !

-choses d’une fraîcheur déconcertante (chouette)

-choses dont on se demande bien pourquoi elles nous fascinent

-choses dont on se persuade qu’elles auraient pu inspirer Max Ernst****

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Eugenia Loli

Sous ma fenêtre, et dans cette atmosphère globalement « humidesque » et aqueuse (faut boire, mémé !) passent deux hommes que je ne vois pas, l’un déclarant à l’autre qu’il ne faut absolument pas « céder le chant des sirènes ».
Cela suffit à me sortir de ma torpeur. Je sursaute : il a dit « le », pas « au ».
Serait-ce que le chant des sirènes est maintenant coté en bourse ? à l’instar des licornes ?

(j’ai appris récemment que la licorne désignait une start up valorisée de plus d’un milliard de dollars avant même d’être cotée en bourse : alors que j’en suis encore à la conversion de l’euro en anciens francs, et que je suis constitutionnellement incapable de me représenter ce que c’est réellement qu’un milliard de dollars, on souille la pureté de la licorne par des histoires de gros sous, et ça m’achève !)

Ça me fait penser, cette histoire de sirènes, à ma terrible déconvenue quand un ami infiniment plus lettré que moi m’a raconté que les sirènes d’Ulysse étaient des oiseaux. ON ne me l’avait jamais dit !! J’ai pris cette nouvelle comme une offense personnelle, pour tout dire.

Ou sinon, à ma découverte récente des Siréniens.

En fait – c’est peut-être un effet d’Allzheimer – je passe ma vie à découvrir de nouveaux trucs dont je ne me souviens pas avoir entendu parler auparavant, et ça me ravit.
Sauf que l’histoire de la rhytine m’a un peu démoralisée. Je tombe sur la rhytine (qui n’est pas une partie de l’œil), et aussitôt, pof, je me rends compte qu’elle a déjà disparu de la surface de la terre.
C’est un animal marin découvert du côté du détroit de Behring au XVIIIème siècle. On a à peine le temps de le surnommer (est-ce du sexisme ?) vache de mer que pof, la population des rhytines est intégralement massacrée, jusqu’à la dernière. Comme quoi, au XVIIIème déjà, les hommes étaient d’une bêtise sans nom.

Et on ne peut pas incriminer la canicule, parce que sur le coup, ça glaglate beaucoup dans ce secteur-là.
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Des Siréniens, il reste le Dugong Dugon (le « g » sonne un peu comme un « c » dans ma tête), de la sous-famille des Dugongidés. Un animal dont on me dit qu’il « est couvert de poils courts qui permettent d’évaluer son environnement ». Génial, non, le créateur qui crée le poil du DD non pour lui, mais pour les scientifiques. Je n’en finis pas de m’émerveiller sur l’infinie inventivité de la création.
Et me demande si nos poils à nous, humbles humains, auraient par hasard le même rôle.
Il paraît – information à rajouter dans ma liste : choses qu’on adore, parce qu’elles ne servent à rien – qu’ils partagent bon nombre de caractéristiques anatomiques avec les éléphants, comme le nombre de vertèbres et l’absence de clavicule.

Pour revenir au dugong, je vous signale aussi qu’il est « inféodé aux zones d’herbiers », ce qui ne me semble pas très glorieux pour un animal si utile (ça me rappelle le « lit de mousse » de l’autre), et que son cri est un chant mélodieux.
Comme les sirènes ?
Le chant du Dugong Dugon (et de son cousin le lamantin – version plus chromatiquement mélancolique*****, peut-être ?) est-il coté en bourse ?

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Leguat-Lamentin

Bon, chers amis, je vais terminer ce texte en queue de poisson (le thème me l’autorise) en allant me servir un petit gin frizz (comme le disait ma Valerix préférée dans son jeune âge), pour me rafraîchir un inutile poil (ou deux).

Ne cédons rien, et surtout pas le chant des six rennes (créateurs de la première polyphonie – croyez-moi, j’ai été prof de musique, j’en connais un rayon sur la question !)

Je vous bise.

©Bleufushia

*On en trouve la trace en anglais, qui traduit canicule par « dog day »

**Bobby Lapointe, dans sa génialissime leçon de guitare sommaire

*** Par exemple en France:

  • à Brest, on parle de chaleur caniculaire lorsqu’il fait au moins 28 °C le jour et 16 °C la nuit ;
  • à Lille, on parle de chaleur caniculaire lorsqu’il fait au moins 33 °C le jour et 18 °C la nuit ;
  • à Toulouse, la canicule correspond à un maximum dépassant 36 °C le jour et un minimum de 21 °C la nuit.

****fragment de liste emprunté à Blas de Robles, dans Le point Némo

***** référence à la forme musicale du lamento

 


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Western crevetti (7)

something fishy jimmy lawlor

Something fishy (Jimmy Lawlor)

Aujourd’hui, on est le 15 octobre 2015.

Si si, comme je vous le dis.

C’est du moins ce qu’affichait mon téléphone portable ce matin, dès potron-minet.

J’ai tout de suite pensé au bug informatique qui fait griller les ordis…vous n’en avez pas entendu parler ? Ben, si votre ordi affiche un jour la date du premier janvier 1970, courez vous mettre aux abris rapido, parce que cette date déclenche un compte à rebours fatal : en un quart d’heure, vous vous trouvez en 1968, et là (va-t-en savoir pourquoi), ça grille, puis ça explose.

(Style, la rentrée sociale ? euh… non, mauvaise pioche… boum, c’est tout, boum ! pas pschittt…)

J’ai bondi sur mes réserves de plomb, mises de côté depuis les années 70 : un rapport de la Criirad, à cette époque, préconisait de s’ensevelir sous 11 mètres de plomb pour se protéger de l’irradiation. Le chiffre me semblait sérieux : 10, ça fait un peu petit joueur, mais 11, là, j’ai tout de suite eu confiance.
Evidemment, ça prend un peu de place, mais quand on n’aime, on ne compte pas.

Mais rien ne s’est passé. Alors, j’ai décidé d’aller à la plage, pour que la journée soit un peu plus souriante que l’aube.

En arrivant, juste à côté de l’accès, j’ai lu cette intéressante contribution à la controverse sur le burkini.

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©Bleufushia

A POAL!

En même temps, celui qui a écrit ça paraît au fait de l’actualité brûlante, aussi bien de la polémique plagesque que de la récente réforme de l’orthographe : « deux pavés écrasés avec la même mouche », comme on disait à mon époque.
Au courant d’une partie de l’actualité, du moins.

Il n’a visiblement pas entendu ce délire à propos du bébé d’un an et demi dont la maréchaussée a forcé les parents à le rhabiller fissa, sinon amende !
En tout cas, il a le mérite d’afficher clairement ses convictions. C’est un peu radical, et pas très argumenté, mais bon.

Il est vrai que maintenant, tout se complique dès qu’on est sur le sable.

Je pense à sa solution et je ne sais pas si, comme cela est arrivé sur certaines plages corses, il y a fort longtemps – du temps de ma jeunesse, c’est vous dire – celui qui suivrait ce conseil se trouverait non seulement verbalisé, mais également enduit de goudron et de plumes.

Je suis restée assise sur le sable un court instant, mais le soleil tapait dur : j’ai envisagé de couvrir mes épaules d’un paréo pour ne pas virer écrevisse, mais après examen des conséquences possibles, j’ai renoncé, et j’ai fini par plonger et nager au large, à la recherche d’un peu de calme et de solitude, loin de l’hostilité du monde.
Alors que j’étais en train de planer au-dessus d’une falaise sous-marine, je me suis avisée que mes oreilles captaient un cliquetis assez fort. Très fort, même.

Merdum, v’là que j’allais me faire hacher menue par un Chris Craft lancé à toute vapeur (faut dire que je nage toujours hors-piste, et qu’il n’y a pas intérêt à s’endormir sur le gigot, vu le nombre de pékins qui ont suffisamment de tunes pour te pourrir la mer à coup de moteurs).

Je lève la tête, prête au sprint, et là, rien… c’est la rentrée, et le possesseur de Crisscrasse (c’est comme ça que j’appelais ça dans l’enfance) est sans doute retourné à la capitale (ou ailleurs).
Le bruit était là, cependant, bien présent.
Au retour, je m’informe (poliment) sur gogol les mouettes de ce qui peut bien causer ce bruit, et là, j’en découvre de bien bonnes.

Les fonds de la Méditerranée (mais pas que) sont infestés d’Alpheidae, un bestiau muni d’un véritable taser. Elles font partie des « espèces communes » (à ces mots, mes muscles horripilateurs fonctionnent à donf – vous comprendrez pourquoi quand vous aurez lu ce qui suit), qui ne vous attaque pas au corps-à-corps, là où vous auriez vos chances, mais à distance, et en traître. Elle fait dans l’attaque surprise et éclair (ça nous rappelle le monde tel qu’il est, non ?)

En deux mots, « l’Alpha » (mais pas l’Omega) – c’est moi qui l’appelle comme ça -, c’est une crevette mignonette : moi qui avais peur de virer écrevisse, vous croyez que c’est un signe ?

alpheidae

ne vous fiez pas à la tenue de bagnard, c’est pour amadouer l’ennemi !

Elle est minuscule et munie d’une grosse pince, et d’une autre normale. Si la grosse est sectionnée, la petite grossit, et à la place du membre absent repousse une pince normale.
Cette pince est un véritable pistolet (d’ailleurs, la bête s’appelle crevette-pistolet à pattes épineuses, ou crevette claquante).

Je vous la fais rapide… la crevette ferme la pince, qui dégage une bulle qui explose (par cavitation : j’ai appris ce mot – je suis ‘achement fière – qui désigne la naissance d’une bulle de gaz dans un liquide soumis à dépression), et le souffle se propulse à une allure folle – sur trente mètres (à 97 km heure) – pour aller zigouiller la proie visée. Ça émet un bruit dingue (220 décibels !), tout en produisant, sur son passage, d’autres bulles qui font aussi du bruit en éclatant.

crevette bulle

visez un peu la bulle, en haut à gauche !

Et en plus, ça dégage une chaleur non moins dingue (4700 degrés celsius, j’ai bien dit quatre mille sept cents, ça nous fait le barbeuque express pour le même tarif, si la proie n’est pas trop près – sinon, c’est direct calciné).

Paraît que des gens qui ont voulu mettre ça en aquarium se sont retrouvés un peu cons (oh, t’as vu comme elle est mignonne, cette petite crevette ! oh zuuuuuut !), parce que les parois de verre n’ont pas résisté !
Les dents de la mer, à côté, c’est presque de la gnognotte.

En plus, c’est une des espèces d’animaux « sociaux » : avec des rôles, une reine, une répartition du travail, et des robocops pour défendre les civils en cas d’état d’urgence (euh, je m’égare… toute ressemblance bla bla bla… mais pour tout dire, je ne me fierais pas plus à ceux-là qu’aux nôtres, qui me filent les jetons grave quand je passe, par exemple, à la gare de la ville voisine).
Outre le fait que les robocops vous grillent, vous tasérisent, vous déchirent le tympan, paraîtrait même qu’ils font carrément la guerre du bruit : ça va jusqu’à brouiller le sonar des sous-marins.

Pitaing, on n’est vraiment tranquilles nulle part !
Qui me dit qu’il n’y a pas de crevettes psychopathes qui vont muter et agresser le malheureux nageur en train de faire tranquillement la planche (de la planche à la plancha, il n’y a qu’un pas !).
Notez que tous les avis sont dans la nature : j’ai entendu un étudiant, au mois de juin, déclarer «moi, j’aime beaucoup griller du cerveau »… peut-être que ça lui plairait, à lui !
Mais pour moi, cette histoire de bulle et de dépression (imaginez une crevette déprimée, ça doit exister, dans la conjoncture actuelle), c’est  total la flippe !

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Et encore, on a du bol, parce que la crevette mante est pire (elle fait pareil, mais en plus, elle est plus grosse et capable de harponner ses victimes, et contrairement à la nôtre, elle a une vue redoutable), mais elle vit dans des eaux tropicales. OUF !

A propos de bruit, je lisais aussi un autre truc : la pollution des mers change l’acidité de l’eau, et cette acidité ne permet plus aux sons marins d’être absorbés de la même manière qu’avant. Du coup, les sons vont se propager encore plus loin, et le paysage sonore sous-marin est déjà en train de virer à la cacophonie. Il paraît que ça perturbe dru les grands mammifères marins, qui ne parviennent plus à s’entendre.

(En plus, je ne vous ai pas tout dit, mais la crevette mignonnette, elle n’est pas la seule à foutre le ouaï ! je vous raconterai ça une autre fois).
Avec la crevette-pistolet, les 220 décibels vont être perçus encore plus fort : va falloir mettre des bouchons d’oreille pour aller se baigner !

(et mon paréo, alors, j’le mets ou j’le mets pas ?)

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Cette histoire de perception, ça me fait penser à la météo des plages : on y parle de température réelle et de température ressentie. Vous y comprenez quelque chose, vous ? (comment prend-on la température ressentie, hein ?)

En fait, je dois vous l’avouer : je sais pas vous, mais moi, je comprends pas tout dans la vie.

Allez, c’est pas grave !
Comme dit l’autre, « le monde est grand et le salut nous guette de partout »*

©Bleufushia

*Titre d’un excellent film bulgare (de Stefan Komandarev)

Si vous voulez voir la crevette pistolet en action


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La sirène (3)

©Bleufushia

Sirène de sable ©Bleufushia

Elle est là, sur la grève, alanguie face au soleil déclinant.
Dans une pose pas vraiment lascive. Juste allongée, calme.
L’œuvre d’une main adulte : j’ai vu faire, de loin, le jeune homme qui l’a créée, et c’est seulement lorsque la plage s’est vidée que je me suis approchée pour la contempler.
J’ai toujours eu un faible pour les sirènes.
Je me suis éloignée un peu, en la gardant dans mon angle de vue cependant, pendant que moi aussi, je contemplais, avec elle, le soleil qui rougeoyait doucement, là-bas, à l’endroit où un cyprès gracile s’élance entre deux pins parasols.

Un peu plus loin, un groupe s’est installé pour un apéro sur la plage (la grande mode cette année, sans doute une conséquence de la canicule : c’est vers 8 h du soir qu’on arrive enfin à ne plus ruisseler, et le bord de mer, avec la brise douce du soir, c’est bon, juste bon. Et je ne suis pas la seule à ressentir cela).

Les enfants l’ont repérée tout de suite, se sont approchés en chuchotant : une sirène, c’est un peu magique, ce n’est pas comme un château.
Rapidement, ils ont vu la mer qui monte toujours un peu plus et qui menaçait la belle.

©Bleufushia

©Bleufushia

Sans vraiment se concerter avec les autres, un premier a commencé à consolider la frêle barrière de sable qui la séparait des vagues du soir, un autre a continué, et au bout d’un moment, ils étaient tous là à s’occuper de la protection, à prendre soin d’elle.

©Bleufushia

©Bleufushia

Le ballet des va-et-vient a continué un grand moment, et j’ai admiré le sérieux que ces enfants consacraient à leur tâche. Et la façon harmonieuse dont ils collaboraient ensemble, tendus vers un but commun.
Que ce but soit relativement dérisoire ne les arrête nullement : c’est l’action, la solidarité, et l’activité symbolique qui compte.
Et sauver une sirène, ce n’est pas rien !

©Bleufushia

©Bleufushia

Je fréquente des parcs publics, et ai vu souvent jouer mes propres enfants. J’ai souvent été frappée du nombre de disputes, d’éclats, de luttes entre gamins qui émaillent les jeux.
Par contraste, je me fais soudain la réflexion que sur une plage, il est très rare que je sois témoin de ces petites luttes de pouvoir, de disputes, de cris.
Sur la plage, et c’est cela que je contemple à ce moment même et qui me frappe, les petits humains collaborent en douceur, s’absorbent dans des actions souvent communes, dans des créations qui les retiennent de longs moments dans une harmonie de collaboration.

©Bleufushia

©Bleufushia

Je ne sais à quoi c’est dû, peut-être la présence apaisante de la mer.
Je me dis qu’il serait bon que le monde soit une plage.
Je retourne me baigner encore un peu.
Du large, je vois qu’ils ont terminé leur œuvre de protection.
Ils courent un peu sur la grève, s’amusent à autre chose.
A un moment, les adultes se lèvent, rangent les verres et les bouteilles.
Juste avant de partir, sans apparemment se concerter, les enfants sautent sur la sirène et la détruisent, avec la même solidarité qu’ils ont eue dans la protection.

Je me désole intérieurement, elle me plaisait, cette sirène.
Eux non, ils rient, je les entends.
Et je me dis soudain qu’ils sont dans le vrai : pourquoi s’attacher à conserver à tout prix un objet (fut-il presque « humain ») alors qu’il peut vivre aussi bien dans l’imaginaire ?

Finalement, l’important, c’est peut-être uniquement ce qui circule entre les humains.

©Bleufushia


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Le sel du passé

J’ai croisé sur la plage un touriste qui venait de mettre le pied sur un oursin. Il a tenté de partager avec moi sa colère et sa douleur. Moi, je ne suis parvenue à rien d’autre qu’à sourire en silence. Je sais que ce n’est pas très empathique. Mais j’ai des excuses.

C’était une activité de grands, moi, j’étais gamine… presque 6 ans de différence avec les plus âgés, ça compte !
Ils avaient promis de veiller sur moi, c’est à cette seule condition que je pouvais les suivre.
D’ordinaire, on allait à la plage sur le sable, juste là où débouchait l’escalier. Et on nageait, ou on plongeait du ponton, avant de s’allonger sans bouger, seulement attentifs au soleil qui nous réchauffait sous les cris des mouettes.

Là, ce n’était pas pareil. Ça se passait sur les rochers. Il fallait y arriver sans les laisser me perdre en route. Ils avaient amené tout l’attirail, les masques et les tubas, bien sûr, mais aussi des fourchettes, des ciseaux, un torchon, et une baguette de pain.
Ils allaient plonger avec leurs fourchettes, pour décrocher les oursins sans se planter d’aiguilles dans les doigts. Quand ils en avaient un, ils venaient jusqu’au rocher où je les attendais, et je devais attraper l’oursin sans me faire mal, et sans le laisser tomber dans l’eau à nouveau.
Quand je m’en étais emparée, très précautionneusement, je l’amenais jusqu’à un panier à salade comme on les faisait dans le temps, en maillage de fil de fer, et je déposais soigneusement le trésor recueilli.

Pendant qu’ils retournaient en chercher d’autres, je guettais du coin de l’oeil le moment où un autre sortait la tête de l’eau et me signifiait qu’il en avait encore un. J’avais un travail subalterne, mais j’avais à coeur de l’accomplir au mieux.
En attendant, je m’absorbais dans la contemplation. Ces animaux me fascinaient : un noir brillant, profond, teinté de violet, une « bouche » avec une sorte de double bec, et des aiguilles qui bougeaient lentement en une chorégraphie presque imperceptible.

Plus tard, les grands remontaient dans les rochers, quand la pêche était suffisante pour nous tous.
Les plus âgés prenaient les ciseaux, calaient un oursin dans leur main, certains sur un torchon, d’autres, plus hardis, directement à même la paume et ils plongeaient la pointe des ciseaux dans le bec, puis, une fois celui-ci pénétré, ils pouvaient découper la coquille en deux. Les aiguilles à l’endroit de l’entaille des ciseaux giclaient à terre dans un crépitement bref. Je regardais les garçons faire avec admiration.
Le chapeau de l’oursin était enlevé prestement, rejeté à la mer, et les plus jeunes passaient alors à l’étape suivante : secouer délicatement la moitié restante pour en faire partir le noir (on disait que c’était leur caca, je n’ai jamais vérifié cette assertion) entre les rochers, du moins la majeure partie du noir.

Puis, c’était le moment du délice. Ils étaient galants, ils m’offraient le premier.
J’y plongeais un bout de baguette, raclais du mieux les tranches orange, en étoile, d’un orange si vif, si étonnant dans cet écrin noir, portais le bout de pain à mon nez, humais l’odeur délicieusement violente, puis mettais le pain dans ma bouche, l’y gardais un moment pour que mon palais s’emplisse de toute la saveur iodée, puis, d’un coup, avalais, et y retournais, vite, tant qu’il en restait encore.
Les grands qui m’entouraient échangeaient entre eux et avec moi des « hmmm » de contentement, et de grands sourires. Le rituel soudait le petit groupe, et la consommation collective de ces merveilles, curieusement silencieuse, me donnait la sensation de ne constituer qu’un seul et même être marin avec mes camarades.
Ces festins improvisés, le goût presque musqué de la chair de l’oursin, le labeur nécessaire (pêcher, couper, nettoyer) pour arriver au plaisir restent pour moi des grands souvenirs culinaires, augmentés encore lorsque, plus âgée, je pus enfin me joindre au groupe des ramasseurs. Je plongeais sans masque, et aimais même la sensation légèrement gênante des yeux rougis par le sel. Du sel par toutes les pores.

oricio1J’ai parfois acheté depuis une demi-douzaine d’oursins, déjà ouverts, à l’étal d’un poissonnier, sans toutefois le bonheur que j’éprouvais en ces temps-là.
Encore aujourd’hui, je convoque l’odeur et le goût entre mille souvenirs, et ils sont là tout de suite.
Avec tout le sel du passé…

©Bleufushia


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Porte d’entrée pour sirènes

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©Bleufushia

MODE D’EMPLOI
S’approcher du rivage par une sente odorante (fragrances mêlées de maquis, figuiers, effluves vanillés des fleurs de pittosporums, poussière du chemin, odeurs de sècheresse, mémoire de soleil grillant les pierres…), emplir ses poumons de senteurs pour s’en souvenir au plus profond, pousser délicatement et en silence la lourde grille, pas besoin de l’ouvrir en grand, la discrétion est de mise, se glisser sensuellement dans l’entrebâillement lumineux, laisser le dessin des écailles se confondre avec les cailloux ronds du fond de l’eau, dans un moment d’immobilité calme, puis, très progressivement, faire bouger les lignes, imperceptiblement, attendre encore, le départ doit passer inaperçu, il vous faut caméléoner à la perfection, laisser la lumière taquiner votre queue, et les vagues dessiner des éclats mouvants qui troublent la réalité de votre peau, et lorsque le silence s’est fait en vous, lorsque le moindre battement de baiser papillon fait frémir la surface de l’eau au-dessus de votre corps alangui, frissonner légèrement du bord de la nageoire, comme dans un rêve de plume vagabonde, égratigner la page de l’eau en prenant soin de ne pas laisser de trace, laisser se déplier la poitrine, et s’évanouir dans l’indigo, presque sans bouger, dans une ondulation furtive des hanches, avec la jouissance fluide de la lenteur la plus extrême.
S’enivrer du fin plaisir d’être une « fille verte ».

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souvenirs humides

sirène kitch

Etendue sur une roche plate en surplomb, un midi, la ronde des mouettes qui m’assourdit, et les cigales qui crissent. Aucune pensée. Je me lève et plonge tête première dans le métal. Eclaboussures, le silence qui serre les tympans, apnée, longtemps, un frisson sur ma peau. La caresse de l’eau qui m’enveloppe. Je nage si calmement que la surface ne se trouble pas.

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Dans l’eau, cheminer entre des pierres glissantes et d’autres envahies de concrétions dures qui coupent, blessent, cisaillent. Il faut s’allonger dès le bord, se faufiler entre les roches qui égratignent. Malaisé. Plus loin au large, enfin, la délivrance : je fais la planche, mon corps ondule suspendu au gré des vagues. Je n’en sens plus que le mouvement. Je ne sais plus même si je suis sur le dos ou sur le ventre. Et, quand je me relève, toujours le vent.

Et l’iode à plein nez.
Je m’immerge jusqu’à devenir bleue et liquide. Des algues frôlent mon ventre, légère appréhension.

Fantasme d’un duo aquatique, nos corps nus glissant sur la vague dans la sérénité d’un soir et je ne sais plus démêler ma peau de la sienne, mes cheveux des algues, sa langue humide et ses mains fluides, du flux de l’onde qui me mouille.

Epuiser la mer… pénétrer sa teinte sauvage, ses abîmes in-violets.
Tenter de tout embrasser, le large et le fond, lui et la mer …
Recommencer sans y parvenir jamais.
Finalement, m’abandonner avec bonheur.


Après, beaucoup plus tard, me recycler en Minnie the Mermaid, juste pour rire un peu !

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Portraits de famille

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