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Athènes again (galerie 2)

D’autres murs de résistance, dans le coeur battant d’Athènes Toutes les photo sont de Lili (©Bleufushia) Pour regarder la première galerie, suivre le lien : https://wordpress.com/post/59142692/614 Pour visionner un montage vidéo effectué à partir d’autres images des murs d’Athènes, suivre le lien : https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/25/we-are-chaotic-dreamers-deambulation-2-video/ Si vous souhaitez utiliser une de mes photos, merci de me le demander.

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Sur les murs d’Athènes (galerie 1)

En me promenant dans Athènes, au mois de septembre 2013, j’ai pris des clichés des murs (plus de 400 graffiti très différents) – essentiellement dans deux quartiers :

– Exarcheia (le quartier militant, jeune, universitaire, autour de l’Ecole Polytechnique -entre autres)

– Metaxourgeio (un quartier où se côtoient des immigrés, des artistes, des gens en marge au milieu de bâtiments dont beaucoup sont partiellement en ruines, donnant à certaines rues un aspect de chaos urbain).

Dans ces deux quartiers, on ne compte pas les maisons fermées, les murs occultés par du bois ou des briques, les squats, les immeubles qui ont l’air abandonnés. Je me suis rendue compte, en revisitant mes photos, qu’il est très rare qu’une fenêtre qui entre (plus ou moins par hasard) dans mes prises de vue soit ouverte. Volets clos, momentanément, ou barrés, immeubles aux fenêtres aveugles m’ont donné l’impression d’être en plus grand nombre que les autres (je n’ai pas fait une étude précise de la réalité, c’est juste mon feeling dominant).
Mes errances dans ces quartiers, dans des rues où j’ai tourné et suis retournée, m’ont donné la sensation d’une incursion dans un endroit un peu halluciné, parfois proche d’une ambiance à la Mad Max.

Les murs débordent d’expressions graphiques. Souvent extrêmement élaborées. Une vie extrême qui montre que cette ville n’est morte qu’en apparence, et que ce qui y circule est très vivace.
Dans l’enceinte de l’Ecole Polytechnique (dans laquelle résonnait une sono installée à l’entrée du campus, et diffusant des chants révolutionnaires), j’ai été impressionnée par la quantité et la qualité des tags (et la différence de l’aspect visuel des  facs françaises au cours de précédents mouvements de lutte).
Les images sont variées, et, bien que je ne comprenne pas le grec, même celles qui n’ont pas l’air politique m’ont souvent semblé l’être.

Par exemple, il y a un certain nombre de murs de street art qui correspondent à des illustrations un peu naïves – comme des représentations d’un monde de bisounours auquel personne ne peut croire. Très souvent, au milieu, un détail qui détonne et donne le ton !
Ça me fait penser à la façon dont, en temps de dictature, au Brésil, l’expression de la contestation,  ou les images « pour faire penser » revêtaient des aspects « inattaquables » mais auxquels personne ne se trompait.
Tous ces murs racontent encore et encore une histoire de lutte, de répression, de résistance et témoignent d’une façon extrêmement marquante, pour le passant, de la dureté de la situation sociale et politique.

J’ai été frappée par la présence de thèmes récurrents : un nombre impressionnant :

de têtes de morts,

de masques à gaz,

d’Icare aux ailes coupées,

de personnages d’un graffeur qui signe Exit et qui sont soit des sortes d’écorchés, soit des personnages d’une tristesse absolue, qui ont l’air de traîner leur désespoir silencieux avec difficulté

de visages sombres, aux yeux absents, ou clos

de personnages en train de crier, ou de saigner

d’enfants qui ne peuvent pas jouer, souvent associés à des adultes grimés en enfants, avec des jouets, des hochets, d’animaux inhabituels dans une ville (serait-ce les gens que l’on prend pour des bêtes ?)…

de « à la manière de » peintres contemporains (peut-être pour souligner, au moyen de graphismes « explosés », l’état de la société et des corps)

de corps violentés, en morceaux, et de têtes que l’on torture, ouvre, vrille…

de personnages en train de lutter (en pleine action / avec des messages contre la police, ou contre la troïka)

et bien sûr de slogans soulignant l’état de sujétion, par exemple, ou appelant au soulèvement.
J’ai effectué une première sélection – minuscule – dans mes clichés (j’ai, dans un premier temps, privilégié plusieurs de ceux où je n’ai pas cadré serré sur le graffiti, mais qui montrent aussi des pans de murs).
Juste pour donner à voir une ville et des gens qui se défendent au mieux de la violence qui s’exerce sur eux.
Juste parce que ces murs m’ont parlé et me parlent encore de gens, d’un pays, d’une lutte qui me touchent.
Juste parce que tout ça me révolte, en tant que citoyenne lambda d’une Europe qui broie les gens.

©Bleufushia (pour l’article et pour toutes les photos – si vous voulez utiliser une photo, merci de me le signaler)

Si vous désirez visionner un montage vidéo fait à partir d’autres photos des murs d’Athènes, suivez le lien :

https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/25/we-are-chaotic-dreamers-deambulation-2-video/
Le lien youTube direct de cette vidéo, c’est par là : https://www.youtube.com/watch?v=Dg5kFB0qfAM
Et la deuxième galerie photos des murs d’Athènes, c’est ici :

https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/30/athenes-again-galerie-2/#jp-carousel-661


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Hommage à une « Etoile folle »

Petit hommage personnel à ces « troupeaux de folles » de la place de Mai, et plus particulièrement à Estella Carlotto, fondatrice de ce mouvement, et dont la quête personnelle vient d’aboutir, 36 ans après (pour le titre de cet article, je me suis permis une licence, transformant Estella en Estrella, parce que je trouve que cette femme est une étoile, à sa manière obstinée).

folles de mai

Foulards de mères de la place de Mai (photo empruntée au blog pendantcetempslaailleurs.wordpress.com)

Un texte écrit après un voyage à Buenos Aires, après quelques heures passées sur la place, un jeudi parmi tant d’autres, à sentir monter les émotions devant leur combat contre la dictature, la barbarie, l’inhumanité.
Un texte écrit en « marathon » – chacun de 42 mots – dont le premier est emprunté à un général argentin, tortionnaire funestement célèbre – en hommage à ces mères de la Place de Mai qui en ont accompli plus d’un, de marathon, en trente sept ans de marche et lutte obstinées.

VARIATIONS AUTOUR D’UNE PLACE

Prélude
« D’abord, nous tuerons tous les agents de la subversion, puis leurs collaborateurs et puis enfin leurs sympathisants ; ensuite viendront les indifférents et enfin, pour terminer, les indécis. » (Général Ibérico Saint-Jean, gouverneur de la province de Buenos Aires, en 1977)

Place de mai 1
30 avril 77, le lange blanc de leurs enfants sur la tête, elles défient la police. Elles marchent dans le sens inverse des aiguilles, pour remonter le temps, avant la guerre sale. Trente et un ans qu’elles tournent. Attente sans fin. Obstination.

Place de mai 2
Mon châle effrangé, cent fois lavé. Tant qu’il reste un bout de tissu, mon fils est encore là. Mes plantes au contact des cailloux à travers la semelle de mes chaussures. Indifférence de ce policier militaire. Mon fils aurait son âge. Obsession.

Place de mai 3
Souvenir du jeudi où ils ont failli tirer. J’ai brandi sa photo en criant « FUEGO », comme Maria et Antonia à mes côtés. Toujours là, les semelles usées, leurs langes comme symbole, nos patiences infinies. On ne les lâchera pas. Résistance.

Place de mai 4
Le désert dans ma tête, le désespoir au ventre, ce noeud dans ma gorge. La peur disparue, trop longtemps à tourner en silence. L’absence gravée dans ma peau, mais ma présence silencieuse ici, tous les jeudis. Ils ne nous auront pas. Détermination.

Place de mai 5
Encore des pas, nos pas, nos regards silencieux, notre opiniâtreté. Combien de kilomètres avons-nous déjà marché dans l’attente de nos fils ? Combien de pas sans eux, sans tenir leurs mains d’enfants, sans pouvoir les aider à devenir hommes ? Infinie douleur.

Place de mai 6
Nos fils, enlevés, torturés, violés, anéantis. Nos vies détruites, englouties dans ce rituel qui est notre seule arme : marcher pour se souvenir d’eux, marcher encore pour protester, marcher inlassablement contre la junte. Jusqu’à ce que la dernière d’entre nous meure. Défi.

Place de mai 7
Notre vie en chiffres. Trente mille disparus, un enfant mort pour chacune, parfois deux ou trois, soixante-dix femmes pour le premier marathon de 24 heures, seulement quarante pour le dernier, mais toujours trois cent policiers. Trente et un ans de lutte. Impunité.

Place de mai 8
Bien sûr, nous savons qu’ils sont morts, mais leurs âmes errent parmi nous. Les Grands-mères, elles, cherchent encore. Combien de ces policiers sont issus de notre chair, et des ventres de nos filles ? Combien d’enlèvements politiques, de vies falsifiées ? Questionnement.

Place de mai 9
Les couleurs de ma vie. Rouge, son sang giclant sur le carrelage, ce soir où ils l’ont arrêté. Noir terreur, comme leurs uniformes, comme la nuit où ils s’embusquent. Rose comme la Casa Rosada, devant laquelle nous défilons. Blanche, notre subversion. Fatigue.

Place de mai 10
Avant, j’étais vivante. Avant, il vivait aussi, il riait, il luttait. Je n’ai rien fait d’autre de ma vie, depuis cette nuit, que marcher, marcher avec obstination, et réclamer la vérité sur leurs crimes et attendre que nos disparus les rattrapent. Révolte

Postlude
Disparus politiques. Vies abolies, dissoutes. « Subversifs » jamais nés, précipités dans l’océan. Destruction des documents. Effacement des traces. Tortionnaires épargnés, protégés. Ils comptent sur notre impuissance, sur l’érosion de nos mémoires, sur la fin de notre lutte. Permanence de la lutte.

24-marzo-dia-memoria

Jamais plus (slogan de ce mouvement de lutte)

Pour clore cet hommage, une chanson superbe d’une autre argentine, Mercedes Sosa (Gracias a la vida ; Merci à la vie)
dont quelques paroles disent :
Gracias a la vida,
que me ha dado tanto;
me ha dado la marcha
de mis pies cansados.

(merci à la vie qui m’a tant donné, elle m’a donné la marche de mes pieds fatigués…)

©Bleufushia