bleu fushia

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De l’art d’accommoder les restes (25)

voilureC’est le printemps, l’été approche.

Comment je le sais ?

Trop fastoche, la question : il est question de régime partout.
C’est pour avoir le corps parfait sous le maillot, on ne me la fait pas.

Motivés, motivés !

Le chef nous a demandé de créer un nouveau diplôme – faut innover, qu’il a dit, montrer qu’on est à la pointe du progrès zet de l’excellence -, mais non seulement sans moyen supplémentaire, mais de surcroît, avec des moyens en moins.
On a travaillé, cogité, raboté, innové, on y a perdu de précieux neurones, on a fini par rendre un projet nickel chrome : complètement en phase avec les exigences drastiques des autres, des ciseaux, des bouts de ficelle, des selles de cheval, du scotch, et hop hop hop.
Fiers comme des bar-tabacs, après des heures de boulot magnifique, de tentative d’équilibre, de raccommodage, d’étayage de tout ce qui se casse la gueule.

la place de la musique

la place de la musique

J’ouvre une parenthèse :
Ce matin, j’entendais un truc à France Info : une interview de je ne sais quelle femme politique, causant de la réforme du collège, et de la mise en place de l’interdisciplinarité partout (chose qui m’énerve plus que tout, non que la notion ne soit pas intéressante – évidemment, qu’elle l’est ! – mais parce que le fin mot de l’histoire, là-dessous, c’est le lent chemin vers la fin des disciplines, des contenus, et des profs qui vont avec – encore le régime, vous dis-je !).
Le commentaire de la femme politique (qui est un homme comme les autres quand elle est au pouvoir) est que le principal obstacle à la mise en place de cette merveille, c’est que les profs sont des feignasses.
Et la journaliste de conclure : « eh oui, ça en rajoute à la charge des enseignants , qui est de plus en plus une réalité ».
Vous voyez, je le disais. Avant, ils ne foutaient rien !

Le sous sous sous chef (celui qui se tape tout le sale boulot pour pas un rond, et sans aucun pouvoir autre que de jouer le rôle de tampon) est convoqué par la Gouvernance (riez pas, c’est comme ça que ça s’appelle), pour le résultat des courses.
Et là, patatrac :
– ça ne va pas être possible, votre histoire !
– ah bon ?
– non, vous avez rajouté une ligne en donnant un nom au nouveau diplôme créé.
– oui, peut-être,
– vous comprenez, il faut créer, mais sans créer non plus… on travaille dans un souci constant de décomplication.
– euh
– est-ce que vous vous rendez bien compte que votre offre de formation est obèse ?
– euh
– O-BE-SE !
– …
– Vous vous rendez compte de la chance que vous avez qu’on n’ait pas encore fermé votre master, il n’y a pas beaucoup d’étudiants inscrits…
– euh (nb. je trouve aussi, comme vous, que le sous sous sous chef est un peu laconique, mais on comprend qu’il chancèle intérieurement devant une telle accusation, doublée d’une menace en sourdine)

Il se tourne néanmoins vers le sous chef, qui, en son temps, a été un opposant à tout ça, et qui, de plus, avait manifesté un certain enthousiasme pour le projet, lui demandant de l’aide.
Pendant que le sous chef se prenait d’une passion soudaine pour une fissure dans le mur, le chef en chef (monseigneur la Gouvernance) dit :
– Excusez-moi, j’ai un autre rendez-vous maintenant.

Il est quand même rudement poli, ce chef en chef : non seulement, il demande qu’on l’excuse, mais il a la ponctualité dans le sang (on ne fait pas attendre le rendez-vous « suivant », jamais ! C’est de la politesse élémentaire).

Lorsque le sous sous sous chef nous narre ça, il y a des étudiants dans les parages (ça se passe dans un couloir, il est un peu fumasse, il nous dit ça directos quand on le croise).
Un étudiant commente :
– Sûr, un nouveau diplôme, ça doit coûter des sommes gastronomiques de folie !

Ça me rappelle un truc que j’ai lu cette semaine sur twitter : un prof qui montrait un extrait d’une copie d’un élève de 4ème. Il s’agissait de donner un exemple de liberté.
Le gamin avait écrit.
« Je suis libre de faire un braquage, le commerçant est libre de ne pas aimer ».

Quoi, ça n’a pas aucun rapport ?
Un jour, à force de nous faire subir n’importe quoi, les têtes de nœud qui nous gouvernent risquent gravos l’accidentalité (mot entendu à la radio aussi : un jour, il faudra que je fasse une liste des mots totalement à la con qui nous envahissent)
Ce jour-là, ils seront libres de ne pas aimer, mais ça leur fera une belle guibolle.
A montrer sous le maillot.

Jerzy Ruszczynski

Jerzy Ruszczynski

©Bleufushia
PS j’ouvre mon mail professionnel, et je trouve un courrier envoyé par la Gouvernance
« 
Nous retenons donc que les demandes de modification (tant pour la licence que pour le master) sont retirées. Permettez-moi de remercier l’équipe pédagogique pour son implication et sa réactivité. »

J’aurais pas dit ça comme ça…

 

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Proches de la syncope (3)

OI___e1Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.
Aujourd’hui, la fille sage à la blondeur candide était sage – pas forcément candide, mais je n’en sais rien, au fond – et ne rêvait pas.
Ou du moins, ça ne se voyait pas.
Mais un garçon – mèche sur l’oeil dans un désordre savamment élaboré, sourire timide, famille apparemment aisée, mais léger accent des banlieues – à qui je me suis aventurée à demander des précisions sur un rythme, m’a répondu après un moment de douloureuse réflexion… « il est trop bâtard, ce rythme, madame ! »
Sa bonne volonté à me répondre s’est heurtée à mon sourire réjoui. Il a pris l’air désolé de celui qui se dit que, trop tard, il s’est loupé, et cette réplique va le suivre et lui coller à la peau le temps de sa scolarité.
J’avoue que je ne m’étais jamais interrogée, avant sa remarque, sur la parentèle de la syncope, c’est sans doute un tort.
Cependant, j’ai trouvé que ce garçon, qui ne connaissait visiblement pas intimement le rythme en question, le jugeait quand même un peu vite.
Je crois qu’à son âge, je n’aurais pas osé être si péremptoire.

©Bleufushia

NB 1.3.1.2. = A.C.A.B (All Cops Are Bastards)