bleu fushia

always blue


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Ailleurs sur terre

Pendant ce temps…

Je ne sais pas vous, mais moi, je vais mal.

Je suis comme un lapin bleu à l’heure du leurre.

J’ai un teint d’endive glyphosatée.

Parfois, m’avait dit le petit G., « je ne sens pas le ciel ».

Ça fait écho, il y a de ça dans ce que je ressens.

Depuis quinze jours, je tourne sans fin des trucs dans mon crâne, par exemple, la différence entre deuxième ou second confinement, jamais je me souviens lequel est lequel, c’est pourtant capital, tout se joue dans les mots. Et quand je me rappelle enfin, je ne sais plus comment ils disent, les politiques, à propos de maintenant. Et je repars en boucle.

Ou alors je psychote des machins de parano complotiste.

Hier, par exemple, en lisant un truc sur le « représentant d’une génération qui a dépoussiéré la cuisine gastronomique, et qui reste concentré sur une éthique locavore», je suis restée en sidération sur la question de qui, mais enfin, qui, a bien pu foutre de la poussière sur la cuisine gastronomique.

Faudrait faire une enquête, moi, je dis. On va pas laisser ça impuni. Y a urgence. Déjà qu’on nous fait bouffer n’importe quoi, si en plus ils rajoutent de la poussière !

Et puis, gâcher de la nourriture, moi, je ne peux pas. Je suis d’une génération où on sortait de la guerre (pas celle où on est rentrés, nous, puisqu’il paraît qu’on y est : je ne suis pas un perdreau de l’année non plus).

J’ai commencé à m’y coller, à l’enquête, en commençant par essayer de piger « locavore ». J’ai tout de suite pensé, à cause du « local mangeur, ou mangé » – je ne sais qui vore qui -, à Bobby Lapointe et au malheureux marchand de glace dont le fonds fond – mais cause le réchauffement climatique, lui, rien à voir avec la poussière – et à ce qu’il pouvait faire une fois que tout le fonds était dégueu foutu tout mélangé au fond de la glacière.

Il lui restait plus qu’à manger sa chemise, mais je ne crois pas que « loca » veuille dire chemise en latin, c’est plutôt que ça le rendait tellement fou, qu’il ne lui restait plus qu’à se vorer (pas dévorer, parce qu’il fait que semblant, bien sûr).

Ces questions m’ont épuisée.

Je touche le bas-fonds, moi, dans l’impuissance des mots à cerner l’état des choses.

Sinon, je profite des journées qui s’étirent dans un ennui voluptueux et sans fin.

photomontage ©bleufushia

Je m’occupe à revoir sans fin la question de ma finitude, à me demander comment faire bonne figure, à calculer quelle construction mentale je peux avoir dans une situation intenable, à tourner entre mes doigts inutiles et perplexes (oui, perplexes) un objet venu de ma mère, c’est-à-dire des tréfonds du siècle dernier : un « ruban de correction par arrachage pour effacement par enlèvement ». Un truc de dactylo, si ancien que je me demande s’il entretient un lien avec les ptérodactyles.

Je baguenaude un instant, imaginant un dinosaure en train de dicter des trucs à sa secrétaire distraite. Je la vois, ayant mis par inadvertance le doigt à côté, arracher avec détermination la lettre fautive, et pour ne rien laisser au hasard, finir en bouffant la feuille, en slurpant jusqu’à la dernière goutte d’encre. Quelle classe dans le perfectionnisme !

Rien à voir avec le clic minuscule et indifférent qu’il me faut produire pour tout déléter, et même pour envoyer ad patres le contenu de tout mon ordi. Hop, nous, on sait voyager léger sans effort !

C’est un temps où on savait vivre. Où on ne se contentait pas d’un boulot de chapacan.*

Mais y avait peut-être pas de chiens à attraper.

vieille photo d’encyclopédie

hélas, en effet !

mais en attendant, je vais mal.

J’ai toujours été un peu étrange à moi-même, mais là, je bas des records.

Je repense à ce gamin qui demande qu’on lui offre un costume de super héros pour noël, parce que c’est son seul moyen d’être super.

J’en suis un peu là, mais je doute que le costume fasse illusion longtemps.

Et puis, je ne sais pas si c’est raccord avec mes chaussettes à fraises. Un super héros avec des chaussettes à fraises, ça fait pas dress code.

photomontage – être un fossile 1 ©bleufushia

Mon cerveau bloblote comme de la gélatine, et je me sens à côté de mes pompes.

C’est normal, au demeurant, puisque je traîne en chaussettes (à fraises) toute la journée dans mon intérieur,

« Le mal vient du cerveau toujours en travail, animal monstrueux, informe et mou dans sa gaine, comme un ver, pompeur infatigable ».

Pitaing, il est bon, Bernanos, pour me remonter le moral !

Le ver qui pompe, ça me rappelle ces mots dont j’ai oublié 100 fois le sens, c’est l’aspect « mou dans sa gaine » du mien, de cerveau, qui en est la cause. Comme ce « psychopompe » qui me revient à cause de Georges… pompeur de psyché, je sais que ça n’a rien à voir, et bien que je m’en tape un peu, je jette un œil morne sur gogol : « Saint Michel est l’ange psychopompe par excellence »… je ne vais pas plus loin et me livre à une endiablée danse du scalp de 3 secondes et demi, parce que je me réjouis un instant d’habiter chemin Saint Michel. Parfois, je me désole moi-même.

Mais, ON m’a dit qu’il faut céder au désir de se sentir vivant : soyez bouillonnant, c’était le conseil. Je trouve que ça va bien avec le chaudron du diable.

Je déchante vite cependant, l’issue ne viendra pas de là. C’est fou comme je passe du coq à l’âne, no limit !

Comme je déprime un peu, j’ai quand même installé des petits rites, et procédé à des réaménagements, pour lutter contre mon coup de mou du cerveau.

Reprise en main

J’ai d’abord théâtralisé mon home avec de la déco cheap (puisqu’on ne peut plus aller au théâtre, on s’organise. Soyez créatifs, qu’ils disaient).

La mise en scène de notre intérieur fait partie de nos devoirs de confinés, vous pouvez vous prendre une prune si vous ne le faites pas.

photomontage – être un fossile 2 ©bleufushia

Je vous dis ça, je m’en fous, j’ai ma conscience pour moi. Si je suis la championne du délétage sauvage, ne comptez pas sur moi pour vous délater, c’est pas mon genre.

Je me love en boule sur mon canapé, sous ma nouvelle couverture « pondérée ». Je cède aux désirs de ma couvrante, profitant sans frein dans ses bras d’une étreinte bonne pour mon humeur. Ni elle ni moi n’avons d’ailleurs jamais eu de mots déplacés l’une par rapport à l’autre, juste un érotisme de bon aloi. C’est bien. Zen, calme et volupté sans risque.

Je fais des voyages nostalgiques dans mon passé, en rentrant chez moi d’autant plus sereine et safe que je n’en suis pas sortie.

Je relisais d’ailleurs ces quelques mots de Véra Feyder, que j’avais notés, avant :

« On part pour un pays, mais la gare vous suit ». J’avais trouvé ça profond.

Nous, on ne part pas, on fait le tour de notre nombril, et le canapé nous colle salement au train dans une gare abandonnée.

Autres temps, autres mœurs, aurait dit ma daronne.

Je cuisine comme je peux en attendant Noël : j’aurais adoré rencontrer le champion du monde 2020 de l’oeuf en meurette (un français, en plus), parce que j’adore ça, fréquenter des champions improbables, et l’oeuf meurette, aussi. Mais comme c’est un peu compliqué pour faire l’aller retour Sud-Paris en une heure. Ça me remet en mémoire une de mes ex belles-mères, qui avait bien connu la médaille d’or de France de la rillette, ce qui m’avait beaucoup impressionnée, et laissée un peu d’envie.

Mais du coup, tant pis pour l’oeuf, j’ai opté pour l’easy chic.

Commandé le pack delivery 16 huîtres + champagne rose à 91 euros 50 la bouteille (les 50 centimes, je trouve que ça fait un peu mesquin, mais baste, quand on aime), pour une entrée iodée et poids plume, espérant compenser ma couverture pondérée qui commence dangereusement à déteindre sur moi.

A ce propos de kilos, j’ai également, dans la foulée, souscrit un prêt à la consommation, pour me payer des haltères chic, à 900 euros, mais, en écocuir (ça respecte la planète, j’aime ça) et en bois. Contre les arts plastiques à usage unique, je suis, qu’on se le dise. Je suis prête à donner de ma personne pour l’avenir.

Je m’intéresse à mon microbiome, depuis que je sais que j’en possède un.

Acquis une lampe échevelée en fibre de palmier, qui donne à merveille l’illusion d’un week-end à Marrakech. Comme j’y suis jamais allée, je me suis dit que 250 euros, c’était donné.

comme ça ! on s’y croirait, non ?

Après, j’ai consulté mon horoscope de la semaine**.

« Vous rêvez de voyages, de mer et de vastes horizons. Votre pays, c’est celui de l’évasion et de l’imagination. La réalité ne vous suffit pas, il vous faut de l’intensité et de la passion. Comme Proust, ce que vous voulez, c’est « remonter à la vie, retrouver la mer libre (c’est tout à fait ça, mais comment elle le sait, la Nadine ?), briser la glace de l’habitude. Partez, larguez les amarres, prenez le vent. Vous n’êtes pas encore devenu celui que vous êtes. Il est temps pour vous de jeter l’ancre, d’aborder de nouveaux rivages, d’explorer des terres inconnues. »

Ben mince alors, Bernanos, Proust, ma vie a du sens. C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend la femme ! Yep !

Je ne perds plus de temps, je vais m’acheter une casquette de capitaine sur le champ. Et un marcel aussi, vaut mieux mettre toutes les chances de mon côté.

Je devrais trouver ça fastoche sur Ah ma zone.

©bleufushia

Je me suis abstenue de mettre des guillemets, une partie du texte de mes délires ayant été pompée directement dans le magazine « peuple » (laissez-moi rire) dont je vous avais livré de savoureux échos lors du premier confinement.

Un peu là, dans In fine, con fine

https://wordpress.com/post/bleufushia.wordpress.com/3498

et beaucoup là, dans Papiers, avenir et fanfreluches

https://wordpress.com/post/bleufushia.wordpress.com/3514

*C’est du provençal (prononcer tchiapacan). Du boulot d’attrape-chien, fait à la va-comme-je-te-pousse, n’importe comment.

**Authentique, celui de la semaine en cours !


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Papiers, avenir et fanfreluches

« tous les hommes n’habitent pas » ©bleufushia

Comme tout le monde, je passe mon temps à ranger (des papiers), ne pas en faire une rame (de papier), éliminer (des papiers), jouer (avec des papiers) et trier (des papiers).

Un de mes voisins dépose régulièrement dans ma boîte aux lettres un magazine de mode pour femmes. Je ne l’aurais jamais ouvert par choix (et je le feuillette en me planquant de tout regard) mais il regorge de photos plutôt belles, dans lesquelles je pique souvent les matériaux de mes collages.

Aujourd’hui, j’innove grave, j’ai entrepris de jeter un œil sur les textes.

Et je m’en vais partager avec vous ma lecture, persuadée que vous n’avez pas forcément le temps de vous intéresser à des choses pourtant passionnantes et assez essentielles, vous, tout occupés que vous êtes à guetter des nouvelles du front.

Non, non, ne me remerciez pas ! C’est volontiers.

origine non retracée

Je me suis intéressée à mon horoscope de la semaine en cours, en quête de conseils qui me feraient sortir du canapé dans lequel je consume ma belle jeunesse vieillesse.

Bon, j’avoue, je n’ai pas lu le vôtre, le mien m’a suffi. Mais vous allez pouvoir l’utiliser si vous voulez.

Parce qu’il est rassurant, non, de savoir ce qui nous attend de bon, et pas seulement ce qui nous attend de pire ?

La constatation « vous êtes casanier » ressemble presque à une critique, mais comme c’est vrai, je ne la prends pas mal, et on me conseille de « sortir de ma routine ».

« Affranchissez-vous des contraintes enfermantes » (non, je ne mens pas!)

« Mercure vous impose un temps d’arrêt ».

Merci, Mercure (je croyais que c’était la faute à Jupitre, je m’a gourrée, donc. Au temps pour moi !).

Par ailleurs, une fois n’est pas coutume, l’horoscopologue y commente ses états d’âme en ces temps déchirés, où des choix idéologiques s’imposent douloureusement à lui. Il ne précise pas de quel signe il est, ni ce qui lui fait péter les boulons, maintenant, au point de s’incruster himself dans sa propre page.

Il explique qu’il lui est désagréable, mais qu’il y est moralement obligé, de modifier les catégories de ses prévisions (faut sortir de la routine, mon gars!), en faisant disparaître la rubrique « loisirs », alors même que c’est le chapitre phare en période printanière. Mais, conclut-il, cela pourrait paraître « indécent» de la conserver, et d’encourager les gens à folâtrer dans l’herbe verte.

Ainsi soit-il.

Versons collectivement une larme sur la rubrique défunte, mes amis. Il est vrai que la notion de loisir est absurde en temps de guerre, puisqu’il paraît que.

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collage à l’arrache ©bleufushia

Une autre chronique, qui m’a semblé traiter d’un problème de fond de la société, développe tous les écueils pouvant faire trébucher les journalistes présentant les infos à la télé (et particulièrement les femmes) en terme d’habillement.

Peut-on mettre un haut rouge lorsqu’on traite d’un attentat, par exemple ? C’est une question épineuse. Et la réponse peut mettre votre carrière en jeu. Je ne rigole pas.

La remarque du jour, je vous la livre :

«  Il y a des pièges à éviter. Je ne travaille pas dans une émission de divertissement. Quand on évoque le coronavirus, on ne porte pas de robe à frou-frou ».

Je ne voyais pas ça comme ça, mais vous conviendrez avec moi qu’il y en a qui ont des vies difficiles, et des questionnements existentiels qui nous donnent du grain à moudre (soit dit au passage, c’est bon, puisqu’il y a pénurie de farine).

Malgré tout, les affaires continuent, et chacun son job, d’autres méditent sur les changements de cap que la mode doit opérer.

Extraits choisis :

« La fin de l’ère de la mode ultramarketée est programmée, car nous vivons des mouvements sociaux, avec le rejet de l’hyperconsommation. Et ces attentes deviennent en soi des tendances de fond.  »

(et le fond, on le touche ?)

C’est quand même intéressant de trouver dans un magazine people de luxe l’idée selon laquelle l’hyper consommation ne serait plus tendance !

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« L’upcycling, le zéro déchet, l’économie circulaire deviennent de nouveaux axes de réflexion. Il faut maintenant asseoir une identité sur le long terme, installer un vestiaire en faisant fi des saisons, ou opter pour un axe plus activiste en explorant des voies presque scientifiques. »

(Une question : l’identité qu’on assoie, c’est celle de la femme sur son upvélo, cœur de cible ? vous remarquerez par ailleurs que sur un vélo, on n’est plus « en marche », mais « en roule »)

« Je réfléchis à ce qu’est une bonne jambe de pantalon ».

(ça, ça m’a laissée perplexe, jusqu’à ce que je trouve : il s’agit certainement de la mode pour uni-jambiste.  Il – c’était un homme – ne réfléchirait pas à ce sujet-là à propos d’un cul-de-jatte, j’en mets ma main au feu).

« Retournons à une forme de classicisme en rejetant le tout-contemporain galvaudé. Arrêtons le story telling. Jetons les bases d’une garde-robe idéale et pérenne, en se concentrant sur des produits complices.».

(complices de qui ? hein ? j’en frémis, ça me rappelle la nouvelle rencontrée ce matin :  la police croulerait sous les signalements-délation, dénonçant des gens qui ne respectent pas la loi)

Je suis cependant d’accord pour considérer que le « tout contemporain » émarge plein-pot au rayon total galvaudé sa mère.

Sur la page suivante, la mode pour ce printemps me paraît un peu décalée, les modèles sont tous exposés sur fond de plage, les pieds dans l’eau… avec le commentaire : « conquérantes et racées, les silhouettes des beaux jours apprivoisent, en all over, toutes les nuances de la nature sauvage, de la plus tendre à la plus intense ».

Moi je lis ça, et reste bloquée sur la question : au vu de l’état semi-dénudé des femelles exposées, le « all over » serait-il l’inverse du pull over ?

guy denning

guy denning : cours camarade…

Je ne sais pas pourquoi, selon une association incontrôlée de mon cerveau, comme d’hab (il n’en fait qu’à sa tête, le bougre, depuis deux jours où je tourne en boucle ce vieux slogan : « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ».
Comment, on ne peut pas ?

Ça tombe bien, j’ai toujours détesté courir !

Ah, j’entends un gling dans le silence : sur mon écran, s’affiche un « Game over » !

©bleufushia

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