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Rien

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©Bleufushia

Petite chronique d’une journée parmi d’autres (mercredi 6 septembre 2017)

Pendant que je sirote un petit café dès potron-minet, je me connecte à mon ordinateur, et clique sur un lien dont j’ai l’usage quotidien. Apparaît alors sur l’écran le laïus suivant, qui me fout les jetons d’emblée. J’y pressens des menaces de rétorsion explicitement diffuses, si j’ose m’exprimer ainsi.

« Le serveur a compris la requête, mais refuse de la satisfaire, et cette requête ne doit pas être renouvelée. Si le serveur souhaite rendre public (sic) la raison pour laquelle il refuse le traitement, il le fera dans l’entité liée à cette réponse. Ce code est cependant utilisé lorsque le serveur ne souhaite pas s’étendre sur les raisons pour lesquelles il refuse un accès, ou parce que c’est la seule réponse qui convienne ».
Je décide d’éteindre l’ordinateur en appuyant (je sais, ça ne se fait pas) directement, mais suavement autant que subrepticement, sur le bouton stop. Et je n’ai pas osé le rallumer depuis.
Puis, je me lève, et m’éloigne en crabe de mon ordi, dans une fuite ridicule, mais dont personne n’est témoin.
Pourquoi est-il fâché ainsi contre moi. Qu’ai-je fait ?
Au moment où je vous écris, je préfère faire l’autruche.
Ou le poulet !
(Permettez-moi une petite digression !
Bing, l’inénarrable traducteur internet à qui je demandais de traduire une remarque de ma belle fille vietnamienne – concernant la date de passage de son permis de conduire – m’a livré hier sans hésiter cette traduction dont la clarté est indubitable, vous en conviendrez :
« Le poulet est quelqu’un qui ne labyrinthe pas »
Depuis, j’ai décidé que je ne labyrintherai plus jamais, qu’on se le dise. Et surtout pas devant un serveur inflexible !)

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Plus tard, je vais pour la première fois à un rendez-vous chez un ortho-quelque chose. J’en suis à un âge où plus rien ne va droit. Pas encore suffisamment cacochyme, cependant, pour faire l’impasse sur les ultimes tentatives avant la dead line, essais plus ou moins voués à l’échec pour remettre un peu d’harmonie dans le constitutivement bancal.

Je l’ai toujours été, au fond de moi-même (atteinte de bancalité secrète), mais là, merdum, tout d’un coup, ça se voit…
Je me livre à deux activités successives.
La première consiste à fixer la petite boule d’une spatule en plastique transparent rose, de celles dont on se sert, par exemple, pour touiller la mauresque. Mon esprit s’évade sans cesse loin de l’effort demandé : il se fixe sur la buée de mon verre d’apéro, pendant qu’une pensée me traverse : serait-ce que l’usage de la touillette chez l’ortho-machin est genré ? j’essaye de regarder en douce vers son bureau (mais ce n’est pas ce qui m’est demandé, bien sûr), pour voir s’il en a aussi une bleue, mais tout est flou.

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Puis, on me donne un bout de carton noir sur lequel sont imprimés deux ronds blancs. Je dois regarder d’une certaine façon le carton, jusqu’à voir trois ronds (un rond précis se crée entre les deux autres), puis ne plus regarder que le faux rond, qui, du fait de ce regard insistant que je lui porte, devient plus réel que le réel.
Il m’est demandé de me focaliser sur une création de mon cerveau.
Je me demande si je dois en déduire quelque chose sur mon rapport à l’univers. Ne plus voir que ce qui n’existe pas, me poser sans fin des questions sur la nature du réel.
Tout ceci me dépasse.

Plus tard, je suis en train d’attendre, dans une très grande parapharmacie (en libre service), devant une caisse isolée. Je suis seule à attendre, pendant que la caissière remplit un formulaire.
La porte coulissante du magasin s’ouvre et s’inscrit dans le cadre de l’entrée, dans une pose un peu théâtrale, une femme autour de 70 / 75 ans, belle, grande, toute habillée de différentes couches de vêtements couleur sable : un look hippie, robe à volant surmontée de deux étages de tuniques, écharpe… etc. Comme elle se fige, et que je n’ai rien d’autre à faire à ce moment précis, je la  regarde mieux. Elle a des boucles d’oreille sable, un sac sable, un collier sable, des cheveux sable. Elle tient à la main une laisse sable, au bout de laquelle un caniche couleur sable reste immobile.

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Elle-même reste deux minutes sans bouger, sans rien regarder non plus, avec sur le visage une absence d’expression notable.
Puis, très lentement, elle pivote et s’en va d’un pas lent, sur un imperceptible geste d’adieu.
Mes pensées m’égarent un moment du côté de La femme des sables d’Abe Kôbô, mais ça ne me donne rien. Je lâche l’affaire.

La caissière n’en finit pas de remplir son bordereau.
Je jette un œil sur une revue locale, pour tromper le temps (comme si on pouvait le tromper). Je tombe sur un titre qui me satisfait : en ces temps de chômage, le gouvernement pense à créer des emplois. « Le fisc veut rémunérer les indics ».
Y a pas de sot boulot !
Me revient, du coq à l’âne (au stade où on en est, j’ai bien le droit de me livrer à des associations involontaires), une discussion entre deux cadres, assis le cul dans la mer, à l’heure du coucher de soleil, un verre de champagne à la main : « non, je te dis que maintenant, c’est mort pour investir sur la côte croate »

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Björk au MoMA

La porte coulisse encore et laisse la place à une jeune fille aux cheveux bleus, le regard un peu spécial et hagard qui me fait penser à Björk.
L’air perdu, mais la trajectoire assez volontaire cependant, elle vient tout de suite nettement vers moi (ce qui implique de traverser une partie du magasin et d’obliquer de façon peu commode vers la gauche). Je suis toujours seule à attendre. Là, elle s’arrête et me demande : « vous faites la queue ? ». Et elle s’en va sans attendre la réponse et ressort du magasin sans y avoir rien fait d’autre.
Je murmure pour moi-même : « quelle étrange question ».
La caissière relève la tête, et commente : « les gens sont étranges, la vie est étrange, tout est étrange. C’est la faute à l’isolation »

Je paye sans demander mon reste devant ce verdict, et me hâte vers un isolement qui me paraît tout à coup salutaire.

Lost in Wonder (Trina Merry)

Y aurait-il un ortho – vie dans la salle pour redresser tout cela ?

A ce stade de mon article, prise d’un doute subit sur ma connaissance précise du sens de la racine grecque « ortho », j’ai l’idée saugrenue – aussi saugre que nue, ou aussi sotte que grenue, je ne me souviens plus ce que me disait mon père à ce sujet – de m’assurer de la solidité de ma mémoire en consultant mon ordi (que j’ai réallumé avec précaution).
Et voilà-t-y pas qu’il me dit ça :

Ortho, nom commun (Péjoratif)

Stupide, fou, personne incapable de faire les choses comme il faut (terme injurieux pour désigner les personnes atteintes de maladies ou de problèmes mentaux)

« Orlando est le plus nul de la classe, je pense que c’est un ortho ou il a une maladie mentale. »

Ben vlà aut’chose !!
Si les orthos sont aussi droits qu’ils sont tordus, j’enterre mon lapin* (ha ha, c’est pourtant du grec !)

©Bleufushia

*contrepèterie

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Moi, j’m’en balance (37)

lamaisondesoiseaux-com

A propos de sérénité* (j’ai sacrément de la suite dans les idées, non ?), il m’est revenu le souvenir d’un des trois profs auprès desquels j’ai accompli ce qu’on appelait à l’époque le CPR, c’est-à-dire l’année de stage de certification après le passage du Capes.

L’idée du CPR était qu’on regardait dans un premier temps, puis qu’on refaisait tout pareil : c’était la conception de la pratique pédagogique accompagnée à l’époque. Il n’était pas question de se forger, par tâtonnement, sa propre pratique, mais uniquement d’imiter, en sa présence et avec ses élèves, la façon de faire de l’enseignant. C’est sans doute pour ça qu’il y en avait trois, un par trimestre, pour qu’on puisse avoir un panel assez varié.
Le premier des trois profs était une sorte de caractériel, assez sanguin. Je me sentais tout sauf rassurée dans sa classe. Le cours précédant mon premier passage devant les élèves, il a fait une crise subite, que rien ne semblait avoir provoquée. Il s’est mis à crier des sons inarticulés en jetant à la tête de ses élèves toutes sortes de projectiles, brosses, craies, règles… Il était couleur tomate trop mûre, et j’ai craint un moment qu’il ne fasse un malaise. Les élèves n’ont eu aucune réaction, ce qui m’a laissé à penser que ce n’était pas la première fois que ça lui arrivait.

Au cours du debriefing qui a suivi, il s’était un peu calmé et il a abordé tout seul son pétage de plomb, en me disant que celui-ci était totalement feint, qu’il ne perdait jamais son flegme, et qu’il était toujours parfaitement serein. Moi, j’avais de sérieux doutes sur la question !

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Jeu de quilles de la Grande Guerre (photo Yazid Medmoun)

Et il a rajouté, avec un clin d’œil complice : « je suis même carrément un serin d’acier ».
Si j’écris serin comme ça, c’est parce que « serein » n’est pas un nom commun et que la phrase n’aurait aucun sens. J’ai frémi un moment (en reculant un peu) en pensant que j’avais mal entendu et qu’il se qualifiait de surin, laissant présager l’emploi possible d’armes plus redoutables que des craies.
Mais il a répété, l’air songeur : « je suis un serin d’acier, et c’est le pied », puis, me regardant : « je te le dis : fais pareil, et tout ira bien ».
(C’était l’époque de la vogue de l’expression « c’est le pied », qu’on mettait à toutes les sauces, avec ses variantes « c’est le super pied » et, encore mieux, « c’est le super pied d’acier » – j’imagine que c’est de là que venait cette histoire d’acier**).

Je ne vous dis pas ma perplexité de l’époque : devais-je moi aussi alterner séquences d’apprentissage et jeu de chamboule-tout avec les élèves (en faisant la danse des Apaches), au prochain cours ? J’ai pesé le pour et le contre, et m’en suis finalement tenue à du plus classique.

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autruche dandy (site etsy.com)

Mais à la réflexion, serin d’acier, ce n’est pas plus étrange que « mouton de mer » ou « autruche épilée » (struthocamelus depilatus), insultes citées en exemple par Sénèque dans « De la constance du sage » : il y développe la thèse que, pour accéder à la tranquillité de l’âme, le sage doit se dominer lorsqu’on l’insulte de la sorte, domestiquer ses émotions et ne pas se laisser aller à la colère. Ce qui a l’air difficile avec des insultes de ce gabarit-là.

(J’en profite pour ouvrir une brève parenthèse : en français, lorsqu’on « donne des noms d’oiseaux à quelqu’un », on n’utilise, en gros, strictement jamais de noms d’oiseaux. Strange, non ? Le cas de l’insulte citée par Sénèque serait-il une exception ?)

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Pourquoi je vous cause de Sénèque ?
A cause de la constance.

Je dois vous l’avouer, j’ai parfois un problème avec les mots.
Vous en souvient-il, il paraîtrait que je sois un modèle de constance dans l’exercice de mes fonctions. Et tout bien considéré, ce qualificatif n’est pas très clair pour moi…
Quand je l’ai lu, je me suis demandée si c’est bien un compliment, pour un prof, ce truc-là.

Je suis allée lire mon Alain Rey préféré : la constance, c’est le fait de se tenir debout, d’être stable, de ne pas se laisser ébranler, de rester ferme au milieu de l’adversité. Je conçois que son contraire, l’inconstance, synonyme d’instabilité, ne serait sans doute pas super pour un prof.

(Je parenthèse encore une fois, faites excuse : c’est vrai que je n’ai jamais pu faire cours assise. Je n’y arrive pas. Toujours debout ! Mais je me souviens de ce prof rigolo, à l’époque de mes études en fac, petit bonhomme en costume cravate, qui avait mal au dos et faisait ses cours d’anglais allongé sur le dos sur le bureau de l’amphi. En v’là un qui n’était pas très constant… enfin, stable certes, mais pas debout !)

Malgré cette définition, qui a l’air de désigner plutôt une qualité, que penser des propos d’un chef qui me félicite d’être stable dans une institution où les seules valeurs appréciées sont celles du changement, de l’adaptation non-stop, de la mutation permanente, dans une fac où tout change tout le temps (je pourrais vous faire une liste, ça file le vertige), dans une société où ceux qui ne bougent pas sont considérés comme des has-been de l’occident civilisé ?

« Constant » ne serait-il pas une façon de me donner du nom d’oiseau subliminal, sous couvert de compliment ?
Une façon de dire que je suis un vieux croûton fossilisé ? un coprolithe ?***

Devant cette question existentielle s’il en est, j’ai voulu en avoir le cœur net : je me suis replongée dans Montaigne.

« Le monde », écrivait-il, « n’est qu’une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse, la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Egypte. Du branle public et du leur. La constance n’est autre qu’un branle plus languissant. »

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Une « branloire » (street art Ernest Zacharevic)

Prendre conscience que je branle avec langueur au boulot m’a rassurée sur le coup (attention, ça ne veut pas dire que je ne branle rien, bien au contraire), tout en m’en bouchant une sacrée superficie, et en me plongeant dans un affreux doute en même temps.
« Je n’aurais pas dit ça comme ça » (coucou, Zigomar !)****, et pour tout vous dire, je le trouve trop balèze, ce Montaigne.
Sûr de sûr, ça donne à penser fin fin ! (présentement, je ne sais pas quoi exactement, mais tant pis, on avance). Enfin, comme dit le proverbe, tout ce qui branle ne tombe pas, donc, cool, ma poule !

En fait, si je tente de comprendre toutes les implications de cette déclaration, il me semble que la constance, telle qu’il en parle, serait, en fait, une façon de tromper l’adversaire. Pas comme le dernier iPhone qui annonce, vulgairement et sans aucune nuance : « une seule chose a changé : tout ! ». Non, on a l’air constant, mais, en réalité, on bouge, sans que les autres puissent s’en apercevoir. En loucedé, subtilement, si lentement qu’on a l’air à l’arrêt !
La constance est donc, quelque part au niveau du vécu – comme on disait dans ma jeunesse folle -, apparente.

Pour tenter une comparaison dans la lignée de l’iPhone, en cette période de consumérisme à tout crin (de mouton de mer), c’est comme la notion de « vernis semi-permanent » (j’ai vu une boutique de soins corporels pour femmes qui proposait ça, et le concept m’a laissée un temps rêveuse) : il a l’air permanent, le truc, mais il l’est pas vraiment, ou il a juste l’air. On le croit permanent et pouf, un jour, disparu sur un ongle sur deux !

La constance qui branle, ça serait un genre d’oxymore, style « joyeux noël », ou « maîtrise fragile » (ça, c’est une catégorie d’évaluation dans la nouvelle réforme des collèges !), ou encore une sorte de variante de Parkinson (je suis constante, mais en branlant sans cesse du chef).

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Si je tente d’approfondir, malgré tout, avec, sinon constance, du moins persévérance, en me tournant vers « pérenne », je ne suis pas vraiment plus avancée : ça veut dire perpétuel, sans fin, ininterrompu, mais on l’emploie surtout pour les plantes vivaces et pour les cours d’eau. C’est le contraire de migrateur et de saisonnier.
Vous auriez dit qu’un cours d’eau, dont la nature est de courir sans cesse, de se renouveler tout le temps, peut être pérenne ? Ben, moi, non.
Je l’aurais bien dit en revanche pour le bordel permanent qui règne dans la noble institution où je travaille, pour la paupérisation constante, pour le mépris généralisé, pour l’esprit privé tueur de service public, pour la culture en chute libre et continue, et j’en passe…

Je ne sais pas vous, mais plus ça va, et plus les mots me semblent bizarres. Je les emploie d’une façon, depuis toujours, et leur sens glisse un peu d’année en année. Peut-être Montaigne a raison, en fin de compte : les mots sont constants comme le reste, d’une façon languissamment branlante ?

Par ailleurs, sur cette histoire d’être languissant, je ne vous explique pas « languir » – dit-elle tout en l’expliquant – c’est « végéter faiblement, être en état d’engourdissement… »

Constance, disait-il ?
Non seulement, je ne bouge pas (ou alors de façon sournoise), mais en plus, je suis plongée dans un état végétatif ! quelle prof merveilleuse je fais, vraiment ! Un vrai pachyrhinosaurus (rhino, parce que j’ai un rhume en ce moment !)

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(chouette quand même, non ?)

En fait, ils commencent vraiment à me courir, tous autant qu’ils sont, avec leurs appréciations à la mords-moi le noeud. Sans compter que je n’ai pas besoin de retour (surtout venant d’eux) pour sentir que ma façon de faire mon métier est chouettement humaine et originale, mouvante, drôle, pertinente, créative… !

C’est bien que je ne bouge pas, c’est ça qu’ils pensent ? Je me sens comme une chèvre attachée au piquet, qui dodeline de la tête en attendant la fin.

Y en a marre !
Je vais me détacher, et tourner sur moi-même, très haut, comme le fait le héron à la branloire.
Leur échapper. Échapper à leur regard et à leurs catégories foireuses.

Le printemps, c’est demain, la sève monte déjà, le temps des cerises est proche, je m’en vais me révolter.
Hasta la revolución, siempre !
Et ce soir, déjà, je chante :

« Oui, mais …
Ça branle dans le manche.
Ces mauvais jours-là finiront
Et gare à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront ! »*****

©Bleufushia

NB je suis consciente de l’approximation grossière et de la mollesse d’ensemble de mon pseudo-commentaire philosophico-pouet-pouet. Pas la peine de tenter de m’expliquer mieux, c’était juste pour rire.

*pour être sûrs de n’avoir manqué aucun épisode, voir l’article précédent à propos de sérénité
https://bleufushia.wordpress.com/2015/12/27/serenitude-absolue-36/

** je viens de consulter gogol, et imaginez ma surprise en trouvant une entreprise qui vend de l’acier, et qui s’appelle SERIN ! mais ça n’a rien à voir !

*** ce sont des merdes fossiles

**** Le voyage de Zigomar, délectable livre pour enfants

***** Jean-Baptiste Clément, La semaine sanglante – l’auteur du Temps des Cerises.


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Ross ou pas rosse, est-ce bien la question ?

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David Walker (street art Paris)

J’me suis fait taguer par l’ébouriffée.
Tu vas écrire ta liste de Ross, qu’elle m’a dit. Enfin, elle a rajouté, si tu veux bien, parce qu’elle est gentille et polie, bien qu’ébouripoustouflée.
Et en plus, peuchère, c’était pas sa faute, elle s’était elle-même fait taguer par l’Heureuse Imparfaite, alors elle pouvait pas faire autrement !
Moi, Ross, je connaissais pas (a shame on me !) mais j’aime bien les listes.
Et elle m’a dit, en musique, c’est encore mieux. Là, elle est rosse, le tag thématique, franchement, c’est pas sympa !
Alors, ce Ross – c’est un mec de la série Friends – il a fait une liste des 5 personnalités qui le font craquer et avec qui il passerait bien une nuit ou plus si aff.
Et c’est ça, mon tag.
En musique, c’est pas forcément gagné : y a pas que la gueule, y a aussi la musique qu’ils jouent. Moi, je dissocie pas ! j’ai des principes !

Et là, ça complique, parce que dans les chouettes musiciens que j’aime, y a beaucoup de morts (et je vais pas faire dans la nécrophilie, si vous voulez bien), ou alors de pas beaux du tout, ou que j’adore écouter, mais que je n’aurais aucune envie de rencontrer. Alors, crac crac encore moins ! ou alors des mignonnets, mais qui se la pètent un peu…  bof, pas ma tasse de thé !

Et puis, malgré, peut-être, les réputations, les muzicos, à la réflexion, c’est pas forcément les plus sexys de l’univers. Pour progresser dans leur art, il leur a fallu des lustres de solitude et de monomanie, et souvent, le musicien est un ancien boutonneux misanthrope. Il peut s’arranger avec l’âge, mais c’est rare.

Bon, bon, ok, je sens que je traîne des pieds.
Je vous en ai quand même trouvé 5. J’ai pas choisi la facilité : j’aurais pu faire dans la rock star à paillettes, jeune et étincelante dans son costume de lumière.
Non, je me la suis joué plus charme secret.
Et je les classe pas, ok ? je les aime, mais c’est différent à chaque fois.

♥ Dans la catégorie drôle et attendrissant (ça peut faire craquer, non ?), y a Adoniran Barbosa (le seul qu’est mort de ma liste, hélas – je dis que je nécrophile pas, et je commence par là ! pfff, inconstance de la nana de base !), un pépé rigolo et farceur. Brésilien, il est, et il chante des chansons marrantes en brésilien – volontairement – approximatif. J’aurais adoré aller me jeter une caïpirinha en sa compagnie.

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Adoniran Barbosa (en train de marquer un rythme de samba sur une boîte d’allumettes)

Je vous mets un lien d’une de ses savoureuses chansons, O trem das onze (le train de 11 heures) : il explique à une gonzesse qui le drague qu’il ne peut pas rester, il ne veut pas rater son train, pour aller faire son ménage et s’occuper de sa môman (en gros).

https://www.youtube.com/watch?v=ceBdGz3eTFg

♥♥ (deux coeurs, c’est pas que j’aime plus, mais c’est pour compter jusqu’à 5 !)

Un autre brésilien – celui-là, quand je l’ai vu faire son jogging sur la plage d’Ipanema… quoi ! tu l’as vu sur la plage ??? … ouais, m’sieurs dames… et mon petit coeur s’est mis à pilpater très fort… quoi, on dit pas pilpater ? m’en fous un peu, ok ? – c’est le Chico (Buarque de Hollanda, je vous ferais dire). Beau, intelligent, musicien, écrivain, engagé…

Ouah !!!

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Chico Buarque de Hollanda (Rafael Vancan)

Vous connaissez sûrement son « Que sera que sera », que Nougaro a repris (Ah tu verras), mais il a chanté dans des styles différents – beaucoup de chansons politiques sous la dictature – mais pas que.
Une musique super connue de lui : Essa moça ‘tá diferente (cette fille est différente)

https://www.youtube.com/watch?v=mLk4EH9FWwI

(je ne vous affiche pas les vidéos sur ma page, c’est trop lourd : vous cliquez si vous voulez, d’ac ?)

♥♥♥ Michel Portal ! la classe. Un vrai humain, un bel homme, un musicien talentueux (classique, jazz avec ses clarinettes, bandonéon…), et en plus, il est intelligent ! (c’est pas le seul, mais ça fait partie des trucs qui me font craquer)

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Michel Portal

Depuis qu’il s’est mis au bandonéon, il me fait encore plus craquer.
Tiens un exemple (déjà ancien) : Bat sarrou (d’un vieux vinyl écouté et réécouté, et encore et encore)
https://www.youtube.com/watch?v=xdo2bSY08so

♥♥♥♥ ZE contrebassiste ! Ron Carter, pour ne pas le nommer. La grande classe, dans tous les sens du terme.

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Ron Carter

Musicien sensible jusqu’au bout des ongles, très bel homme, et, d’après mon amie Jeanne qui l’a rencontré en vrai et qu’a même joué avec (trop forte, mon amie Jeanne !), humain exceptionnel.
J’adore son album pour contrebasse piccolo.

Mais je vous ai choisi, aujourd’hui encore un titre brésilien : Manha de carnaval (matin de carnaval)

https://www.youtube.com/watch?v=UrosqpeW2TA

 ♥♥♥♥♥ Et pour finir, Gianmaria Testa, chef de gare poète, chanteur, doux homme décalé, humble et modeste anar (grand ami de Erri de Luca). Celui-là, quand même, c’est un avec qui j’aurais peut-être pu passer ma vie…

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Gianmaria Testa

Un titre parmi d’autres, écouté en boucle aussi : Le traiettorie delle mongolfiere (les trajectoires des montgolfières)

https://www.youtube.com/watch?v=ow4y61l13_k

Ouf, ben, c’était pas facile !

Je tague à mon tour (mais vous pouvez adapter le « sexy » en autre chose, à mon avis, si vous voulez, et le traduire par coups de coeur – en période de St Valentin, ça peut le faire : after all, on fait ça qu’on veut !) Richard, Ruhe-le cirque et Aimery . Et Pierre, bien sûr !


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Résolutions sans solutions

Mur d'Athènes (2013) ©Bleufushia

Mur d’Athènes (2013)
©Bleufushia

Accueillir la rosée des sourires

Etreindre sans éteindre

Ravir, mais seulement le shankar

En profiter pour peigner la girafe

Absorber le violet du soir

S’exposer à la vague

Dissoudre le noir

S’imprégner des voix bleues

Embraser sa vie

Moissonner le bonheur en herbe – et le dictionnaire, pendant qu’on y est

Embrasser tout en étreignant, uniquement parce que c’est bon

Écouter la musique des mots

Le regarder pousser

Entendre si on peut

Transcrire les hiéroglyphes de ses propres pensées

Relire ce que dit le coeur

S’éloigner des rails

Saisir chaque maillon d’amitié

Accompagner le mouvement, avec une extrême fluidité

Prendre petit à petit l’habitude de se rapprocher du quai

Épuiser la mer

Se rappeler la couleur pourpre de la falaise

Décider, enfin

Ou pas…

Lemon juice (Djuno Tomsni)

Lemon juice
(Djuno Tomsni)

©Bleufushia


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Michelines (rêve)

1024px-Micheline_XM_5005_Mulhouse_FRA_001Je suis dans une gare qui ressemble à celle de Canfranc.

Les rails abandonnés courent et s’enchevêtrent avec les herbes folles, et le bâtiment gigantesque continue sa lente désagrégation. Ma fièvre trouble mon regard et je crois le voir s’écrouler sous mes yeux. La sensation d’étrangeté éprouvée dans ce lieu (en vrai) est là, avec l’impression vivace d’errer au milieu d’un rêve figé.
Bizarre de mélanger un rêve fictif avec un rêve réel.
Bon, pourriez-vous me dire… qu’est-ce qu’un rêve réel ?
En tout cas, mon train est là. Le passé aussi.
Le train est bleu, c’est une micheline qui doit m’amener à ma leçon hebdomadaire de piano.
Pas certaine que la micheline de mon enfance ait été bleue, mais dans le rêve, elle est comme ça.
Le mot de « micheline » me revient au moment où j’en gravis les marches, ces deux marches qui se rabattent quand le train part.

C’est un mot que j’avais remisé tout au fond de mon sac à mots du passé. Il y voisine avec « train auto-couchettes », dans le même ordre d’idée, ou « formica » et « robot-marie » – je me souviens d’une scène où le vendeur du village faisait l’article à ma mère en répétant en boucle, à propos d’une des fonctions du-dit robot-marie, un « ça hache tout » un peu hystérique…
Parfum d’une autre époque.
Il faudra que j’établisse une liste de ces mots de mon enfance. Mais là, dans le rêve, je n’en ai pas le temps.

Quand a-t-on cessé de dire « micheline » ? A-t-on, d’ailleurs, cessé ?
Cette nuit, je ne sais pas s’il s’agissait d’une vraie micheline.

(site sur l'histoire de Michelin)

(site sur l’histoire de Michelin)

L’odeur tapie dans mes souvenirs revient, nette, sans hésitation possible. Le bruit, qui me permettrait de le savoir, est absent.

J’en descends, en gare de Toulon, ce qui m’est permis par le rêve, et se raccroche sans secousse à une vérité de ma réalité passée. Mais je peine à trouver la sortie, il n’y a pas de quai et je me prends les pieds dans des rails rouillés.
Quand, enfin, je m’en sors,
je marche un peu vers la basse ville, sonne, monte trois étages d’un immeuble un peu miteux.

Je suis arrivée chez Micheline Michel, avec laquelle j’ai fait mes débuts.
Gamine, je me demandais comment on avait pu donner un nom de train à cette vieille fille un peu rêche.Et pourquoi cette répétition un peu ridicule ?
Pourquoi, aussi, un train  pouvait avoir un nom de femme. Ça, je le sais maintenant seulement. Je l’ai lu hier, au hasard d’une recherche.

J’ai gardé ces questions pour moi, jusqu’à aujourd’hui.
Comme beaucoup, je rêvais d’être une virtuose soliste, passant d’une scène célèbre à une autre, toujours sous les feux de la rampe. J’avais déjà, très jeune, choisi mon nom de vedette : Estrella Luz (le nom de famille ressemblait de près à celui de ma mère). Et la robe à paillettes qui allait avec. Infiniment plus chic que Micheline Michel et son appartement près du port, dans cette rue un peu obscure et sale où elle habitait.

chemin-de-fer-train-cle-de-sol-portee-musique-tag alorsquoidefun-frDans le songe, il me semble tout à coup d’un très mauvais augure que le nom de mon professeur ait été bégayant de la sorte – quelle drôle d’idée d’appeler quelqu’un comme ça -, et associé à un train qui n’est pas spécialement un rapide.
Comment réussir un début fulgurant en commençant sous ces auspices ?
C’était de mauvais augure et il est finalement heureux qu’il se soit réalisé.

A posteriori, je n’aurais pas aimé vivre cette vie-là.
Mais si je n’ai pas fait carrière, j’aurais pu entrer dans la finance grâce à elle.
Mademoiselle Michel avait une pédagogie fondée sur la récompense. Elle donnait en fin d’heure à qui avait bien travaillé un sucre d’orge. C’était généralement mon cas. Mais je détestais cela.
Du haut de mes 7 ans, très rapidement, j’ai osé le lui dire.

Elle, embêtée, m’a demandé ce qui me ferait plaisir à la place.

J’ai répondu « une pièce de 1 franc », avec un tel aplomb, probablement, qu’elle n’a pas osé dire non (je ne sais plus de combien était le prix d’une leçon, mais il n’était pas énorme, et 1 franc, ça n’était pas totalement rien).
C’est comme ça que tout mon apprentissage a été rémunéré.
Meilleur plan, non ?
Je n’ai jamais raconté à mes parents mes débuts dans la finance, ni la façon dont cet argent a été transformé en Car en Sac (ni le délice des délices de cette double transgression !) et mes dons en la matière se sont limités à cet épisode.
Ce qui est heureux aussi.
Vous me voyez dans la finance, vous ?

©Bleufushia
N.B. si ce rêve a été fait sous forte fièvre, ma prof de piano s’est vraiment appelée ainsi, j’y allais en micheline, et la gare de Canfranc m’a fait halluciner lorsque j’y suis passée, avec son air de reste de guerre bactériologique !


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Du bon usage des verbes pronominaux (11 b)

Norvège ©Bleufushia

Norvège
©Bleufushia

Je sors de mon lieu de travail, je traverse le parc, il est 11 heures du matin.
J’y entre en même temps qu’un groupe de jeunes qui vient de la fac de droit.
Nous cheminons à la même allure, et je les écoute.
L’ascenseur social fonctionne assez mal en fac de droit, et ce sont des jeunes apparemment relativement aisés (sapés, en tout cas, bien que ça ne soit pas forcément une preuve), mais ils discutent avec un accent « banlieue » assez prononcé.
Il y a entre eux une négociation sur le moment du casse-croûte qu’ils pourraient prendre ensemble…
(Enfin, sûr que « casse-croûte » ne fait pas partie de leur vocabulaire, mais du mien, juste là, et l’emploi m’en vient tout naurellement, sans doute parce que ce groupe réveille mon côté « vieille bique du vingtième siècle »)
– ouech, c’est quand qu’on bouffe ?

– tout de suite ! dit l’un

– t’es ouf, ça va pas, tu vas pas manger à 11 h ? rétorque un autre
Et l’échange se poursuit, étonnamment passionné, chacun y allant de son argument.
A 2 h, il pourrait y avoir Sabrina…
– ah oui, Sabrina (rires – dont la teneur m’échappe).

Celui qui a les crocs insiste, il faut qu’il mange dans les plus brefs délais, sinon… Une menace en l’air, associée à un bref bombement de torse.
Au ton employé, il y a un enjeu assez profond.
… à moins que ce ne soit le ton d’une conversation banale de jeunes ?

Comme dans mon enfance, dans ma famille italienne, dans laquelle j’avais la sensation qu’ils allaient s’étriper d’un moment à l’autre pour un désaccord bénin, ou même pour une quelconque conversation anodine. Lorsque ma mère (non italienne) se manifestait « arrêtez de vous disputer ! », les opposants rigolaient en disant, « mais on ne se dispute pas, on discute seulement ! »
Oui, à les observer – décontraction des gestes, allure cool – c’est juste une discussion comme ça.
Au bout d’un petit moment de cet échange (pas si bref), celui qui voulait manger tout de suite jette le gant :
– Bon, moi, toute façon, il faut que je me retire.

Se retirer…
A ces mots, je quitte deux secondes la conversation.
Veut-il faire allusion à une retraite sur l’Aventin ?
Il sort de la négociation ?
Mais se peut-il qu’il ait cette référence-là ?
Ou alors, il se retire du monde ?

Moine shaolin (Tomasz Gudzowaty)

Moine shaolin (Tomasz Gudzowaty)

Quoi qu’il en soit, malgré ma sensation de départ – je l’ai catalogué trop rapidement, c’est certain, mea maxima culpa -, sensation que je révise aussi sec (pas si rigide la vioque, finalement), voilà un jeune zen, qui sait qu’il convient de ne pas se battre, et que le bonheur est dans la paix entre individus.
Je suis en train de me ramollir d’aise, j’aime qu’il y ait du bonheur et de l’intelligence calme dans les échanges humains, quand un de ses copains lui demande :
– oh, au kebab, t’as juste besoin de 5 euros, tu les as pas ?

Ahhhhh ! c’est de l’argent qu’il « se » retirait !
Ben oui, je reconnais, je suis une quiche en conjugaison.

Damned, il a raison, c’est bien comme ça qu’on dit quand c’est « pour nous » :

Ben, à la réflexion, je vais poser ma plume et aller me manger sur l’heure.

©Bleufushia


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Interrogation existentielle

bébé-citrouille

concours de bébés déguisés en légumes

Concours de cracher de bigorneau, concours de cracher de noyau d’olive, concours de cracher de noyau de cerise, concours de lancer de nain, concours de lancer de charentaise, de fer à cheval, de fromage, championnat de lancer de béret, concours de lancer de menhir, lancer de gaufre, concours de lancer de flamby, concours de lancer d’oeuf, de tomate, concours de lancer de tong (ah, la tong, on dira ce qu’on voudra, c’est tendance), concours de lancer d’artichaut, concours de lancer de noisette, championnat du monde du plus grand mangeur d’orties, championnat du monde de plus grand écraseur de moustiques, concours du bébé qui pleure le plus fort (ils font comment, pour les faire pleurer au moment idoine ?), championnat du lancer de portable (ah, ça, c’est ceux qui se sont retrouvés avec une brêle en guise de téléphone après la bénédiction des portables à l’église de Nice, je suis sûre !), concours d’endurance au sauna, championnat de coupe de bois, concours de lancer de caca sur neige, championnat du cri de cochon, championnat du monde d’épépinage de groseilles à la plume d’oie, et j’en passe…

Vous ne trouvez pas que les humains s’occupent à des choses pour le moins bizarres ?

Se mesurer aux autres, regarder qui pisse le plus loin…
Absurdité et compétition, partout, tout le temps.

Vous me direz, pendant qu’ils font ça, ils ne font pas d’autres conneries plus graves…
Mais quand même !

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Gilbert Garcin

©Bleufushia