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Le prénom de Brahms (1)

7 Commentaires

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Je fais un cours aux nouvelles recrues. Lent, patient, souriant, le cours, faut pas les brusquer, faut les conduire avec douceur, pour ne pas les faire fuir, ni les décourager. Je fais ça au mieux, sur une musique douce et connue.
Aimez-vous Brahms ? Je ne leur ai pas demandé, nous n’avons pas les mêmes références, on n’est définitivement pas de la même époque, ça ne ferait sourire que moi.

Je m’attarde un peu dans ma salle avant de m’en aller.
Dans le patio que je traverse ensuite, les premières années sont en pause. Ça papote tranquillement, des petits groupes commencent à se constituer par affinités, ça devient convivial. Ça se mélange entre musiques différentes, les classicos restent un peu de côté, les autres tentent des rapprochements.
Je passe à côté d’un de la catégorie rasta, les couleurs et les dreadlocks qui vont avec, le futal ample, les yeux un peu embrumés, auréolé d’une odeur pas totalement licite. Il ne s’est pas levé à l’heure, et je ne l’ai pas vu en classe, c’est normal, je fais cours à l’aube, un vendredi, c’est pas humain.

Cependant, il se renseigne. Un bon point quand même…

Le renseigneur est un métalleux, ti shirt à l’effigie d’un groupe obscur, tatouages, l’air encore un peu endormi.
– Et elle a fait quoi, la prof ?
– Bof, euh (bref silence hésitant) un truc de Chaipaskoi Brahms, ch’crois…
Un bon point, il a presque retenu le nom, le prénom, peut-être la semaine prochaine ?
Il me faut savoir me réjouir de toutes les avancées.

©Bleufushia

7 réflexions sur “Le prénom de Brahms (1)

  1. A petits pas vers la connaissance 😉

    • Très étrange, la population à laquelle j’ai affaire depuis quelques années : des gens qui s’inscrivent dans mon département sans l’ombre d’une connaissance préalable (ce qui ne préjuge pas de la rapidité avec laquelle ils peuvent ou non progresser, au demeurant), ce qui paraît une démarche un peu étrange. Pour la plupart des jeunes qui ont découvert la musique entre potes à l’adolescence, qui grattent trois accords et se prennent – ou non – pour Jimmy Hendrix (sans trop de conscience du trajet à accomplir pour être dans ces sphères-là).
      Moi, je les récupère au tout début, sur le démarrage théorie (et pratique liée). C’est pas totalement donné, c’est ce que je dirais au bout de trois semaines de cours 🙂
      C’est vraiment à tout petit pas.
      Demain peut-être, j’en raconterai une autre, tu verras !

      • on peut s’inscrire à la fac (je suppose que tu travailles à l’université) sans avoir un niveau de base assez important ?

      • Oui, maintenant, il n’y a plus de tests d’entrée en fac.
        Y rentre tout possesseur d’un bac.
        Le problème de la musique est le manque de structures d’enseignement peu onéreuses. Les conservatoires prennent les enfants jeunes (sauf pour certains instruments qui requièrent de la force – par exemple pour souffler) et la plupart des jeunes qui viennent en musico sont des gens qui ont découvert la musique à l’adolescence, et qui pensent qu’on va leur donner des cours de musique (eux pensent : d’instrument) à l’université.
        La fac doit maintenant, de plus en plus, gérer ces gens-là, qui ne sont pas inscrits pour recevoir ce qu’on leur propose (ce qui n’empêche pas que certains progressent très rapidement, se prennent au jeu, et profitent de ce qu’on peut leur amener de plus)

  2. Pas à pas… le métier de prof est un sacerdoce 🙂

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