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« La vie j’y comprends rien »

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Blue journey (spectacle de danse)

« N’attendez pas que je dépasse vos attentes, parfois, je ne dépasse même pas les miennes. » (Maria de Queiroz)

Parfois, souvent, de plus en plus fréquemment, je me surprends à flotter.

Avec l’impression que je ne comprends pas toujours tout au monde qui m’entoure.
Au milieu des « joyeux débordements de ma vie », se dessinent des fissures humides, dans lesquelles je barbote tant bien que mal, alors même que je me crois les deux pieds sur la terre ferme.

Je pourrais, pour expliquer ce phénomène de vertige furtif qui me saisit chaque jour un peu plus, prendre des exemples terribles, visibles dans leur extrême absurdité, comme le pourquoi on détruit la planète, la barbarie ordinaire, les ravages du capitalisme et j’en passe.
Mais j’ai envie de vous demander si, comme moi, vous êtes sensibles à ces faisceaux d’indices minuscules – que presque personne n’a l’air de remarquer – qui introduisent dans notre quotidien des éléments d’irréalité augmentée, créant à la longue un perceptible malaise dans les failles qui se sont entr’ouvertes.

Je ne parle pas de la différence entre fantasme et réalité, même si, pour prendre un exemple idiot mais récent, lorsque je me suis retrouvée sur la place centrale de Pont-à-Mousson, ville dont le nom m’avait fait voyager jusque là gratos dans un exotisme luxuriant, je me suis sentie un moment suspendue par un pied à mon étonnement incrédule – évanouissement brutal des Tropiques -, avant de retomber dans un grand splash (faut vous dire que je suis une quiche en géographie).

Ni de la différence entre réalité et artifice, comme lorsque la mairie de la ville où j’habite interprète le terme « espaces verts » en remplaçant l’herbe des massifs publics par de la moquette verte synthétique. L’illusion de la couleur suffit, c’est clair.

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Non, je vous parle de tout ce qu’on croise et que le (le = mon, ici) cerveau ne parvient pas à intégrer. Cette salade de fruits de trucs sans queue ni tête qu’on nous vend à longueur de temps, en qui, peu à peu, « acquiert plus de potentiel que le réel ».
Et qui me laisse le cerveau en état de tétanie aggravée (« en état de tétanie », c’est beau comme du Bobby Lapointe, je suis contente de moi sur ce coup-là)…

NE PENSEZ PAS A UN ELEPHANT !

J’ai lu quelque part qu’un psy avait placardé ce panneau sur sa porte d’entrée, pour mettre l’accent sur la focalisation dont l’esprit est capable malgré lui – focalisation qui le bouffe et l’empêche de batifoler sur d’autres plate-bandes.

Pour moi qui continue à zoner sur le site internet de mon ancien boulot – une fac de lettres, quand même – (et pourtant, je le fais en sifflotant et en pensant à autre chose), ce que j’ai à l’esprit, lorsque j’y passe un instant, c’est la culture (et, de fait, son « négatif », et le silence étourdissant de sa disparition, qu’elle soit littéraire ou scientifique). Avec une petite pensée pour Perec.* Moins il y en a et plus je la cherche. En vain !
Sur un ton enjoué et empli de fierté, la gouvernance (ou du moins l’équipe rapprochée de la gouvernance) nous fait part, de mois en mois, dans une newsletter « vendeuse », des dernières nouveautés qui permettent à l’établissement d’être glorieux et en pointe.
Je vous livre les deux dernières que j’ai repérées :

  • Le concours de la meilleure présentation de thèse en trois minutes (qui a mobilisé des centaines d’étudiants : à la réflexion, je trouve ça assez peu novateur : le tweet m’aurait paru un format plus porteur pour donner à connaître le contenu de trois années de recherche)
  • La mise en place du dispositif des IdéesFricheurs, mot valise plein de fraîcheur.

Je vous copie un extrait de la prose associée :

« Le projet Pépite (NB. « Pépite », dans ce contexte, ça fait mariage de la carpe et du lapin, non ?) propose à soixante étudiants un accompagnement à l’entreprenariat. Réunis dans le learning center en quatre afterclass, en équipes formées à l’issue d’un jeu brise-glace (NB. avec le réchauffement climatique, y a encore de la glace à briser ?), les étudiants apporteront des solutions innovantes au challenge d’une grande entreprise. Développez votre créativité ! »
Et l’accompagnateur d’expliquer qu’il s’agit de réfléchir au fait que « le besoin client n’est pas forcément adressé ».

Prosternons-nous devant l’infinie grandeur de l’établissement d’excellence !!! (celui-là même qui a vidé de tous ses ouvrages la bibliothèque de grec ancien, arguant du fait que, « de toute façon, plus personne ne lit le grec ancien » !)

Là, je ne pense plus du tout à un éléphant, mais l’imminence de la catastrophe ultra violette me terrasse**. C’est ça qu’est devenue l’université !

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(et croyez bien que ce ne sont que deux exemples : j’en aurais d’autres, moins anecdotiques, à raconter – par exemple sur la façon assez particulière de « gérer des risques psycho-sociaux » dont on prétend dans ce lieu qu’ils n’existent pas et que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, ou encore sur la politique de « new management », qui instaure une évaluation et une surveillance permanente des enseignants. Mais pas dans cet article. Il me faut plus de courage que je n’en ai aujourd’hui pour aborder la question de ce que devient le travail dans les services publics transformés en entreprises).

Irréalité aggravée

Le jour de cette lecture édifiante de cette newsletter, j’ai continué en baguenaudant sur ma BAL et sur le net.

Et en me sentant basculer d’article en article.
Voyez seulement : j’y ai trouvé, en vrac…

– une invitation à aller « faire une expérience lunaire » en essayant une bagnole de marque française (merci, j’ai déjà le bleu virtuel qui bugue, pas la peine d’en rajouter une couche !)

-un article intitulé « Le pissenlit prend sa retraite » (un collègue ?). En fait, l’histoire d’une nuance de bleue découverte par hasard, aussitôt brevetée et récupérée par une marque de crayons (qui lance même un concours pour lui donner un nom). Le pissenlit, c’est le jaune évincé par l’arrivée du petit nouveau (le « bleu » !)

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Plus que le fait qu’en présence d’une poudre bleue, on puisse se demander s’il s’agit d’une nuance inconnue et si on ne pourrait pas se faire du fric dessus – combien il existe de bleus différents ? – ce qui me sidère est la privatisation systématique du réel… couleur, eau, air, mots, et j’en passe.

Je ne parviens pas à concevoir – je sais, il me manque une case – que tout soit recouvert de fric, de profit, de propriété privée. Et si je le constate, ça me défrise gravement.

-l’histoire de cette marquise, au XVIIème siècle, qui avait appris à nager sur son canapé, sans projet de nager un jour dans de la vraie eau (déjà l’eau virtuelle, à l’époque !).

-la (non)vie de l’Ukranienne qui s’est transformée en Barbie humaine

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-la présentation de la famille royale anglaise comme un exemple typique des extra-terrestres  reptiliens qui dominent l’univers en douce (avec une question lancinante à propos d’une vidéo dans laquelle on a vu Elizabeth avec un œil rouge, signe évident du démon)

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– et, à propos de regard, une anecdote sur la vie du peintre Victor Brauner, qui a perdu un œil après avoir peint son auto-portrait à l’œil crevé.

Je regarde, au-dessus de mon bureau, la photo que j’ai faite de la Sans-fond, une rivière vers Dijon…

Si, au-delà de la connerie, même les rivières n’ont plus de fond, s’il nous faut douter de la réalité de toute chose, je vous le demande, où va le monde ?

Tiens, ça me fait penser à l’excellent Rebotier

Litanie de la vie j’y comprends rien

©Bleufushia

Pondu ce jour, Mercredi 25 Merdre 144 (APPARITION D’UBU ROI – fête suprême seconde)

*Georges Perec, auteur de « La disparition », livre né d’une contrainte Oulipienne : écrire sans aucun « e »

**L’existence de la « catastrophe ultra-violette » est une découverte récente. Il s’agit d’un concept appartenant à la théorie des quanta, concept auquel je n’entrave que couic, mais dont j’adore le nom.

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Jubilation (41)

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Daniel Firmant

Ce n’est pas la campagne de Russie, mais…

… me voilà à l’heure de la retraite.

Pas encore devant l’entrée de la maison du même nom, mais tout est une question de temps…
C’est très étrange, parce que j’ai encore 18 ans, je le sais, mais c’est là.

Je n’aime pas ce mot, qui a des relents d’obscure capitulation, ou de couvent, et la différence entre prendre sa retraite et battre en retraite me paraît ténue.

 A ce propos, j’ai, en fait, déjà battu en retraite en octobre dernier, et ai passé ma dernière année professionnelle à l’arrêt (pas aux arrêts, je vous rassure). Ce qui me fait rire est que je viens juste de recevoir mon avis de notation annuel. Cette année, le commentaire me laisse aussi rêveuse que ne l’avait fait celui de l’an dernier (mais pour d’autres raisons). Finies, la constance* et la sérénité**.

« Madame Machin a été très investie dans son travail cette année. »

Oui, vous lisez bien. L’investissement dans l’absence, c’est-y-pas merveilleux ! ma vie est un oxymore !
A la lumière de cette appréciation, je me demande si je n’en faisais pas un peu trop les années précédentes, finalement. Parce que surinvestie, c’est presque une critique, non ?

Mais je reviens à mes moutons.

Il y a dans la retraite un mouvement en arrière : on se retire, on s’isole, on cède du terrain devant l’adversaire, on abandonne le champ de batailles. C’est fini, on n’ira plus de l’avant, fier et droit, on ne participera plus à l’effort de construction de la riante société de demain (pour le moment, plutôt à l’état de ruine fumante).

Non, on est sur la voie du hors champ, de la disparition,  de l’effacement progressif.
C’est moyen, vous ne trouvez pas, comme projet de vie ?

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L’hermite (tarot des Visconti-Sforza)

Jubilons, jubilez !

Finalement, j’ai eu une idée, je vais me faire naturaliser espagnole.

Parce que eux « jubilent », au lieu de se carapater en catimini (rien à voir, mais vous saviez, vous, que l’origine du mot catimini serait le mot grec  katamênia – les menstrues-, qu’a priori, on cache, œuf corse).

Plus de menstrues à la retraite, la jouvence est finie, ce qui n’empêche pas de se jouer le film« Catimini-le retour» !).

J’ai donc décidé (vous êtes les premiers à qui je le dis) d’être une jubileuse.

Celle qui pousse des cris de joie : yep yep yep ! en dansant la danse du scalp au lieu de se morfondre.

Les mots, quand même, c’est chouette ! vous en changez un seul, et d’un coup la vie se colore autrement.

Pour commencer, les cahiers au feu, et la maîtresse au milieu ! hop, fini le boulot ! « Il envoie tout dans le plafond… ça pleut les papelards, les dossiers… Une fois… deux fois… il recommence ! Toujours poussant des hurlements ! des joyeux !… Il est jubileur ! (Céline, Mort à crédit)

Disparaît la fonction, reste l’individu, dans son ébouriffante virginité (euh, t’en fais pas un peu trop, là ?).

Et puis, si on fête mon jubilé, j’en ai encore au moins pour 50 piges devant moi.
Et quitte à flirter avec le vocabulaire catho, je préfère un bon jubilé [l’année de la rémission de tous mes péchés (champagne !) – et même des peines pour les péchés]  à la retraite au fond d’une cellule.
Qu’on se le dise.

Xylolalie (et lalalère)

Une fois ma carrière partie en fumée, je me suis mise, toujours sur le mode sioux, à éplucher la prose institutionnelle des derniers mois, histoire d’eraser grave ma BAL, et du passé de faire table ra-a-ase.
Avant de tout foutre en l’air, j’en ai prélevé pour vous quelques menus échantillons, qui me semblent faire sens (comme dit l’autre).
Ça faisait un moment que je n’avais pas jeté un œil sur la prose de la « gouvernance ».

En quelques mois, les chefs (qu’il est bon, mais bon, qu’ils ne soient plus les miens, ceux-là !) se sont mis à parler bizarrement.

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Plonk et Replonk

Ce n’est même plus de la langue de bois (ou alors, de l’aggloméré), ni de la novlangue, c’est un truc qui ne ressemble à rien. Vous rajouterez par là-dessus une petite réforme de l’orthographe, et on va finir par se demander vraiment où et dans quel état on erre.
Jugez-en par vous-mêmes (ce sont les premiers qui me tombaient sous les yeux).

-« Je vous invite à vous rendre à la réunion de  présentation de la cinématique des déménagements » (il est à quelle heure, le film à la cinématique ?)

-« Interviendront la société Melaudix (en sous-sol) et la société Déméninge (parce qu’on est quand même dans une fac, faut pas oublier !) en charge de l’ingénierie de déménagement.»

-« La DEPIL a procédé à une modification du mode opératoire d’affranchissement sur l’ensemble des campus, l’objectif principal étant d’assurer un reporting précis des dépenses » (…et par un prompt renforting, nous nous vîmes trois mille en arrivant Topor)

-« Nous demandons aux agents qui n’ont pas pu accéder au campus XXX lors des 2 journées de blocus (20 et 28/04) de poser un jour de congé » (on serait pas dans un monde un tout petit peu libéral, par hasard ?).

Je pourrais continuer ainsi sans problème : tout est à l’avenant. Mais la dernière citation m’amène dans le vif du sujet. La contrainte, l’irrespect, la manipulation, les changements subreptices mais cependant brutaux de règles, bref, le monde capitaliste comme il est, juste à vomir.

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Gabin dans Mélodie en sous-sol

Vous reprendrez bien un peu de censure (potinons quelques petits potins)

Plus l’université-entreprise prend son rythme, et plus elle laisse voir sa vraie nature. Elle ne la cache pas, au demeurant : quand on a les pleins pouvoirs, on aurait tort de se gêner.

Cette année, il y a eu des élections internes, pour le renouvellement de la gouvernance. La continuité sans changement, malgré la majorité des suffrages obtenus par les opposants à l’équipe en place, qui laissait entrevoir la possibilité d’un changement de têtes et de programme.

Un tour de passe-passe, et le tour était joué : le vote des personnalités extérieures triées sur le volet a emporté le morceau (par exemple, la candidature de Guédiguian a été refusée : trop « pas dans l’axe » ! d’autres ont été invalidées après terme, pour manque de pièces… non demandées dans le dossier), après des incidents de parcours en tout genre.

Parmi ceux-là, l’histoire de la déclaration de foi pour être candidat, dont les chefs avaient fixé le nombre de mots précis qu’elle devait contenir. La liste d’opposition a déposé une déclaration en bonne et due forme, dont les deux derniers mots (et pas des moindres : « la démocratie ») ont étrangement disparu du mail transmis… c’est balot, mince, pas conforme, pas de déclaration… pas de bras, pas de chocolat !
Mais il y a aussi l’histoire des listes de diffusion sur la messagerie interne.

J’ai connu l’époque où, sur la messagerie, il y avait une liste sur laquelle se trouvaient tous les personnels de la fac, tout site confondu (l’université était déjà répartie en différents bâtiments dans des villes différentes).

On voulait passer une annonce, donner son avis, conseiller un lien, annoncer une réunion, une manif, une pétition, pousser un coup de gueule, et j’en passe, on allait sur « all-users » (déjà de l’anglais… une amie avait détourné cette dénomination, au moment où nous avons perdu le combat contre la loi d’autonomie des universités en parlant de la liste « all-loosers »), on tapait son message, et une seconde après, tout le monde y avait accès. Pas de modérateur, pas d’embrouille, et pas de censure (même s’il me revient un épisode où un vice-président assez lourdingue nous abreuvait quotidiennement d’une prose indigeste, et d’articles de torchons de droite réécrivant la réalité… et qu’on était un certain nombre à espérer qu’il se taise enfin, ou à vouloir l’expédier en spam – mais cette fonction n’existait pas non plus sur la messagerie),  
Puis la modernité est arrivée, et avec elle, la fusion des universités en une seule usine à gaz, qui s’est dotée d’une messagerie à l’image de sa grandeur, de son excellence, et de son extrême modernité.

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Audacieux (un bel exemple de comm de ma boîte)

(oh, c’est beau, ça me fait vibrer…)

Désormais, les seuls qui ont accès à l’écriture sur la liste « all-users », ce sont les chefs. Même les syndicats ayant pignon sur rue n’ont pas obtenu la possibilité d’utiliser cette liste. Faudrait quand même qu’ils arrêtent de vouloir nous abreuver de leur prose inutile…

Depuis deux ans, il en est ainsi.

Parallèlement à cela, l’université s’est dotée d’un service de communication qui pilote tout, et livre aux foules en délire une image policée et idéale d’elle-même. L’ouverture de ce service a fait mettre à la casse l’ancienne « Télé campus », dans laquelle des étudiants (indépendants) donnaient à voir des enquêtes, des points de vue, des réflexions issues des centres de recherche… A la place, des annonces de cérémonies pour fêter des accords commerciaux avec le monde de l’entreprise, des auto congratulations sur notre degré mondial d’excellence. Du positif, du « qui va de l’avant ». Du correctement moderne.

Cela ramène à ma mémoire un souvenir ancien (c’est juste parce que j’ai mauvais esprit, faites excuse !).
Juste après la chute de Ceausescu, j’ai fait partie d’un petit groupe de directeurs de départements qui a reçu une délégation des nouveaux ministres roumains, venus demander conseil. Parmi eux, le ministre de la « communication et de la propagande », dénomination double qui m’avait presque autant étonnée qu’un des critères de notation des profs de collège (autorité et rayonnement – on continue à nager dans l’oxymore).

Lors du dernier comité technique, il a été posé à notre Magnifique Gouvernant la question suivante : « êtes-vous d’accord pour créer une liste de diffusion ouverte permettant l’expression libre des personnels ? »
Réponse du Président :
« Cette question a suscité une réflexion de la gouvernance et de la direction. Compte tenu de ce qui s’est passé au cours des dernières semaines, les listes de diffusion ouvertes ne semblent pas adaptées. Il faut encore réfléchir pour trouver des moyens plus adaptés d’expression et de création de lien social entre les personnes. »

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 Je suis, personnellement, un peu étonnée qu’il soit encore question de « création de lien social » dans une entreprise dans laquelle on n’a plus que des contacts virtuels avec des machines (Mathieu vous raconterait mieux que moi la saga du « ticket » qu’on envoie à l’aveugle dans le cyber espace – mais non, y a pas d’aveugle, c’est l’envoi qui part on ne sait où et dont on ne sait ni où il aboutit, ni s’il aboutit). Où tous les lieux de rencontres ont été supprimés…

En tout cas, à cause de l’absence de « moyen adapté », l’équipe des opposants, qui rédige depuis les élections une excellente Gazette, drôle et bien informée, est, par exemple, interdite de diffusion par la voie interne (avoir voulu faire savoir la réalité de cette censure c’est à ça que notre Merveilleux Gouvernant fait allusion plus haut)..

Cela dit, si vous voulez un avis avisé de spécialiste (je suis quand même musicienne/dinosaure, vous pouvez vous en référer aux épisodes précédents, si vous avez le moindre doute à ce sujet), je vous dirai que finalement, il a raison, le MG : trop de pensée divergente crée certainement de la dissonance cognitive.

Je ne suis pas adepte de la polyphonie, vite synonyme de cacophonie, et je trouve finalement reposant qu’on n’entende qu’un seul et unique son de cloche.

Dans les choses que je trouve bonnes aussi, à la réflexion (quoi, j’ai changé d’avis par rapport à ma position antérieure ?), c’est l’histoire du département de philo (un repaire de mal pensants) à qui on a interdit de procéder à des élections, prétextant que « certains enseignants se seraient plaints de souffrance au travail « . Malgré leurs protestations, un administrateur extérieur a été nommé.
Circulez.

Y en a pas un qui parlait du silence des pantoufles pire que le bruit des bottes ?

La retraite ne me sauvera pas de la lente mais irrésistible ascension de cette forme de totalitarisme (dans un lieu où on ne pense pas, a priori, que cela puisse advenir), elle m’en éloignera seulement, en me dispensant désormais, dans ce lieu-là du moins, de l’épuisement d’une lutte sans merci et sans issue.  Je reste empathique avec les collègues et néanmoins amis contraints de durer dans cette galère.
Pour ce qui est de moi, vaut vraiment mieux que j’aille jubiler ailleurs, mon humeur s’en trouvera certainement adoucie.

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Demon Harvey (land art)

Pour m’adoucir encore plus, il me reste le souvenir de tous les moments d’humanité partagée avec les étudiants, dans un aller-retour permanent, la richesse du contact confiant et du chemin mené ensemble, la gratitude de certains qui ont avancé plus qu’ils ne l’espéraient, le bonheur toujours renouvelé de la conduite de relations maïeutiques, le pétillement des rires émaillant le sérieux du propos et de la tâche… et la mémoire souriante que je garde, précisément, de beaucoup d’entre eux, de leurs histoires, de leurs doutes, de leurs désirs.

Et la conscience d’avoir fait ma part.
A côté de ça,  l’institution qui a perdu toute âme en la vendant aux pouvoirs abusifs et au fric, ça a finalement une bien sale gueule.

©Bleufushia

Pour tout savoir sur ma constance et ma sérénité

* https://bleufushia.wordpress.com/2015/12/31/moi-jmen-balance-37/

** https://bleufushia.wordpress.com/2015/12/27/serenitude-absolue-36/