bleu fushia

always blue


2 Commentaires

Douceurs (42)

ef5181378ba76ff328cb5aa9d43bbe12

Cheminant sur des sentes buissonnières, vers…

Parfois, je me plais à penser aux hasards hasardeux qui mènent nos vies, et qui nous conduisent vers l’inattendu, quoi qu’on tente de planifier et de contrôler.
A la façon dont un acte, qu’il soit mûrement réfléchi ou même posé sans préméditation, nous entraîne à dévider dans un fil inespéré d’autres actes, des rencontres, des échappées imprévues, d’autres actes encore, par conséquence, et ainsi de suite, empruntant un chemin indéchiffrable, souvent complètement au p’tit bonheur la chance.

Il y a de cela de nombreuses années, au siècle dernier – bien sûr, je pourrais remonter encore plus loin, mais les ramifications, dans ma vie, de ce moment précis m’étonnent encore – un jour d’été et de désoeuvrement, dans un camping en bord de grande bleue,  mon compagnon d’alors m’a lancé un défi (qu’il en soit ici grandement remercié).
Il s’agissait d’écrire, en deux heures (le temps d’une course pour lui) la biographie imaginaire d’un énigmatique faux capitaine qui séjournait dans la caravane voisine de notre tente.

chabout

Dessin de Chabouté

Même si je m’étais toujours passionnée pour la littérature, je n’avais jamais pensé me mettre à écrire, et l’exercice m’avait paru assez incongru pour que je dise : « chiche ».
J’ai donc écrit, j’ai aimé cet essai pas si malhabile, et, au retour des vacances, me suis inscrite à un atelier d’écriture sur internet.
J’y ai été accueillie par les participants, dont celle qui est devenue une amie : Mimi. Et d’autres encore dont l’existence s’est tissée avec la mienne un peu, beaucoup, passionnément parfois.
Si je tire une infime partie du fil « Mimi », je me rends compte que, si je ne l’avais pas connue, je n’aurais bien sûr pas pu oublier chez elle, 17 ans après, le livre préféré de mon petit-fils, je n’aurais pas réfléchi à la façon de le récupérer aisément et je ne lui aurais pas proposé de passer chez elle pour ce faire (elle habite quand même à une heure trente de chez moi).

J’aurais eu la flemme, sans cette étape à mi-chemin, d’aller voir l’expo d’Ernest Pignon-Ernest actuellement présentée au MAMAC de Nice, même si j’adore cet homme.

Je n’aurais pas, au sein de cette très riche présentation de son œuvre, été attirée par une des photos qu’Ernest a faite d’une de ses installations, son Pasolini se portant lui-même, mort – image très forte découverte à Rome en direct, mais ici prise à Naples.

p1040617

Je n’aurais pas repéré  l’inscription en italien apposée sur un des balcons de cette barre d’immeuble délabrée d’un quartier apparemment très populaire, où il avait choisi de la placarder : « Ciascuno cresce solo se sognato ».

Je n’aurais pas vérifié sur internet la traduction, ne serais pas tombée sur le poème dont c’est le dernier vers (Il limone lunare*), et je n’aurais donc jamais découvert l’existence de son auteur, Danilo Dolci**.
Ni n’aurais su qu’il a œuvré, en partie, dans le domaine pédagogique.

Et je reste bouche bée de ne jamais l’avoir croisé dans mon long parcours passionné autour de la pédagogie, et qu’aucune mention de ce qu’il a été et de ce qu’il a fait ne soit arrivée jusqu’à moi, parce que je m’intéresse aux recherches et expériences pédagogiques, à l’Italie, au militantisme, à la politique, aux révoltés du XXème siècle… et ce depuis longtemps.

Toutes choses, d’ailleurs, qui ont un rapport avec d’autres hasards, mêlés à un zeste de déterminisme.
[cette remarque à mettre dans la rubrique qui ne mange pas de pain : « On est bien peu de choses, madame, / Donnez-moi un kilo d’bananes / Bien mûres », comme le chantait François Béranger]

Juste après avoir fait des recherches sur l’homme, et sans rapport avec elles, j’ai eu l’idée de lire enfin un article intéressant, mis de côté il y a presque deux mois, et traitant de l’usage des jeux dans l’éducation d’aujourd’hui***.

Tout ça m’amène aujourd’hui à vous parler des réflexions que suscitent en moi l’écho de ces deux découvertes et leur possible mise en regard.

… DANILO DOLCI

Dolci, ça fait presque pseudo : imaginez un peu vous appeler « bonbons », « gâteaux », ou « confiserie ». Cela paraît une blague, ou un choix (à cause de son engagement non-violent), mais en réalité, c’est son vrai nom.
Cet homme a été qualifié de Gandhi italien, à cause des actions non-violentes qu’il a réussi à impulser – surtout en Sicile – comme la grève de la faim de plus de 1000 personnes pour protester contre la pêche frauduleuse qui réduisait les pêcheurs à la misère. Il a travaillé sans relâche à créer des situations et des prises de conscience amenant les sans-droits (personnes habituellement exclues du pouvoir et des décisions) à se réunir, à réfléchir ensemble, à s’opposer, à revendiquer, à mener des luttes collectives. Il s’est, entre autres, affronté courageusement à la mafia. Et j’en passe.
Ce qui m’intéresse particulièrement ici, c’est son action éducative. Il a rodé ses principes d’intervention parmi les paysans, les travailleurs qu’il a aidés à se fédérer et à transformer leurs valeurs et leurs rêves en ripostes « politiques » spectaculaires, et ce jusqu’aux années 70, où il décide de participer à l’école expérimentale de Mirto.
Il relate ses idées – reconstruire le rapport à la terre et la réciprocité avec la nature, entre autres – et son expérience dans un livre intitulé « chissà se i pesci piangono » (qui sait si les poissons pleurent). Moi qui suis maritime avant d’être terrestre, rien que ce titre me touche !

563d2f141efed072604a4017fb6386e8

Il y explique la « maïeutique réciproque », à partir d’une théorisation sur la différence entre transmettre et communiquer.

Pour lui, qui a connu – et combattu – le fascisme, la transmission (modèle dans lequel l’adulte est celui qui sait, à la fois ce qu’il faut savoir et les chemins par lesquels l’élève doit passer – ce que certains appellent le modèle « autoritaire », même si l’autorité peut en être souriante) amène la non-réciprocité, et dérive sur la domination du groupe par un individu.

Dans sa conception, communiquer amène, en opposition, le sens de la communauté, demande un dialogue, des discussions, des débats et des actions choisies ensemble. Et génère du progrès social. Et de la démocratie.

Sa maïeutique, proche en partie des conseils dans la pédagogie Freinet, est organisée de façon plus réglée : les enfants assis en rond réfléchissent à un sujet commun. Lorsqu’ils ont en tête ce qu’ils en pensent, le tour de parole commence, dans l’ordre, chaque enfant expose ses idées, écoute celles des autres, qui peuvent l’amener en cours de route à modifier la sienne. La tâche commune est de bâtir des hypothèses, d’inventer des situations d’expérimentation, pour en vérifier le bien-fondé de ce qui a été élaboré théoriquement.
Dans sa pédagogie, pas de recours au jeu, mais plutôt à la réflexion, et à l’intelligence créative.

Cela le rapproche de Freinet qui, au milieu d’une époque où les « pédagogies modernes » encourageaient le recours au jeu – pour sortir des modèles dans lesquels l’enfant était passif (« pratico-inerte », disait Sartre), et pour intégrer les découvertes de la psychologie – prônait, lui, le travail-jeu  (un travail tellement intéressant que les enfants l’accomplissent comme par jeu).
Pour ces deux pédagogues, seul est fondateur pour le développement de l’individu ce qui lui permet de se mesurer aux autres et au monde, dans un travail « réel ». Ils espèrent ainsi faire grandir et changer l’homme, mais aussi la société.

solidarite-invisible

Pour revenir à la phrase qui m’a amenée jusqu’ici, la traduction que j’en faisais approximativement (chacun ne grandit que s’il rêve) n’était que partiellement exacte.

« Sognato », c’est une licence poétique qui paraît plus proche, en fait de « si on le rêve ». Chacun ne grandit que si on le rêve…

Dans ce poème, Dolci oppose d’un côté ceux qui pratiquent un enseignement fondé sur un guidage, sans doute sécurisant, mais qui n’amène pas à l’autonomie, ainsi que ceux qui cherchent à amuser l’enfant pour l’intéresser, à ceux qui se situent plutôt du côté de l’éducation de l’humain, en prise autant sur la réalité du monde que sur les rêves.

 Le vers qui précède celui qui m’a attirée dit : « rêvant les autres comme ils ne sont pas encore ».

Rêver les enfants… beau travail de pédagogue et d’humain.

Des jeux et des hommes

Avec Eric Sanchez, on tombe dans une toute autre ambiance : il aborde dans son article les différents types de jeux préconisés dans l’éducation maintenant.

Ce sont presque tous des jeux qui passent par les moyens technologiques modernes. Et dont le but semble être prioritairement d’habiller le cours, de le rendre trop top jeune pour que le jeune morde à l’hameçon.

Ce qu’il appelle « mettre du chocolat sur les brocoli ».

En fait, rien à voir avec les caractéristiques d’un vrai jeu, mais tout avec une stratégie de « vente ». Le jeu authentique, celui qui est central dans le développement de l’enfant, est à l’inverse, libre (même s’il comporte des règles), incertain, improductif, fictif, frivole, procure du plaisir et sort des normes. Ce que l’enfant y apprend, c’est à peaufiner son rapport à la vie et à lui-même, pas à répondre de façon normative à une demande extérieure.

C’est pourtant devenu à la mode d’utiliser l’ordinateur, de mettre ses cours sur internet, et les directives amènent à l’idée de les « gamifier » pour qu’ils soient plus « addictifs ». Si toi, prof, tu ne le fais pas, c’est un signe avéré que tu es déjà confit dans la naphtaline. C’est le message de l’institution, qui présente ce tournant comme obligatoire et indispensable.
(J’ai déjà écrit, ici, à ce sujet****)

Je ne vais pas me livrer à une paraphrase de l’article, qui expose intelligemment les arguments pro-jeux (ceux où on s’exerce à simuler des situations, ou à détourner les règles) et anti-jeux, mais je voudrais évoquer un des jeux dont il parle.
Il s’agit de « classcraft », un jeu proposé aux enseignants. Sur le site, où je suis allée m’ouvrir un compte, on en apprend plus sur le fonctionnement.

classcraft

« Transformez vos quizz en batailles épiques ».
La connaissance est un combat, et ne se vérifie que sous forme de quizz (moi, je pensais naïvement et à l’ancienne qu’il était bon que les enfants réfléchissent et s’expriment).

Les élèves vont commencer par se fabriquer des avatars, choisir s’ils veulent avoir les cheveux violets ou un casque de guerrier de l’espace…
« Débutez chaque cours avec une surprise : par exemple, des accents de pirates : vos élèves accourront ». (Moi, j’en étais restée à la plume de paon coincée dans le string, mais ce n’est plus assez attirant, l’âge n’aidant pas non plus)

Toute bonne réponse est sanctionnée par des X points (lire à l’anglaise) et, au bout d’un nombre que l’enseignant peut modifier – il est quand même libre de sa pédagogie ! -, l’enfant obtient des pouvoirs spéciaux.
L’exemple qui est donné du premier pouvoir spécial, est celui de l’obtention du droit de manger en classe.

Mais il y en a d’autres, je vous laisse découvrir s’ils sont du même tonneau.
Edifiant, non ? Et taille d’éducatif que c’est pas…
J’arrête là l’exploration du bidule (vous pouvez y aller vous-mêmes, c’est gratuit ! manquerait plus qu’il faille payer pour une telle daube !).

Faire jouer les enfants à des jeux débiles à l’école en guise d’apprentissage – alors qu’ils ont beaucoup mieux à la maison, de plus – pour gagner le droit de manger son mac’do en classe, les tromper avec des paillettes et des effets spéciaux, c’est à mille lieux d’une éducation qui vise à confronter l’enfant à la réalité et à ses rêves.

Entre Classcraft et Danilo Dolci, cherchez l’erreur !
Se bagarrer, se cacher derrière des personnages de guerrier, aller vite, plutôt que privilégier la lenteur, le faire collaboratif, la création commune, des rapports sociaux harmonieux et authentiques d’individus, c’est tendance.

Ça me fait penser à cette lycéenne que j’entendais tout à l’heure à la radio : on lui demandait ce qui lui plaisait au lycée, et elle racontait que c’était d’échanger des ragots sur les autres, de façon anonyme, sur la page facebook de la classe. La journaliste lui demandait en quoi cela lui plaisait, et la gamine répondait que c’était ça, la vraie vie.
Sans doute qu’elle écrit ses ragots en mangeant des bonbecs, qu’elle a gagnés grâce au jeu éducatif du prof trop cool.
« Du pain et des jeux de cirque »… rien n’a changé, à part la technologie.
Battez-vous, les jeunes, avec vos pistolets lasers fictifs, pendant ce temps-là, le monde, le vrai monde, vous échappe !

Et vous, vous avez gagné cet article défrisant grâce à un faux capitaine de papier.

Etonnant, non ?

©Bleufushia

* Il limone lunare

C’è chi insegna
guidando gli altri come cavalli
passo per passo:
forse c’è chi si sente soddisfatto
così guidato.

C’è chi insegna lodando
quanto trova di buono e divertendo:
c’è pure chi si sente soddisfatto
essendo incoraggiato.

C’è pure chi educa, senza nascondere
l’assurdo ch’è nel mondo, aperto ad ogni
sviluppo ma cercando
d’essere franco all’altro come a sé,
sognando gli altri come ora non sono:
ciascuno cresce solo se sognato.

** à propos de Dolci, par exemple

https://fr.wikipedia.org/wiki/Danilo_Dolci

http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=5472

**sur le blog d’Eric Sanchez , une réflexion intéressante sur les outils (et dérives) de la pédagogie actuelle.

https://blogs.mediapart.fr/eric-sanchez/blog/050816/de-pokemon-go-la-salle-de-classe-sept-manieres-d-utiliser-le-jeu-pour-enseigner

****séance de rattrapage (si le cœur vous en dit)
https://bleufushia.wordpress.com/2015/03/03/les-moocs-cest-le-fun-mais-cest-pas-la-joie-24/

 

Publicités


2 Commentaires

Western crevetti (7)

something fishy jimmy lawlor

Something fishy (Jimmy Lawlor)

Aujourd’hui, on est le 15 octobre 2015.

Si si, comme je vous le dis.

C’est du moins ce qu’affichait mon téléphone portable ce matin, dès potron-minet.

J’ai tout de suite pensé au bug informatique qui fait griller les ordis…vous n’en avez pas entendu parler ? Ben, si votre ordi affiche un jour la date du premier janvier 1970, courez vous mettre aux abris rapido, parce que cette date déclenche un compte à rebours fatal : en un quart d’heure, vous vous trouvez en 1968, et là (va-t-en savoir pourquoi), ça grille, puis ça explose.

(Style, la rentrée sociale ? euh… non, mauvaise pioche… boum, c’est tout, boum ! pas pschittt…)

J’ai bondi sur mes réserves de plomb, mises de côté depuis les années 70 : un rapport de la Criirad, à cette époque, préconisait de s’ensevelir sous 11 mètres de plomb pour se protéger de l’irradiation. Le chiffre me semblait sérieux : 10, ça fait un peu petit joueur, mais 11, là, j’ai tout de suite eu confiance.
Evidemment, ça prend un peu de place, mais quand on n’aime, on ne compte pas.

Mais rien ne s’est passé. Alors, j’ai décidé d’aller à la plage, pour que la journée soit un peu plus souriante que l’aube.

En arrivant, juste à côté de l’accès, j’ai lu cette intéressante contribution à la controverse sur le burkini.

P1040347

©Bleufushia

A POAL!

En même temps, celui qui a écrit ça paraît au fait de l’actualité brûlante, aussi bien de la polémique plagesque que de la récente réforme de l’orthographe : « deux pavés écrasés avec la même mouche », comme on disait à mon époque.
Au courant d’une partie de l’actualité, du moins.

Il n’a visiblement pas entendu ce délire à propos du bébé d’un an et demi dont la maréchaussée a forcé les parents à le rhabiller fissa, sinon amende !
En tout cas, il a le mérite d’afficher clairement ses convictions. C’est un peu radical, et pas très argumenté, mais bon.

Il est vrai que maintenant, tout se complique dès qu’on est sur le sable.

Je pense à sa solution et je ne sais pas si, comme cela est arrivé sur certaines plages corses, il y a fort longtemps – du temps de ma jeunesse, c’est vous dire – celui qui suivrait ce conseil se trouverait non seulement verbalisé, mais également enduit de goudron et de plumes.

Je suis restée assise sur le sable un court instant, mais le soleil tapait dur : j’ai envisagé de couvrir mes épaules d’un paréo pour ne pas virer écrevisse, mais après examen des conséquences possibles, j’ai renoncé, et j’ai fini par plonger et nager au large, à la recherche d’un peu de calme et de solitude, loin de l’hostilité du monde.
Alors que j’étais en train de planer au-dessus d’une falaise sous-marine, je me suis avisée que mes oreilles captaient un cliquetis assez fort. Très fort, même.

Merdum, v’là que j’allais me faire hacher menue par un Chris Craft lancé à toute vapeur (faut dire que je nage toujours hors-piste, et qu’il n’y a pas intérêt à s’endormir sur le gigot, vu le nombre de pékins qui ont suffisamment de tunes pour te pourrir la mer à coup de moteurs).

Je lève la tête, prête au sprint, et là, rien… c’est la rentrée, et le possesseur de Crisscrasse (c’est comme ça que j’appelais ça dans l’enfance) est sans doute retourné à la capitale (ou ailleurs).
Le bruit était là, cependant, bien présent.
Au retour, je m’informe (poliment) sur gogol les mouettes de ce qui peut bien causer ce bruit, et là, j’en découvre de bien bonnes.

Les fonds de la Méditerranée (mais pas que) sont infestés d’Alpheidae, un bestiau muni d’un véritable taser. Elles font partie des « espèces communes » (à ces mots, mes muscles horripilateurs fonctionnent à donf – vous comprendrez pourquoi quand vous aurez lu ce qui suit), qui ne vous attaque pas au corps-à-corps, là où vous auriez vos chances, mais à distance, et en traître. Elle fait dans l’attaque surprise et éclair (ça nous rappelle le monde tel qu’il est, non ?)

En deux mots, « l’Alpha » (mais pas l’Omega) – c’est moi qui l’appelle comme ça -, c’est une crevette mignonette : moi qui avais peur de virer écrevisse, vous croyez que c’est un signe ?

alpheidae

ne vous fiez pas à la tenue de bagnard, c’est pour amadouer l’ennemi !

Elle est minuscule et munie d’une grosse pince, et d’une autre normale. Si la grosse est sectionnée, la petite grossit, et à la place du membre absent repousse une pince normale.
Cette pince est un véritable pistolet (d’ailleurs, la bête s’appelle crevette-pistolet à pattes épineuses, ou crevette claquante).

Je vous la fais rapide… la crevette ferme la pince, qui dégage une bulle qui explose (par cavitation : j’ai appris ce mot – je suis ‘achement fière – qui désigne la naissance d’une bulle de gaz dans un liquide soumis à dépression), et le souffle se propulse à une allure folle – sur trente mètres (à 97 km heure) – pour aller zigouiller la proie visée. Ça émet un bruit dingue (220 décibels !), tout en produisant, sur son passage, d’autres bulles qui font aussi du bruit en éclatant.

crevette bulle

visez un peu la bulle, en haut à gauche !

Et en plus, ça dégage une chaleur non moins dingue (4700 degrés celsius, j’ai bien dit quatre mille sept cents, ça nous fait le barbeuque express pour le même tarif, si la proie n’est pas trop près – sinon, c’est direct calciné).

Paraît que des gens qui ont voulu mettre ça en aquarium se sont retrouvés un peu cons (oh, t’as vu comme elle est mignonne, cette petite crevette ! oh zuuuuuut !), parce que les parois de verre n’ont pas résisté !
Les dents de la mer, à côté, c’est presque de la gnognotte.

En plus, c’est une des espèces d’animaux « sociaux » : avec des rôles, une reine, une répartition du travail, et des robocops pour défendre les civils en cas d’état d’urgence (euh, je m’égare… toute ressemblance bla bla bla… mais pour tout dire, je ne me fierais pas plus à ceux-là qu’aux nôtres, qui me filent les jetons grave quand je passe, par exemple, à la gare de la ville voisine).
Outre le fait que les robocops vous grillent, vous tasérisent, vous déchirent le tympan, paraîtrait même qu’ils font carrément la guerre du bruit : ça va jusqu’à brouiller le sonar des sous-marins.

Pitaing, on n’est vraiment tranquilles nulle part !
Qui me dit qu’il n’y a pas de crevettes psychopathes qui vont muter et agresser le malheureux nageur en train de faire tranquillement la planche (de la planche à la plancha, il n’y a qu’un pas !).
Notez que tous les avis sont dans la nature : j’ai entendu un étudiant, au mois de juin, déclarer «moi, j’aime beaucoup griller du cerveau »… peut-être que ça lui plairait, à lui !
Mais pour moi, cette histoire de bulle et de dépression (imaginez une crevette déprimée, ça doit exister, dans la conjoncture actuelle), c’est  total la flippe !

entete_img_philippines_plongee_puerto_galera_atlantis_dive_shop_img_3768

crevette-mante

Et encore, on a du bol, parce que la crevette mante est pire (elle fait pareil, mais en plus, elle est plus grosse et capable de harponner ses victimes, et contrairement à la nôtre, elle a une vue redoutable), mais elle vit dans des eaux tropicales. OUF !

A propos de bruit, je lisais aussi un autre truc : la pollution des mers change l’acidité de l’eau, et cette acidité ne permet plus aux sons marins d’être absorbés de la même manière qu’avant. Du coup, les sons vont se propager encore plus loin, et le paysage sonore sous-marin est déjà en train de virer à la cacophonie. Il paraît que ça perturbe dru les grands mammifères marins, qui ne parviennent plus à s’entendre.

(En plus, je ne vous ai pas tout dit, mais la crevette mignonnette, elle n’est pas la seule à foutre le ouaï ! je vous raconterai ça une autre fois).
Avec la crevette-pistolet, les 220 décibels vont être perçus encore plus fort : va falloir mettre des bouchons d’oreille pour aller se baigner !

(et mon paréo, alors, j’le mets ou j’le mets pas ?)

serviciodecorreo-10.es_-6

Cette histoire de perception, ça me fait penser à la météo des plages : on y parle de température réelle et de température ressentie. Vous y comprenez quelque chose, vous ? (comment prend-on la température ressentie, hein ?)

En fait, je dois vous l’avouer : je sais pas vous, mais moi, je comprends pas tout dans la vie.

Allez, c’est pas grave !
Comme dit l’autre, « le monde est grand et le salut nous guette de partout »*

©Bleufushia

*Titre d’un excellent film bulgare (de Stefan Komandarev)

Si vous voulez voir la crevette pistolet en action