bleu fushia

always blue


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Dans quel état j’erre ? (histoire d’une possible conspiration)

La niña (Graciela Vives) – collage

Allez savoir l’image que les gens se font de vous.

C’est une question que je me suis peu posée jusqu’ici, pour tout vous dire.
Il en est autrement aujourd’hui, et j’ai grand besoin de votre aide. Je barbote en pleine crise existentielle aigüe.

La Princesse de Ségur comme marraine

Bien sûr, quand j’étais gamine, j’ai tenté, comme tout un chacun, de me conformer aux attentes de mes géniteurs, et de mes professeurs. J’ai essayé avec acharnement d’être la petite fille idéale, conforme, sage comme une image (même si, intérieurement, j’étais, comme la petite fille de ce livre d’Alain Serres, plutôt « sage comme un orage »),  qu’on me demandait d’être.

« Tout le monde (était) rassuré de me voir sourire sans faire de bruit. Personne ne (savait)  que dans l’ombre de mes yeux, la nuit, pouss(ait) une forêt d’arbres et de loups … »

Dinette des années 50

On me voulait comme ça, et, je vous jure, j’ai fait de mon mieux, jusqu’à déclarer forfait.
J’ai attendu longtemps : le déclencheur de ma débâcle a été cet anniversaire où ma mozer m’a déclaré tout de go que, maintenant, j’étais grande et que je pourrais quand même essayer de ressembler, ENFIN, un peu à quelque chose.

J’ai demandé des explications, et le quelque chose était quelqu’un ET son costume : Elisabeth Guigou ET son tailleur BCBG !
Evidemment, les nombreux lecteurs jeunes qui dévorent mes articles de blog ne peuvent pas connaître cette référence, mais quand on me connait et qu’on voit ce que ma mère désirait que je devienne, on ne peut que rire (ou pleurer).

A ce moment-là, précis, je lisais Oscar Wilde, et son «On devrait être toujours légèrement improbable » m’a semblé être le coup de pouce philosophique que j’attendais pour être moi-même. 

J’ai alors travaillé à peaufiner une personnalité bien à moi, dans la rebellitude (pour faire référence à une autre femme politique de la même couleur et de la même manchabalai-guindation – si j’ose ce néologisme – que la Guiguounette en question) vis-à-vis des modèles imposés.
Depuis des années, finalement, le résultat, dans ma tête, c’est plutôt ça :

Yusuru Masuda

(tiens, ma métamorphose intime me fait penser au texte de la réforme de 2015 sur les langues vivantes : « aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs » : je cause estranger même quand je suis moi et que je ne dis rien ! c’est tout moi, ça ! et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais c’est beau comme un texte de loi)

… ou ça :

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Yago Partal

ou encore plutôt ça…

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Yago Partal (et son excellente collection d’animaux habillés)

Mais… pa-ta-tras !

Quelle n’a pas été ma désillusion quand  j’ai découvert que mon petit-fils adoré, la chair de ma chair, oui, lui-même, la prunelle de mes yeux de biche… me voit comme ça. Un truc aussi violent sur ma tête qu’une pluie de poissons ou de grenouilles !

En pleine phase de découvertes des rimes, et à la suite de la lecture de l’histoire d’un géant nommé Barbanouille, il a inventé à mon intention  la dénomination :

Mamilinouille tête de grenouille.

Et il s’y tient, le bougre. Petit impertinent !
Ça le fait même se gondoler grave.
J’étais horriblement vexée, mais j’ai souri sans rien dire.
Et comme qui ne dit mot consent… tout tourne depuis autour de l’animal : allusions, blagues, cadeaux, dessins, choix des couleurs (du vert, du vert, encore du vert, nénuphar bien sûr).
Tout me renvoie désormais à une grenouillitude constitutionnelle qui semble admise par tout mon entourage comme installée de toute éternité.

 Voire même présente au cœur même de mes gênes.
Ils en appellent aux photos de famille pour prouver que bla bla bla…

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Portrait de famille (©Bleufushia)

Je soupçonne fortement l’entourage en question d’une collusion suspecte, et même d’une participation active à l’origine des rumeurs me concernant.
L’enfant, rusé, prend prétexte de ce qu’il pense que d’autres que lui sont sur le point d’énoncer la phrase fatale, pour les dénoncer à haute voix.
Il empoigne un téléphone à cadran qui l’amuse beaucoup (oui, j’en suis encore là – je sais, c’est un instrument de dinosaure : lui-même ne comprend pas pourquoi il y a un fil en queue de cochon sur cet engin-là).
Il fait semblant d’appeler Macron pour cafter.
– Allo, Macron, y a un tel (que je m’abstiens de nommer ici) qui ne fait rien qu’à dire « Mamilinouille tête de grenouille ». Fais venir la police !

Macron est sourd comme un pot, dans son esprit, ou alors, plus sûrement, le téléphone est pourri, et il demande toujours confirmation deux ou trois fois de ce qui a été dit :

– Oui, c’est ça, il a bien dit Mamilinouille tête de grenouille  !
J’ai droit à toutes les variantes possibles (et à cet âge-là, ça a de l’imagination !)

Si je fais mine de m’offusquer, je trouve face à moi un front impressionnant et uni convenant « à la rigueur » d’un lointain souvenir de mon humaine condition dans les traits de mon visage, et ce, avec un petit sourire entendu qui me fait mal. Vous savez, celui-là même qu’on utilise quand on a affaire à quelqu’un qui ne sait plus très bien de quoi il cause (genre une grand-mère, quoi) et que ça serait peine perdue que d’argumenter.

L’âge de pierre

Parallèlement à ça, il y a beaucoup de blagues dans la famille concernant ma naissance au néolithique, et mon appartenance définitive à la catégorie préhistorique.
Qui a dit qu’il faut toujours un bouc émissaire dans un groupe ? ou une grenouille noire ? euh, pardon, un mouton !
Ça va finir par me rendre dingue !

Par exemple, ON laisse traîner sur ma table de chevet un article sur l’histoire de cet amphibien déclaré officiellement éteint et dont on a retrouvé, plus tard, la trace dans des grenouilles vivantes, mais considérées comme des fossiles vivants : l’analyse génétique les rattache à des animaux disparus il y a environ un million d’années.
Ou encore, je trouve sur un éphéméride qui m’a été offert pour Noël  – une pensée par jour – la déclaration de Jim Morrison :

« Si jeudi, je décide d’être une grenouille, ça ne regarde que moi »

On ne me la fait pas, j’ai bien vu qu’un papier grossièrement collé recouvrait la citation première, et j’ai reconnu l’écriture.

Je n’ai pas fait de commentaire, mais l’homme, faisant mine de découvrir cette phrase (au moment fatidique de la météo à la radio !), a rajouté perfidement :

– Au fait, tu savais qu’il se prenait pour le Roi Lézard et qu’on a donné son nom à une espèce de lézard préhistorique géant ? Ou une grenouille, je ne sais plus.

L’enfant en profite, une musique ayant succédé au bulletin météo, pour s’informer sur la précision du langage, me demandant si des fausses notes, en musique, c’est bien des « coacs » et si  ça s’écrit bien sans « u »? (au passage, je vous rappelle que la musique était ma profession).

Pendant ce temps-là, l’homme consulte d’un air faussement distrait le calendrier pataphysique et se rappelle tout à coup que mon père pourrait être né – il n’en est pas « certain » et me demande confirmation, façon en douce d’attirer mon attention sur le calendrier en question – le 30 octobre.
Je regarde, le mois d’octobre est le mois du Ha Ha.
ET le 25 Ha Ha (équivalent du 30 octobre dans notre calendrier) est la St Jean-Pierre Brisset*.

Mois d’octobre du calendrier pataphysique (A. Jarry)

Ça ne vous dit rien ?

Moi, si !

C’est ce foldingue qui a prétendu que l’homme descend de la grenouille, et qui a passé sa vie à accumuler les preuves « scientifiques » étayant sa thèse. Entre autres, des délires sur l’origine de notre langue (à nous, français !) qui dériverait en totalité des sons des grenouilles.
Et si c’est notre glorieux peuple qui a été choisi par la grenouille comme descendant direct, vous voyez bien ce qu’on peut en conclure me concernant !

Je cite :

« La parole a pris son origine chez le bi-archiancêtre, la grenouille, il y a plus d’un million et moins de dix millions d’années. Les grenouilles de nos marais parlent le français, il suffit de les écouter et de connaître l’analyse de la parole pour les comprendre. »  (Jean Pierre Brisset)

« En attendant, la grenouille, comme l’homme, peut fumer la cigarette : le singe ne sait pas fumer. »
Ecco ! 

Cependant, au fur et à mesure que cette farce dure, je dois vous avouer que je suis de plus en plus perplexe.
Je viens – circonstance aggravante – de finir un très bon roman de Emmanuel Carrère, La moustache, qui raconte l’histoire d’un homme persuadé qu’il a une moustache alors que tout le monde prétend qu’il n’en a pas. Tout glisse dans sa vie, toute certitude s’effrite, et chez le lecteur, il en est de même.
J’ai reposé le livre, je me suis mise à fumer sur mon nénuphar, et là, je caresse mon menton – je fais cela quand je pense -, le trouve un peu gluant, et je me prends direct à douter de moi-même.

OK, je vous laisse, je pars à mon cours de danse !

Vous en pensez quoi, vous ?
Help, dites-moi la vérité ! Dites-moi que j’hallucine.
Je vous en prie…

©Bleufushia
(écrit à la St Bordure, capitaine – le 8 du mois du Décervelage)

* Jean-Pierre Brisset (1837-1919) appartient à une lignée de poètes illuminés, théoriciens créateurs et farfelus qui ne se déprennent jamais de leur sérieux. En 1900, il entend révéler les origines de l’espèce humaine et du langage dans un nouvel Évangile qu’il fait tirer à son compte à mille exemplaires et distribue gratuitement : La Grande Nouvelle. Il y dévoile la Grande Loi cachée dans la parole et, par le jeu de l’homophonie, forge une conception de l’évolution humaine surprenante : l’homme descend de la grenouille. Son entreprise ne manqua pas d’être saluée par les surréalistes et par Jules Romains, Max Jacob et Stefan Zweig qui décernent à ce « fou littéraire » le titre de Prince des penseurs.
Si cette histoire vous branche, un délicieux récit vous attend à l’adresse :
http://observatoirenationaldukitsch.over-blog.com/article-14606733.html

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Nu de nunuche chenue (ou pas)

nuage pluie cent réunions

Nuage-pluie-cent réunions (20ème point du méridien Vaisseau Gouverneur, considéré comme le point le plus yang – énergie masculine – du corps). Calme l’esprit, éteint le vent…

(c’est ce qu’il me faudrait, juste là, à la minute !)

Pondu de frais ce jour, le vendredi 20 Pédale 144*
Ste Cuisse, dame patronnesse

(NB. J’aurais dû terminer la rédaction de cet article le Samedi 14 Pédale 144, Sabbat (vacuation) pour honorer dignement le jour des droits de la partie femelle de l’humanité, mais j’ai procrastiné, et dû attendre, pour être logique, un jour aussi féminin sur le calendrier)

Bon sang de bonsoir, pas moyen de démarrer cette chronique, ça se bouscule au portillon de mon crâne, y a trop d’infos zinouïes, je ne sais pas par quel bout les prendre. Je me lance, j’en attrape un (de bout) au hasard, et flop, il en vient toute une pelote, j’essaye de la désembrouillaminer, et hop, voilà que je me retrouve à ramer dans une matière molle, de la même molleur que mon unique neurone.

(Attention, je m’en vais digresser, je le sens venir, c’est plus fort que moi)

Je rame, comme mon ordi qui a planté la semaine dernière.

-Pourquoi que tu plantes-tu, toi ? que je lui ai dit

-A cause de « fragments de fichiers «chk » et de vieilles données du « Prefetch », qu’il m’a aussitôt et fort aimablement répondu.

Plongée dans la perplexité, j’ai cherché le rapport avec ce texte lu au siècle dernier, à l’époque du collège (oui, je sais, j’ai été jeune au siècle dernier !) : « Le Sous-Préfetch aux champs »**… mais même si je me souviens que le pauvre était en panne d’inspiration, laissez-moi vous révéler que, pour étrange que ça paraisse, il n’y en a aucun.

C’est l’inverse de mon cas : moi, je suis plutôt submergée par le vertige qui s’empare de moi pendant que je surfe de données en données, vous saisissez la différence ? Pas vraiment de problème d’inspiration, mais une question me taraude : à l’ère numérique, se pourrait-il que j’aie des fichiers « chk chk chk » dans ma boîte crânienne qui seraient responsables du léger « slurp » que j’entends quand je penche la tête vers le côté ?

Lunettes (Sandra Lachance)

A propos du texte sur ce fameux Sous-Préfet baguenaudeur, j’en avais alors retenu une phrase : « Sur ses genoux repose une grande serviette en chagrin gaufré qu’il regarde tristement. »

J’ai toujours trouvé que le « chagrin gaufré », c’était quand même du dernier chic, et dans ma tête, il s’est créé une association inédite et personnelle entre la croupe des mulets turcs (le « sagrin » n’est devenu triste que par glissement sonore) et la délicatesse de la gaufre cafardeuse.

A l’époque déjà, j’étais passionnée par les mots – et ça ne m’a jamais quittée -, et j’avais découvert qu’on pouvait trouver du chagrin noir, du demi-chagrin, ou du plein chagrin… A l’adolescence, j’ai longuement oscillé entre le noir et le demi, même alors que je faisais mes devoirs sur un bonheur-du-jour.
Les mots sont parfois étranges.

Je rame, soit, mais je dérive aussi, j’en ai pleinement conscience.

(Pour revenir à mes croupes de mulets)

Le coup de la pelote inextricable d’infos passionnantes, j’en deviens zinzin, limite fofolle, avec la désagréable impression que « tout le temps que j’avais devant moi, il est derrière*** » (c’est vrai de cette journée : je m’y suis collée dès potron-minet, et voilà t’y pas qu’on frôle le chien et loup, et je n’ai pas avancé d’un pas).

Vous pourriez me dire (et vous auriez raison !) qu’en tant que nana, c’est normal que je ne sois pas trop fufute, et que les greluches, même si elles ne sont pas à chien-chien, si elles ne s’enrubannent pas de froufrous, de grigris – je n’ai, au passage, aucune assurance sur la justesse orthographiques des pluriels de mots bâtis sur des redoublements hypoco(co)ristiques – , si elles ne se maquillent pas comme à Dysney Channel et quand bien même elles ne feraient aucun chichi, c’est toujours un peu neuneu (et pourtant, la plupart n’habitent pas Neuilly !).
Donc, finalement, si je ne m’en sors pas, c’est en quelque sorte génétique. La loi de la race.

Ben oui, comme d’autres sont blondes, moi, je suis nunuche et n’y puis rien changer.

doris day

doris day

A propos, vous vous êtes déjà demandé d’où vient le mot « nunuche**** » ? Vous saviez, vous, que ça vient de « nunu » (entendez, niaiserie, bagatelle, chose sans intérêt et sans importance) et que c’est justement ce dont je vous abreuve depuis le début de cette chronique ?  

Venons-en aux faits, enfin !

Ce mot (nunuche) m’a amenée à me perdre avec délices dans des dicos d’argot, de louchébem***** et j’en passe, dont certains expliquent comment on en est arrivé à certaines déformations du langage, par différents procédés.

C’est au moment où j’ai découvert la troncation gauche (les ‘ricains, par exemple) que je me suis demandée si le mot Nüshü n’était pas formé à partir de nunuche.

Parce qu’en fait, le Nüshü est une invention de femmes (et en toute femme, une nunuche inoffensive pour l’homme sommeille).

Il y a une semaine, je n’avais jamais entendu parler du Nüshü, que je n’ai découvert que grâce à mon amie Isabelle Alentour, qui a partagé ça sur un réseau social où il m’arrive de zoner. Immédiatement en alerte, je suis allée de site en site me cultiver dru. Et comme j’ai l’âme généreuse, je partage mes émois (cinq cent millions de petits chinois, émois émois, émois ♫♪)

« Le phénix pousse un cri rauque »

C’est une des phrases récurrentes de la poésie transcrite au moyen du Nü Shü (ou « femme écrivant », en chinois).

Cette drôle d’écriture – aussi appelée « écriture de moustique » (tiens, je ne résiste pas à vous le dire en louchébem : L’écriturelem lüshüné est laussiqué lappelépuche  » lécriturepuche de loustiquemoque ») a été inventée par des femmes de la province du Hunan, pour correspondre avec leurs « sœurs jurées », qui étaient, si j’ai bien compris, non pas des sœurs de sang, mais des amies de cœur à-la-vie à-la-mort, à une époque où la pratique des pieds bandés rendaient peu agréables les visites au village voisin.

Ce qui réunissait ces femmes, c’était les moments de broderie, qui se pratiquaient en groupe : on y parlait, on y chantait, on y récitait des poèmes… Apparemment, cette écriture est née au XIXème siècle (bien que certains prétendent qu’on en a trouvé des traces beaucoup plus anciennes, au XIème siècle déjà, où une concubine impériale aurait voulu communiquer avec ses soeurs), à une époque où la société patriarcale interdisait l’écriture aux femmes.

Plusieurs éléments me semblent fort originaux :

D’une part, elle est composée de signes (entre 700 et 1000 selon les chercheurs) qui seraient phonétiques – donc différents du système d’écriture chinois – et nés du chant. A partir de ce système, on recensait en 2012 environ 500 textes écrits en Nü Shü, poèmes, chants, récits autobiographiques, et livres du troisième jour (conseils aux femmes mariées, distribués le troisième jour suivant le mariage).

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D’autre part, il y avait un système de transmission qui amenait les jeunes filles à se l’enseigner entre elles (beaucoup de ces apprentissages passaient apparemment par la broderie), et à créer du lien (comme une sorte de réseau social domestique de l’époque).

Enfin (et cet élément-là est plus banal, au sens habituel, que les autres, hélas), seules les femmes savaient lire et écrire le Nü Shü, et on en a déduit – à tort – qu’il s’agissait d’une écriture secrète, ce qu’elle n’a jamais été ni voulu être. Simplement, les hommes ne savaient pas la lire, parce qu’il s’agissait d’un « truc de bonnes femmes », de nunuches, donc (de nü-nü shü) et que, de ce fait, c’était sans intérêt de faire un effort pour apprendre à le déchiffrer. Cela ne méritait pas tout bonnement pas qu’on s’y arrête.

Et apparemment, les hommes capables de tirer leur chapeau à des femelles capables d’inventer un système complet, cohérent et différent du leur se sont comptés sur les doigts d’une seule main.

Broderie « nü shü » (jeanchiang.com)

La révolution chinoise ayant redessiné les rôles sociaux a ensuite raréfié la pratique du Nü Shü, puis l’écriture n’a plus été pratiquée que par de très vieilles femmes. La dernière (qualifiée sur les sites qui parlent de cela de « fossile vivant » – je n’aimerais pas, au passage, qu’on m’appelle comme ça ! – alors même qu’elle venait de mourir – strange, non ?) est décédée en 2004.

Maintenant, on trouve une élégance esthétique aux caractères de cette écriture, et certaines la reprennent pour l’intégrer à des créations guidées par la recherche d’une esthétique.

Ebouriffant, les trucs de nunuche, finalement, moi, je dis.

©Bleufushia

* la date du jour dans le calendrier pataphysique.

Si vous voulez convertir les vôtres – de dates -, voilà un lien qui vous y aide

http://mmai.github.io/pataphysical-date/index.html?date=2017-03-14

vian équarisseur de première classe

Vian : un équarisseur de première classe (objet pataphysique)

« L’ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d’ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère Pataphysique), et à partir de quoi l’ordre des 13 mois (douze de 28 jours et un de 29) du Calendrier ’Pataphysique est fixé comme suit » :

  1. Absolu (du 8 septembre au 5 octobre) ;
  2. Haha (du 6 octobre au 2 novembre) ;
  3. As (du 3 novembre au 30 novembre) ;
  4. Sable (du 1er décembre au 28 décembre) ;
  5. Décervelage (du 29 décembre au 25 janvier) ;
  6. Gueules (du 26 janvier au 22 ou 23 février) ;
  7. Pédale (du 23 ou 24 février au 22 mars) ;
  8. Clinamen (du 23 mars au 19 avril) ;
  9. Palotin (du 20 avril au 17 mai) ;
  10. Merdre (du 18 mai au 14 juin) ;
  11. Gidouille (du 15 juin au 13 juillet) ; soit 29 jours
  12. Tatane (du 14 juillet au 10 août) ;
  13. Phalle (du 11 août au 7 septembre).

Ce calendrier, toujours en usage dans le cercle restreint des pataphysiciens, a ceci d’original qu’il intègre à ses mois des jours imaginaires hors-semaine (le 29 Gidouille, plus le 29 Gueules pour les années bissextiles), ce qui lui permet de former 13 mois réguliers de 28 jours chacun (avec une exception, pour confirmer la règle).

La date du 1er du mois Absolu An 1 E.P. (soit le 8 septembre 1873 du calendrier « vulgaire ») est la date de naissance d’Alfred Jarry (Nativité).

** Daudet

*** Topor

**** Duneton sur « nunuche »

http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2016/10/14/37003-20161014ARTFIG00063-nunuche-va.php

ET d’autres infos chouettes sur

http://argot.canalblog.com/

Fussoir-338-e1427792424526

***** Un traducteur français – louchébem

http://www.louchebem.fr/

Ex. La phrase : « l’écriture nüshü est aussi appelée « écriture de moustique »

Devient
L’écriturelem lüshüné est laussiqué lappelépuche « lécriturepuche de loustiquemoque »

****** Sur le Nü Shü, le début d’un film, qui permet de se faire une idée.

http://www.ina.fr/video/3347809018

ET deux articles

http://www.slate.fr/story/137759/nushu-femmes
http://www.ltl-chinois.fr/nushu-%E5%A5%B3%E4%B9%A6-la-langue-des-femmes

La spécialiste française du Nü Shü est Martine Saussure-Youg qui y a consacré sa recherche, et un blog.


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Lettre au Provéditeur-éditeur sur un problème quapital et quelques autres

Jean-Baptiste Carpeaux : Jeune pêcheur à la coquille – 1857

Comprenez-vous, monsieur, je ne suis pas de ceux qui éprouvent l’inepte besoin de penser qu’ils pensent avant que de commencer à. Aussi, c’est sans préavis qu’il m’est venu, subitement, dans mon bain comme Archimerdre, des résultats. Que je me sois trouvé à la minute précise en train de me passer les précieuses au savon (Cashmere Bouquet de Colgate ; le point peut avoir son importance un jour) a sans doute une part dans l’éblouissement qui m’atteignit soudain.
Toujours est-il que la chose m’est apparue d’importance et propre à me hausser d’un cran dans votre estime : vous concevrez que nul travail, cette récompense en vue, n’eût paru d’intérêt suffisant pour retarder la mise en graphie de cette méditation.

Le problème est cette fois, monsieur, celui de la couille. (J’aurais pu dire celui de la coquille, mais je cède au goût du sensationnel, vous voyez, c’est un faible bien inoffensif.) De fait, il s’agit d’un problème de conchyliorchidologie (ou d’orchido-conchyliologie, qui me paraît, si plus orthodoxe, moins expéditif ; donc, je garde le premier).

AXIOME

Retirez le Q de la coquille : vous avez la couille, et ceci constitue précisément une coquille.

Je laisse à cet axiome, monsieur, le soin de perforer lui-même, de son bec rotatif à insertions de patacarbure de wolfram, les épaisses membranes dont s’entoure, par mesure de prudence, votre entendement toujours actif. Et je vous assène, le souffle repris, ce corollaire fascinant.

Et ceci est vrai, que la coquille initiale soit une coquille de coquillage ou une coquille d’imprimerie, bien que la coquille obtenue en fin de réaction soit toujours (à moins de marée extrêmement violente) une coquille d’imprimerie en même temps qu’une couille imprimée.

oxo1300coquille

OXO Pascal Le Coq (revueoxo.blogspot.com)

Vous entrevoyez d’un coup, je suppose, les conséquences à peine croyables de cette découverte. La guerre est bien loin.

Partons d’une coquille de coquillage, acarde ou ampullacée, bitestacée ou bivalve, bullée, caniculée ou cataphractée, chambrée, cloisonnée, cucullée… mais je ne vois pas l’intérêt de recopier dans son entier le dictionnaire analogique de Boissière. Bref, partons d’une coquille. La suppression du Q entraîne presque immédiatement la mutation du minéral inerte en un organe vivant et générateur. Et dans le cas d’une coquille initiale d’imprimeur, le résultat est encore plus spectaculaire, car la coquille en question est essence et abstraction, concept, être de raison, noumène. Le Q ôté permet le passage de l’essence à l’existence non seulement existante mais excitable et susceptible de prolongements.

J’aime à croire que parvenu à ce point, vous allez poser votre beau front dans votre main pour imiter l’homme de Rodin – vous conviendrez en passant de la nécessité d’une adéquation des positions aux fonctions, et que vous n’auriez pas l’idée de déféquer à plat ventre sauf caprice. Et vous vous demanderez, monsieur, d’abord, quel est le phénomène qui se produit. Y a-t-il transfert ? Disparition ? Mise en minorité ? ou effacement derrière une partie plus importante, que le trout ? Qui sait ? Qui ? Mais moi, naturellement sans quoi je ne vous écrirais pas. Je ne suis pas de ces brutes malavisées qui soulèvent les problèmes et les laissent retomber sauvagement sur la gueule de leur prochain.

T-1000 (Oxo)

Tiens, pourtant, si, en voilà un autre qui me tracasse, et je vous le dis en passant, car le genre épistolaire permet plus de caprice et de primesaut que le genre oratoire ou dissertatif, lequel je ne me sens pas qualifié pour oser aborder ce jour. L’expression : mettre la dernière main n’implique-t-elle pas, selon vous, que l’une des deux mains – et laquelle – fut créée avant l’autre par le père Ubu ? La dernière main est souvent la droite ; mais d’aucuns sont-ils pas gauchers ? Ainsi, de la dextre ou de la senestre, laquelle est la plus âgée ? Gageons que ce problème va tenter madame de Valsenestre à qui, en passant, vous voudrez bien présenter mes hommages. Et revenons à nos roustons.

Eh bien, monsieur, pour résoudre le mystère de l’absence du Q, nous disposons d’un moyen fécond et qui permet généralement de noyer sans douleur la poiscaille en remplaçant un mystère que l’on ne pénètre point par un mystère plus mou, c’est-à-dire non mystérieux et par conséquent inoffensif. C’est la « comparaison », méthode pataphysique s’il en fût. A cet agent d’exécution puissant, nous donnerons l’outil qui lui manque, c’est-à-dire le terme de.

Le jargon russe en l’espèce, qui sera notre étalon.

Vous le savez, monsieur, et si vous ne le savez pas, vous n’aurez jamais la sottise de le dire en public, il fut procédé en Russie, n’y a pas si longtemps que nos auteurs ne puissent s’en souvenir, à une réforme dite alphabétique, bien qu’en russe, cela ne se prononce point si facilement. Je vous le concède, cette réforme est à l’origine de la mort de Lénine, de la canonisation de sainte Bernadette et de quelques modifications structurales spécifiquement slaves apportées à un Etat de structure d’ailleurs imprécise ; nous passerons sur les épiphénomènes mineurs pour n’en conserver que le plus important. La réforme en question supprimait trois des 36 lettres alors en usage là-bas : le ѳ ou ’fita, le ѵ ou ’izitsa et le Й ou is’kratkoï.. […]

Mais d’ores et déjà, vous voyez comment on peut supprimer le Q : il suffit d’un décret.

La question est de savoir ce que l’on a fait des lettres supprimées. Ne parlons même pas de celles à qui l’on en a substitué d’autres. Le problème est singulièrement précis : Où a-t-on mis les is’kratkoï ?

Dimitri le Goulag tome 1

Vous vous doutez déjà de la suite. Et vous voyez l’origine de certaines rumeurs se découvrir à vos yeux émerveillés d’enfant sage.

D’ailleurs, monsieur, peu importe. Peu importe que l’on ait, par le passé, mésusé des lettres ainsi frappées d’interdit. Sans vouloir faire planer le soupçon sur qui que ce soit, je sais bien où l’on risquerait d’en dénicher quelques muids.

L’expression « lettre morte » n’est pas née de l’écume de la mer du même nom, vous le savez, monsieur. Les vérités les plus désagréables finissent par transpirer, comme l’eau orange d’un chorizo pendu par les pieds ou la sueur délicate d’un fragment d’Emmenthal qui tourne au translucide. Et les cimetières de lettres sont monnaie courante (sans que l’on ait jamais songé à chronométrer cette dernière, ce qui paraît inexcusable en un siècle sportif et ne permet point d’en préciser la vitesse). Nous n’avons pas accoutumé, me direz-vous, de remettre en cause le passé : je sais, et vous savez, que tout y est à refaire. Mais à bien y regarder, on est forcé de constater que c’est sans aucune originalité qu’a été résolu, de notre vivant ou presque, cet ardu problème de l’élimination en masse. Et cela continue.

Avant que la merdecine ait eu l’idée de s’adjoindre des fi ! syciens et des chie-mistes (ou cague-brouillard, comme disent les Anglois), la peste apportait une ingénieuse solution. Et les destructions provoquées parmi la gent corbote et ratière par la chasse, vu l’absence de grenades et de rusées à tête chercheuse, n’étaient point telles que ces bestioles ne fussent à même de procéder hygiéniquement à l’enlèvement des charognes. Il restait les os, que l’on suçait et que l’on perçait pour jouer de la quenia, comme Gaston Leroux l’a soigneusement rapporté dans « L’Epouse du soleil ». Bref, le professeur Yersin imagina de foutre une canule au cul des poux, et vainquit la peste. Le cancer fait des progrès, mais il abêtit, et déprive le frappé du contact de ses semblables – ou plutôt de ses différents – si utile pourtant. Sur quoi l’Allemagne redécouvre le camp de concentration déjà utilisé avant et ailleurs (le premier qui l’a inventé, levez le doigt). Le principe était bon : c’est celui du couvent. Mais si l’on sait où ça mène, l’on se refuse à voir où cela pourrait mener.

Vous avez déjà compris qu’en ce moment, loin de m’égarer, j’arrive à la proposition ferme, concrète et positive. Vous avez vu que, loin de lamenter le révolu, je suggère simplement que l’on améliore. Vous sentez, avec votre grand nez, que si le sort des prisonniers d’autrefois m’indiffère, c’est que la « pataphysique va toujours de l’avant puisqu’elle est immobile dans le temps et que le temps, lui, est rétrograde par définition, puisque l’on nomme “ direct ” celui des aiguilles d’une montre. Et vous voyez que je suis en train de poser les bases du camp de concentration pataphysique, qui est celui de l’avenir.

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Grosso modo, une Thélème. Mais une Thélème obligatoire. Une Thélème où tout serait libre, sauf la liberté. Il s’agit bien en l’espèce de cette exception exceptionnelle à laquelle se réfère Le Livre. Un lieu où l’on serait contraint de ne pas s’éloigner du bonheur. Outre que le rendement des divers travaux que l’on pourrait ainsi faire exécuter librement aux détenus serait excellent – mais sachez que cette considération économique n’a pas un instant pesé sur notre choix plus ni moins que son contraire – le camp de concentration paradisiaque satisferait la tendance religieuse profonde qui sommeille au cœur de tout un tas d’individus non satisfaits de leur vie terrestre – et vous concevez qu’un prisonnier a des raisons de ne pas l’être. Il s’y pourrait, naturellement, faire du vélocipède. Vous pensez bien. Je ne développe pas les mille avantages du projet : je me borne à vous dire que, me désintéressant totalement du sort des is’kratkoï, je propose, par la présente, à votre excellence d’accumuler les Q des coquilles dans les camps ainsi com-binés qui prendraient par exemple le nom de camps de cul-centration, et de récupérer outre les coquilles résultantes et régénérées, les bûmes créées de la sorte à partir de rien, ce qui est quelque chose.

Vous ne serez pas sans remarquer que la réaction qui s’établit est assez analogue à celle qui se produirait, selon eux, dans ces breeders autotrophes où se fabrique une espèce de plutonium. Vous prenez la coquille, lui retirez le Q que vous enfermez en liberté, vous obtenez la couille et une nouvelle coquille, et ainsi de suite jusqu’à neuf heures vingt, où un ange passe. Je passe à mon tour sur l’émission de rayons bêta concomitante, d’une part parce qu’elle n’a pas lieu, d’autre part parce que cela ne regarde personne. Que le Q fût en fin de compte bien traité m’importait avant tout, du point de vue moral et parce qu’il est séant de ne point porter atteinte, sauf si l’on se nomme le P. U., à l’intégrité de quelque être que ce soit, (excepté le militaire) vu qu’il peut pêcher à la ligne, boire de l’alcool et s’abonner au Chasseur français, ou les trois. Du moins, c’est une des choses que l’on peut dire, et comme elle diffère de tout ce que l’on pourrait dire d’autre, il me semble qu’elle a sa place ici.

Boris-gidouille-5-1953

Piste-scrotum 1. Cette lettre vous est personnellement destinée. Néanmoins, au cas où elle n’intéresserait aucun autre membre du Collège, il me paraîtrait urgent de la diffuser. Si vous en décidiez ainsi, il me serait à honneur que vous la fissiez coiffer d’un chapeau à la gloire de Stanislas Leczinski, roi polonais, inventeur de la lanterne sourde à éclairer pendant les tintamarres et autres espèces de révolutions, et dont je ne me sens pas force d’entreprendre la rédaction que j’estime trop au-dessus de mes indignes moyens.

Piste-scrotum 2. En passant, vous constaterez que le principe de la conservation de ce que vous voudrez en prend un vieux coup dans les tabourets.

canapé oeuf
Boris Vian
26 mars 1955
publiée dans les Cahiers du Collège de Pataphysique
(lettre récupérée sur un blog de Rue89 : Des Lettres – maison d’édition)