bleu fushia

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Fuir ou lutter ?

Topor

Approximation, quand tu nous tiens…

J’ouvre aujourd’hui Gogol pour me documenter sur ma nouvelle condition (mes proches prétendent en effet que je suis une grenouille), et je tombe là-dessus :

Le 14 mars (3/14), c’est « la journée de π et de l’approximation de π », jour que les mathématiciens fêtent en mangeant des pies (mais non, pas des pies, des « pies » – tartes, bien sûr !).

Et oui-kiki de nous expliquer qu’elle est « généralement célébrée à 1h59 de l’après-midi, à cause de l’approximation de six chiffres (3,14159). Certains utilisent une horloge à 24 heures, plutôt qu’à 12 heures, disent que 1h59 de l’après-midi est en fait 13h59, et à la place, la célèbrent à 1h59 du matin ou à 15h9, voire à 15h29 (3,141592

(NB. 29 et 92, là, on baigne dans l’approximation plein pot, mais bon, j’dis ça, j’dis rien!).

Mais comme quoi, la capacité des gens à ne pas être d’accord avec leur voisin est quand même assez phénoménale, vous ne trouvez pas ?

Moi, perso, depuis que je fais partie d’une famille d’amphibiens, j’avoue que les pies et les mathématiques, je n’en ai rien à battre (mais le fait de se disputer avec son voisin, si !), surtout depuis que j’ai découvert que j’aurais, prétendument, un cerveau qui me place à l’avant-dernière position sur le plan de l’intelligence, juste avant la poiscaille ! Trop vexée que je suis pas !!! groumph groumph groumph (je veux bien concéder que je ne suis pas encore très ok en terme de chant de grenouilles, mais bête, zut alors !).
Même si, à la fin de l’article concernant le cerveau de la grenouille, il y avait cette mention (rigoureusement authentique!) assez étrange – autant dans son propos que dans sa rédaction – qui m’a amenée à douter :

«Les précisions contenues dans ce site sont à hiérarchie informatif seulement . L’information est visqueuse par US et aussi que nous nous efforcions d’avoir les données au parfum et correctes , nous ne faisons aucune plan ou garantie d’aucune sorte , expresse ou tacite , sur l’exhaustivité , l’exactitude , la fidélité , la pertinence ou la délai de validité du site ou les indications , packs , interventions ou graphiques associés textes sur le site Web à quelque épilogue que ce soit. Toute cession que vous accordez à ces précisions est donc avec économie à toutes vos dangers et périls . » (sic)

Précisions grenouillesques

J’ai commencé, donc, à lire des infos sur les grenouilles (avec un drôle d’arrière-goût dans la bouche, à cause de la dernière phrase précédente : « toutes mes dangers et périls », diable !).
D’abord, je me suis décidée à être, désormais, une grenouille précise – foin de l’approximation! -, la « grenouille rieuse » (quitte à faire, autant se marrer), pour sortir de mon statut anonyme de (tête de) grenouille indifférenciée.

Puis, j’ai eu l’idée d’aller voir d’un peu plus près qui peuvent être mes prédateurs : en tant qu’humaine, je sais à peu près (les capitalistes, les hommes politiques, le système libéral, les chefaillons de tout bord, la pompe à phynance…), mais en tant que non-grenouille pendant plus de 60 ans, je n’avais pas vraiment idée.

Résultat des courses : comme je vis dans l’eau désormais, il y a des poissons (genre brochets), des serpents d’eau, mais comme il m’arrive de me prélasser sur mon nénuphar, je peux me faire choper par un héron (et rond petit patapon), et si je m’en vais batifoler sur l’herbe avoisinante, le renard (et autre quatre pattes) me guette.
Evidemment, si je suis une grenouille verte sur un nénuphar vert, et que je ferme les yeux, personne ne peut me voir (mais du coup, moi, je ne vois plus rien non plus).

Problème : la rieuse, elle est sympa, mais elle est vert olive (chouette, ça fait provençal), avec des pois noirs, et on la voit, même si elle a les yeux clos !
P’taing, je sens que la vie ne va pas être facile.
J’ai cherché quelle autre grenouille je pourrais être, j’ai failli choisir d’être une grenouille-tomate, mais là, ça m’a fait penser à un autre truc que je vais peut-être vous raconter et qui me file des frissons dans le dos. Et j’ai renoncé.

Une vie de grenouille

Avant, imaginez un peu :

Fermez les yeux, mais pas complètement quand même : surveillez les environs, à la manière d’un psychanalyste à l’affût, avec une attention flottante (normal, on est sur l’eau).
Ne lâchez jamais la vigilance de base.

Vous êtes une grenouille rieuse, présentement tranquille sur votre camp de base. C’est le début du printemps, vous êtes sortie de l’hibernation il y a peu, vous commencez à rêver libidineusement, ou pas, pendant que le soleil chauffe doucement votre peau, que vous prenez cependant le soin d’hydrater régulièrement, comme vous l’a appris votre maman.Vous vous fichez du temps qui passe, personne ne vous voit. Zénitude absolue.

Boucq

Du coin de l’oeil, cependant, alors même que, d’un coup de langue rapide, vous venez d’attraper et de boulotter un moucheron qui passait par là en croyant que vous dormiez, vous avisez au loin un volatile… mince : c’est un héron (et rond)!

Vos gênes commencent à s’agiter, rappelant à votre cerveau qu’il s’agit là d’un sacré danger, et vous sentez dans vos cuisses l’adrénaline de vos ancêtres – ceux qui se sont fait dévorer – qui se rappelle à votre bon souvenir.

Votre amygdale (pas les amygdales qu’on se fait enlever quand on est pitchoun, non l’amygdale, votre sentinelle émotionnelle, qui se trouve entre vos deux hypothétiques hippocampes – enfin, on va présumer que vous en avez, sinon, comment vous faites pour sentir le danger, hein? Même si un hippocampe dans une grenouille… je préfère que mon petit fils ignore cette histoire, sinon, je n’ai pas fini), votre amygdale, donc, commence à vous signifier avec insistance qu’il va falloir faire quelque chose : vous vous mettez à suer dru (parce que vous respirez par la peau, c’est comme ça, vous avez un trop petit thorax pour avoir des poumons!), vos pattes tremblent.

Devant l’agression prochaine, vous souffrez de tachycardie, votre cœur s’emballe, vos pupilles se dilatent, vous trouvez qu’il caille drôlement, parce que votre tension chute à vue d’oeil. Vous vous sentez faible, faible, faible !

Mais vous êtes maligne, vous savez que vous êtes la grenouille capable de faire les sauts les plus longs : plus de 2 mètres, quand même (tout est dans le « plus », qui vous rassure!).

Si du moins le S.G.A.(Syndrome d’Adaptation Générale, qui régit une grande partie de notre vie, et nous permet de lutter ou de fuir en cas de stress, au lieu de nous faire bouffer tout cru) ne vous commande pas à la dernière minute, l’andouille, de lutter, juste dans ce cas précis !

Tardi (le cri du peuple)

Non, non, pas lutter ! Aïe aïe aïe ! Fuir, et fissa !

Vous déjouez l’effet patte molle, et plouf ! Dans l’eau ! Moins deux et c’était moins une !
Si vous avez du bol qu’il ne passe pas un brochet juste à ce moment-là sur votre piste d’atterrissage aquatique (dans une rivière, on ne dit pas amerrissage, j’en suis certaine), vous êtes sauvée ! Le temps de calmer vos manifestations physiologiques de stress – c’est la phase du contrechoc : mains qui se « démoitifient », palpitant qui calme sa chamade, peau qui se dé-glue, envie urgente de faire pipi… et vous revoilà capable d’une petite sieste en surface.

Vous vous reprenez doucement, en vous félicitant a posteriori de ne pas avoir été, ce coup-ci, une grenouille-tomate – parce qu’elle est moins bonne sauteuse ; et qu’on la repère à 10 mètres avec sa couleur – et vous vous mettez derechef à vous projeter, par une association approximative dont vous êtes coutumière, dans la peau d’une tomate pas grenouille.
Respirez profondément. Vous imaginez un lieu verdoyant, une campagne française isolée.

A trois, vous serez une tomate.

1 – 2 – 3

Ça y est, vous êtes maintenant une jolie tomate, occupée, ou non, avec vos copines, à mûrir à cœur (car vous en avez un, sans nul doute, un cœur tendre et juteux). Tout est luxe, calme et volupté dans les environs.

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Tout à coup, dans votre champ de vision, apparaît une forme verte, allongée !
Fuck ! La terrible chenille des betteraves ! Quel scientifique assez idiot l’a qualifiée de la sorte, puisqu’elle s’attaque préférentiellement aux tomates ? Y a quand même rouge et rouge !

Sont parfois crétins, ces humains !
Le seul réflexe qui vous vient, c’est la fuite. Mais damned, comment fuir avec des racines ? Comment prendre ses racines à son cou (alors même que vous n’avez pas de cou, même un gamin sait ça).

Vous n’avez à votre disposition qu’une  moitié de S.G.A : obligée de lutter.

Vous regardez vos copines, elles n’ont rien vu, elles sont en train de papoter shopping, mouflets etc.
Le problème que vous avez, c’est que vous êtes connue pour être lente. Tant pis ! Bansaï ! Zyva pour la lutte à mort (votre mort, bien sûr : le temps que vous fassiez votre devoir de combattante, ça en sera fini de vous, mais vous pourrez peut-être sauver la communauté).
A ce stade-là, vous êtes en train de penser, à juste titre, que vous êtes particulièrement mal barrées, vous et vos amies.
C’est mal vous connaître !
En même temps que vous poussez, le plus fort que vous pouvez, en ouvrant grand votre bouche (oui, vous en avez une, et même des oreilles, sinon, à quoi servirait de vous exprimer) le fameux cri de la tomate (un cri redoutable, chimique – tant pis, faudrait pas qu’en plus, vous soyez écolo, non mais!), vous avertissez vos amies qu’elles doivent sortir leur arme – chimique elle aussi -, et en enduire leurs feuilles au plus vite. Vous espérez qu’elles vous ont toutes entendues, qu’elles s’armeront à temps, et que votre sacrifice n’aura pas servi à rien.

cédric nithard (les mûres aussi !)

La chenille est sur vous et a commencé son œuvre dévastatrice : elle a déjà rongé plusieurs feuilles, et, votre cœur battant à tout rompre devant la mort qui s’approche, vous n’avez plus le courage de crier.
Dans un dernier coup d’oeil, vous vous rendez compte, cependant, que la stratégie inscrite dans vos gênes a bien fonctionné : déjà la première chenille se retourne vers celle qui la suit, et commence à l’attaquer et à la dévorer. Vous laissez derrière vous un champ de bataille : vos amies voient ce que vous ne pouvez plus voir : une seule chenille qui reste, la plus forte, celle qui a réussi à manger toutes les autres.
Elle n’en peut plus : elle est devenue, à cause de l’agent chimique collectivement émis, un animal non seulement carnivore, mais en plus, cannibale !
Maintenant qu’elle a goûté une fois à la chair des autres, elle ne s’arrêtera plus, et vos amies tomates seront peinardes.
Vous pouvez désormais vous réveiller de votre mauvais rêve.
Plus la peine de crier.
Lorsque je dirai 3, vous ouvrirez les yeux.

le CRI à travers les âges

Perspectives enthousiasmantes de la recherche à venir

Cette histoire est authentique : les tomates ont le pouvoir d’insuffler à des chenilles totalement et uniquement herbivores un instinct carnivore irrépressible, qui ne les quitte plus : carnivore une fois, cannibale toujours. Les chenilles soumises à une émanation chimique produite par la plante, se dévorent entre elles, au lieu de décimer la plantation de tomates. 

« La plante fait en sorte que le cannibalisme devienne la meilleure option pour la chenille ».

Souvent, en ce qui me concerne, je pense à la politique politicienne (je la différencie de l’idée que, par ailleurs, tout est politique, et qu’on peut faire en sorte de réfléchir chacun de nos actes et positionnements en ces termes-là), et à mon (notre) impuissance dans ce champ-là.
J’y pense avec beaucoup de perplexité, et en constatant le jeu manipulatoire permanent des dirigeants, qui nous montent les uns contre les autres, selon le grand principe du « diviser pour régner ».

Face à cela, on – le vulgum pecus, dont je fais partie – adopte la stratégie de la lutte (inefficace) contre des pouvoirs puissants et violents, ou l’agressivité contre nos semblables (qu’on nous présente comme différents de nous : pas la même race, pas le même institution, pas le même salaire, pas les mêmes avantages…), ou la fuite.
Toujours le S.G.A collé à nos basques de classe populo.

Topor, (cuisine cannibale)

Et on nous dresse les uns contre les autres, toutes catégories confondues. On va même jusqu’à faire des comportements de solidarité un délit.
Et ça marche : les gens se détestent, ne réagissent pas, essaient de se planquer et de sauvegarder les restes…Ils ne vont pas encore jusqu’à s’entre-dévorer au sens littéral du terme, mais parfois, je me demande où on va.

Comme dans ce jeu psychologique au nom limpide : « battez-vous », expliqué en Analyse Transactionnelle, jeu de manipulation qui consiste à détourner l’attention de deux personnes à qui on propose de se disputer pour une broutille. Et pendant qu’ils font cela (parce que ça fonctionne!), les affaires continuent, la pauvreté gagne, le monde est détruit peu à peu, les logiques marchandes mortifères jouent au rouleau compresseur avec nos vies.

Bon, vous connaissez tout ça, je ne vous fais pas un dessin.

Et si…

Et si on appliquait la technique de la tomate : après le cri du peuple, celui de la tomate ! Finalement, si le cri est efficace, qu’importe qui l’émet !
On trouverait un moyen pour faire en sorte que ceux qui nous dirigent deviennent tout à coup cannibales, et se boulottent entre eux.
Ça serait pas une idée géniale, ça ?
Ils deviendraient frénétiques, se jetteraient les uns sur les autres, et il n’en resterait qu’un, impotent et ventripotent.

(provenance inconnue)


Je vous laisse, j’ai acheté quelques produits chimiques, je m’en vais tenter quelques mélanges.

Dès que j’ai mis ça au point, je vous tiens au jus !
Pour mes amis de formation, je vous propose bientôt une nouvelle M.O.N.** révolutionnaire.

© Bleufushia

Si ça vous tente de savoir comment je me suis retrouvée grenouille, cliquez sur
https://bleufushia.wordpress.com/2018/01/05/dans-quel-etat-jerre-histoire-dune-possible-conspiration/

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