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Sur les murs d’Athènes (galerie 1)

7 Commentaires

En me promenant dans Athènes, au mois de septembre 2013, j’ai pris des clichés des murs (plus de 400 graffiti très différents) – essentiellement dans deux quartiers :

– Exarcheia (le quartier militant, jeune, universitaire, autour de l’Ecole Polytechnique -entre autres)

– Metaxourgeio (un quartier où se côtoient des immigrés, des artistes, des gens en marge au milieu de bâtiments dont beaucoup sont partiellement en ruines, donnant à certaines rues un aspect de chaos urbain).

Dans ces deux quartiers, on ne compte pas les maisons fermées, les murs occultés par du bois ou des briques, les squats, les immeubles qui ont l’air abandonnés. Je me suis rendue compte, en revisitant mes photos, qu’il est très rare qu’une fenêtre qui entre (plus ou moins par hasard) dans mes prises de vue soit ouverte. Volets clos, momentanément, ou barrés, immeubles aux fenêtres aveugles m’ont donné l’impression d’être en plus grand nombre que les autres (je n’ai pas fait une étude précise de la réalité, c’est juste mon feeling dominant).
Mes errances dans ces quartiers, dans des rues où j’ai tourné et suis retournée, m’ont donné la sensation d’une incursion dans un endroit un peu halluciné, parfois proche d’une ambiance à la Mad Max.

Les murs débordent d’expressions graphiques. Souvent extrêmement élaborées. Une vie extrême qui montre que cette ville n’est morte qu’en apparence, et que ce qui y circule est très vivace.
Dans l’enceinte de l’Ecole Polytechnique (dans laquelle résonnait une sono installée à l’entrée du campus, et diffusant des chants révolutionnaires), j’ai été impressionnée par la quantité et la qualité des tags (et la différence de l’aspect visuel des  facs françaises au cours de précédents mouvements de lutte).
Les images sont variées, et, bien que je ne comprenne pas le grec, même celles qui n’ont pas l’air politique m’ont souvent semblé l’être.

Par exemple, il y a un certain nombre de murs de street art qui correspondent à des illustrations un peu naïves – comme des représentations d’un monde de bisounours auquel personne ne peut croire. Très souvent, au milieu, un détail qui détonne et donne le ton !
Ça me fait penser à la façon dont, en temps de dictature, au Brésil, l’expression de la contestation,  ou les images « pour faire penser » revêtaient des aspects « inattaquables » mais auxquels personne ne se trompait.
Tous ces murs racontent encore et encore une histoire de lutte, de répression, de résistance et témoignent d’une façon extrêmement marquante, pour le passant, de la dureté de la situation sociale et politique.

J’ai été frappée par la présence de thèmes récurrents : un nombre impressionnant :

de têtes de morts,

de masques à gaz,

d’Icare aux ailes coupées,

de personnages d’un graffeur qui signe Exit et qui sont soit des sortes d’écorchés, soit des personnages d’une tristesse absolue, qui ont l’air de traîner leur désespoir silencieux avec difficulté

de visages sombres, aux yeux absents, ou clos

de personnages en train de crier, ou de saigner

d’enfants qui ne peuvent pas jouer, souvent associés à des adultes grimés en enfants, avec des jouets, des hochets, d’animaux inhabituels dans une ville (serait-ce les gens que l’on prend pour des bêtes ?)…

de « à la manière de » peintres contemporains (peut-être pour souligner, au moyen de graphismes « explosés », l’état de la société et des corps)

de corps violentés, en morceaux, et de têtes que l’on torture, ouvre, vrille…

de personnages en train de lutter (en pleine action / avec des messages contre la police, ou contre la troïka)

et bien sûr de slogans soulignant l’état de sujétion, par exemple, ou appelant au soulèvement.
J’ai effectué une première sélection – minuscule – dans mes clichés (j’ai, dans un premier temps, privilégié plusieurs de ceux où je n’ai pas cadré serré sur le graffiti, mais qui montrent aussi des pans de murs).
Juste pour donner à voir une ville et des gens qui se défendent au mieux de la violence qui s’exerce sur eux.
Juste parce que ces murs m’ont parlé et me parlent encore de gens, d’un pays, d’une lutte qui me touchent.
Juste parce que tout ça me révolte, en tant que citoyenne lambda d’une Europe qui broie les gens.

©Bleufushia (pour l’article et pour toutes les photos – si vous voulez utiliser une photo, merci de me le signaler)

Si vous désirez visionner un montage vidéo fait à partir d’autres photos des murs d’Athènes, suivez le lien :

https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/25/we-are-chaotic-dreamers-deambulation-2-video/
Le lien youTube direct de cette vidéo, c’est par là : https://www.youtube.com/watch?v=Dg5kFB0qfAM
Et la deuxième galerie photos des murs d’Athènes, c’est ici :

https://bleufushia.wordpress.com/2014/11/30/athenes-again-galerie-2/#jp-carousel-661

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7 réflexions sur “Sur les murs d’Athènes (galerie 1)

  1. moi qui aimais pas les graffiti, là je découvre un vrai art. c’est fabuleux, merci infiniment pour cette découverte perso, qui me change, la vie serait un peu exagéré, mais ma manière de considérer l’art.

  2. Belle galerie de ces murs athéniens très parlants

  3. C’est impressionnant, ces dessins et ces peintures !
    Ce que tu racontes sur les balades pendant lesquelles tu as capté ces photos nous permet de nous mettre dans l’ambiance et m’offre une entrée dans cette réalité. Ce n’est sûrement pas la même qu’auraient des grecs, mais ton regard me semble attentif et j’aime bien ce que tu en transmets.

  4. Merci pour ta présentation qui nous fait un peu rentrer dans l’Athènes qui bouge. Certains graffiti, comme les « écorchés », m’impressionnnent.

  5. Tout ça me touche beaucoup (les photos, les explications). Merci !

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