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Lotta

©Bleufushia

Berlin – immeuble alternatif près de Hackesche Markt ©Bleufushia

Il y a les textes que j’écris, et tous ceux qui restent lettre morte, bouts de scénarios rangés de façon aléatoire et sommaire dans un coin obscur de ma mémoire, qui ressurgissent de temps en temps, parfois aboutissent à un texte fini, mais le plus souvent s’estompent à nouveau, bribes d’histoires déjà vues.

J’ai décidé de prendre des notes pour des textes que je n’écrirai pas.

Portrait de groupe à 4 personnages (dont un, l’enfant, ne compte pas vraiment ici), mélodrame à six sous.
– Carlotta et sa fille – c’était le passé.
– Freddie, le marin, l’homme à la balafre et à l’oeil bandé, le mari de Carlotta, et son éternel perroquet sur l’épaule, ramenés d’un port lointain (l’oeil crevé, et l’oiseau).
– Lotta – la même, mais une autre – c’est maintenant, c’est le présent. Elle a laissé tomber le Car- pour Lotta, seulement Lotta, à cause de Lotta continua, à cause de Led Zeppelin (et de son Whole Lotta love), à cause de Lotta libera – parce qu’elle ne veut plus jouer selon les mêmes règles, parce qu’elle s’est libérée, et surtout, parce qu’elle trouve que son nom claque mieux comme ça.

Entre Carlotta et Lotta, tout un monde : une teinture de cheveux, de la lascivité, l’abandon du rôle de la femme soumise, mère avant tout, au profit d’une sensualité chaque jour plus affirmée.

Entre les deux, un acte de rébellion.
Freddie voulait que Carlotta se fasse tatouer un coeur avec son nom à lui sur la poitrine, entre les deux seins, en signe d’appartenance éternelle, d’allégeance absolue, et elle a désobéi.
A la place, elle s’est fait tatouer un signe de révolte féministe. Désormais, elle n’en fait qu’à sa tête, elle use de son corps comme elle le veut, selon son désir, avec qui elle veut. Elle ne veut ni mari, ni amant, juste des amours volages.

Elle se couche avec volupté dans les draps bleus de la luxure – oui, c’est bleue qu’elle la voit.

Freddie voit rouge de son oeil unique. Il a les mains ensanglantées, bien que jointes dans une tentative de demande de pardon (après tout, il est dans son bon droit, elle l’a trompé sur la marchandise), qu’il n’obtiendra pas, on le sait.
Si on regarde mieux, l’abandon dont Lotta témoigne s’accompagne d’une certaine fixité dans le regard, même s’il y subsiste encore un instant un souvenir de sensualité.
Ce sont les yeux d’une femme dont la vie vient d’être ôtée.
C’est l’image d’un crime, mais soft, en déshabillé bleu à pois blancs.

©Bleufushia

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