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Mosart, Betoven, et (pas) moi et moi et moi (33)

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Le cri du peuple Tardi / Vautrin

Le cri du peuple
Tardi / Vautrin

… Ou comment faire cours le petit doigt sur la couture du pantalon ?

Avant de vous expliquer ce qui m’amène à cette entrée en matière fracassante, permettez-moi de m’interroger deux secondes sur la bizarrerie de cette expression.
En effet, je vous le demande un peu : pourquoi un seul petit doigt ? est-ce que les individus qui manifestent du respect vis-à-vis du supérieur n’en ont obligatoirement qu’un ?
Sinon, où est passé le second?
Est-ce que, pour celui des bras qui n’est pas sur la couture du pantalon (je sais, la formulation est étrange, mais je m’autorise ce glissement puisque tout pouce est normalement relié à un bras, enfin, normalement …), nous nous retrouvons plongés à nouveau dans la ténébreuse affaire du « bras zéro » (tan tan tan !!! le retour!)
[pour ceux qui sont largués, retrouvez le début de l’affaire là :
https://bleufushia.wordpress.com/2015/01/23/songe-dune-nuit-dhiver-20/ ]

Mais sérieusement, réfléchissez un peu, je vous prie : celui qui a un doigt sur la couture a l’autre au niveau de la tempe, parce qu’il se doit de saluer le supérieur en même temps.
Je pourrais poser ici d’autres questions, genre : quid des porteurs de kilt ? (quoi, vous doutez qu’il y en ait dans l’éducation nationale?), mais je vous en fais grâce, trop bonne que je suis pas !

Sauf celle-là, sur laquelle je ne vois pas comment faire l’impasse : comment je fais pour écrire au tableau, ou pour me servir d’un piano si j’ai un petit doigt coincé en position règlementaire et l’autre sous la casquette ?

Comme ça ?

Ingres (notesdemusees.blogspot.com)

Euh, la tenue n’est peut-être pas totalement règlementaire ! Ingres (retouché par notesdemusees.blogspot.com)

Notez qu’il faut être optimiste : avec le nucléaire, la situation devrait être vite réglée !

« Afin de rivaliser avec la machine, l’homme du futur aura trois paires de bras » (teatimetrap.canalblog.com)

Mais pourquoi j’élucubrationne comme ça, hein ?

Entre autres à cause de la lecture d’un article qui narre l’aventure d’un prof stagiaire qui n’a pas été titularisé parce que jugé« déloyal » envers l’institution. Pensez un peu : il a osé remettre en cause un ordre de sa hiérarchie.
http://www.ladepeche.fr/article/2015/10/05/2190795-l-eleve-professeur-prive-de-titularisation-pour-exces-de-convictions.html
Situation qui fait penser à d’autres, qui ont eu lieu dans le droit fil des événements charliesques de janvier dernier, où les enseignants se sont confrontés à l’application en urgence de circulaires nées dans les cerveaux de quelques politiques, à la va-comme-je-te-pousse.

Mais aussi et surtout à cause de l’actuelle affaire de Toulouse**, qui vous a peut-être échappée.
Je vous raconte vite fait.
C’était hier.

En ce moment, vous les savez si vous êtes enseignant, mais peut-être pas si vous êtes en dehors de ce milieu-là, est en cours une énième réforme du collège (tiens, les lycéens défilent en ce moment sous mes fenêtres contre, en criant « aux armes »!). Avant la prochaine réforme qui va toucher le lycée et dont on peut, d’ores et déjà, penser qu’elle achèvera l’école publique.
Celle du collège est probablement une des pires (encore qu’on imagine parfois mal comment on peut encore descendre plus bas que l’existant. Mais si, on peut !).

En termes de contenu, mais aussi dans la façon dont elle commence à se mettre en place (en force).
La ministre est droite dans ses bottes, et sur le terrain, ça s’organise pour tenter de convaincre les opposants de fermer leur gueule se rallier sans mot dire.
Il a été prévu pendant les vacances des stages de « formation » obligatoires des moins opposants, qui ensuite, tels des vaches qui ne rient pas – ou jaune – formeraient des moins opposants qui, une fois convaincus, porteraient eux-mêmes la bonne parole etc.

Les chefs d’établissement ont été chargés de « pré-repérer » les profs qui vont poser problème.
Pour cela, le rectorat de Toulouse a demandé de les classer en trois catégories : 
– « opposants, rebelles, hostiles, irréductibles »
– « attentistes, passifs, indifférents, indécis »
– « progressistes, proactifs, convaincus, avocats, relais »

(Diodemeae)

(Diodemeae)

Chouette, non ?

Un des problèmes, apparemment, est que ce classement ne peut être que nominatif (alors que, mis en demeure de s’expliquer, le rectorat prétend qu’il serait uniquement chiffré).
Chiffrée ou pas, la première catégorie sent bon la démocratie, non ?

Comme le dit Diomedeae dans un blog qui entend dénoncer la « destruction mondialiste »,
« Le nouvel ordre mondial, c’est la caporalisation, l’espionnite, le formatage, le calibrage, la hiérarchie, la servilité et l’obséquiosité. »
Vu de certains endroits de notre riante société, cela paraît étrangement conforme au réel : on s’y croirait.
Dans l’éducation, ça fait un moment que les initiatives se multiplient pour traquer les opposants, pour mieux pouvoir les punir.
Vous n’y croyez pas ?
Pourtant, le fichage se généralise, partout.
On demande aux enseignants de ficher les enfants, mais ils sont eux mêmes fliqués.
Et en musique…

Je ne vous demanderai pas si vous aimez Brahms, mais si vous connaissez MOSART (le Module de Saisie des Absences et Retenues sur Traitement) ?
Et son module « grévistes » (ou «module de cessation concertée du travail»…) destiné à repérer, pour mieux le frapper tout de suite là où ça fait mal, tout personnel qui aurait l’idée d’oser dire qu’il n’est pas totalement d’accord. Il a fonctionné plein pot au moment des instituteurs désobéisseurs.
C’est un des outils du flicage toujours en vigueur (mis au point en 2010).
Avec une nouvelle vigueur ces temps-ci, sans nul doute !

Mozart punk (esprit68.org)

Mozart punk
(esprit68.org)

Un blogueur facétieux et irrévérencieux proposait de qualifier la Base élèves (le fichage des élèves dans les mêmes années) d’un autre sigle : BETOVEN (Base Elèves, Traitement Ouvert et Vertueux de l’Education Nationale…). Pour faire le pendant.
Mais ça n’existe pas, rassurez-vous : l’Educ nat EST vertueuse, pas la peine qu’elle le souligne, tout le monde le sait.

Mosart a des chouettes copines, comme CRISTINA (pas moi, pas moi), la petite sœur d’Edvige (depuis 2008 : Centralisation du Renseignement Intérieur pour la Sécurité du Territoire et les Intérêts Nationaux) dont aucun décret n’a été publié pour cause de classement « secret défense » [remarquez qu’il y a contamination : ce n’est pas seulement le fichier qui est « secret défense », c’est aussi le décret !].

Outre des données personnelles sur les personnes fichées, Cristina engloberait leurs proches et leurs relations (et   pas soumis au contrôle de la CNIL).

Dans cet ordre d’idées, je me souviens d’un truc : lorsque le gouvernement précédent avait fini par imposer la LRU, qui entre autres, mettait fort à mal la recherche non appliquée, le ministère avait lancé un appel officiel : il s’agissait de demander la création d’un labo de recherche chargé de mettre au point un système intégral de surveillance des agents de l’Education Nationale, pour repérer la moindre activité subversive, la moindre pensée divergente…
A l’époque, des collègues et moi avions envisagé de candidater (dans l’idée de détourner le système et de ne dénoncer que des dirigeants dans l’exercice de la pensée convergente à leur fonction).

On a finalement laissé tomber l’affaire. On en avait rigolé un moment (sur l’idée de l’arroseur arrosé), mais bon, ce n’était que de la rigolade de gentils potaches que nous sommes.
Ça me rappelle un titre de l’indépassable Desproges : « Rions un peu en attendant la mort ».
D’autres idées avaient circulé, comme celle de remplir soi-même sa propre fiche d’auto-délation…

Tout ceci est très gai, ne trouvez-vous pas ?
En cherchant un peu plus des références pour cet article, je suis quand même tombée sur quelque chose qui m’a remonté le moral.
En fait, c’est depuis qu’on est dans un monde tout libéral que sévit la censure (et, dans certains lieux du service public plus public du tout, la menace – pour cause de, d’ailleurs, je ne donnerai pas d’exemple particulier ici).

Ce monde ressemble de plus en plus au Meilleur des Mondes, il nous est vendu comme tel à grand renfort de comm/langue de bois, et on peut y fleurer des relents qui font penser (à des esprits pervers seulement) à du fascisme en marche feutrée…
Parmi les lieux libéraux plein pot, on trouve l’enseignement supérieur.
Il y a eu une époque où ses rangs fournissaient des opposants, des voix claires et dissidentes.
Elles ont de plus en plus de mal à pouvoir s’exprimer.
Mais ce n’est sans doute pas un hasard que ce soit dans une de ces No(uvelle) U(niversity) – ce n’est pas moi qui invente la dénomination en anglais – que s’est créé le collectif PaNoU !

Je me permets de digresser une fois de plus pour vous dire ma joie quand, sur les plans du projet de reconstruction de ma merveilleuse University à moi, j’ai vu que les salles de cours s’appelleraient désormais « learning center ».

Mais je reviens à PaNoU, qui, personnellement, m’éPaNoUit. *

« PaNoU ! est le cri des consciences libres contre la lobotomisation de l’Université, contre le rouleau compresseur de sa nouvelle technocratie, contre les mensonges de ses communicants, contre les soumissions de quelques exécutants à ses fossoyeurs.
PaNoU ! est la réaction de l’Esprit universitaire contre sa mise au pas programmée par quelques serviteurs zélés du « nouveau management des universités », le cri de rage de quelques roseaux qui osent encore se penser pensants contre les bulldozers et les robots planificateurs du « marché de la connaissance ».

Et si nous nous mettions à crier en choeur ?

©Bleufushia

* Merci Pierre, pour le détournement

Quelques liens pour ceux qui veulent en savoir plus sur le fichage/flicage des enseignants et sur l’ordre rampant

**L’affaire toulousaine

http://france3-regions.francetvinfo.fr/midi-pyrenees/haute-garonne/toulouse/reforme-du-college-polemique-dans-l-academie-de-toulouse-sur-un-classement-des-enseignants-en-fonction-de-leur-position-824315.html
et
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1432541-classer-les-profs-selon-leur-avis-sur-la-reforme-du-college-odieux-le-ministere-panique.html

et plus…
– MOSART and co
https://numerolambda.wordpress.com/2010/04/09/mosart-fichier-des-renegats/

-Petit tour d’horizon du flicage à l’école (tout azimut)
http://www.cnt-f.org/fte/?De-la-maternelle-a-l-universite,2926

-Les PaNoU (sur le POOLP)
http://www.auboutduweb.com/poolp/index.php?post/2015/06/26/Le-manifeste-PaNoU-collectif-PaNoU-PaNoU-de-lUniversite-Paris-Est-Creteil-ex-Universite-Paris-12

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5 réflexions sur “Mosart, Betoven, et (pas) moi et moi et moi (33)

  1. glaçant ! le fascisme en marche, presque sans bruit !

  2. Le monde libre rétrécit de jour en jour… ça me fout les jetons.

  3. Quand je te lis, je pense à mes ados, j’ai mal au monde dans lequel ils vivent. D’ailleurs ils se sont eux même fichés sur FB…

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