bleu fushia

always blue

Saint Glinglin, prochain arrêt

5 Commentaires

Así-se-verían-si-los-superhéroes-y-caricaturas-envejecieran-23

Alexis Solis si les super héros vieillissaient

Début juillet, c’était mon anniversaire.

Un âge un peu à la con. La période où on commence à désirer que les anniversaires n’existent plus.

Un âge très à la con, même, de mon point de vue ! de ceux qui ressemblent à une démarcation abstraite, mais lourde de conséquences, entre l’avant et l’après.

Et ce, en pleine canicule.

J’ai donc fait la grand-mère modèle, je me suis fait arroser par mon petit-fils, pendant qu’il évoquait le moment futur où je serai « très disparue », et la peine que cela lui fera.

Pour le moment, je l’ai rassuré, je ne suis pas encore disposée à être « très disparue » (encore qu’en tant que retraitée, je sois clairement – et normalement au demeurant – disparue des radars professionnels, et reléguée au rang de fardeau et de parasite encombrant pour la société par les politiques, qui ont comme seul avis à mon sujet que je coûte un pognon de dingue pour rien, alors que je pourrais dégager du milieu si j’avais un tant soit peu d’élégance).

Donc, encore là, la vioque, sans être forcément apte à affronter ma « propre contemporanéité » (comme ils disent dans le poste). Ça, je ne lui ai pas dit pour ne pas l’angoisser.

Mais contemporaine de quoi, au juste, à part, vaguement, de moi-même ?

femme-tronche-680x330

auteur non identifié

Michel Serre évoquait à la radio, dans sa dernière interview, juste quelques jours avant sa mort, la disparition de 35000 mots depuis la dernière édition du dictionnaire de l’académie française, et parmi ceux-là, des 93 mots qui permettaient de décrire l’ensemble et les détails de la façade de Notre-Dame. En expliquant comment ce qu’on ne peut plus nommer perd d’abord de sa réalité, puis de son existence. Pour Notre-Dame, quelque chose de presque pire qu’un incendie.

Ça m’a fait penser à cette vieille maison auprès de laquelle je suis passée maintes fois. Sur le mur, l’inscription « rayon de soleil » est devenue « rayon de so », « rayon de », « rayo », avant de disparaître complètement, et de laisser la place, instantanément, à du neuf, comme si la disparition du nom seule avait fait s’évanouir la maison.

En fait, je rentre dans un âge qui n’est pas bien défini, ni même clairement nommé, qui n’a pas un statut précis, où on est relégué en dehors des cadres, de la vie et des clous (mais, les clous, je sais pourquoi, un pote m’a dit que j’étais toujours hors des clous, cause que j’étais pas fakiresse, ceci expliquant cela)…

En cherchant à quelle catégorie je suis censée émarger maintenant, je suis tombée sur un os. Personne n’est d’accord sur les mots, justement.
Je suis façade de cathédrale !!!

0e93aebb27d743c30c006ebfa837bfb3

Je me suis documentée, assez fascinée : je ferais désormais, paraît-il, dans la seniorescence. Bigre, bougre et cancrelas ! Quelque chose de la fluorescence, sans le fluo, quoi ! Même pas de quoi scintiller dans le noir.
Genre truc qui en impose, mais non…

« Ne qualifions pas d’âgée une personne avant que son décès ne soit proche », dit cependant un monsieur précautionneux dont j’ai zappé le nom.

Ouf ! D’accord, mon gars. Est-ce que c’est la personne elle-même qui se qualifie toute seule d’âgée ? Ou sinon, comment on détermine la chose, sans avoir l’air pousse-au-crime et prédateur d’héritage ? Et combien de temps avant le décès le stade de vieillitude se déclenche-t-il ? un jour ? une semaine ? un mois ? un peu de précision, que diable ! Est-ce que l’âge du décès a un rapport avec l’âgitude ?

rrrr

Bon, procédons par ordre : je ne suis plus la « ménagère de plus de cinquante ans » (bien que j’aie toujours plus de 50 ans – mais cesse-t-on d’être ménagère, même quand on ne l’a pas été ?), pas une « vermeille », qui n’existe plus (c’est dommage, c’était bien, un nom de métal précieux – « merveille, un réveil vermeil ! ») et plus totalement une « silver » (les vieux aux tempes blanchies qui ont encore des pépettes, cibles de la silver économie), ni une senior – alors que, pourtant, dans « seniOR, il y a de l’or ». Et puis, senior voulant dire plus vieux, se pose tout de suite la lancinante question : plus vieux que qui ? J’hésite aussi entre le troisième et le quatrième âge (selon qui classifie ; certains mettent le début de la senioritad à 45 ans !) sans être non plus une « personne intemporelle », nouvelle catégorie assez pratique pour désigner un no man’sland de rien du tout après l’âge où l’on est exploitable. Je suis mûre, mais pas encore totalement blette.

blog

blog de togram

Quelque part, perdue entre la trottinette et le déambulateur. Juste avant le monte-charge dans l’escalier. Une à qui on laisse la place dans le bus, en tout cas. Une dont le corps commence à être « élastiquement rigide ». Et qui a du mal à « réorganiser ses journées », la pauvre.

L’être que j’ai été, qui s’est façonné au cours des années, de l’expérience, du travail sur soi, paraît émarger maintenant aux abonnés absents, au profit d’un truc zarbi. Je suis « inactive », « retraitée » et j’en passe.

Juste plus du tout ce que j’étais, par un tour de passe-passe en traître : une date fatale et hop, dans la fosse !

Que du bon, bien positif, bien réjouissant…

Pourtant, j’ai été win win, et plutôt « street qu’antique » (une question que me pose ce jour le magazine que je feuillette mollement – pas quantique pour un sou), et si je vais vers la stase et le has-been, c’est avec le souvenir encore présent de la mobilité.

Et comme disait l’autre, je ne suis pas vieille, je suis expérimentée.

Ha ha !

deab bradshaw golden years

Deab bradshaw « golden years »

Ce fameux jour d’anniversaire, les réseaux sociaux ciblés m’ont abreuvée de publicités ciblées. D’infos, d’articles : j’aurais voulu ignorer dans quel état j’erre, que ça aurait été impossible. Y en a de plus en plus, de ces pubs qui vous traquent, jusqu’à la gerbe !

Je me demande qui finance cet acharnement à mettre l’internaute devant sa réalité, bien dans la case qui lui correspond. Qu’est-ce qu’ils y gagnent, à « désespérer Billancourt » ?

Deux m’ont marquée : la première me suggérait d’acheter un bracelet électronique pour que mes proches puissent me localiser. A mon âge, c’est clair que je candidate directos à Allzheimer ! Et que ce serait bien aimable à moi de faciliter la vie des générations suivantes (je vous passe le pré-paiement de mon cercueil)

marc denton

marc denton

La deuxième me signalait qu’il fallait dare-dare que je passe aux « oldmojies ».
Un oldmojie, vous ne savez pas ce que c’est ? ben, trop fastoche, un émojie pour vioques. Et que j’abandonne les émojies à ceux pour qui ils sont vraiment faits. Que j’arrête de vouloir paraître jeune, et que j’assume à donf mon statut de pré-disparue.

Un coup du double effet kisscoolLol

T’es vieux, mais tu gagnes des oldmojies rien que pour toi, pour compenser l’effet psychologique désastreux de la carte senior, c’est trop sbop !

Et en plus, tu participes dru au combat contre l’âgisme (c’est comme ça qu’on appelle ceux qui sont racisses contre les cheveux blancs !), de l’intérieur de la place.

vieille 4

Je suis allée voir, et y a un truc qui m’interpelle « au niveau du vécu » (expression de ma jeunesse de baby boomeuse : on disait même, en rigolant, « au niveau de mon vrai cul »), c’est que l’émojie, c’est essentiellement une tête sans corps, alors que l’old montre des corps avachis, en plus de tronches séniles, et d’activités à la noix de coco… pour mieux qu’on cerne la décomposition en marche.

vieille 9

Bref, si je ris, faut que je mette une vieille décrépie en train de ricaner. Si je pleure, je tricote sur un fauteuil roulant. Et si je suis combattive, je me déguise en wonder woman ridicule, qui ne ferait même pas peur à une mouche.

C’est un truc aussi à la con que mon âge, parce que moi, quand je rigole, j’ai définitivement 12 ans, et un corps prépubère qui se trémousse à la faveur des vagues que le rire propage en moi.

Et je me continuerai à me bidonner avec un déambulateur comme si j’étais restée fixée à cet âge-là.

A 12 ans pour le rire, à 15 ans pour les rêves, à 3 ans pour les terreurs, à 7 ans pour la curiosité, à 6 ans pour la fantaisie, à un an pour l’équilibre et l’audace, à 16 ans pour l’anarchisme, à 20 ans pour la tendresse, à 10 ans pour les gros mots, à toujours pour l’irrévérence et la révolte…

Et je rigolerai avec les copines. Comme des gamines. Jusqu’à la fin, à la barbe des cul-cousus.

17efb87133d34e5fc0a972a21dbdc8ac

Et, je le dis là solennellement, là, juste là, et devant témoins, désormais, j’emmerde copieusement ma date de naissance.

Qu’elle aille se faire voir dans l’enfer des gens bien comme il faut ! 😊

©bleufushia

Publicités

5 réflexions sur “Saint Glinglin, prochain arrêt

  1. je t’aime ! et j’emmerde aussi la mienne (sept 55)
    solennellement et copieusement !

  2. L’un des avantages de la vieillitude, hormis les réductions tarifaires pour les transports (où de plus jeunes bien élevés vous cèdent leur place assise) et certaines activités culturelles, est le statut de retraitė avec la baisse de la pression sociale du boulot ou de plus en plus fréquemment de la recherche d’emploi, bien que pour beaucoup ce statut ne soit pas garant d’une fin de vie tranquille pour services rendus, mais un basculement inexorable vers la précarité…
    Longue vie à toi vieille branche.

  3. Moi, je veux être vieille comme vous. Car, cela se voit a votre façon de parler que la vieillesse vous a oubliée.
    Gabrielle

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s