bleu fushia

always blue


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Compil à poil

8ed252d8ad517a68e14494f62656e164 « Qui n’aime, aux jours de la canicule, dans les bois, lorsque les geais criards se disputent la ramée et l’ombre, un lit de mousse, et la feuille à l’envers du chêne ? (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit)

OK, certes, évidemment, j’aime, j’aime…

Encore qu’ici la lancinante cigale remplace le geai criard, que la mousse est sèche et inapte à constituer une moelleuse couche, et que j’aimerais mieux qu’il ne fasse pas si chaud, si je peux me permettre, bien que je fasse partie du vulgum pecus, d’exprimer des préférences personnelles.

Mais bon, c’est l’été, qu’on se le dise, et cette canicule, la chienne*,  me fait divaguer autour de choses sans queue ni tête. Ce qui est finalement normal, parce que, si elles en avaient, ça ne serait pas des choses.
Et si j’arrive à la fin de cet article dégoulinante (c’est féminin, parce que ce n’est pas encore l’article qui dégouline), mais vivante, vous verrez qu’il y est question, en fait, de queues…
Lorsqu’on divague, demandait je ne sais plus qui, y a-t-il forcément des vagues ?

Je dirais que ça dépend…
Comme la canicule, ça dépend aussi… vous le saviez, vous, que tout est relatif, même la canicule ?

« Instruisons-nous en nous distraisant (treize ans et demi maximum) »**

Déjà, à l’origine, on ne la qualifiait ainsi que du 24 juillet (tiens, le jour de la saint Lili) au 24 août (la saint Glinglin)… le 24 juillet étant le moment où Sirius, l’étoile de la constellation du Chien (ici s’arrêtent les relations relatives à moi-même !) se lève et se couche en même temps que le soleil.
Déjà, une étoile dont on ne parle que lorsqu’on ne la voit pas, une qui se lève lorsque les autres se couchent, ça ne devrait pas être permis. Mais baste.
Savez-vous de quel chien il s’agit ?

Rien moins que du chien d’Ulysse (ça a un rapport avec après, mais là, pour l’instant, je vais faire dans le teasing à donf !).

Ulysse nous fait cependant savoir, par telex, qu’il n’y est rigoureusement pour rien, lorsque nous avons un temps de chien. OK, man, c’est noté !
 Ça me rappelle évidemment mes cours de latin :  « Cave canem ! », qu’ils disaient. Ça veut dire qu’il fait tellement chaud qu’il faut faire hyper gaffe au toutou et le descendre à la cave, pour le déposer là entre deux Mouton Rothschild – ce qui donne tout de suite un petit air Arche de Noé à l’ensemble.
Cela implique naturellement que l’on possède l’une et les autres.

Quoi qu’il en soit, faut aussi mettre son ti shirt mouillé, même si on n’est pas la reine de la soirée mousse.

Pour revenir à la relativité, selon les pays, et même au sein du même pays, vous pouvez avoir 39 degrés à l’ombre et ne pas être considérés comme possédés par les chiens, et en avoir 30 et qu’on vous plaigne tout en vous vaporisant plein pot les manettes. C’est dingue, ça, cette inégalité de traitement, moi, je dis que c’est de l’injustitude caractérisée !***

Et en plus, ça se complique encore, si on y rajoute l’indice Humidex (qui mesure l’indice d’inconfort ressenti – ça, c’est du lourd scientifiquement ! – sur une échelle allant « de l’inconfort à la mort »). Cool – si j’ose dire ! Qu’on peut mesurer fastoche à ses sensations internes, bien qu’il n’y ait pas vraiment d’échelle précise permettant de savoir si on chauffe, ou si c’est froid… en tout état de cause, je crois qu’on chauffe !

[euh, je peux digresser, là ? mon ancien établissement d’excellence a ouvert un truc baptisé A*midex, une fondation destinée à rendre nos « rêves accessibles »… au vu de la façon dont l’institution a viré de bord, je me demande sur quel point on se situe à la minute, entre l’inconfort et la mort, dans les services ex-public. Fermez la parenthèse, mauvaise langue que vous êtes !]

Mais le top du top de la nuance, en la matière, c’est quand  même la température ressentie.  Wikipedia, qui est parfois grandiose, nous précise que ceux qui ressentent, en la matière, sont les humains, et que l’indice ne « s’applique pas aux objets inanimés ».
Je suis rassurée, parce que si ma table se met à la ramener avec ses ressentis, et que son ressenti est différent du mien, on n’est encore pas sorti de l’auberge ! 

Cette température ressentie, qui n’est donc pas la température réelle, si vous me suivez bien, et ne désigne en plus des réalités différentes (selon qu’on la qualifie de canicule ou pas), se mesure avec un outil dont le nom me fait rêver dru : le thermomètre-globe mouillé (peut-on l’utiliser avec un ti-shirt sec ?).

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Le postérieur enveloppé d’une mousseline humide – c’est la mode ti-shirt mouillé, mais version thermomètre – le thermomètre-globe (qui est carré, la notion de globe étant relative comme le reste ! non mais, pourquoi y en a qui seraient relatifs, et les autres non ?) prend en compte, de façon étrangement qualifiée d’assez « empirique », « l’humidité normale » ?

Encore faudrait-il, me dis-je, que la normalité soit la même en Bretagne, en Auvergne, et dans mon Sud, par exemple (y a que moi qui divague, là ?)

Un truc qui me défrise menu, dans l’ensemble, c’est d’être dépossédée par une machine de mon droit légitime à ressentir ce que je ressens, moi.
Non mais pour qui ils se prennent ? Et c’est quoi, l’étape suivante ? qu’on me dise quand je ressens la faim et la soif ?
On n’est plus chez soi, moi, je dis.

En résumé de tout ça, vous aurez compris qu’il fait taille de vachement chaud de sa mère en tong (parce qu’en bottes fourrées, ça ne le ferait pas), et que la température que je ressens est carrément exagérée. A la minute précise – mais ça peut changer si quelqu’un monte le curseur – je ne suis pas encore sub claquante (merci Humidex), et je m’occupe en bougeant le moins possible, droit dans l’axe du ventilo qui fait bouger mes bouclettes.
Le ventilo –  c’est presque un truc de rebelle de ouf, finalement, parce que ça s’oppose au thermomètre-globe mouillé. A ce dernier, il faut, j’ai oublié de le spécifier, pour fonctionner, une autre variable, qui est le temps calme et sans vent !

J’adore mon ventilo ! Yep ! Revolouchon’ ! tous pour le droit à ressentir par moi-même !!!

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Où il n’est pas question du septuagénaire kleptomane qui, à Arcachon, avenue des Goélands, ouvrait les voitures avec un couteau à huîtres****

Donc, je m’occupe, comme aux glorieux temps des « siestes libres » de mon enfance, à faire des listes.
Ça ne mange pas de pain, non ? Et pendant que je fais ça, je ne fais pas de bêtises !

-choses d’une fraîcheur déconcertante (chouette)

-choses dont on se demande bien pourquoi elles nous fascinent

-choses dont on se persuade qu’elles auraient pu inspirer Max Ernst****

eugenia loli

Eugenia Loli

Sous ma fenêtre, et dans cette atmosphère globalement « humidesque » et aqueuse (faut boire, mémé !) passent deux hommes que je ne vois pas, l’un déclarant à l’autre qu’il ne faut absolument pas « céder le chant des sirènes ».
Cela suffit à me sortir de ma torpeur. Je sursaute : il a dit « le », pas « au ».
Serait-ce que le chant des sirènes est maintenant coté en bourse ? à l’instar des licornes ?

(j’ai appris récemment que la licorne désignait une start up valorisée de plus d’un milliard de dollars avant même d’être cotée en bourse : alors que j’en suis encore à la conversion de l’euro en anciens francs, et que je suis constitutionnellement incapable de me représenter ce que c’est réellement qu’un milliard de dollars, on souille la pureté de la licorne par des histoires de gros sous, et ça m’achève !)

Ça me fait penser, cette histoire de sirènes, à ma terrible déconvenue quand un ami infiniment plus lettré que moi m’a raconté que les sirènes d’Ulysse étaient des oiseaux. ON ne me l’avait jamais dit !! J’ai pris cette nouvelle comme une offense personnelle, pour tout dire.

Ou sinon, à ma découverte récente des Siréniens.

En fait – c’est peut-être un effet d’Allzheimer – je passe ma vie à découvrir de nouveaux trucs dont je ne me souviens pas avoir entendu parler auparavant, et ça me ravit.
Sauf que l’histoire de la rhytine m’a un peu démoralisée. Je tombe sur la rhytine (qui n’est pas une partie de l’œil), et aussitôt, pof, je me rends compte qu’elle a déjà disparu de la surface de la terre.
C’est un animal marin découvert du côté du détroit de Behring au XVIIIème siècle. On a à peine le temps de le surnommer (est-ce du sexisme ?) vache de mer que pof, la population des rhytines est intégralement massacrée, jusqu’à la dernière. Comme quoi, au XVIIIème déjà, les hommes étaient d’une bêtise sans nom.

Et on ne peut pas incriminer la canicule, parce que sur le coup, ça glaglate beaucoup dans ce secteur-là.
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Des Siréniens, il reste le Dugong Dugon (le « g » sonne un peu comme un « c » dans ma tête), de la sous-famille des Dugongidés. Un animal dont on me dit qu’il « est couvert de poils courts qui permettent d’évaluer son environnement ». Génial, non, le créateur qui crée le poil du DD non pour lui, mais pour les scientifiques. Je n’en finis pas de m’émerveiller sur l’infinie inventivité de la création.
Et me demande si nos poils à nous, humbles humains, auraient par hasard le même rôle.
Il paraît – information à rajouter dans ma liste : choses qu’on adore, parce qu’elles ne servent à rien – qu’ils partagent bon nombre de caractéristiques anatomiques avec les éléphants, comme le nombre de vertèbres et l’absence de clavicule.

Pour revenir au dugong, je vous signale aussi qu’il est « inféodé aux zones d’herbiers », ce qui ne me semble pas très glorieux pour un animal si utile (ça me rappelle le « lit de mousse » de l’autre), et que son cri est un chant mélodieux.
Comme les sirènes ?
Le chant du Dugong Dugon (et de son cousin le lamantin – version plus chromatiquement mélancolique*****, peut-être ?) est-il coté en bourse ?

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Leguat-Lamentin

Bon, chers amis, je vais terminer ce texte en queue de poisson (le thème me l’autorise) en allant me servir un petit gin frizz (comme le disait ma Valerix préférée dans son jeune âge), pour me rafraîchir un inutile poil (ou deux).

Ne cédons rien, et surtout pas le chant des six rennes (créateurs de la première polyphonie – croyez-moi, j’ai été prof de musique, j’en connais un rayon sur la question !)

Je vous bise.

©Bleufushia

*On en trouve la trace en anglais, qui traduit canicule par « dog day »

**Bobby Lapointe, dans sa génialissime leçon de guitare sommaire

*** Par exemple en France:

  • à Brest, on parle de chaleur caniculaire lorsqu’il fait au moins 28 °C le jour et 16 °C la nuit ;
  • à Lille, on parle de chaleur caniculaire lorsqu’il fait au moins 33 °C le jour et 18 °C la nuit ;
  • à Toulouse, la canicule correspond à un maximum dépassant 36 °C le jour et un minimum de 21 °C la nuit.

****fragment de liste emprunté à Blas de Robles, dans Le point Némo

***** référence à la forme musicale du lamento