bleu fushia

always blue


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Non, mais allô !

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Avant

Il y a quelques mois, mon magazine people préféré me proposait de « suivre de nouvelles pistes ».

Chouette, sortir de sa zone de confort, écouter l’appel du large, tout ça… ça me parlait grave.

L’an dernier, le cercle polaire m’avait offert le coup de pouce pour une vraie renaissance, en me faisant élaborer dru une philosophie de la vie géniale (oui, oui) à partir de la pratique de la moto-neige, de celles qui marquent un avant et un après. Faudra que je vous raconte ça un jour.

En tout cas, j’étais prête à enfourcher n’importe quel fantasme un peu foldingue :

un séjour en igloo

une retraite en altitude

un moment zen à la montagne

un stage de capilliculture sur le mont chauve…

L’histoire s’est terminée en sit in sur mon canap’.

Mais « c’est moche moche, ou moche concept ? » m’a aussitôt demandé mon magazine.

Je ne sais pas, mais le fond de l’air est assez blues ! Et se sentir dévisser, c’est plutôt moche moche, quoique assez conceptuel (vu du corps avachi dans le fameux canap’).

Mais je pense que vous êtes au courant, et que, pour vous aussi, quelques aient été vos rêves d’ailleurs et de calme, ils se sont transformés en « intranquillité ici-même ».

A défaut d’être méga fun, les pistes les plus nouvelles se révèlent être les plus inattendues.

Comme le disait Edgar Morin dans sa dernière interview, nageant dans un paradoxe qui me parle : « j’ai passé ma vie à attendre l’inattendu ».

Et là, on a fait fort dans le scénar.

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tous derrière la vitre

Il y a peu

En tout cas, y a un truc certain, c’est que plus ça va, et plus je pars en sucette.

Je ne sais pas comment c’est pour vous, mais il me semble qu’insensiblement, perso, je me délite en douce.

Ce qui n’arrange rien, ce sont mes lectures, qui m’achèvent et font empirer mon état de déliquescence. Mon cerveau mouline dans tous les sens, tant, que je pourrais faire du beurre. Et j’en fais sans doute, mais il est encore trop mou.

Quand je bouge la tête doucement, cependant, depuis hier, ça fait slurp.

Si, je vous jure, dans le silence, je l’entends glisser entre mes deux oreilles. Ça me rassure un instant, il y a encore quelque chose dans la boîte crânienne.

Avant, dans une autre vie, je lisais des livres.

Un livre, ça vous accompagne.

Il en est des ardus, qui malmènent le lecteur, mais pour la majorité d’entre eux, ils vous tendent une main fraternelle et vous conduisent vers des moments de délectation, ou pas, en tout cas, on a le temps de se couler dans leur univers, de s’y faire une place, d’y revenir le lendemain prendre un petit café, en se sentant de plus en plus en connivence avec un tel ou un tel, de rêvasser, de se faire des cheveux, de réfléchir, et plus encore, tout en prenant le temps de s’accorder le coeur avec des êtres de chair et de papier.

Là, je ne peux plus. Je n’y arrive pas. Pas moyen, à la page 2, de me souvenir de la page 1.

Maintenant

Rien de tel avec les magazines. Quand on les feuillette (c’est mon activité prioritaire du moment), on passe du coq à l’âne en permanence, pas moyen de se fixer sur quelque chose. Ça aggrave mon cas, tout en me procurant un illusoire dépaysement.

Vous y arrivez, vous, à ne pas déraisonner ? À vous fixer sur un objectif ou une idée plus de 3 minutes ?

Parfois, je me dis que j’ai raté ma carrière : si au lieu d’écrire mes élucubrations sur un blog lu par trois « pékins » – AIUTO ! pas la Chine, pas la Chine – (merci à vous, mais c’est pas ça qui me permet le pécule me permettant des réserves conséquentes de PQ jusqu’à la saint glinglin), je m’étais fait engager dans un magazine people, j’aurais pu écrire n’importe quoi, pareil, en encore plus n’importe quoi que ce que je fais d’ordinaire, et me « payer une bague Nirvana avec mes émoluements ».

Parce que franchement, parfois, c’est du n’importe quoi élevé à un stade d’un très beau gabarit.

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Takashi Murakami

Mais je peux faire, si je veux, je mets les deux pieds sur le guidon, je ferme les yeux, je laisse aller Germaine, et zou ! Je me la joue écriture intuitive, j’intuite ce qui vient tout décousu foutu dépenaillu, ni vu ni connu, et c’est bouclé.

C’est comme de la poésie, mais genre, qu’on se fiche du sens.

Je suis devenu une poule sans gouvernail.

Ou comme le disait un titre énigmatique dans un des derniers Télérama : « des poils mous sur une surface machin »

La preuve par neuf (de pâques) : extraits choisis

J’y tombe sur des tonnes de « concepts » dont je n’ai jamais entendu parler de ma vie, staïle qui ne servent à rien de rien, mais qui ne mangent pas de pain :

– la body neutrality,

– la beauty routine,

là, faut pas se faire des nœuds ; imaginez que vous ayez la beauty neutrality, reconnaissez que c’est pas ce qu’il y a de plus sexy

– le rebounding chez Simone,

celui-là, je l’aime particulièrement… hop, en voiture, Charlotte ! Venez tous rebounder avec moi !Ah non, faut rebounder seul, zut, j’avais oublié, dans mon enthousiasme.

le « no gender » dans le make-up,

je ne sais pas ce que c’est, mais s’il s’agit de ne pas avoir de gendre qui me piquent mon make-up, ça tombe bien, j’ai deux fils, et c’est pas le genre, donc, un problème de moins.

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c’est la même Simone ?

Il y a aussi des conseils en tout genre, parfois légèrement énigmatiques :

-avoir confiance en soi dès le matin  (avant le café, ça va encore, après, bonjour les dégâts !)

-pour faire le tri dans vos placards, suivez les préceptes de la papesse du rangement (la papesse, génial, je peux aller faire couvrir le sujet ?)

-soyez impériale, haletante (euh, oui, d’accord… j’enlève le pyjama et les bigoudis d’abord ? ou ça peut aller comme ça?)

-soyez immortelle et précieuse (les gars, z’êtes au courant qu’il y a un virus mortel qui se balade on ne sait pas comment, et il faudrait que je sois immortelle ? Certes, ça me botterait, y a le mode d’emploi avec ?)

– haut les seins ! (euh… mouais !)

– portez un jeu de trombones innocents corsés de diamants (je ne vous mets pas la photo, faudrait me payer cher pour croire à l’innocence du trombone diamanté !)

– n’oubliez pas le robot (là, ça se complique, et ça me fout un peu les jetons, je ne sais pas vous dire pourquoi).

– les 7 commandements pour bien tenir son rang (les deux premiers m’interrogent : éviter le « over dressed » (où il commence et où il finit, mystère !), sauf si vous êtes influenceuse, et ne soyez jamais avachie, nuée de photographes oblige. On me cache tout, je suis entourée de paparazzi qui se planquent de façon éhontée, et on ne m’a rien dit ! bon, je vais privilégier le tabouret pendant 5 minutes.)

Jusque là, j’ai réussi à rester à peu près calme, mais là où je disjoncte plein pot, c’est quand on se met à me poser des questions tout azimut.

Quelque chose en moi se fêle discrètement, parce que je n’ai aucune des réponses qu’on attend de moi, je le sens bien.

Et quand je lis les articles qui dévoilent le pot aux roses (c’est le printemps, Prosper et yop la boum), tout se brouille dans ma tête et je n’y comprends plus rien.

Et le monde me paraît extrêmement compliqué, d’un coup.

Je partage, parce que je ne sais pas si vous, vous vous posez (trois « vous » d’un coup, c’est autorisé ?) les bonnes questions…

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collage vite fait bleufushia (modèle de masque en l’absence de masque) : le masque « rien »

– De quel pays la marque de parfums de niche Byredo provient-elle ? (au secours !!! je n’ai jamais mis de parfum dans la niche du chien que je n’ai pas… c’est passible d’amende, vous croyez ?)

– Qu’y a-t-il de commun entre l’envol d’un oisillon et les balbutiements d’un Prix Nobel de Littérature ? (Euh, c’est « beau comme la rencontre sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ? ». J’ai bon, là ?)

– Est-ce la fin de l’amour ? (No comment !)

– L’amour serait-il soluble ? (Dans le gel hydroalcoolique ?)

– Pourquoi le losange met-il le feu aux anges ? (Ça a sûrement rapport avec la forme des masques de protection. Mais si ça fout le feu, très haut, jusqu’à brûler les ailes des anges, franchement, je me sens mal, très mal…)

– La polémique : faut-il tenter l’ultraviolet ? (Ah, vous calez, je le vois).

Quand je me sens mal, je vais lire mon horoscope. C’est bien, c’est en fin de revue.

Et là, je leur tire mon chapeau. Voilà des gens qui savent mettre des mots sur ce que je vis, et me rendre le quotidien léger. Bonjour bonjour les hirondelles !

«  La terre vous paraît petite ? Vos amours vous semblent fades ? Oubliez ! Grâce à votre planète dans le signe enthousiaste du sagittaire le premier, tout deviendra plus vaste et plus intense. Impossible d’aller de l’avant ? Rendez-vous retardés, déplacements annulés, courriers en souffrance, informatique déréglée ? Ne vous inquiétez pas !

Votre partenaire vous irrite , il vous empêche de faire ce que vous voulez ?

Essayez de prendre du recul, de porter un autre regard sur la situation. Attention, ne perdez pas de vue que les autres existent».

J’ai un peu beugué sur le fait que s’il était impossible d’aller de l’avant, il fallait que je recule. Et puis reculer dans un 20 m², ce n’est pas forcément si simple.

Mais à part ça, c’est quand même pas des gens qui racontent n’importe quoi, vous en conviendrez !

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confiné (affiche d’un film dont je ne parviens pas à retrouver les références)

« E agora José ? »

Philosophie dépenaillée à 2 balles la cagette de douze

Ça m’évoque un truc : il y a des années, j’ai travaillé, avec mes étudiants, au montage d’une revue musicale. J’étais chargée de la direction musicale, qui consistait, entre autres, à fournir le répertoire.

Le texte racontait les débuts de la guerre, le quotidien difficile, la vie des petites gens, et la drôle de guerre, avec cette attente, l’absence de futur, l’immobilité relative, la perte de contact entre les femmes (surtout) restées à l’arrière du front, et ceux qui y étaient… des choses qui ressemblent vaguement à ce qu’on vit maintenant.

J’avais écumé le répertoire possible, et en avais extrait 33 chansons dont le niveau de bleuette et de niaiserie m’avait sidérée. En fait, le contenu des textes oscillait entre le débile absolu, et le youp la boum, y a d’la joie, ya d’la joie ! puisqu’on vous dit qu’il y a de la joie, nom de diou.

J’en avais conclu que les gens avaient besoin de s’évader dans du non-sens absolu pour supporter l’absence de sens imposée, de surenchérir, d’en rajouter. Que, devant la sidération qui les avait saisis, le seul recours consistait non pas à penser le maintenant, ou l’après, mais à s’étourdir dans du « nulle part ».

Je sens en moi la même chose, quand des fous-rires me prennent pour les blagues les plus nulles possibles sur la situation, ou quand je me livre, fascinée, à la lecture approfondie du Fig mag, en me demandant jusqu’où ils vont aller dans le déni et le n’importe quoi (et l’élitisme, au passage, de ceux qui se savent, momentanément, privilégiés)…

En fait, comme si un des objectifs de l’isolement, du confinement, de l’effacement progressif des repères spatiaux et temporels, la réduction de nos vies à un confetti de rien du tout tout jaune, c’était justement de nous faire atteindre la sidération, mère de toutes les dérives imposées possibles.

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début 2ème guerre

Questions

Au bout de combien de temps de confinement dévisse-t-on de toute réalité ?

Est-ce que le confinement sera levé quand 60 % de la population aura perdu le contact avec le monde ? Quand on ne sera plus capable de penser à rien ? Quand l’enfumage sera total ?

Ou quand on aura la réponse à la question de l’ultra-violet ?

On le tente, lui (me semble qu’il y a une théorie quantique qui parle de ça, mais dans le FM, il était question de fringues) ?

Ou on lâche l’affaire ?

Et on sort de la sidération ?

©bleufushia

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